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préférans la croix de Christ à tous les avantages de la terre, comme Il se servit autrefois de la dispersion qui suivit le martvre de saint Etienne, pour semer l'Évangile presque par tout le monde chrestien ; si bien que comme la rejection des juifs fut jadis la richesse du monde, de même l'exil de ces Pauvres de Lyon, comme on les nommoit et de ce Valdo a véritablement été la richesse de la Picardie, des Païs-Bas, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la Pologne, Moravie et Bohème (où enfin alla mourir Valdo après avoir quelque tems séjourné es Païs-Bas et en Allemagne) et a de beaucoup augmenté les Eglises déjà formées en Languedoc et Provence, mais surtout es Vallées, tant du Dauphiné que de Piémont et fourni de quoy envoyer des colonies en la Pouïlle, Calabre et autres lieux d'Italie.
Lyon fut, en effet, au xif siècle, gnice à Valdo, la citélumière, dont les rayons se répandirent sur l'Europe entière ; Lyon donna naissance à un mouvement immense de l'esprit humain qui bouleversa non seulement la France, mais encore l'Italie, TAIlema-ne, l'Angleterre; Lyon fut le berceau d'une Réforme qui, si elle eut moins longue durée que celle du xvi« siècle, fut tout aussi puissante et entraîna un tout aussi grand nombre de disciples.
Les circonstances dans lesquelles naquit l'hérésie suffisent pour faire connaître quelles furent les doctrines prêchées par Valdo,
L'effroyable misère du peuple due aux exactions de l'archevêque de Lyon et du clergé, d'une part; la lourde tyrannie, les scandaleuses richesses et les mœurs dissolues de ce clergé, de l'autre, telles furent les causes déterminantes du soulèvement hérétique : c'est donc contre le clergé, contre sa tyrannie, contre ses mœurs que devait être prêchéela réforme et pour l'amélioration du sort des pauvres qu'elle devait être prechée.
D\in autre côté, homme de foi, ne discutant point la
divinité du Christ, plaçant l'Évangile au-dessus de toute contestation, Pierre Yaldo, comme tous les réformateurs, devait chercher dans les livres saints et dans les annales du christianisme la condamnation du clergé d'alors : il devait facilement la trouver et naturellement conclure, comme tous les réformateurs, à un retour de la chrétienté aux habitudes et coutumes de la primitive Église.
On ne saurait donc croire, comme il est dit aux citations précédentes, que l'hérésie est due à des discussions de dogmes religieux, à la proclamation du dogme de transsubstantiation, ainsi que l'indique Perrin, ou aux prières pour les morts, à l'invocation des saints, comme semble l'alléguer Léger.
Le mouvement créé par Valdo, — le nom de ses disciples en fait foi — était plus politique et social que dogmatique : nous le répétons, les Pauvres de Lyon n'étaient des hérétiques que parce que l'Église était le tyran temporel, que parce que l'Église faisait peser sur le peuple des dîmes très lourdes pour entretenir le luxe de ses clercs. Pour affranchir le peuple, pour lui assurer bien-être et justice, pour rendre à l'esprit humain sa liberté, il fallait briser l'Église, son omnipotence et son despotisme.
D'après tous les auteurs du xiii® et du xiv" siècles, d'après Reinerius et les autres moines, peu suspects de tendresse pour lui, qui ont écrit sur notre hérésiarque ; d'après tout ce que nous savons du milieu dans lequel l'incendie a éclaté et des conditions dans lesquelles il s'est produit, la doctrine de Valdo paraît pouvoir se résumer en deux points : la réforme du clergé, le retour à la primitive Église et à la simplicité évangélique d abord; l'observation des préceptes de l'Évangile concernant l'égalité de tous les hommes et ses principes de charité ensuite.
xMais, en affirmant que les prêtres d'un Dieu né dans une étable ne devaient point vivre dans le luxe, en affirmant qu'ils devaient prendre modèle sur les humbles ap(:,tres des catacombes, Valdo soulevait nécessairement la violente colère d'un clergé vivant dans une luxueuse oisiveté et passant sa vie à entasser de fastueuses richesses ; en préchant la charité de l'Evangile et en proclamant la fraternité après le martyre du Golgotha, il portait un coup terrible à une Église qui'ne vivait que de son despotisme sur les peuples et des formidables impots dont elle les écrasait.
