‹ Les vases grecs à reliefsChapitre 194 sur 312 · Mon. Piot, XIV, 1907, pl. X A · texte numérisé non relu

Mon. Piot, XIV, 1907, pl. X A

5. Sur ce motif, cf. Roux, Hercul. et Pompéi, VIII pl. 2 ; Pagenstecher, Calen. Relief herarn., n° 26, etc...

la série des bols déliens, d’exemplaires portant une tête, ou un masque.

Beaucoup de fonds sont entièrement nus.

Sur d’autres enfin sont imprimées les signatures ou les -sigles des potiers (Voir ci-dessous, p. 393).

Il faut mettre à part, à côté de la série des bols, que nous venons d’étudier, deux vases qui représentent des spécimens tout à fait exceptionnels : ce sont deux lagynoi de Délos (n° 650 = pl. XIY, 4 et n° 651 = pl. XIY, 3). L’un et l’autre ont consacré les traces de la couleur jaune qui portait une dorure (voir p. 370) ; l’un et l’autre ont été décorés avec les mêmes poinçons que certains bols. L’un porte une suite de lièvres et de chiens courants. L’autre a une zone d’oves, une autre de chiens courants et une troisième d’ Amazones ; sur ces reliefs ont été appliqués deux masques comiques et une tête de statuette, représentant une vieille femme ivre, ouvrant largement une bouche édentée, d’un type bien connu par des reproductions diverses1. Tous ces sujets étaient revêtus d’une couverte polychrome ; on voit encore des traces de rose sur les chairs des Amazones, ainsi que sur la couronne et le visage de ,1a femme et sur les masques. Ce vase représente donc une survivance fort singulière de la céramique à reliefs polychromes et dorés : et c’est à ce titre qu’il méritait une attention particulière.

La preuve qu’il a existé à Délos une industrie de bols à reliefs nous est donnée par les faits suivants .

Le fond et la panse étaient d’ordinaire moulés séparément. Pour peu que la suture eût été hâtive et insuffisante, le fond pouvait se décoller sous l’action de la chaleur. C’est à cette circonstance qu’il faut attribuer le fait que deux fragments de fonds, découverts à Délos (Catal. nos 159, 534) se sont détachés l’un totalement (pl. XV, c), l’autre partiellement, du reste du vase ; les contours en sont encore très

1. Par ex. sculptures, Co’lignon, Hist. Sculpture grecque, II, fig. 311 ; Bull. Corr Bell, XXXVII, 1013, p. 338, fig. 1 ; figurines de terre cuite, Winter, Ant. Terraliot., III, p. 4G8, 8 ; Dueoudray-Gauckler, Musée Alaoui. I, 113.

LES BOLS A VERNIS MAT

nets et, si on les examine de près, on aperçoit des coulées de vernis rouge sur l’épaisseur de la tranche. Ces deux morceaux sont donc des déchets de fabrique.

D’autre part un autre débris de bol (Catal. n° 4) est composé de deux morceaux que l’on a pu exactement recoller ; chacun de ces morceaux présente une teinte différente qui tient à un degré différent de cuisson ; la différence de teinte est nettement délimitée par la cassure. Et là encore nous devons admettre qu’il s’agit d’un bol qui s’est fendu dans le four et qu’on a rejeté aux déchets.

Il est évident que ces trois fragments proviennent d’ateliers établis dans l’île. Comme ils sont, pour la terre, le vernis, le caractère du décor, tout à fait semblables aux autres bols de la collection, nous en devons conclure que la grande majorité de nos bols a été fabriquée à Délos même.

L’activité et l’importance de cette industrie délienne est démontrée par l’extrême abondance des débris recueillis (plus de 1200 avant 1914, sans compter ceux que leur insignifiance n’a pas permis de cataloguer) et aussi par le nombre d’ateliers que révèlent les diverses signatures dont suit la liste :

Meve^df/ou (14 exemplaires en 1914.) (Cf. PI. XY, a).

