XI, 465 E
2. Sur les ypapp.aTixà TïOXŸjpia, cf. Ch. Picard, Met. Home, XXX, 1910, p. 104-105.
3. Suétone, Nero, 47 : « duos scyphos gratissimi usus, quos Homerios a caelatura carminum Ilomeri vocabat., solo illisit ».
4. Pline, Hist. Nat., 33, 156 : « Hedystratideis qui proelia armatosque coelavit, Zopyrus qui Aeropagitas et judicium Orestis in duobus scyphis H S I XIII aestimatis ». Dans le Satyricon de Pétrone, 52, Trimalcion montre une coupe que son patron tenait de Mummius, le vainqueur de Corinthe et où, dit-il, « Daedalus Niobam in equum trojanum includit » (!).
5. Athénée, XI, 465 D : « YpajJLp.axix.bv exxo) ;j.a xb y P para lyov ' s'('Azyj)tpoi'([xé'tciL ».
y compris, dans une matrice unique, ayant la forme du bol, et portant en creux le décor et les inscriptions. Il est non moins évident que cette matrice avait été elle-même surmoulée entièrement et d’un seul soup sur un « plein » ayant déjà l’aspect intégral du vase ; il est à peine besoin d’insister, en effet, sur l’impossibilité technique qu’il y aurait eu à imprimer, dans la matrice, au moyen de poinçons isolés, des figures aussi enchevêtrées que celles dont il s’agit, un décor scénique avec portes, colonnes, mobilier, des personnages d’arrière-plan, des lettres d’une régularité et d’une précision remarquables.
Il existait donc un « plein » de la forme de nos bols. Etait-ce un modèle en argile confectionné par un potier, à main levée, d’après un prototype de métal, ou d’après une œuvre célèbre du grand art, peinture ou bas-relief ? Etait-ce purement et simplement un bol de métal ? Emetire la première opinion, c’est en même temps la rejeter : certains de nos bols révèlent un talent remarquable ; or, à la date où nous devons les attribuer, ç’en est fini des grands ateliers de céramistes et de peintres ; ce qui eût été concevable au ve siècle, ne l’est plus pour une époque où ies potiers, loin d’être des dessinateurs de mérite, ne sont même plus en possession des pures traditions techniques ; le contraste entre la perfection de modelé de certaines figures et ta mauvaise qualité du vernis ne permet pas d’attribuer aux fabricants de bols un autre rôle que celui de surmouleurs ; nous devons donc admettre que les formes des matrices étaient tout simplement des moulages de vases métalliques. M. Winter a essayé de montrer que ces modèles étaient des coupes en bronze fondu et non des coupes en argent ciselé; la principale raison, selon lui, c’est que les inscriptions sont en relief, alors que dans un vase ciselé, on doit s’attendre plutôt à des inscriptions en gravure ou en incrustations. A vrai dire, l’argument n’a que peu de valeur : il n’eût pas été beaucoup plus malaisé de ciseler des lettres que des figures.
•Si l'opinion de M. Winter toutefois paraît vraisemblable,
BOLS A SUJETS LITTERAIRES
c’est en raison surtout de l’aspect de certaines figures ; leurs contours flous, arrondis et gras, la mollesse du modelé dans les chairs et les plis d’étoffe, évoquent plutôt un prototype de cire, et par conséquent, un vase de bronze coulé, qu’un prototype d’argent ou d’or. Mais il n’en est pas de même de certains bols (comme l’indique par exemple la figure d’Achille du bol n° 7) pour lesquels on pense au contraire au travail métallique et précis d’un burin. Il y a -donc lieu de penser que le décor figuré de nos bols -de la série A est un surmoulage de vases métalliques, en bronze coulé aussi bien qu’en or ou en argent ciselé ou repoussé.
Il -est probable cependant qu’en certains cas les potiers intervenaient en faisant quelques retouches : nous avons signalé pour le bol n° 7, un exemplaire (c) qui présente de légères variantes, dans le dessin et l’inscription, par rapport à deux autres tirés du même moule.
Le-s modèles de nos vases étaient-ils -des bols ? Il y a tout lieu de le croire. Nous ne pouvons -en effet supposer qu’ils reproduisent la moitié inférieure d’une oenochoé, d’un 3écythe, -etc... ou de tout autre vase à panse sphérique ou ovoïde surmonté -d’un col ou d’un goulot. Car, si l’on connaît -des vases -de métal dont la moitié supérieure est ornée de figures en relief, il n’en existe aucun où le décor figuré -soit réservé à la moitié inférieure. Nous avons donc tout lieu de croire que les bols de terre cuite sont la reproduction intégrale et exacte; pour la forme comme pour le décor, de taûooi en métal.
