G. — VASES ORNÉS DE FIGURES EN HAUT-RELIEF
Les vases de cette catégorie, qui se rattachent beaucoup moins à la céramique qu’à la coroplastique, ne figurent ici qu’à titre de transition entre les deux arts.
Du vase, il n’ont guère gardé que le col, — qui est tantôt du type des lécythes et tantôt de celui des oenochoés, — l’anse et une portion plus ou moins grande, et toujours déformée, de la panse. C’est aux figurines de terre-cuite qu’ils se rattachent, tant par la technique que pour les motifs décoratifs.
Du point de vue de la forme et de la technique, ils ne comportent que peu de variétés. La plus proche de la classe précédente comprend des lécythes oblongs sur lesquels a été appliqué un groupe en haut-relief à fond plat, trop large pour épouser la convexité de la panse, et qui dépasse celleci par les bords : tel est le cas d’un groupe de lécythes re-
présentant Europe sur le taureau1. D’ordinaire la ligure constitue l’une des faces mêmes du vase ; au relief, modelé en saillie plus ou moins haute, on a ajouté un morceau de panse dont les contours rejoignent tant bien que mal ceux de la figure ; le potier, pour augmenter la capacité du récipient dont le contour doit s’ajuster à celui de la figure, use d’expédients qui donnent à cette figure une surface suffisante : c’est ainsi qu’il ajoute des ailes à des figures qui n’en comportent pas, ou qu'il fait flotter un pan d’étoffe dont l’utilité ne se justifie pas, ou qu’il place en arrière de la figure un fond indéterminé, ou une treille, ou une conque marine. Plus rarement enfin la figurine est entièrement modelée en ronde-bosse, comme une figurine de terre cuite, et le vase y est adossé. Le socle, sauf de rares exceptions, est tantôt rectangulaire, tantôt ovale, sur le type des statuettes. D’ordinaire des rosettes dorées complètent le décor, soit dans les vides, soit sur les contours mêmes de la figure.
Les sujets appartiennent presque sans exception au répertoire des coroplastes 2 ; ils n’ont au contaire que peu de rapport avec ceux des vases à reliefs. Ils se ramènent à quelques motifs, comportant une ou deux figures, qui font surtout partie des cycles d’Aphrodite, d’Eros et des génies ailés, de Dionysos enfant ; à ces représentations, il faut en ajouter d’autres plus rares : Europe, Léda et le cygne, Borée enlevant Orithyie, Niké ailée, génie ailé sur un hippocampe, Sirène ailée, Papposilène.
Il est à noter enfin que la plupart de ces vases plastiques sont originaires d’Athènes, d’où ils ont essaimé à Tanagra, à Thèbes, à Corinthe, à Naxos et Mélos, en Crimée, et en Cyrénaïque. Il ne semble pas que ce genre ait rencontré en Italie la même faveur que les vases à reliefs de la classe précédente .
1. Par ex. Stephani, Catal. Ermitage, n° 2315 ; C.-R. 1S66, pl. 2, 33 ; Nicole, Suppft; n° 1222 ; Athen. Mitt., XXVI, 1901, p. 53, n° 6 ; Catal. Vas. Brit. Mus., IV, G. 6, etc...
2. Voir la liste donnée par M. Sechan, Rev. Arch., XX, 1912, p. 123-126.
LES VASES A RELIEFS POLYCHROMES
Si d’étroites ressemblances de technique et de style nous autorisent à grouper dans une même étude les vases à reliefs polychromes et les vases plastiques, il faut néanmoins faire entre eux certaines distinctions, quand il s’agit d’en déterminer la date ou la durée.
Le petit groupe (A) de vases criméens pourrait au premier abord apparaître comme le plus ancien. Ne marque-t-il pas en effet le passage entre deux procédés : celui de la peinture à fond rouge ou polychrome et celui du relief ? En réalité il ne fournit qu’une transition logique ; chronologiquement, il est sans aucun doute postérieur aux vases uniquement* décorés de reliefs (B), auxquels il a emprunté une technique, qui était déjà parfaitement constituée.
