ATELIERS II’ ITALIE
ETRURIE. — Avec les vases de l’ Italie Méridionale ne se clôt pas pour la période archaïque l’histoire de la céramique à reliefs proprement grecque : il a existé en effet en Etrurie, une fabrique très différente des fabriques étrusques de vases noirs à reliefs, où l’on peut retrouver une influence directement venue de la Grèce orientale et continentale h
On sait quelle prédilection les Etrusques ont montrée presque dès l’ origine pour le procédé du relief en terre cuite 1 2 et avec quelle exubérance ils ont couvert de décor modelé les formes multiples de leurs vases : amphores à deux et quatre anses, calices à anses surélevées, coupes à caryatides, cratères à trois pieds, dinoi à pied haut, canopes, grandes jarres ovoïdes cannelées, etc., toutes formes qui ne se rencontrent qu’en Etrurie. La vigoureuse originalité étrusque se manifeste aussi dans les divers procédés de leur technique : le « bucchero nero » est devenu, par sa transformation, une caractéristique de l’art étrusque ; sur cet enduit noir uniforme qui rappelait le lustre du bronze, les potiers d’Etrurie ont jeté une vive et sauvage polychromie de jaune, de blanc, et de rouge : ils ont multiplié les découpures et les vides ; ils ont employé des instruments tels que la roulette dentelée, l’emporte-pièce, le poinçon quadrangulaire. En comparaison de cette exubérance, l’art grec paraît timide et pauvre. Pour ce qui est de la répartition du décor, c’est à l’Etrurie que sont spéciales les petites métopes, décorées de reliefs, mises bout à bout en cercle autour du vase et aussi les minces cannelures qui couvrent les grands pithoi d’argile rouge, de l’épaule à la base. Et enfin, la lionne à double corps, l’homme à tète d’âne ou de chien, les divinités à quatre paires d’ailes, les génies à têtes d’aigles et ailes dentelées, les chimères à plusieurs têtes... tous ces
1. Voir en particulier Pottier, Catal. Pas. Louvre, I, p. 297-415 : Pellegrini, Studi e Materiali, I, p. 87-118.
2. Voir entre autres Pottier, Vas. Ant. Louvre D 254, etc... De Ridder, Vases Bibl. Nat., nos 167, 168, 169 ; Pellegrini, Studi e materiali I, p. 87-118 ; Masner, Samml. Ant. Oesterreich. Mus., nos 207-214 ; Arch. Ans., 1891, p. 16, etc...
PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
monstres, ignorés de l’artiste grec, sont fils de la religion et de l’art purement étrusques.
Tout cet art du « bucchero nero » est trop vigoureusement original et trop différent de l’art grec, malgré la parenté générale qui l’unit à celui-ci, pour entrer dans le cadre de notre étude. Il n’en est pas de même d'une céramique qui s’est développée au vf siècle dans l’Etrurie Méridionale : celle des vases rouges de Caere.
On sait que Gaeré est une des villes d’Etrurie qui entretinrent les plus étroits rapports dès le vT siècle 1 avec la Grèce continentale et en particulier avec Athènes et Corinthe. D’autre part, un trafic industriel s’était établi à la même époque entre cette région et l’Italie Méridionale, ainsi que le prouve, par exemple, la découverte à Toscanella d’une plaque votive à reliefs2, que sa bordure d’oves paraît désigner comme une œuvre sicilienne (voir p. 100). Enfin, il n’est pas douteux que Gaeré, comme le reste de l’Etrurie, a dû être largement ouverte aux œuvres «ioniennes». G’ est sous cette triple influence que s’est formée et développée 'dans cette région la céramique à reliefs 3.
Cette céramique comprend de grands vases en argile rouge sans couverte qui se ramènent à deux types :
1° Des pithoi ovoïdes à larges bases et à large orifice évasé, cannelés sur toute la hauteur de la panse ; sur l’épaule courent des festons et des lignes ondulées ; sur la panse, au haut et au bas, sont imprimées des bandes étroites portant dans une suite de rectangles juxtaposés des petits motifs surtout animés ;
2° Des plats très creux, montés sur de hauts supports coniques pleins ou échancrés, et qui portent, pour toute décoration, les mêmes motifs que les bandes des pithoi estampés sur le rebord. Ces plats servaient sans doute pour la plu-
1. On sait que Caeré-Agylla avait édifié un trésor à Delphes.
2. La jilaque, qui est au Louvre, représente un eliar avec cocher et guerrier à pied (Bull. Corr. Bell., 1888, p. 0O6).