II. — Scènes tirées de la tragédie Théâtre d’Euripide
19° (Fig. 53). — Deux bols du même moule (Robert, Hom. Bech., p. 51-58).
a) Berlin, Antiquarium, Inv. 3161 q. Proven. Anthédon.
b) Athènes, Mus. Nat., Inv. 2114. Proven. Béotie.
Tous les personnages sont indiqués par des inscriptions. (On peut noter la forme KXDTxip.Yjarpx) h Illustration en cinq tableaux de VIphigénie à Aulis d’Euripide, comme nous l’apprend l’inscription. (De droite à gauche). Premier tableau : Arrivée au camp de la famille d’Agamemnon ( Iphig . Aul. v. 607-684). Agamemnon est assis sur un trône, le pied droit sur un tabouret. Le torse est nu. Il appuie tristement sa tête sur la main droite, le bras dressé sur l’accoudoir. A gauche, Iphigénie (en longue tunique et himation) s’élance vers lui, les bras tendus ; c’est l’illustration du v. 648 ; « Ne fronce plus les sourcils ; adressemoi un regard ami ». Plus à gauche, Clytemnestre (en longue tunique et himation) se retourne vers la gauche et caresse de la main droite la tête du jeune Oreste.
Deuxième tableau : Première entrevue d’Achille et de Ciytemnestre (v. 819-854). C’est dans cette entrevue que naissent les premiers doutes de Clytemnestre. On la voit ici l’air songeur, la main au menton, abordant Achille, à qui elle vient demander s’il sait qu’Agamemnon lui a accordé la main d’Iphigénie. Achille rompt l’entretien, après l’avoir détrompée ; on lui voit faire un geste de dénégation et se diriger vers la tente du roi.
Troisième tableau : Entretien de Clytemnestre et du (v. 866-895). Le vieillard (barbu, en chlamvde) se penche vers la reine, comme pour lui confier à voix basse : « Le père de ton
1. Sur cette forme, voir Furtwângler-Reichhotd, Griech. Vasenmal.. I, pi. 87, 1.
enfant va la tuer de sa propre main » (v. 873) ; et la reine levant la main dans un geste de surprise, est évidemment représentée en train de lui répondre : « Comment ? Je refuse de croire tes paroles, vieillard ; tu as perdu l’esprit » (v. 874).
Quatrième tableau : Rencontre d’Àohille et d’Iphigénie (v. 1338- 1344). Achille est debout, la lance à la main ; le geste de sa main droite semble souligner les paroles qu’il adresse à Iphigénie ; celle-ci se détourne et ramène son voile sur son visage ; mais sa mère la retient par la main. C’est l’illustration précise des v. 1340-1341 : « Iph. Ouvrez-moi les portes du palais, servantes, pour que je m’y cache. — Clyt. Pourquoi fuis-tu, ma fille ? — Iph. Je rougis de voir ici Achille ».
Cinquième tableau : Supplications d’Iphigénie à son père(v. 1211- 1252). Agamemnon est debout, appuyé sur son sceptre ; il a sur sa tête, en signe de deuil, un pan de son manteau. Iphigénie lui prend les mains, pour ramener sur elle le regard paternel (v. 1238), cependant que le petit Oreste, qu’elle a appelé à son aide (v. 1241 - 1244), saisit son père par les genoux. A gauche, Clytemnestre est immobile, abîmée dans ses douleurs.
20° — Bol. British Muséum (Walters, Cat. vas. Br. Mus., IV, G. 104, pl. XVI = Robert, Arch. Iahrb., XXIII, 1908, p. 193-202, pl. 6). Proven. Thèbes.
Les personnages sont désignés par des inscriptions. (A noter les formes Tïjpsafaç et Orfî-q).
Illustration en quatre tableaux des Phéniciennes d’Euripide.
(De gauche à droite) Première scène : Créon et Tirésias, v. 834-957). Créon (longue ehlamyde qui laisse le bras droit à découvert) est tombé aux genoux de Tirésias (chauve, barbu, le torse nu) en suppliant (v. 923-924). Le devin, dont le corps est débile et le dos voûté, élève ses deux mains à hauteur de son \isage. Que signifie ce geste ? C. Robert a cru voir qu’il tenait un objet plat, et pense qu’on pourrait interpréter cet objet comme les tablettes divinatoires, les v.A-qpoi, dont il est question au v. 838. Exactement à hauteur des mains, on aperçoit, au-dessus, un arbre ; au-dessous, une large bande de petites bossettes, rappelant les bandelettes sacrées que nous verrons sur un autre bol (n° 34) ; ces bossettes se terminent par un petit rectangle. La meilleure façon d’interpréter ces objets, à mon avis, est de supposer que la bande à bossettes représente la couronne d’or, montrée par Tirésias à Créon : « Cette couronne d’or, que tu vois, je l’ai reçue comme prémices des dépouilles ennemies », v. 866-8G7 ; le rectangle inférieur et d’arbre évoqueraient quelque péribole sacré, peut-être, comme le pense C. Robert, le « hiéron de Tirésias » à Thèbes (Cf. Pausanias, IX, 16, 1 : Vo ispbv c'mvotao-
BOLS A SUJETS LITTERAIRES
ttsïov Teipsffteu '/.oihcù p.svcv) h Derrière Tirésias, Manto, les mains sur l’épaule de son père, dirige ses pas.