A6y;v3«su ( 6 — )

dn'Atovcç ( 6 — )

Topytou (5 - — )

Aisvua-tsu ? ( 1 — ) (Voir p. 364)

AY)][AY]Tpfc[u (1 )

A ces signatures, il faut ajouter un assez grand nombre de sigles, dont nous donnons la reproduction (fig. 83). (Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre d’exemplaires qu’on en connaissait en 1914.) Le premier de ces sigles, et sans doute le suivant, paraît renfermer le nom Ilapiou ; dans le premier de la troisième ligne, on lira sans doute Aàcu. Le groupe A IIP (2e ligne) est gravé sur le bord d’un bol, dans le vernis ; c’est peut-être la marque du propriétaire.

Parmi les vases dépourvus de signatures (c’est, bien entendu, le cas pour tous ceux dont le fond est décoré d’une rosace), j’ai pu déterminer un certain nombre de fabriques, uniquement par l’examen et la comparaison des motifs. En comparant, par exemple, les bandes d’oves, et en rangeant les bols suivant les types qu’offre ce décor, on constate que tel groupe, déterminé par une certaine forme d’oves, présente toujours les mêmes méandres, les mêmes rosettes, les mêmes décors végétaux. J’ai également

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Fig. 83. — SlGLES DE POTIERS.

(d’après des bols de Délos)

soumis à un examen minutieux les exemplaires dont les zones de bordure portent des losanges pointillés avec ou sans losanges emboîtés, ceux qui sont recouverts de folioles, etc... Enfin, j’ai pu grouper autour de l’atelier de Ménémachos 1 un assez grand nombre de bols qui ne sont pas signés pour la raison que le fond porte une rosace.

De ces comparaisons, il résulte qu'il a existé à Délos d’autres ateliers que ceux de Ménémachos, d’Athénaios, etc... et qu’un même fabricant se servait toujours du même jeu de poinçons. Je n’ai pas trouvé d’exception à ce second fait.

1. C’est en raison des nombreuses signatures de ce potier relevées à Délos, ou de la quantité des bols déliens qu’on peut rattacher à son atelier, que j’ai admis dans le répertoire des motifs (fig. 80, 10) , parmi des sujets exclusivement déliens, le Jugement de Paris qui orne un bol' de Ménémachos trouvé à Alexandrie.

LES BOLS A VERNIS MAT

Ces deux remarques nous autorisent à rapporter à la série détienne une assez grande quantité de bols dispersés dans les régions les plus diverses. A ce propos, il n’est pas inutile de répéter ce que nous avons dit déjà (p. 357) contre une opinion très répandue : on admet que, dans la céramique à reliefs, ce n’étaient pas les vases eux-mêmes qui voyageaient, mais les poinçons et les moules ; cela n'est vrai qu’exceptionnellement, et nous n’avons pu le constater que pour la grande fabrique du potier-coropiaste Ariston (p. 365). Si l’outillage seul avait fait un objet de trafic, il est évident que des vases issus de moules identiques, mais fabriqués en des lieux différents, devraient être d’une terre et d’un vernis différents ; il est non moins évident qu'un même vase pourrait être orné de motifs hétérogènes. Or, les observations que j’ai pu faire personnellement dans les Musées à Athènes, à Eleusis, à Constantinople, à Alexandrie, au Louvre, vont à l’encontre de ces hypothèses. Toutes les fois que je me suis trouvé en présence d’un bol qui me rappelait ceux de Délos, ce n’est pas seulement grâce aux motifs, mais c’est aussi grâce à lu nature du vernis et de l’argile et au galbe. du vase, que j’ai pu le ramener à la série délienne.

Inversement, il m’a été permis de faire, à Délos même, la contre épreuve. J’avais mis à part, dans la collection délienne, un petit groupe, très homogène pour la terre, pour le vernis, et pour le décor, de quatre fragments, très différents de la céramique délienne, et dont l’un portait un médaillon de ville avec la signature K (pêsi .(PL XV, j). J’étais convaincu que ces fragments venaient du dehors, sans savoir au juste d’où,, jusqu’au jour où une publication de M. Zahn 1 a fait connaître des vases portant cette signature et provenant de la Russie Méridionale. Nous sommes donc très nettement en présence d'une importation à Délos de vases confectionnés en Russie Méridionale.

Ceci dit, nous pourrons admettre que tous les bols, sans

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