Mais ces remarques ne valent que pour le-s bols de la série A. Ceux de la série B ne sont, plus que des imitations fort libres de vases métalliques. 11 n’est pas douteux que les poinçons divers dont ils sont ornés ont été surmoulés séparément sur les vases de métal ; par exemple le Laerte d’un bol -de la série A (n° 24) se retrouve identique sur un bol de la série B (n° 34) ; il a suffi d’une légère retouche pour que la Penthésilée du bol n° 7 (série A) fournisse le poinçon -d’un guerrier au bol n° 37 (série B) ; les Diomèdes
des bols nos 30 et 36 sortent sans doute du même moule, etc... Le potier, ayant modelé le creux du bôl, y imprimait les divers motifs qu’il avait obtenus par des surmoulages partiels ; pour les inscriptions, il les gravait directement sur la matrice comme le prouvent le N retourné de la signature du lécythe n° 24, ou les inscriptions rétrogrades du bol n° 32 ; ou bien il les dessinait en barbotine sur le vase une fois démoulé (n° 29). Les bols de la série B et peut-être tel vase de la série A (n° 24), dont le décor est formé de groupes séparés, ne sont donc plus que les lointains reflets des coupes d’argent ou de bronze dont les bols de la série A nous donnent la réplique exacte.
Si, maintenant, nous nous demandons quel fut le centre de fabrication de ces bols à sujets épiques et dramatiques, la réponse ne saurait être douteuse.
L’air© des trouvailles est en effet restreinte à peu près à la Béotie et aux pays qui en dépendaient à quelque titre 1 : 18 exemplaires sont de Thèbes, Anthédon, Tanagra, 10 de Thèbes en Phtiotide ; l’un d’eux qui provient de Chalcis (n° 37) appartient à la même série. La seule provenance connue en dehors de ces régions est F île de Céphalonie ; l’unique bol (n° 30) qui en soit originaire est d’ailleurs d’un caractère très particulier : il est sans doute le débris d’un atelier local, sur lequel nous ne pouvons nous étendre faute de documents ; mais il a cet intérêt de montrer que les bols du type B ont dû être fabriqués en diverses régions. Pour les bols du type A, il y a lieu de remarquer que certains détails nous ramènent à la Béotie. Les formes Tvjpscnaç et Tipeai'aç (nos 20 et 32) sont béotiennes. En dehors du cycle épique général, les seules autres sources décoratives, ou peu s’en faut, sont les mythes du cycle thébain : Iphigénie à Aulis, la légende d’Œdipe, les Phéni-
1. On peut du moins sans invraisemblance admettre que Tlièbes en Phtiotide était dans une certaine mesure rattachée à Thèbes de Béotie. En tout cas, le fait même qu’on y a trouvé des bols « homériques » donne à croire qu’il y a eu, à cette époque, des relations entre les deux villes.
BOLS A SUJETS LITTÉRAIRES
tiennes, les Sept contre Thébes. Peut-être un détail qui nous a paru obscur, à savoir l’arbre et le péribole (?) figurés sur un de nos bols (n° 20) rappelait- il, aux yeux d’un Tliébain, un monument connu et vénéré, l’hiéron de Tirési'as.
Enfin, nous pouvons invoquer en faveur de la Béotie le fait que cette mode des « succédanés » de la vaisselle métallique paraît y avoir depuis longtemps été tout particulièrement appréciée ; nous connaissons, pour le vf siècle, les oenochoés à haut col, à anse plate et à bec trilobé \ les canthares à anses à volutes1 2, dont l’on trouve précisément un spécimen figuré sur l’un de nos bols (n° 17) ; pour les ve et iv6 siècles, les canhares à haut pied3, tels qu’on en voit peut-être un sur un autre bol (n° 13) ; et pour ces trois siècles enfin, des vases à vernis noir sans décor de types assez variés 4. Les bols « homériques » viennent tout naturellement se placer à la suite de ces diverses séries.
Cette prédilection de la céramique béotienne pour les imitations du métal donne à penser que la Béotie a été le siège d’ateliers de for eûtes importants. Pour ce qui concerne les prototypes en métal des bols homériques, un lexte d’Athenée est des plus significatifs :
Kaî to jtc (xo <77.uooç) o’ècxîv b\J. oioiç àyy eîcv çcâ'.vcv, axpcyy ùXov,
ydXa y.'À opbv osyigsvov "Yaxspov 3è y.axà gfgyjfftv eipydaavxo
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ol 'pcota'/.ol Xsyôgsvot, Aap.cy.pdxcuç o^gioupY^a-avxoç. (XI, 499 E).
Cette façon de reconstituer l’origine des 'pc3i.ay.Gi (icf. p. 158), pourra passer, à bon droit, pour fort suspecte. Deux faits, en tout cas, sont à retenir : c’est que les 'po3ix/.ci ressemblaient à des « jattes rondes pour le lait et le fro-