Deuxième scène : Duel d’Etéocle et de Polynice (v. 1377-1424). Ce sont deux guerriers, casqués, cuirassés, avec bouclier rond, et qui s’attaquent de la lance. A leur côté pend ce glaive avec lequel les frères ennemis achèveront leur lutte, quand ils auront brisé leurs lances (v. 1404). La ville de Thèbes (inscr. : ©Vjêr)) coiffée d’une couronne murale, un sceptre en main, assise sur un rocher, assiste au combat. Sa main gauche portée ju menton exprime la stupeur.
Troisième scène : L’envoyé prévient Jocaste (v. 1259-1283). L’envoyé est un soldat encore armé de la lance, mais qui a déposé ses autres armes et ne porte qu’une tunique et une chlamyde. Jocaste jette en hâte un himation sur ses épaules, et, se retournant vers Antigone qui s’élance hors d’une porte, lui fait de la main signe de se hâter.
Quatrième scène : Entretien d’Antigone et de Créon (v. 1643- 1682). Entre temps, s’est déroulé le combat des deux frères (voir bol n° 21). Antigone vient supplier Créon d’autoriser leur sépulture ; elle n'a pas encore l’attitude hautaine qu’elle prendra à in fin de l’entretien. Fléchissant sur les genoux, elle tend la main vers son oncle qui, debout, le poing gauche sous le menton, le bras droit croisé sur la poitrine, paraît manifester son dessein d’être inflexible.
Entre les Phéniciennes d’Euripide et ces tableaux, tout ne concorde pas à souhait. On peut s’étonner de l’absence de Menoikeus dans la première scène, surtout d’OEdipe dans la dernière ; en revanche, on y voit figurer la divinité Thébé qui, dans Euripide, ne joue aucun rôle. Dans la scène du combat, on ne retrouve rien des péripéties décrites par Euripide ; et l’Antigone suppliante que nous voyons courbée devant Créon n’est pas celle que le poète représente interpellant le tyran avec tant de hauteur. On voit donc que le décor de ce bol est loin d’avoir cette exactitude dans l’illustrai i‘>n que nous avons observée pour les autres.
21° — Deux bols du même moule :
a) Bol. Musée Université Halle (Robert, Arch. Iahrb., 1908, p. 186-193 et pl. 5). Proven. Béotie.
b) Fragment. Athènes, Mus. Nat. Inv. 4236 (Robert, Hom. Bech., p. 41). Proven. Béotie.
Les principaux personnages sont désignés par des inscriptions en barbotine (A noter la forme QrfiyJ.a') .
t. Sur un relief du ve siècle ( Notizie Scavi , 1895, p. 333, fig. J) on voit Tirésias assis sur le mur de T olojvccr/.CTrsîov et observant le vol des oiseaux.
Illustration des Phéniciennes d’Euripide.
Mort des deux frères et suicide de Jocaste (v. 1428-1454). Etéocle et Polynice sont étendus à terre ; le premier a la face contre terre ; le second, se soulevant sur le coude, regarde sa mère et lui adresse ses dernières paroles (v. 1441-1452). A droite, Jocaste, agenouillée, vers laquelle deux guerriers accourent, se perce le sein avec l’épée qu’elle a enlevée à son fils (v. 1454- 1458). Figure symbolique de Thèbes (inscr.) assise, lance en main, coiffée de la couronne murale. A gauche, Antigone échevelée lève les bras au ciel. Des femmes (il n’en reste qu’une entière, et le pied d’un autre) abandonnent la scène vers la gauche. On lit un reste d’inscription : t.oli panai. Ce sont évidemment les ’Epivuîç TuaTpwsu d’Œdipe (v. 1503-1504). Deux guerriers accourent
vers la figure symbolique d’Argos (inscr.) assise, avec lance et bouclier, coiffée de la couronne murale. Ces deux guerriers représentent l’armée argienne qui s’enfuit, cependant que les deux premiers symbolisaient L’armée thébaine victorieuse (v. 1455- 1471).
Ce bol sort de La même fabrique que Le précédent, comme le montrent certaines ressemblances de facture et de détails. Comme sur celui-ci, le décorateur a pris avec le texte quelque liberté : on ne trouve dans Euripide, ni Argos, ni Thébé, ni les Erinyes, Il a donc puisé ici encore à un répertoire courant, à l’origine duquel on peut trouver les thèmes dramatiques fournis par le cycle thébain, bien que la source principale semble en être les Phéniciennes d’Euripide.
22° — Fragment. British Muséum (Walters, Cat. vas., IV, G 51 = A. -S. Murray, Classical Rev., II, p. 328 = Robert, Horn. Bech., p. 59-61 et Arch. Iahrb., 1908, p. 202). Proven. inconnue.
Sujet expliqué par l’inscription suivante (Restitutions de A. -S. Murray) :
[Ol8t](Tv)o.uç v.zktûm a[Y](e)[iv xpoç]
[xc] ('xjxwp.a xrjp aux ou p,v)x[poç xs]
[xai] '(uvo.iv.oq v.ol xwv uiw(v).
C’est la scène des Phéniciennes, v. 1480-1766. Il n’en reste qu’QEdipe, vieillard courbé, dont la barbe et les cheveux sont en désordre ; il tend la main gauche en avant cherchant à tâtons sa route ; la droite, levée, s’appuyait sans doute sur un bâton. A droite, on aperçoit Les restes d’un guerrier ('bouclier rond et lambrequin de cuirasse), tourné vers Œdipe et qu’on ne peut guère identifier avec Créon, celui-ci n’étant jamais représenté armé dans la pièce.
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