Von Bissing, Fayencegef., n
des toreutes confectionnèrent une coupe profonde, sans pied ni anse, dont, la forme reproduisait, purement et simplement le moule même où on l’avait coulée. Le décor principal consistait soit en côtes ou en cannelures, d’un type très répandu dans la vaisselle de métal, soit en sujets figurés plus rares, et remontant à des vases précieux ; ces sujets furent surtout d’origine littéraire dans les ateliers béotiens ; ailleurs, ils furent empruntés aux vieux thèmes mythologiques (centaures, amazones, etc...).
De ces trois catégories de bols métalliques, il ne nous est resté aucun spécimen ; mais leur existence est attestée ou probable. Seuls les bols côtelés et les bols à sujets littéraires ou réalistes ont donné lieu à des imitations céramiques ; les autres, les bots à thèmes mythologiques dont il faut bien admettre l’existence, en raison dès débris qui en sont passés dans le répertoire ornemental des séries céramiques postérieures, n’ont pas quitté le domaine de la toreutique.
Deuxième stade, que caractérise 1’ « émiettement » des sujets décoratifs des séries anciennes, et l’introduction d’éléments nouveaux. - — Le décor s’ «émiette» : sur les bols dérivés des bols «homériques», on voit des sujets pris aux scènes de l’Iliade, de l’Odyssée, de la tragédie ; sur ceux qui proviennent des bols « mythologiques », ce sont des amazones, des centaures, des thiases bachiques, etc. ; Ce sont des types purement « céramiques », où l’influence du métal est lointaine. Le premier demeure surtout confiné en Béotie, lé deuxième naît, en Attique. — Le décor s’enrichit : des motifs nouveaux ise mêlent aux anciens; une corolle de petites feuilles entoure le fond.
L’un et l’autre groupe, comme dans le premier stade, poursuivent leur évolution parallèle, et, comme précédemment,, ils le font sous l’effet, d’une action commune. A ce moment, les regards se tournaient vers Alexandrie.
On sait, avec quelle faveur la nouvelle capitale accueillit les magnifiques ouvrages des ciseleurs et des orfèvres. La fête donnée par Ptolémée II Philadelphe, peu après son ac-
cession au trône (en 285) nous a été complaisamment décrite par Kallixénos, l’un des historiens d’Alexandrie 1 ; des heures durant, on vit défiler tout ce que l’art des toreutes avait pu produire de plus beau et de plus cher, les vases les plus habilement ornés et les plus lourds, les amphores, les cratères, les oenochoés, les vases de Corinthe, les vases de Laconie. Cette pompe fastueuse, plus orientale que grecque, ce défilé de richesses, inaugurait en quelque sorte la véritable fondation de la capitale ptolémaïque et consacrait le début de son rôle dans la civilisation et dans l’art du monde nouveau. Si, parmi les œuvres qui s’étalèrent au cours de la fête, quelques-unes répondaient à de vieilles formes grecques, tels que les cratères « laconiens » et «corinthiens», il est. probable que cette vaisselle d’or et d’argent sortait en partie des ateliers d’Alexandrie. Et dès lors, la cité peut être considérée comme la nouvelle capitale de l’industrie toreutique, et comme le centre principal de sa diffusion.
Entre Alexandrie et la Béotie le contact s’était établi bien avant cette cérémonie ; contact brutal, mais qui n’eut pas uniquement des effets désastreux. Thèbes, rasée impitoyablement par Alexandre en 335, puis relevée de ses ruines vers 315 par Cas-sandre, puis révoltée de nouveau en 293 et 290, et. définitivement, mise à la raison par Démétrius Poliorcète, fut entraînée, bon gré, mal gré, dans l’orbite de la puissance égyptienne. Un courant s’établit entre l’Egypte et la Béotie. Le fait que les vases du Cabirion ont exercé leur influence sur la céramique peinte d’Egypte, rend vraisemblable une action pareille de la toreutique. béotienne dans l’Alexandrie des premiers temps : peut-être est-ce de Béotie qu’Alexandrie a reçu les premiers modèles de ces bols en argent qui devaient y rencontrer un tel succès. Plus tard, inversement, la Béotie accueillit à son tour les produits divers de l’industrie alexandrine, comme en font foi les objets qu’on a recueillis dans son sol : un