Valdo ne songeait nullement au début à attaquer l'Église romaine; c'élait dans son sein même qu'il voulait la réfomela réforme, il la voulait pour elle; mais, en préchant les maximes de l'Evangile, la liberté, l'égalité, la pauvreté, il se mettait par là même, fatalement, malgré lui, en lutte avec une Eglise, avec un pape, avec un clergé, qui ne rêvaient que despotisme à faire peser sur les nations et que trésors à amasser.
Et naturellement, le jour où l'Église condamnait ses maximes, qui étaient celles de rÉvangile: où. svstémaliqucment. 1 Kghse refusait de réformer les mœurs "scandaleuses de ses clercs depuis le pape jusquau dernier moine; où, pour s enrichir elle-nién.e. TÉglise per.islai. à aggraver la misère des peuples, l'Kglisc devait apparaître aux yeux de Valdo comme la Hèle de l'Apocalypse.
Au début, \aldo songeait si peu à rompre avec l'Église romaine, que. en ,,79. il alla à Home demander an pape Alexandre 111 la permission de prêcher sa doctrine. Celui ci. estimant sans doute que l'enseignement d- l'Kglisc ne saurait être nnmuahie et que pour elle ce qui est vérité en do^â dei Alpes est erreur au dcl.i, sans doute aussi pour w déhari«s»cr hah.lcmentdu solliciteur et pour le livrer aux clercs lyonnai..
divinité du Christ, plaçant TÉvangile au-dessus de toute contestation, Pierre Valdo, comme tous les réformateurs, devait chercher dans les livres saints et dans les annales du christianisme la condamnation du clergé d'alors : il devait facilement la trouver et naturellement conclure, comme tous les réformateurs, à un retour de la chrétienté aux habitudes et coutumes de la primitive Eglise.
On ne saurait donc croire, comme il est dit aux citations précédentes, que l'hérésie est due à des discussions de dogmes religieux, à la proclamation du dogme de transsubstantiation, ainsi que l'indique Perrin, ou aux prières pour les morts, à l'invocation des saints, comme semble l'alléguer Léger.
Le mouvement créé par Valdo, — le nom de ses disciples en fait foi — était plus politique et social que dogmatique : nous le répétons, les Pauvres de Lyon n'étaient des hérétiques que parce que l'Eglise était le tyran temporel, que parce que l'Eglise faisait peser sur le peuple des dîmes très lourdes pour entretenir le luxe de ses clercs. Pour affranchir le peuple, pour lui assurer bien-être et justice, pour rendre à l'esprit humain sa liberté, il fallait briser l'Église, son omnipotence et son despotisme.
D'après tous les auteurs du xiii® et du xiv^ siècles, d'après Reinerius et les autres moines, peu suspects de tendresse pour lui, qui ont écrit sur notre hérésiarque ; d'après tout ce que nous savons du miheu dans lequel l'incendie a éclaté et des conditions dans lesquelles il s'est produit, la doctrine de Valdo paraît pouvoir se résumer en deux points : k réforme du clergé, le retour à la primitive Église et à la simplicité évangélique d abord; l'observation des préceptes de TÉvangile concernant l'égalité de tous les hommes et ses principes de charité ensuite.
Mais, en affirmant que les prêtres d'un Dieu né dans une étable ne devaient point vivre dans le luxe, en affirmant qu'ils devaient prendre modèle sur les humbles apôtres des catacombes, Valdo soulevait nécessairement la violente colère d'un clergé vivant dans une luxueuse oisiveté et passant sa vie à entasser de fastueuses richesses ; en prêchant la charité de l'Évangile et en proclamant la fraternité après le martyre du Golgotha, il portait un coup terrible à une Église qui ne vivait que de son despotisme sur les peuples et des formidables impôts dont elle les écrasait.