Les analogies qu’on peut relever entre les vases de Meidias et le lécythe de Xénophantos ou l’hydrie de la Dispute nous permettent de considérer le lécythe et l’hydrie comme contemporains de la peinture du style « fleuri ». Or l’on a de bonnes raisons pour faire descendre ce style en deçà de la prise d’Athènes par Lysandre (404) et l’attribuer à la première moitié du ive siècle1. .T’inclinerais donc à croire que les vases criméens appartiennent aux 'limites du Ve et du ive siècles ; si l’ Athénien Xénophantos a fabriqué un lécythe dont le sujet est plus conforme aux goûts de la Chersonèse Taurique qu’à ceux d’Athènes, c’est sans doute parce qu’il avait transporté son atelier dans le pays des Scythes 2 ; or, cette expatriation d’un potier, dont l’œuvre atteste la maîtrise, s’explique assez bien, si on la suppose provoquée par les malheurs et la débâcle industrielle de sa patrie ; c’est donc vers l’an 400 que Xénophantos aurait quitté Athènes. Et c’est autour de cette date que doivent sans doute se placer les quelques spécimens de ce genre hybride de céramique dont la singularité même donne à penser qu’il a été d’une durée fort courte.
1. Furtwângler-Reichhold, II, p. 153 ; Nicole, Meidias..., p. 123 et suiv. (Contrairement à Milchliôfer, Athen. Mitt., IX, 1894, p. 76, qui place au milieu du ve siècle l’activité de Meidias).
2. D’ailleurs le seul fait qu’il a ajouté à sa signature sa qualité d’Athénien, paraît indiquer qu’il travaillait en terre étrangère.
Pour les vases complètement ornés de reliefs polychromes, nous n’avons pas d’indice chronologique certain : les lécythes de Delphes (nus B 7 et 11) ont été découverts dans une tombe des environs de l’année 400 ; le lécythe d’Apollonia de Thr-ace (n° B 1) provient d’une nécropole que M. Brückner 1 rapporte à la seconde moitié du i Ve siècle, parce qu’on y a trouvé également deux autres vases « d’un coloris bariolé et d’un dessin relâché » ; mais cet, argument est purement subjectif, et d’ailleurs, il est fort possible que la même nécropole ait contenu des vases d’âge-s différents.
Nous pouvons, grâce à d’autres points de comparaison, rapporter l’origine de nos vases à une date sensiblement plus ancienne. Les modèles dont se sont inspirés nos potiers, stèles funéraires, balustrade d’Athéna Niké, statue assise d’Athéna, œuvres du type de la frise de Phigalie, appartiennent toutes au dernier tiers du ve siècle ; et peut-être faudrait-il remonter encore plus haut, s’il était vrai que des peintures du style de Micon ou de- Polvgnote, aient bien exercé sur cet art quelque influence. En tout cas, il est fort vraisemblable que la céramique à reliefs polychromes, à ses débuts, est chronologiquement très proche de ses modèles : des sujets comme les combats d’ Amazones, ou la destruction de Troie, ou Andromaque et Astyanax, restent dans la pure tradition clasique ; et quand aux sujets plus nouveaux, aux <( peintures de genre » telles que les femmes à leur toilette, ou les émois de la jeune épouse, ils sont, traités avec honnêteté et gravité, sans sous-entendu égrillard, ni libertinage ; ce style sévère et chaste n’eût guère convenu, en telle matière, à la sensualité du ive siècle. On peut donc supposer que les plus anciens vases de cette série remontent, au plus tard, aux dernières années du ve siècle.
Déterminer la date de son déclin est chose plus malaisée. U semble toutefois que la période de production principale est très proche des origines. Beaucoup de ces vases sortent