Ure, Black glaze Pottery
mage », c’est-à-dire, en somme, à nos bols ; et que oes vases passaient pour être originaires de Béotie. N’en doit-on pas conclure, après tout ce que nous avons dit plus haut, que cette forme de vase avait tout au moins pris, dans la céramique béotienne, un développement important P
En outre, on voit qu’ Athénée considère oes coupes béotiennes, tant les prototypes en argent que leurs imitations en terre cuite, comme antérieures aux coupes dites rhodiennes. Diverses considérations permettent d’en fixer approximativement la date. Le texte d’Athénée nous indique que, du point de vue chronologique, nous ne devons pas séparer les modèles et les copies ; cela est d’ailleurs a priori vraisemblable, et C. Robert a eu tort, à notre avis, d’admettre comme possible, entre les premiers et les secondes, un écart de temps considérable. Rien en effet ne serait moins conforme à ce que nous savons par ailleurs sur la céramique à reliefs d’origine métallique. Nous avons vu que les coupes à « emblèmes » en argile sont contemporaines de leurs modèles en métal ; nous ferons la même constatation plus loin (Chap. XXI) pour les bols à vernis mat. C’est que la mode déterminait cette simultanéité. N’oublions pas que les vases d’argile à reliefs n’étaient pour les petites gens que les « substituts » d’œuvres précieuses ; un même engouement réunissait, aux mêmes lieux et dans le même iemps, les riches et les pauvres. Plus tard, les Romains cultivés rechercheront les vieilles œuvres d’art ; il y aura alors des collectionneurs, des amateurs du passé, des artistes archaïsants. Mais à. l’époque où nous reportent nos vases à reliefs, public et artistes vivent dans le présent ; le passé ne les intéesse guère ; ils ne le connaissent que dans la mesure où il survit autour d’eux grâce aux traditions maintenues.
Quelle apparence, dès lors, que les potiers soient allés surmouler des œuvres de métal, vieilles d’un siècle ou deux ! Il ne me paraît donc pas douteux qu’en établissant
BOLS A SUJETS LITTÉRAIRES
la date des bols d’argile, nous déterminerons par ce fait même celle des bols de métal.
Diverses remarques nous permettent de placer nos bols à cette époque de transition qui marque la fin de l’art classique et le début de l’art alexandrin. C’est bien l’impression que donnent les caractères de la composition, de l’exécution et du style : d’une part, une certaine noblesse de dessin, une certaine sobriété d’expression, l’absence de tout détail inutile, la réserve avec laquelle sont traitées certaines scènes (enlèvement d’Hélène et séduction d’Antikléia), la fréquence des attitudes du type « académique » (en particulier parmi les guerriers combattants) et, d’autre part, une recherche de l’effet pittoresque, du réalisme familier, du mouvement dramatique. Toutes (proportions gardées, ce sont les célèbres frises de l’Hérôon de Gjôlbachi, si l’on veut chercher des analogies dans le grand art, que rappellent les scènes figurées sur nos bols. On peut donc les situer, en gros, entre le milieu du ive siècle et le milieu du me.
Cette date peut être précisée encore grâce à certaines observations épigraphiques et grammaticales. Certaines formes de lettres. 0, K, M, II, 2. Q, appartiennent encore au ive siècle ; mais on rencontre aussi l’A à barre arquée, les formes lunaires C et o>, de l’écriture cursive, dont les plus anciens exemples ne remontent guère au delà de la fin du ive siècle. De même à côté d’une forme comme jjLVYîo-TépjEç (bol n° 13) qui est ancienne, on relève verras (bol n° 16, v. 162) dont le type ne s’est généralisé qu’après la fin du ive siècle. C’est à la même époque que nous ramènent certaines remarques sur le vêtement et l’armement des personnages : les femmes portent soit le costume encore classique au ive siècle, — péplos, chiton, himation drapé, — soit des modes qui n’apparaissent guère avant la fin du i\e siècle : tunique serrée à la taille et bouffante aux hanches, péplos à apoptygma serré sous la gorge ; pour les hommes, les uns sont représentés dans la nudité « héroïque » de la statuaire du ive siècle, les autres armés suivant la mode qui ne se répandit qu’à partir d’Alexandre, —
casques à panaches sans cimier, cuirasse à longs lambrequins, bottines lacées à plusieurs tours au-dessus de la cheville, cuisses et mollets nus, sans pièces d’armure.
Dernier quart du ive siècle, premier quart du nf , telle a donc été approximativement la durée de cette céramique. Cette durée paraît avoir été fort courte ; on est frappé en effet de voir combien peu de fabriques sont représentées dans la quarantaine de spécimens qui nous en sont restés. Nous avons relevé à plusieurs reprises deux et même trois exemplaires du même vase. Et à examiner de très près chacun de ces vases, on constate qu’ils ne se répartissent qu’en un petit nombre de groupes : les fragments recueillis par M. Arvanitopoullos à Thèbes de Phtiotide appartiennent tous à une seule et unique fabrique, caractérisée par la répartition du décor en deux registres, par les emprunts exclusifs au cycle homérique et par l’aspect assez particulier ries bandes de tresses. Pour les vases trouvés en Béotie, on reconnaît un groupe assez nombreux qui comprend les nos 7, S, 10, 11, 16, 17 (16 et 17 sont de la même main), 18, 19, 23, réunis par des ressemblances frappantes dans l'ensemble et les détails : attitudes et proportions des personnages et des animaux, armement et costume, forme des tresses de bordures et des rosaces du fond. — En dehors de ce groupe, ii ne reste guère que les nos 20 et 21 (qui, bien que se complétant pour les sujets, paraissent provenir de deux fabriques différentes), 22. On peut, donc admettre, étant, donné ce très petit nombre d’ateliers, que l’industrie des bols à sujets figurés n’a duré qu’un temps relativement court, et que, inaugurée dans les dernières années du rve siècle, elle a dû tout au plus dépasser les premières du siècle suivant. Il est probable d’ailleurs que les bols de la classe B sont sensiblement postérieurs à ceux de la classe A.