Valdo ne songeait nullement au début à attaquer l'Église romaine; c'était dans son sein même qu'il voulait la réforme; la réforme, il la voulait pour elle; mais, en prêchant les maximes de l'Évangile, la liberté, l'égalité, la pauvreté, il se mettait par là même, fatalement, malgré lui, en lutte avec une Église, avec un pape, avec un clergé, qui ne rêvaient que despotisme à faire peser sur les nations et que trésors à amasser.
Et naturellement, le jour oii l'Église condamnait ses maximes, qui étaient celles de l'Évangile; où, systématiquement, l'Église refusait de réformer les mœurs scandaleuses de ses clercs depuis le pape jusqu'au dernier moine ; où, pour s'enrichir elle-même, l'Église persistait à aggraver la misère des peuples, l'Église devait apparaître aux yeux de Valdo comme la Bête de l'Apocalypse.
Au début, Valdo songeait si peu à rompre avec l'Église romaine, que, en 1179, il alla à Rome demander au pape Alexandre III la permission de prêcher sa doctrine. Celui-ci, estimant sans doute que l'enseignement de l'Église ne saurait être immuable et que pour elle ce qui est vérité en deçà des Alpes est erreur au delà, sans doute aussi pour se débarrasser habilement du solliciteur et pour le livrer aux clercs lyonnais,
permit à Pierre Valdo de répandre ses maximes si l'autorité épiscopale de sa ville y consentait (i). Inutile d'ajouter que l'archevêque de Lyon n'autorisa pas le prône d'une doctrine qui touchait à ses droits régaliens et aux dîmes qu'il prélevait : et, en 11 84, comme on devait s'y attendre, le pape Lucien III, prenant le parti de l'archevêque, jeta Tanathème à Pierre Valdo. C'est à cette époque que le maître et ses disciples durent s'exiler de Lyon et aller chercher un refuge dans les Alpes.
Et certes oui, c'était bien la doctrine de l'Évangile que défendaient Pierre Valdo et ses disciples contre Rome, contre l'archevêque de Lyon, contre le clergé catholique tont entier ! Religion de simplicité, de pauvreté, de charité, de fraternité et de hberté, religion |des catacombes, combien n'était-elle pas profondément changée depuis le jour où, sortant de l'ère des persécutions, elle s'était assise avec Constantin sur le trône des Césars pour devenir persécutrice à son tour ? Alors que la douce, bonne et riante religion de la Grèce avait fait la conquête de la Rome antique et, à la suite des aigles quirites toujours victorieuses, avait partout renversé les sanglants autels de Baal, de Teutatès, de Moloch, brisé les termes mis aux frontières des peuples par Jéhovah et les autres divinités locales, pour assurer au monde la paix
(i) « Nous avons vu, écrit Gauthier Mapes, dans le concile tenu à Rome sous Alexandre III, des Valdésiens, hommes simples, illettrés, et tenant leur nom de leur primat Valde, qui fut citoyen de Lyon sur le Rhône ; lesquels ayant présenté au seigneur le Pape un livre écrit en langue gauloise, qui renfermait le texte et la glose des psaumes, ainsi que la plupart des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, demandaient avec beaucoup d'instances qu'on leur accordât le droit de prêcher. » Cité par MusTON : Origine des Vaudois, p. 74.
Richinius dit de son côté : « Au commencement les Vaudois erraient en peu de chose : et il n'y avait rien à reprendre ni à condamner en eux, si ce n'est qu'ils s'attribuaient la prédication, ce qui est la charge des clercs et affectaient de revêtir une nouvelle apparence de vie apostolique. »
et la prospérité matérielle, le christianisme, avec ses sublimes maximes, semblait être venu pour donner à l'univers la vie morale et la liberté. C'est pour atteindre ce but que le plus grand des philosophes et le plus saint des martyrs, Jésus-
Le 32 avril, le capitaine Panl de Pancalier fait saisir doux femmes, leur fait fendre le ventre et, les entrailles pendantes, les laisse ainsi étendues dans la neige. (Gravure extraite du livre de Légor.)
