Pottier, Catal. Vases antiques Louvre, I, p
36 PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
demeure spécial aux grandes jarres, celles-ci revêtent un aspect tout à fait différent : les anses multiples disparaissent ; le pithos n’est plus une « cuve » ou un « silo », mais un vase véritable, d’une architecture analogue à celle des vases peints : il comporte, d’ordinaire, deux anses ; le col et le pied y sont nettement détachés.
Ce changement dans la forme est dû sans aucun doute à un changement dans l’usage. Pendant la période préhellénique, les vases à reliefs avaient servi de récipients à provisions ; et nous avons vu (p. 4) que cette destination en expliquait les diverses particularités. Avec le nouvel état de choses, ce qui jusqu’ici avait été exceptionnel h devient de règle : désormais, comme les autres grands vases, monochromes ou peints, les vases à reliefs vont servir soit à « signaler » les tombes, soit à contenir les cadavres ; dès lors il n’y avait plus de raison pour que le vase à relief conservât une forme distincte des autres.
Une autre conséquence de cet usage nouveau fut la transformation du décor. Le changement de destination du pithos dut amener fatalement la rupture de la tradition ornementale ; et les ateliers qui restaient fidèles à la technique du relief ne demeurèrent cependant pas fermés aux leçons qu’ils pouvaient recevoir de la céramique peinte.
En même temps, la technique décorative se transforma : les bandes et bandelettes, collées à la barbotine, ou grossièrement modelées dans la pâte du vase, ou excisées, firent place à un décor obtenu par le moyen, soit d’un poinçon en creux, soit d’un rouleau gravé ; plus tard, dans certaines régions, les sujets furent modelés dans une couche d’argile appliquée sur le vase. On conçoit que ces procédés nouveaux pouvaient permettre une variété jusqu’alors inconnue dans les motifs décoratifs.
La rupture avec le passé ne fut, bien entendu, ni immé-
1. Ce n’est qu 'exceptionnellement que, pendant la période préhellénique, les pithoi ont servi à des usages funéraires (Nécropole de Yortan en Mysie, C.-R. Acad. Inscr., 1901, p. 812).
CARACTÈRES GÉNÉRAUX
diate ni complète ; ce n'est pas seulement en Crète que l’on constate, comme nous le verrons plus loin, le maintien de certains éléments primitifs, mais encore dans quelques régions qui semblent avoir ignoré cette technique pendant la période antérieure.
Le décor à bossettes ne disparut pas entièrement. On le retrouve, mais cette fois appliqué à de grands vases. De grandes jarres ovoïdes découvertes à Thermos \ et qui présentent ce décor, paraissent ne pas être antérieures au ixe siècle ; elles dénotent le même esprit de conservatisme que le temple «' à abside » 1 2 auprès duquel elles étaient placées. A Délos, un fragment semblable (inédit) a été recueilli dans les couches anciennes de terrain.
Le décor à bandes plates ou à cordes a survécu en Attique. On le trouve sur de grands pithoi funéraires, provenant du Dipylon, dont la forme paraît spéciale à l’Attique : la panse ovoïde, dépourvue d’anses, se termine en un col, de profil concave, à rebord aplati et repose sur un pied étroit. L’un de ces vases 3 porte, dans la moitié supérieure, trois bandes plates horizontales décorées de postes, de traits parallèles, de diagonales, de points, dessinés par incision. Un autre 4 a le col et l’épaule couverts de méandres gravés enfermant des croix gammées également incisées ; l’attache du col est entourée d’un triple rang de cordelettes. Enfin le motif des bandeaux, plats ou tailladés, complété par des disques imprimés ou des rosaces incisées se voit sur quelques fragments de vases d’offrandes découverts dans les fouilles de l’Acropole 5.
Un fragment de cratère trouvé dans la vif cité de Troie (qui date, comme on sait, de la fin du if millénaire) porte sous le rebord une suite de losanges excisés.