‹ Les vases grecs à reliefsChapitre 220 sur 312 · Arch. Anzeig, 1S99, p · texte numérisé non relu

Arch. Anzeig, 1S99, p

nature des échanges d’une région à l’autre, je donnerai ici les résultats de l’examen auquel je me suis livré pour la collection de Délos.

Prenant, par exemple, un motif aussi commun que les bandes d’oves, j’ai comparé avec toute l’attention voulue, les divers bols qui présentent ce décor (fig. 76, 2). S’il est exact que les potiers se soient approvisionnés à des marchands de poinçons, la quantité de spécimens que j’ai maniés pourra en apporter le preuve. Or, j’ai constaté tout d’abord l’existence d’une vingtaine de groupes ; et j’ai remarqué ensuite que, si les oves de telle forme A se rencontraient sur le même bol, par exemple, avec des méandres de forme B, chaque fois que les oves A se retrouvaient sur un autre bol avec des méandres, ceux-ci répondaient exactement à la forme B. J’ai répété l’expérience sur de nombreux exemplaires et j’en suis arrivé à cette conclusion que dans une série, pourtant aussi uniforme de caractère et d’aspect que celle des bols déliens, on peut distinguer diverses fabriques et qu’à chaque fabrique correspond un jeu de poinçons qui lui est propre. Tout atelier avait donc son modeleur ; ce qui revient à dire que toutes les opérations de fabrication, depuis la confection des motifs jusqu’à la cuisson, avaient lieu dans le même établissement.

Cette impression sera, je pense, renforcée, si l’on constate combien différents d’une région à l’autre sont les motifs de même sorte. Les produits d’une même localité présentent dans leur ensemble un aspect si particulier que nous n’avons pas hésité à attribuer à chacune des régions examinées dans le chapitre précédent ses ateliers de céramique propres. Ainsi, depuis les temps de la décoration peinte, les procédés et les usages sont restés les mêmes chez les potiers grecs ; ces potiers, même quand ils n 'étaient plus capables que d’une besogne mécanique de copistes, n’ont, jamais renoncé à l’habitude de donner une marque particulière aux produits sortis de leurs officines.

Si chaque pays possédait ses ateliers, il est à priori vraisemblable de supposer que tels d’entre eux, bénéficiant d’une

vogue particulière, ont répandu leurs produits en diverses régions. Mais cette expansion fut-elle due à l’exportation des vases, ou à la vente de moules tout prêts ? J’ai indiqué déjà (p. 396) que, parmi les trouvailles de diverses origines, figuraient certains bols que l’on devait rattacher pour la forme et l’ornementation aux fabriques déliennes. Pourtant, en ce qui concerne les trouvailles de Crimée et de Priène, M. Zahn a cru reconnaître que les bols qui sont, à mon avis, du type délien ne se distinguaient en rien pour l’argile des bols fabriqués sur place. Ceci me paraît contestable. J’ai déjà signalé en effet (p. 395), qu’il m’avait été loisible d’examiner a Délos un fragment signé de Kàpêsiç et que j’avais constaté entre ce fragment et la série délienne des différences techniques sensibles. Puisque le bol de Kcpgstç auquel appartenait ce fragment (pl. XV, f) est venu de Crimée à Délos, il est à admettre que des échanges inverses ont eu lieu. J’ai pu également constater par moimême et faire vérifier ensuite sur place, par comparaison avec des échantillons de bols déliens, que trois bols trouvés à Myrina (Musée de Tchinily-Kiosk, nos 2156, 2160, 220) étaient semblables, pour la terre et le vernis, ausi bien que pour les motifs, aux vases de Délos. Enfin M. Zahn a noté lui-même que des bols à glaçure découverts en Crimée étaient des produits importés. Il y a donc eu entre les- diverses régions un trafic, plus ou moins suivi, portant sur les vases eux-mêmes ; il n’est d’ailleurs pas exclu que les moules ont pu, eux aussi, voyager.

En résumé, il paraît certain, d’une part, que chaque centre industriel de quelque importance a eu ses ateliers propres, et d’autre part, que certains d’entre eux ont travaillé pour l’exportation.

Nous ne reviendrons pas sur l’extrême diffusion de ces vases ; ce qu’il faut ici surtout, c’est tâcher de mettre en lumière celles de ces fabriques qui ont pu exercer quelque influence. D’une fabrique à l’autre, nous l’avons constaté, les différences tiennent pluôt à de menus détails, répartition

du décor, dessins et aspects des motifs, prédominance de certains motifs, saillie plus ou moins grande du relief, formes diverses des rebords, etc... Mais l’ensemble est des plus uniformes et se rattache aux mêmes origines : et l’on reconnaît dans chacun d’eux le mélange à doses variées d’éléments assez divers.

Il n’est pas douteux pourtant que certaines fabriques ont servi d’agents de diffusion. Malheureusement, faute d’indications chronologiques précises, on ne peut rétablir l’ordre d’ancienneté qui nous permettrait des conclusions sûres ; et il faut avoir recours à des considérations d’autres sortes.

Il vient naturellemnt à l’esprit de rechercher la plus ancienne fabrique des bols à calice végétal en argile, dans la ville où est née l’industrie de leurs modèles métalliques, à Alexandrie. Et, de fait, certain bol qu’on y a découvert (fig. 84) paraît reproduire un modèle de métal avec tant de fidélité et de précision qu’on pourrait y voir non pas une copie, mais un surmoulage, et qu’il pourrait être considéré comme l’un des plus anciens essais d’imitation en argile du bol métallique à calice végétal. Il y a lieu toutefois de remarquer que ces œuvres de la céramique alexandrine n’ont pas eu, à ce qu’il semble, toute l’expansion, toute la floraison qu’on eût attendu. Leur influence dans la céramique contemporaine est à peine sensible ; peut-être doiton y rapporter le type du bol italien à rebord étranglé ; peut-être tel bol trouvé à Pergame 1, et qui se distingue nettement de la série pergaménienne, est-il d’une fabrique née dans le rayon d’action d’Alexandrie, sinon à Alexandrie même. Mais cela en somme est bien peu de chose ; et c’est ailleurs que nous devons chercher les centres où la céramique nouvelle a trouvé l’éclat, la faveur et la réputation nécessaires pour être capable de se répandre au dehors.

Dans la diversité si grande des groupes locaux, il est possi-

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