Christ, mourut sur le gibet du Golgotlia ; c'est pour lui que des m'Uiers de chrétiens rougirent de leur sang le sable des arèfids et des places publiques. Religion de tous les opprimés et de tous les faibles, religion des esclaves, le christianisme venait briser les fers de tous et proclamer 1 égalité, la fraternité de tous les hommes. Et le jour où, grâce à ces préceptes saints, selon le mot de TertuUien, il eut conquis le monde,
le jour où, victorieux, il put s'affirmer au grand soleil, il vit tous ses prêtres trahir sa doctrine et ses maximes pour suivre les errements des pontifes païens, les dépasser même, en même temps qu'ils empruntaient à la religion mourante les pompes de son culte, ses superstitions et ses fêtes ; il vit tous ses prêtres se précipiter aux richesses, tendre au plus effroyable despotisme ; il vit ceux qui se prétendaient les successeurs des apôtres inventer l'institution la plus monstrueuse à laquelle aient songé les hommes, l'Inquisition ; il vit les prétendus fds des martyrs immoler cent mille victimes, là où les Césars n'en avaient égorgé qu'une seule aux pieds des idoles du paganisme?
Etait-il étonnant des lors que parmi les chrétiens qui lisaient l'Evangile, il s'en fût trouvé à tous les âges qui eussent la naïve et glorieuse prétention de rétablir le culte du livre saint, qu'on leur disait contenir la parole de Dieu? Était-il étonnant qu'il se soit rencontré, en treize ou quatorze siècles, une centaine de réformateurs qui, comme Valdo, aient voulu ramener la chrétienté aux errements de la primitive Eglise, mettre dans la pratique de la vie sociale les maxnnes de l'Evangile ?
Avec quelle force Valdo et ses disciples ne durent-ils pas avoir cette foi, eux qui appartenaient à cette grande cité de Lyon, où le mysticisme s'unit si intimement à la froide raison, et où l'enthousiasme est aussi grand que la pensée qui l'inspire est profondément raisonnée !
Cette force fut si grande qu'elle détermina un irrésistible mouvement qui, en quelques années, souleva l'Europe occidentale tout entière des rives de la Tamise aux Fouilles et à la Calabre, des bords de l'Èbre au Zuvderzée et aux montagnes de la Bohème.
^ Celle révolution eût au xu* siècle accompli l'œuvre sociale.
religieuse et politique qui fut achevée au xvi% si l'Église ne fût parvenue à l'arrêter dans sa marche victorieuse ; elle eût été la Renaissance, faisant ainsi gagner quatre siècles à l'humanité et à la civilisation.
Il est vrai que jamais mouvement social et rehgieux ne trouva terrain mieux préparé. Au lendemain du retentissant échec de la seconde croisade, les peuples, qui, jusqu'à ce jour, n'avaient subi le joug et les vexations du clergé que parce qu'ils le croyaient infaillible et investi d'une mission divine, en voyant les désastres des chevaliers chrétiens au lieu des triomphes solennellement promis au nom de Dieu, leur foi vacillant, les peuples étaient tout disposés tout à la fois à chasser leurs maîtres, à se venger d'une longue oppression et à revendiquer leur liberté. Au moment où la voix de Pierre Valdo se faisait entendre aux déshérités de la cité lyonnaise, partout en Europe, se manifestaient les symptômes d'une violente réaction contre le clergé, qui, du reste, paraissait, au XII* siècle, avoir complètement oublié les règles ecclésiastiques (i).
