Anakalypteria, p
LES VASES A RELIEFS POLYCHROMES
des mêmes fabriques : c’est évidemment le cas pour les lécythes à « anakalypteria » ; et, si les sujets varient d’un vase à l’autre, les ressemblances très frappantes que présentent la plupart des lécythes dans l’ ornementation accessoire, donnent à penser qu’on pourrait les grouper presque tous autour d’un petit nombre d’ateliers. A une époque plus récente, et qui s’étend peut-être sur la plus grande partie du ive siècle, on doit sans doute attribuer les vases d’autres formes que les lécythes et ceux qui sont décorés de sujets isolés et répétés.
Enfin, pour ce qui est des vases plastiques, c’est encore à la dernière partie du ve siècle qu’il en faut rapporter les débuts ; par exemple un vase décoré du groupe de Borée et d’Orit.hyie1 ressortit évidemment au style sévère du ve siècle : le kékryphale dont est coiffée la Nymphe, et d’où ne sortent ni mèches, ni boucles, est conforme à la mode classique ; et ses formes lourdes et masculines sont bien encore d’un art sévère ; de même une Niké ailée du Musée de Berlin 2 est du type habituel au dernier tiers du Ve siècle. Il est donc certain que c’est aux environs de l’année 425 qu’est né ou plutôt que s’est renouvelé à Athènes le genre des vases plastiques. Mais ces vases, dans leur ensemble, appartiennent à une période plus récente : les Aphrodites demi-nues, ou drapées dans des étoffes transparentes, ou s’abandonnant nues aux bras d’Adonis, les Eros enfants, les Eros adolescents aux formes efféminées, îles génies ailés, etc... sont déjà beaucoup plus proches de l’art hellénistique que de l’art attique du ve siècle.
En résumé, on peut reconstituer ainsi l’histoire de la céramique à reliefs pendant le v® siècle et la première moi-
1. Athènes, Musée National, n° 2059 (Prov. Tanagra). Le groupe de Borée et d’Orithyie, élevé, entre 415 et 404, sur l’acrotère du Trésor des Athéniens à Délos, représente un style sensiblement plus récent que le modèle dont s’est inspiré l’auteur de ce vase.
2. Winter, Ibid., II, 185 1 ; Furtwângler, Coll. Sabouroff, pl. LIX, 3.
tié du ive. Pendant les trois premiers quarts du ve siècle, c’est en dehors d’Athènes, où fleurissait la peinture de vases, que la céramique à reliefs traditionnelle poursuit la dernière phase de son existence : les jarres de Laconie, les jarres et les plats de Sicile constituent les ultimes spécimens d’un art séculaire, que renouvellent dans une certaine mesure des procédés empruntés à la décoration peinte. A Athènes, où l’ornement plastique ne rencontra jamais une grande faveur, les vases à reliefs deviennent de plus en plus rares ; ce sont des œuvres isolées, sans lien avec le passé, et pour chacune desquelles le potier a en quelque sorte inventé sa technique.
Mais si la céramique à reliefs disparaissait d’Athènes et du reste de la Grèce en tant que genre, le goût du relief se maintenait de diverses manières. Le vase-figurine, plus rare que par le passé, poursuivait son existence. On fabriquait des appliques en terre cuite modelées et découpées pour les sarcophages de bois \ ou pour les cassettes1 2, des bijoux dorés en terre-cuite. Les peintres de vases aimaient à figurer par des saillies en barbotine certains détails des figures et des vêtements, certains objets du mobilier. Et ainsi, grâce à ces manifestations diverses d’un goût commun pour le relief, cette technique allait persister, pendant le ve siècle, jusqu’au jour où devait se renouveler le style de la décoration céramique.
A partir de 425, l’art des ooroplastes exerce une influence décisive : on voit apparaître, plus nombreux, les vases-figurines revêtus de leurs brillantes couleurs ; ces couleurs passent à la décoration des vases, d’abord d’une manière fort timide, puis chaque jour plus hardiment ; les retouches dorées, qui amènent presque nécessairement l’usage du relief, deviennent plus fréquentes. Et, d’autre part, les vasesfigurines, qui étaient d’abord de simples statuettes creuses
1. Cf. C.-R. 1882, pl. III, IV, V, VI ; Watzinger, Griecli. Holtssarkoph., p. 36, fig. 64.
2. Tel était peut-être le cas des reliefs dits « méliens » (Furtwangler, Arch. Stud. für Brunn, p. 80).
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munies d’une anse et d’un goulot, évoluent vers un type différent, plus proche des vases ; ce sont des demi-décythes.
Ainsi, tout naturellement, sous toutes ces actions diverses, les potiers, las de la monotone décoration rouge et noire, la clientèle, curieuse de formes plus riantes, étaient prêts à favoriser l’éclosion, ou plutôt le renouveau de la céramique à reliefs.
Les circonstances ne permirent pas à ce renouveau de tenir toutes ses promesses. Athènes, qui, nous l’avons vu, était à la tête du mouvement, allait traverser une grave crise politique et économique. Les autres régions, où la primauté industrielle d’Athènes avait arrêté ou singulièrement ralenti la production céramique, n’avaient pas encore rouvert leurs ateliers. 11 en résulta que cet art des vases à reliefs polychromes, dont l’évolution aurait pu être féconde en produits variés, n’eut qu’une durée éphémère et demeura, semble-t-il, confiné dans quelques fabriques peu achalandées.