Ap. Wiegand, Priene, p. 414 sqq
2. Von Bissing, Cat. Mus. Caire, Metalgefâsse, nos 3447, 3448, 3430, 3451, 3463, 3547, etc...
3. Par ex. Maspero, Essais sur l’art égyptien, p. 198, flg. 62 (xix® dynastie).
4. Von Bissing, Catal. Mus. Caire, Fayencegejasse, nos 3703-3707, etc .. Cf. aussi les peintures de la xviii® dynastie, représentant des vases de ce genre, Prisse d’Avesnes, Hist. art. égypt., pl. LXX1V.
sentiel de la décoration. Les vases où apparaissait ce décor, étaient surtout des « situlae » oblongues, dont la partie inférieure portait une couronne de feuilles hautes et pointues, à nervures verticales ou obliques, disposées sur deux et trois rangs de profondeur. Il y avait aussi de hautes coupes en or ou en faïence, dont le corps était constitué par le calice floral lui-même.
Mais antérieurement à l’époque ptolémaïque, on ne trouve pas un seul exemplaire, à notre connaissance, qui reproduise même approximativement la forme du bol profond, si caractéristique de la toreutique d’Alexandrie. On en a donné comme exemples des bols profonds en faïence polychrome 1 dont la panse est couverte de palmes et dont le rebord est légèrement évasé ; mais ces bols sont d’une date très récente, et peut-être même contemporains de rétablissement des Romains en Egypte. On pourrait encore alléguer un vase en métal découvert à Chypre 2 ; ce vase, d’ailleurs dépourvu de reliefs, est exactement du type de nos bols à glaçure. Malheureusement, il provient de la collection Cesnola ; et l’on ignore par conséquent dans quelles conditions il a été découvert. Mais le fait qu’il figure, dans la publication, sur la même planche qu’une coupe égyptienne à godrons du type ptolémaïque, donne lieu de penser que nous avons à faire à un spécimen d’époque grecque. En tout état de cause, cet exemplaire unique, et dont on ignore la date, ne doit pas être pris ici en considération .
Faute de trouver dans l’art égyptien des antécédents authentiques aux bols de fabrication alexandrine, on a admis que la forme de ces bols, — c’est-à-dire des bols à rebords évasés, — était due à un développement logique et en quelque sorte instinctif du type de la coupe égyptienne en forme de calice, qui est constituée par le simple épanouissement d’un bouton de lotus. Mais, ici encore, la théorie est contre-
1. Catal. Musée Fol Genève, II, p. 521, pl. XI, fig. 4 ; von Bissing, Fayenceyef., n° 18.019.
2. Cesnola Cypr. Ant. Metrop. Mus. New-York, III, pl. XXX\ , 1, 4, 5.
dite par les faits. Entre nos bols et les calices à pied égyptiens, la différence est grande : il faudrait, d’une forme à l’autre, retrouver une chaîne d’intermédiaires. Ces intermédiaires n’existent pas. Le bol à bords évasés est un type nouveau aussi bien dans l’art égyptien que dans l’art grec.
D’autre part, sans attacher une valeur trop absolue aux considérations chronologiques (p. 322), qui nous ont permis de fixer au premier quart du me siècle, au plus tard, la fabrication des plus anciens bols de ce type, des bols « homériques », nous ne pouvons négliger l’argument qu’elles nous apportent. Qu’était Alexandrie, à ce moment ? Sans doute avait-elle déjà une étendue et une richesse considérables. Mais la foule cosmopolite qui y était accourue, formaiielle un de ces ensembles homogènes et stables, un de ces foyers ordonnés, vivants et harmonieux où les artistes créent, où le public se forme à des goûts nouveaux, où s’amalgament des traditions diverses ? Qu’on se rappelle cette nécropole de Sciatbi (p. 187), qui était réservée à une partie de la « colonie » grecque, et qui n’a rien fourni d’égyptien. Surtout, qu’on se rappelle ce que furent les premiers produits de la céramique proprement alexandrine : des hydries côtelées imitées gauchement de spécimens attiques, des vases à retouches fort médiocrement inspirés de ceux d’Athènes et de « Gnathia », des hydries, dites « d’Hadra », où la céramique du Cabirion béotien a exercé une action prépondérante. Toutes ces oeuvres, exécutées pourtant après 300, quand déjà la ville avait pris figure de grande capitale, donnent une piètre idée des facultés créatrices du premier art alexandrin. Elles sont dues à des gens transplantés depuis peu, qui, ayant apporté avec eux leur technique et leurs goûts, sé bornent à les mettre en œuvre, parfois non sans gaucherie, et qui n’ont pas encore jeté les regards sur cette vieille civilisation égyptienne, si riche en leçons et en exemples pour qui eût su en tirer profit. Dans un milieu encore aussi peu raffiné, et en tout cas aussi peu enclin à entrer dans des voies nouvelles, aussi attaché à ses traditions helléniques, les toreutes ne devaient pas
être plus curieux que les potiers ; tout comme eux, ils devaient être restés sans contact avec l’art égyptien. Qu’ils aient pu adapter un décor purement grec à une forme purement égyptienne, passe encore ; mais ce n’est pas là ce qu’il faudrait supposer : car on devrait admettre qu’ils furent capables, d’emblée et sans tâtonnements, de choisir dans les œuvres de l’antique industrie égyptienne, œuvres de faïence ou de métal, les coupes élancées en fleurs épanouies, pour n’y puiser qu’une inspiration lointaine et en transformer les éléments : entre les premiers vases du type des bols, — les coupes homériques, — et les calices égyptiens, la parenté est fort contestable.
Cette parenté, en fin de compte, se ramènerait à la présence d’une rosace de « palmes » sur le fond. On sait en effet que le type de la « palme », de la feuille oblongue où des folioles pressées et parallèles se groupent de chaque côté d’une tige, est inconnu de l’art grec antérieur au me siècle. Mais, à vrai dire, ce sont surtout de petites feuilles d’acanthe, d’un type essentiellement grec, qui forment les rosaces des bols homériques ; et l’on peut supposer que les « palmes » qui se voient sur certains exemplaires \ ne sont que des variétés de l’acanthe. On peut admettre aussi que certaines œuvres de l’ancienne Egypte qui commençaient, comme on sait, à pénétrer en Grèce, n’étaient pas sans inspirer quelques potiers d’esprit curieux.
Par contre, s’il est difficile de rattacher le bol hellénistique à un type de la vieille Egypte, nous avons vu qu’il n’est pas invraisemblable d’y voir une création grecque. Le texte d’Athénée (voir p. 349), qui parle de vases d’argile ou d’argent, «imitations de jattes à lait», et inventions de l’industrie béotienne, nous donne assurément le droit de l’admettre.
En définitive, c’est à l’art grec que l’on peut rapporter les plus anciens spécimens de l’industrie des bols, représentés par les coupes «homériques».