Il nous reste à nous demander enfin comment s’est constitué en Béotie, aux environs de l’an 300, ce groupe céramique, ou pour mieux dire, ce groupe toreutique, d’un
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aspect si particulier, et d’où viennent la forme et le décor qui le constituent.
Pour ce qui est de la forme même du bol, et des rosaces qui en décorent le fond, nous verrons plus loin (Chap. XXII), en reprenant la question dans son ensemble, ce qu’il y a lieu de penser de leur origine.
Quant aux sujets narratifs qui en constituent le décor esentiel, si, comme nous l’avons vu (p. 314), la mode en remonte à la. fin du ve siècle, on peut du moins penser à des modèles chronologiquement plus proches. On sait qu’à l’époque romaine, il a existé des bas-reliefs ornés de scènes empruntées aux légendes troyennes et qu’on est convenu d’appeler « tables iliaques » b en traduction de l’inscription T pany.bç (sous-entendu probablement rJ.'r/z) qu’on lit sur quelques-uns. Et ces oeuvres portent, comme quelques-uns de nos vases, à la fois un résumé des scènes représentées et une indication des sources : l’ Iliade, X’Ethiopide d’Arktinos.de Milet, la petite Iliade de Leschès, Ylliou Persis de Stésichore. Il y a donc un rapport évident entre les « tables iliaques » et nos vases ; les premières et les seconds remontent à des modèles communs, à des œuvres d’art aujourd’hui perdues.
Sur quelques-unes de ces tables figure à la meilleure place, le nom d’un certain Théodoros, dans la formule ©£OGwpr(oç tiyyr, . La dimension des caractères, de l’inscription, le fait que ce nom est mentionné dans l’intitulé et à la même place que celui d’Homère, ne permettent guère d’hésiter sur le rôle de Théodoros : ce n’était ni le grammairien compilateur, ni le marbrier fabricant de ces plaques, comme on a pu le croire, mais sans aucun doute l’artiste lui-même, l’inventeur de ces tableaux, l'illustrateur d’Homère.
Ce Théodoros était probablement un peintre : l’arrangement tout pittoresque de son œuvre, la figuration des foules,
1. Iahn, Griech. Bilderchronik ; Saglio-Pottier, Dict. Antiq. s. v. Iliaccn Tabulae.
3a distribution de la scène sur des plans différents, la représentation du décor de fond, constituent des caractères qui sont ceux d’un tableau plutôt que d’un bas-relief.
Or, il est question dans Pline1 d’un certain « Theorus » qui peignit « bellum iliacum pluribus tabulis, quod est Romae in Philippi porticibus ». Le nom de ((Theorus» ne peut être conservé ; il est évidemment fautif ; on l’a corrigé en (( Théon » pour y retrouver un peintre célèbre, Théon de Samos ; mais paléographiquement une autre conjecture est non moins acceptable, celle que Rayet 2 avait adoptée et qui convient si bien ici ; si on lit « Theodorus » au lieu de (( Theorus », on comprend comment l’œuvre de ce peintre, conservée à Rome en un lieu où elle était accessible à tous, a pu faire l’objet de copies à l’époque romaine.
Quoi qu’il en soit de cette identification, il faut bien admettre que le Théodoros des « tables iliaques » vivait au moins au milieu du ive siècle, puisque c’est à cette date que remontent des lécythes polychromes (p. 138, nos 7 et 8), où quelques sujets rappellent ceux des «tables».
Mais Théodoros ne fut pas le seul peintre auquel se soient adressés les toreutes ; l’engouement pour les sujets des légendes troyennes, à l’origine duquel se trouve l’œuvre de Polvgnote et dont la coupe de Mys et du peintre Parrhasios représente l’une des plus anciennes expressions dans les arts du métal, cet engouement continuait au ive siècle à être la règle pour nombre de peintres, tels que Panainos, Micon, Théon de Samos ; ceux-ci avaient précisément enrichi la tradition polygnotéenne des thèmes dramatiques et légendaires que nous retrouvons dans nos coupes : travaux d’Héraklès, exploits de Thésée, histoire de Penthésilée et d'Achille... Et il n’est pas jusqu’à des scènes plus humbles et terre à terre, telles que nous en voyons des exemples avec les bols nos 27 et 28, dont on ne puisse faire remonter l’origine à une œuvre peinte ; l’atelier des fileuses peint par
t. Hist. Nat., XXV, 40, 19.