C. Collection privée. — Même provenance
Sur le col, une procession de femmes ; sur la panse, une zone d’archers nus à cheval.
Ibid., p. 463-467, fig. 8-10.
D. Collection privée. — Même provenance.
Sur le col, lutte entre deux personnages (Héraklès et Kyk-
1. De Ridder a consacré à cette céramique une étude très approfondie et détaillée {Bull. Corr. Hell, XXII, 1S9S, p. 439-471 et 497-519 , Poses Bibl. Nat., pl. XXXIV, 166 bis et 166 ter). Y ajouter E. Pottier, Mon. Grecs, II, 1885-1SSS, p. 44-48, pl. VIII.
RHODES, BÉOTIE, ETC
nos ?) ; la scène est bordée en haut d'une frise de coqs ; sur la panse, deux zones de bœufs et de guerriers.
Ibid., p. 497-502, fig. 11-16.
E. Louvre. — Provenance présumée, Tanagra.
Fragment représentant un chœur de femmes.
Ibid., p. 506 = Pottier, Mon. Grecs, II, 1885-1888, p. 44-48, pl. VIII
F. Bibliothèque Nationale. •
Fragment de col représentant Europe sur le taureau.
De Ridder, Mélanges Perrot, p. 297 et suiv. ; Id . , Fuses Bibl. Nat., pl. XXXIV, 166 bis.
G. Bibliothèque Nationale.
Fragment de panse représentant une frise de chevaux ailés.
De Ridder, Mél. Perrot, p. 297 et suiv. ; Id., Vas. Bibl. Nat., pl. XXXIV, 166 ter.
Entre nos vases et ceux de Rhodes la parenté est évidente. Si l’on se reporte à la pl. III a et b, on constate, pour ce qui est de la forme, une identité poussée aux moindres détails : :1e col avec son embouchure évasée, l’épaule sphérique, le large anneau qui enserre la base, les anses hautes et ajourées avec le serpent en relief sur la tranche, sont autant de particularités qui rappellent la céramique à reliefs de Rhodes et de Carie. On pourrait faire les mêmes rapprochements en ce qui concerne la répartition du décor : dans un cas comme dans l’autre, il s’encadre sur le col en un tableau rectangulaire, et s’étage en zones sur la panse ; il ne s’étend que sur le devant du vase et seulement dans la moitié supérieure.
Mais les différences ne sont pas moins sensibles. Elles portent d’abord sur la technique : à Rhodes, le relief est appliqué au poinçon ou au rouleau ; sur les vases de Béotie, le potier n’a usé du poinçon que pour les détails d’ordre secondaire ; pour l’essentiel, son procédé était très particulier : à l’intérieur d’une esquisse préalablement tracée à ]a pointe, il étalait la pâte sur une faible épaisseur, et complétait son œuvre en y creusant ou en y estampant les traits du visage, les boucles des chevelures, les broderies des étoffes, les bordures, les mouchetures des corps d’ani-
PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
maux, etc... C’était là, comme on le voit, un procédé tout à fait analogue à celui qu’on constate pour les vases à figures noires ; et le modeleur en dessinant les contours, en remplissant la surface ainsi limitée, et en reprenant les détails dans cette première couche uniforme, n’agissait pas autrement que l’eût fait un peintre.
Fig. 14. — Jarres Béotiennes : Motifs décoratifs des Bandes et des Anses
Au point de vue technique, il faut encore signaler une différence légère dans la structure des anses : dans les vases de Rhodes, l’anse est intérieurement consolidée de contreforts croisés et ajourés ; dans les vases de Béotie, l’anse est pleine, à l’exception de deux cavités au haut et au bas, et perforée de trous menus sur toute la surface.
Si, sur nos amphores, la décoration est ordonnée suivant le même principe que sur celles de Rhodes, elle y est exécutée dans un esprit très différent et dénote un progrès très net dans le sens de la clarté, de la logique et du réalisme.
