GO
et le relâchement des mœurs était tel que les premiers consuls réunirent plusieurs fois le conseil de ville en assemblée extraordinaire, pour aviser aux moyens de mettre un frein aux excès du luxe et aux débordement des personnes de qualités et autres tant hommes que femmes. 1 A Avignon , les papes avaient introduit , avec le goût des splendeurs mondaines et les habitudes efféminées de l'Italie , cette corruption qui devait se perpétuer sous ses légats, ses évéques et ses barons oppresseurs ou anarchiques. En bonne justice avaiton le droit de sévir si impitoyablement contre toute une contrée pour quelques assemblées où Ton priait et lisait la Bible ? quand nobles et prêtres se mêlaient à des fêtes immorales ou ridicules, renouvelées des païens, 2 que pas une voix ne s'élevait contre la littérature licencieuse , les chansons obscènes de ce siècle d'incrédulité gros-
i Gaufridi , t. I , p. 470 et suiv. — abrégé des Délib. des États de Provence. Mss. archives de la préfecture, Àix. — Aubéry , Bose, Hist. dfJpt.
a La Fètc des Anes , celle des Foux , imitées des bacchanales , et mille divertissemens insensés ou puérils.
sière ou de dévotion superstitieuses, sans parler de ces Cours à' Amour où l'adultère était érigé en principe , 1 que partout on se plaignait des mauvais exemples et de la tyrannie de ceux qui étaient chargés de prêcher ou de rendre la justice , et de maintenir Tordre et les mœurs.
1 Dans les Cours d'Amour, il n'y avait point de proscription pour les droits d'un amour antérieur , malgré le mariage. Un arrêt portait , entr'autres , que le véritable amour ne pouvait exister entre époux , etc. Voir André-le- Chapelin , v. — fiaynouard , des Troubadours.
Le Banquet.
il faul qnc Vév^uc soit irrépré- exempt d'avarice; qu'il gouverne
faensible , mari d'une seulfffemnie , bien sa propre famille , lenant ses
sobre , prodent , grave , hospitalier, entas dans la soumission , cl dans
propre à enseigner, qu'il ne soit pas tonte sorte d'honnêteté. Car si quel-
adonné an v in , ni v iolent , ni porté qu'un ne sait pas conduire sa propre
au gain déshonnèle, mais qu'il soit famille comment pourra-t-il gouver-
modéré, éloigné des querelles, ncr l'Église de Bien ?
V* Ép. 4e Si Paul à Tfcijuttéc, cbf. 01— 2, 3,1, S.
L arrêt cTAix ne fut pas immédiatement exécuté. François 1er était occupé ailleurs ; il eut môme à celte époque une velléité de tolérance religieuse qu'il faut attribuer à ses rapports avec l'Allemagne
protestante que sa politique l'obligeait à ménager ; niais il est généralement admis que ee sursis était du principalement à la résistance que le président du parlement , Barthélémy Chassanéc , opposa sans cesse aux sollicitations les plus pressantes du clergé. L événement suivant ne fut peut-être pas sans influence sur ses déterminations. Nous laisserons parler le chroniqueur ; les convenances nous obligent à retrancher quelques expressions.
« Dix ou douze jours après la promulgation de l'arrêt, un grand repas eut lieu à Aix, où se trouvaient le président de parlement Chassanéc , quelques-uns des conseillers de la cour , l'archevêque d'Aix, plusieurs gentilshommes, et dames et demoiselles du pays , entre lesquelles il y en avait une qui était , selon le bruit public , en rapport intime avec le dit évêquc d'Aix. Icelle en ce banquet devisant de cet arrêt , adressa son propos au président et dit : Monsieur le président , quand ferez-vous exécuter l'arrêt qui a été donné ces jours passés contre ces luthériens de Mérindol ? Le président ne répondit rien , feignant qu'il n'eût
point entendu ce qu'elle disait, et un gentilhomme demanda quel arrêt il y avait sur ceux de Mérindol. La demoiselle le récita sans rien oublier , comme si de longtemps elle l'eût bien reeordé ; ceux du banquet l'écoutaient diligeamment sans dire mot jusqua ce quelle eut du tout achevé. Et alors , le seigneur d'Àlenc lui dit : Mademoiselle , vous avez pris ce conte de quelqu'un qui voudrait qu'il fut ainsi , ou bien c est un arrêt qui a été donné en la cour du parlement des femmes. Le sieur de Sénas , ancien conseiller , dit : Non, non Monsieur d'Àlenc , ce n est pas un conte , ne fable, ce que vous avez ouï , mais un arrêt de la cour , et ne faudrait pas beaucoup parler en cette sorte , si non que veuillez appeler la cour de Provence , le parlement des femmes. Lors le seigneur d'Alenc s'excusa avec protestation qu'il ne voudrait dire chose pour blâmer l'autorité d'une cour souveraine, toutefois qu'il ne pouvait croire du tout ce que cette demoiselle avait proposé , à savoir que par arrêt de : la cour du parlement de Provence aient été condamnés à mort tant d'habilans de Mérindol et même les femmes et les petits enfans, et le lieu à être rasé, sur un défaut do dix ou douze personnes