Ibid., p. 560, fig
PÉRIODE PRÉHELLÉNIQUE
Orchomène II. On serait donc autorisé, semble-t-il, à en rechercher l’origine dans l’art néolithique d’Europe.
Mais le problème se présente de façon moins simple ; car d faut tenir compte d’une découverte faite en Egypte : à Om el Ga’ab, sur l’emplacement de l’ancienne Abydos1', on a recueilli de grandes jarres, très semblables pour la forme à celles de Troie et de Crète, pourvues d’anses en oreilles, et portant, comme certains vases de Troie, de Macédoine, de Thessalie ou d’Orchomène, des bandes à impressions digitales et à incisions. Ces étroites analogies ne sont pas de simples coïncidences ; elles prouvent que, de ce point de vue, il a existé des relations entre l’Egypte et les pays égéens. En quel sens s’est opéré l’échange ? S’il fallait s’en tenir à ce qui- semble résulter du rapport des fouilles, les jarres égyptiennes seraient les plus anciennes, puisqu’elles seraient antérieures aux premières dynasties ; la céramique égéenne devrait donc à l’Egypte non seulement un mode de décor, mais encore un prototype de jarre monumentale. Je me demande pourtant s’il n’y a pas lieu de faire les plus grandes réserves sur ces conclusions. Car les vases d’Abydos représentent une technique très exceptionnelle en Egypte, normale au contraire en Grèce dès une époque reculée ; et, d’autre part, il est singulier que le décor à bandes ponctuées soit assez peu usité en Crète, dans un pays qu’on est porté à considérer comme l’intermédiaire naturel entre l’Egypte et l’Egée, tandis qu’il est fréquent en Troade, et en Grèce, où n’avait pénétré encore aucune influence égyptienne.
En somme, jusqu’à plus ample informé, on peut s’arrêter, bien qu’avec des réserves, à, la supposition que nous avions d’abord émise. Le décor à bandes ponctuées est venu d’Europe, tout comme le décor à bossettes ; et l’usage des grandes jarres, auxquelles ces bandes étaient à peu près réservées, a pris naissance en Troade, pour se répandre
1. Amélineau, Nouvelles fouilles d'Abydos, T, p. 197 et pl. XIV, S ; XV,
ÉPOQUE NÉOLITHIQUE 31
dans les autres régions de l'Egée et .s’y modifier profondément.
Les potiers crétois, ne se bornèrent pas à transformer la jarre troyenne et à faire de ce « silo » mal équilibré sur sa pointe une cuve stable et d’un transport aisé ; ils furent les auteurs d’une modification plus importante, qui marque à la fois un progrès technique et un renouvellement du décor : le renforcement de la paroi au moyen de bandes plates ou tailladées en formes de cordes. Grâce à l’esprit ingénieux des potiers, favorisés par une prospérité artistique incomparable, le pauvre décor primitif prit des aspects variés et inconnus. Aussi peut-on s’étonner à bon droit que cette céramique à reliefs Cretoise, même pendant la période mycénienne, n’ait exercé son influence que dans quelques régions, et n’ait suscité de véritables imitations qu’à Mélos et en Argolide ; les potiers de Troie, qui empruntèrent à la Crète ce mode de décor, ne le firent sans doute qu’en raison de ses avantages pratiques ; loin de le développer ou d’en tirer des effets nouveaux, ils le simplifièrent à l’extrême et lui donnèrent un aspect des plus barbares.
Ainsi, ,1a. céramique à reliefs en pays grecs ne fut ni aussi simple ni aussi uniforme qu’on aurait pu le présumer au premier abord.
Seule, 1 ’ île de Chypre semble, dans ce domaine, avoir ignoré tout emprunt aux arts du dehors ; partout ailleurs les éléments importés, venus, à ce qu’il semble, d’Europe, se sont mêlés aux éléments autochtones, dans une proportion qui a varié suivant les régions, mais de manière à élaborer, d’assez bonne heure, un type de céramique originale, répondant aux progrès techniques et adapté à des goûts moins rudimentaires.
, D’autre part, pendant cette longue période, la céramique à reliefs a gardé un caractère assez particulariste ; même après que la domination crétoise eut facilité les relations entre les diverses régions du bassin égéen, les trois groupes que formaient Troie et la Crète, la Grèce septentrionale
PÉRIODE PRÉHELLÉNIQUE
et Orchomène, Chypre demeurèrent à peu près indépendants les uns par rapport aux autres ; les échanges y furent, jusqu’au bout, rares et intermittents : influence possible de Chypre sur la technique de certaines poteries troyennes ; en Thessalie et en Macédoine, emprunt à Troie du décor à spirales, emprunt à la Crète des bandes en cordelettes ; expansion dans le bassin égéen de la jarre troyenne ; voilà à quoi se ramène en résumé l’action de ces régions les unes sur les autres.
En somme, la céramique à reliefs pendant la période préhellénique nous apparaît comme une art sans vie ; elle est restée, en Crète, presque aussi immuable et aussi pauvre que chez les peuplades barbares de la Grèce septentrionale Il fallut, pour qu’elle se renouvelât, que la civilisation égéenne toute entière fût détruite ou transformée dans les grands bouleversements qui se produisent à la fin du second millénaire.
LA PËRIODE ARCHAÏQUE