Arch. Iahrb., V, 1890, p
S. Ward, Cylinders..., pl. XXXIV, 261.
62 PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
Des considérations qui précèdent, on peut tirer des indications chronologiques : les rapports du second groupe avec les styles géométrique et orientalisant de la céramique peinte « rhodiemne » permettent de placer T industrie des vases à reliefs de Rhodes et de Carie au vu6 siècle. Il est, du reste, attesté que les nécropoles d’où proviennent nos amphores renfermaient, parmi leur mobilier funéraire, des vases peints de style « rhodien-orientalisant » 1. Dès lors, on peut vraisemblablement attribuer au vnf siècle au plus 1 ôt, les vases du groupe le plus ancien.
vme- viie siècles. C’est le moment où le littoral asiatique et les îles proches, — points de passage des migrations en flux et reflux, — voient l’art ionien, encore imprégné de traditions mycéniennes, à peine entamé par l’apport dorien, se renouveler au contact des vieilles civilisations de Lydie et d’Assyrie pour former le style «orientalisant». Nous avons vu que ces divers éléments se retrouvent, à des degrés différents, dans la céramique rhodo-carienne. Pouvons-nous préciser davantage et entrevoir par quelles voies ont pénétré à Rhodes et en Carie les éléments divers dont se compose le style de la céramique à reliefs dans ces régions ?
Tout d’abord, on peut constater que la technique du décor plastique et l’usage des grandes jarres n’y sont apparus qu’avec nos amphores. L’art mycénien qui fut, dans la dernière partie de son développement, des plus florissants à Rhodes, n’y introduisit pas le pithos crétois à relief. Le grand vase à relief y est donc arrivé postérieurement à la période mycénienne ; de fait il est à noter que, par le profil vertical du col et par la séparation nette du col et des épaules, ces vases rappellent ceux de la dernière période de la céramique thessalienne (fig. 5), de l’antre diktéen (fig. 8) et des fabriques Cretoises post-minoennes (pl. I c). Ils se rattachent donc à un ensemble qui n’apparaît dans les pays grecs qu’avec la décadence de l’art mycénien et l’avènement d’un
I Ath. Mitt., XXI, 1896, pl. VI.
BHODES, BÉOTIE, ETC...
art nouveau. Il est donc possible que ce type de vase y ait été introduit par les envahisseurs.
Pour oe qui est du décor, nous avons signalé ci-dessus, en étudiant en détail les motifs, les ressemblances qu’il offre avec celui de la céramique peinte. Les différences ne sont pas moins instructives. Si l’on se reporte aux différents groupes que M. Dugas a distingués parmi les vases peints <: rhodiens-géométriques »', on constate que la parenté entre les vases peints et les vases à. reliefs n’est réelle que pour les deux plus anciens groupes de vases peints : groupe de transition et groupe 1 1 ; les motifs qui caractérisent le groupe II, — croix de Malte dans des cercles concentriques, étoiles, motifs végétaux, oiseaux, — sont inconnus de la céramique à relief. Pareillement la disposition du décor en zones parallèles et étagées, telle qu’on la voit sur nos vases à relief, rappelle, dans une certaine mesure, les vases peints « rhodiens-géométriques » du groupe I, mais se distingue tout à fait du groupe II où les zones sont souvent divisées en compartiments par des traits verticaux.
Ainsi le style géométrique rhodien n’a coïncidé, pour les vases à reliefs et les vases peints, que pendant la période des origines. A partir du moment où apparaît, dans la céramique peinte, un style nouveau, les deux séries tendent à diverger ; dans chacune d’elles, série à reliefs, série peinte, certains motifs antérieurs persistent, mais l’essence même de chacune est modifiée, et l’on voit très nettement que chacune d’elle se porte vers des modèles d’origines différentes. Or, tandis que les vases peints (groupe II et III) paraissent poursuivre leur évolution interne, dans le grand mouvement de la céramique des Cyclades et peut-être aussi sous l’influence d’Athènes et d’Argos, ainsi que le suppose M. Dugas, tandis que le courant les porte vers l'Occident, c’est vers l'Orient que se retournent les fabricants de vases à reliefs ; c’est à l’Orient, et plus spécialement aux œuvres métalliques
1. Les motifs du groupe II qui se retrouvent, sur nos vases étaient déjà usités dans le groupe de transition et le groupe I.
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orientales qu’ils empruntent ces volutes mycéniennes, dont les cylindres hettéens avaient maintenu l’usage, les tresses simples ou doubles, les entrelacs, et tous les motifs animés, y compris les serpents des anses dont l’on peut voir l’origine dans certaine céramique grossière découverte en Perse b
Qu’il y ait eu entre nos vases à reliefs du second groupe et l'art oriental un contact direct, c’est ce dont on ne peut guère douter. Et pourtant, le contact n’a peut-être pas été uniquement direct ; et l’on peut se demander si certains motifs ne sont pas entrés d’Orient à Rhodes par le long détour de la bijouterie athénienne. On sait que des lamelles d’or, portant un décor animé (lions, cerfs, centaures, combattants) et un décor géométrique dont l’élément essentiel est la volute mycénienne, ont été découvertes dans des tombes de l’Attique1 2, et en particulier au Dipylon même3. M. Poulsen 4 suppose que ces ouvrages d’orfèvrerie, s’ils ont été fabriqués à Athènes, l’ont été tout au moins sur des matrices importées d’Orient. Cela paraît probable pour la plupart des cas ; mais il est tel diadème en or provenant d’Athènes 5 qui est orné de centaures et de combattants, qui rappellent d’une manière frappante ceux que bon voit sur des vases peints du Dipylon et sur des amphores à reliefs rhodiennes. Or on a retrouvé à Rhodes, non seulement des vases attiques du style Dipylon 6, mais encore, semble-t-il, des bijoux attiques 7 . Dans ces conditions,
1. Mémoires de la Délégation en Perse, XII, p. 210, 211, flg. 407, 408, etc... Peut-être aussi y a-t-il lieu rte penser à l’Egypte, où des vases décorés de « serpents » en relief ont été découverts près d’Abydos, Amélineau, Nouv. fouilles d’Abydos, I, p. 197.
2. Saglio-Pottier, Dict. Ant., s. v. Caelatura, fîg. 933 ; ’Eœvjp. àpy., lS8o,pl. 9, 1 et 2.
3. Ath. Mitt., XVIII, 1893, p. 109, fig. 7 ; Perrot-Chipiez, VII, p. 246. fig. 113.