Plutôt que îjjîêwç
36° (Fig. 60). — Bol. Berlin, Antiquarium, Inv. 3161 p. (Robert, Hom. Bech., p. 73-75). Proven. Thèbes,
Bande supérieure : oves sans dards. Autour du fond un rang de petites palmettes. Le sujet principal représente le meurtre de Polyxène, auprès d’une stèle étroite à fronton et antéfixes, entourée de bandelettes et dressée sur un monticule qui, sans aucun doute, est la stèle funéraire d’Achille. A gauche, Polyxène, vue de face, un genou en terre, les bras levés au oiel, les cheveux tombant sur les épaules. Vers elle, à gauche, s’avance Néoptolème, tenant une épée à la main.
Tout le reste du décor est purement et simplement du remplissage : cinq guerriers, quatre debout, l’un assis, armés et cuirassés, ou nus, des dauphins, des poules d’eau, des godrons. C. Robert s’est donné un vain mal pour rendre compte de tous ces motifs. Avec ce vase, en réalité, nous sommes presque arrivés à la série des bols de la seconde catégorie, dont le décor n’a plus aucune unité et se compose des motifs les plus variés. On remarquera que trois de ces personnages sont identiques à d’autres que nous avons vus sur certains bols : Achille est semblable à l’Achille du bol n° 30 ; le dernier guerrier est identique au Diomède du même bol ; et l’avant-dernier est dans l’attitude du Laerte du bol n° 24.
37° — Bol. (Philaclelpheus, ’E®. àpy., 1907, p. 83; Robert, Arch. Iahrb., 1908, p. 185, n° 3). Proven. Chalcis.
Bande supérieure : tresses auxquelles sont suspendues des demivolutes.
(De gauche à droite) Un personnage nu, vu de dos, assis sur un rocher, très semblable à l’Achille du bol précédent. Près de lui, un bouclier posé à terre. — Une divinité féminine casquée, assise sur un rocher ; elle tient d’une main un bouclier rond et de l’autre une lance, sans doute Athéna. — Devant la déesse, deux proues de nefs juxtaposées avec trois boucliers au-dessus. — Un guerrier debout vu de face avec casque à panache, cuirasse à lambrequins et lance. — Groupe de deux combattants : celui de gauche (de face) est nu ; il porte casque, baudrier, bouclier rond, et se rejette en arrière pour frapper de sa lance son adversaire ; celui-ci est vu de dos ; il est vêtu d’un exomis, porte un carquois sur le dos, tient l’arc d’une main et, de l’autre relevée, prend une flèche dans son carquois. Ce groupe rappelle celui d’Achille et Penthésilée du bol n° 7. Puis vient une figure féminine, vêtue d’un himation à apoptygma serré à la taille. — Enfin un guerrier nu, vu de dos, lançant un trait, pied droit sur un bouclier. Il a été fait avec le même poinçon qu’un autre guerrier du bol précédent. Entre ces personnages, des dauphins.
BOLS A SUJETS LITTERAIRES
L’identité ou l’analogie de certains motifs des bols nos 36 et 37 et peut-être aussi 24 et 30, nous donne à penser qu’ils proviennent de la même fabrique. — Il semble en outre que le bol n° 37, comme le précédent, soit une illustration plus ou moins lointaine d’une légende troyenne. Les vaisseaux ont fait, avec raison, supposer à M. Philadelpheus qu’iL s’agissait du « Combat auprès des nefs » ( Iliade , XY, v. 405-418). Mais pas plus que pour le bol précédent, il ne faut chercher à donner des noms aux divers personnages.
Les mérites de composition, d’expression et d’exécution que nous relevons sur la plupart des bols du groupe A ne sont évidemment pas à mettre sur le compte des potiers eux-mêmes. Ici encore, comme pour toutes les séries de l'époque hellénistique, nous devons rechercher à travers les vases de terre cuite des prototypes de métal.
Deux aiguières en argent du trésor de Berthouville 1 peuvent être rapprochées, pour le décor, de nos « coupes homériques ». L’une et l’autre portent en relief des scènes, empruntées au cycle troyen : sur l’une, sont, figurées la mort de Patrocle et la rançon d’Hector ; sur l’autre, Achille traînant le cadavre d’Hector, et la mort d’Achille. Le mode de groupement des personnages, les attitudes, la recherche d’un certain réalisme d’expression contrastant avec certaines conventions académiques dans le rendu, la division en tableaux successifs, constituent autant de caractères concordants entre les aiguières de Berthouville et nos bols de terre cuite. On peut même noter un rapprochement plus précis : certains guerriers d’une des aiguières (mort d’Achille) et d’un de nos bols (n° 21) sont identiquement vêtus et équipés : tunique courte, sans cuirasse, casque haut à panache, jambes nues avec les sandales lacées haut sur la cheville.
Deux autres vases représentent une série tout à fait proche des bols et sans doute leurs prototypes immédiats. Ce sont deux coupes en argent, trouvées l une en Italie, l’autre
1. Babclon, Le trésor d’argenterie de Berthouville, pl. V, VI, VII, VIII.
un Allemagne dans un lot d’antiquités romaines ; les lieux de découverte ne sont pas pour nous étonner ; nous verrons tout à l’heure par quelques citations la preuve que les vases grecs en métal précieux étaient fort goûtés par les Romains des riches classes. Le vase trouvé en Italie 11 est une coupe profonde, sans anses, ornée de combats de Grecs et d’ Amazones, et dont la forme rappelle tout à fait certains de nos bols.
L’autre1 2 (fig. 61) est un admirable échantillon de ce qu’ont pu être les modèles métalliques de nos bols. C’est une coupe d’une forme identique à la précédente ; elle est dépourvue d’anses ; mais l’éditeur assure qu’elles existaient primitivement. Sur le corps du bol, se développent des scènes empruntées aux Troyennes et à VHécube d’Euripide, d’un dessin si simple et si précis, d’un style si pur, d’une expression si dramatique avec des moyens si sobres, qu’on doit sans -doute y voir une œuvre grecque et d’une époque passablement antérieure à l’époque romaine. Un premier groupe de personnages représente des prisonniers mis à mort, so-us l’œil d’un personnage nu, portant un baudrier -en travers de la poitrine et une c-hlamyde sur l’épaule, et qui, assis sur un monticule, tend la main pour ordonner l’exécution. Les captifs accroupis ou debout, les mains liées au dos, attendent la mort ; l’un d’eux -est déjà empoigné par le bourreau ; dans le fond, on voit un personnage féminin, tenant une lance ; -des guerriers assistent à la scène ; l’un d’eux porte en épisème sur son bouclier une scène de combats et l’ enlèvement d’un cadavre. Il s’agit sans aucun doute d’un massacre de Troyens ; la figure féminine debout-, bien qu’elle n’ait pas de casque, représente Athéna ; le personnage assis sur un rocher pourrait être Pyrrhus (plutôt que Né-optolème) ; les guerriers seraient des Myrmidons, et l’épisème représenterait aussi un épisode de la guerre de Troie, peut-être la mort d’Achille.