RHODES, BÉOTIE, ETC
L’épaule et le corps du vase ne portent plus qu’une ou deux zones soulignées d’une bande étroite. Le cadre du col, sorte de métope intercalée entre les anses, reçoit, tout comme les métopes architecturales, une petite scène à quel-
Fig. 15. — Jarhes Béotiennes: Motifs décoratifs de la Panse
ques personnages. Les motifs géométriques, qui sont en nombre réduit, ne jouent plus qu’un rôle secondaire, soit dans les bandes étroites qui surmontent, soulignent ou encadrent les grandes zones, soit sur les anses. Enfin, à l’exception de
PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
la salamandre qui occupe le champ au-dessus de Gorgone (fîg. 14, h), tout motif de remplissage a disparu.
On voit par le tableau de la fig. 14 si on le compare à celui de la fig. 13, que le répertoire d’origine linéaire est extrêmement réduit par rapport à la céramique rhodienne ; il se ramène à un petit nombre de motifs très simples. Ces motifs, à l’exception des dents-de-loup, des têtes de clous et des rayures verticales (fig. 14, a, b, c), sont dérivés du cercle ou de la spirale : rosaces à quatre branches, torsades, postes et palmettes, guirlandes de lierre (d-i). Les seuls motifs animés sont une salamandre (k) et une frise de coqs (j).
Les larges zones de l’épaule et de la panse (fig. la) sont ornées de files d’animaux ou de personnages : cerfs et. biches, boeufs et guerriers en embuscade 1', archers à cheval, choeur de danseuses.
Les sujets qui décorent le col (fig. 16) sont empruntés à des scènes mythologiques ou religieuses, dont le sens est parfois très obscur, soit qu’il en faille accuser la maladresse de l’artiste à traiter des sujets nouveaux pour lui, soit qu’il s’agisse de légendes locales dont le sens exact nous échappe. Sur un vase, on voit un personnage féminin à la robe très ample que pressent deux autres petits personnages et qu’encadrent héraldiquement deux fauves dressés (fig. 16, e) à la manière de ceux qui couronnent la porte de Mycènes ; s’agit-il, comme le pensait de Ridder, d’une oécr.cna Gïjpwv, assistée de deux parèdres ? Ne s’agit-il pas plutôt, comme le veut M. Wolters, d’une Ilithyie en mal d’enfant, encouragée ou aidée par deux accoucheuses, les fauves ne jouant aucun rôle dans la scène ? 2
Sur deux autres vases, on voit Persée décapitant Gorgone (fig. 16, c) ; l’artiste pour exprimer la naissance de Pégase n’a pas trouvé d’autre moyen que de pourvoir Gor-
1. Il s’agit sans doute ici d’un sujet emprunté à l’épopée (Cf. Iliade , XI, 072 et surtout, dans la description du bouclier d’Achille, XVIII, 525 sqq).
2. Ce rôle purement décoratif des fauves n’aurait pas de quoi surprendre ; on en trouve l’analogie dans le fronton oriental du vieux temple de Delphes (Bull. Corr. Hell. XXXVIII, 1914, p. 327 sqq).
RHODES, BÉOTIE, ETC
gone d’un arrière-train de cheval. Ailleurs, un personnage saisit par la main et s’apprête à transpercer de son épée un adversaire assis sur un trépied (fig. 46, d). De Ridder croyait qu’il s’agit de la lutte d’Héraklès et de Kyknos
Fig. 16. — Jarres Béotiennes : Motifs décoratifs du Col
dans le bois sacré d’Apollon. — Ailleurs, on voit Europe sur son taureau (fig. 46, /). — Ailleurs, quatre canéphores portant sur la tête un Xâpva^ et accompagnant une femme, déesse ou prêtresse (fig. 46, a).
PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
Chacune de ces petites scènes forme un tout ; mais, fait à noter, quelques-unes d’entre elles, tout au moins, paraissent se rattacher au reste de la décoration : il existe un rapport plus ou moins proche, plus ou moins logique, entre elles et les défilés d’animaux ou de personnages qui occupent les zones de la panse. C’est ainsi que les archers à cheval d’une de ces zones (fig. 15, d) semblent participer, comme l’a pensé De Ridder, à la « panégyrie » dont la scène principale est figurée sur le col, de même que les cavaliers des frises du Parthénon accompagnent les canéphores. Pareillement, sur l’un des deux vases qui portent des zones de biches et de cerfs (fig. 15, a), ces animaux évoquent peutêtre l’Artémis Ilithyie, si telle est bien la divinité figurée dans la scène principale.
Ces jarres représentent les spécimens très homogènes, exactement limités dans l’espace et dans le temps, d’une seule et unique fabrique, probablement même d’un seul et unique atelier, à l’intérieur duquel aucune évolution ne s’est produite, et qui a brusquement disparu sans laisser d’imitateur. L’étroite parenté de toutes ces amphores est démontrée non seulement par l’unité du style, mais encore, ce qui est plus probant, par l’identité de certains détails où se révèlent les mêmes tours de main, des habitudes de métier pareilles.
Le style se caractérise non seulement par la régularité de l’ordonnance, et par l’adaptation logique du décor à la surface décorée, ainsi que nous l’ont montré des exemples, mais aussi par la recherche du réalisme dans le costume et les attitudes. On notera le geste familier des parèdres de •-< Ivybébé », la besace, la et les chaussures de Persée,
les bonnets asiatiques des archers à cheval, la reproduction sur les vêtements de ces « bractées » dont on a retrouvé lant de spécimens dans les tombes béotiennes.
Si l’on passe aux détails, il est aisé de noter entre tous ces visages des caractères identiques : forme du nez proéminent, lèvres saillantes, bouche largement entaillée, œil
RHODES, BÉOTIE, ETC
ovale à coins bisautés, cerné d’un bourrelet et si démesuré qu’il occupe presque toute la joue, menton effacé, barbe en pointe, oreille incorrectement dessinée, cheveux couvrant le front et retombant en tresses striées ; on peut faire les mêmes remarques pour le pouce trop long et détaché de la main, pour la. musculature des jambes indiquée par larges méplats, pour le dessin des pattes et de la queue des chevaux, des hœufs et de Méduse, pour l’attitude de Persée et d’ « Héraklès » pour les ornements des vêtements, etc...
Ainsi, toutes ces remarques nous amènent à cette conclusion : nos vases appartiennent à un même atelier, dont la durée n’a pas dû se prolonger et qui ne peut avoir été qu’un atelier béotien. Son existence ne peut se placer qu’au vie siècle.
De Ridder 1 a montré en effet que ces vases, si l’on songe à leur destination de ar^.x-x funéraires, rie peuvent avoir été fabriqués que dans le proche voisinage des nécropoles où ils ont été découverts. De plus leur argile semble avoir été fournie par la Béotie2. Enfin, les motifs «géométriques » appartiennent tous au répertoire des artisans béotiens. Les filets parallèles, les têtes-de-clous ainsi que les dentsde loup se rencontrent sur les vases proto-béotiens 3 et sur les vases peints archaïques 4 ; les torsades, les postes, sur les lames « argivo-eorinthiennes » trouvées en Béotie 5 ; les ornements estampés des amphores C et E reparaissent sur des fibules, des terres cuites ou des peintures d’origine béotienne, ou sont du moins fréquents dans l’art mycénien, qui a laissé dans la région Cadméenne une trace profonde. Les guirlandes continues des vases A-C-D (fig. 14, ?) nous cnt semblé particulières aux ateliers de la région. Le serpent, le coq, le cerf appartiennent au groupe d’animaux que le bronzier ou le potier de Béotie reproduisent avec prédi-