Les prédications de Pierre Valdo, qui avaient un si grand retentissement dans les classes populaires, devaient nécessairement causer une vive émotion à l'archevêque de Lyon, qu'un tel censeur gênait fort tant lui que son clergé. Aussi, probablement, et tel est l'avis de la plupart des auteurs, vers 1180, — puisque, au concile de Latran, en 1179, Valdo fit
(I) Jarrin, dans son livre la Bresse et le Bagey, t. I, p. 265, à l'occasion de cette reaction qu'il constate, écrit, parlant des prêtres et moines de ce siècle quon a sanctidés, qu'on les « a estimés saints, les voyant presque chrétiens a une époque où ceux-ci étaient rares, même parmi les clercs ».
Et, a Tappui de son opinion, il cite ce canon du concile de Reims tenu par le pape Eugréne III, au milieu du xii« siècle : o Nous réglons que les evéques, prêtres, moines qui présumeraient de s'unir des femmes charnellement soient séparés d'elles... De même aussi des religieuses.... »
demander en vain l'autorisation de prêcher sa doctrine, — fort de l'ana thème que venait de lancer contre eux le pape, l'archevêque de Lyon, qui était alors Jean de Belles-Maisons {Johannes Belesmanis ou Belesmanensis) , chassa de la ville l'hérésiarque et ses disciples.
Étant cités par l'archevêque de Lyon, qui s'appelait Jean, il leur défendit de s'ingérer à l'avenir dans la prédication et l'explication des Ecritures. Ceux-ci recoururent à la réponse des apôtres, dans les Actes (ch. V, v. ag) ; et leur chef, prenant la place de saint Pierre, ainsi que lui-même répondit aux princes des sacrificateurs, dit : Il convient d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ; et Dieu dit aux apôtres : Prêchez l'Évangile à toute créature (i).
Léger écrit de son côté :
Jean de Belles-Maisons estoit archevêque de Lyon, lorsque la prédication de Valdo y faisoit tant de bruit, lequel voyant qu'il n'en pourroit venir à bout d'en interrompre le progrès, voire même d'empêcher que Valdo ne continuât à prêcher publiquement dans la ville, où il estoit appuyé et des grands et du peuple, en donna avis à Alexandre III, qui anathématiza Valdo et les siens, et authoriza si bien la persécution que leur avoit suscitée cet archevêque qu'ils furent chassés de Lyon, non toutes fois (dit Albertus de Capitaneis en son livre de l'origine des Vaudois) qu'ils y fussent du tout exterminés (a).
Valdo et ses disciples résistèrent-ils à Tordre de proscription ? Qu'ils eussent essayé de protester par la parole et par l'argumentation, cela est certain, nous l'avons vu plus haut. Mais joignèrent-ils les actes à la parole? S'il faut en croire Clerjon, un historien de Lyon assez médiocre, ils auraient
>\ (I) Stephaus db Bklla Villa : De septem donis Spiritus Sancti, part. IV. (a) Histoire des Églises vaudoises, p. i5;.
commis des a excès » contre les chanoines : quels excès? quelle résistance opposèrent-ils? Aucun document'ne l'indTque
:.'.ùs:;"r" *"*- *<»"'"• * -™ >^-'
Dutm?''' ^"^"^^7^^^"-^ 1- P-^vres de Lyon auraient-ils pu tenter contre un clergé ayant à sa disposition de nombreux soldats et qui était à l'abri derrière de 'solides remparts" n est plus que probable que, avertis par le sanglant exemple
con la es pa^ Je concde de Reims, qui, les uns et les autres, que ques années auparavant, avaient été brûlés sur la place pubhque, les Pauvres de Lyon ne songèrent qu'à une cLse,
U l\ r ^"^^"^^^^^^-bi^-des du pouvoir ecclésiastique d alors, leur vie n'était point en sûreté. - Du reste il ressort du témoignage de tous les écrivains anciens qu^un grand nombre d'entre eux furent exterminés à Lyon par les ordres de l'archevêque et de son clergé ^
Nos hérétiques quittèrent donc la ville de Lyon et. comme
n ces V 1 1 *'" '" "''^' '^ " ''''^'^''^^'^ ---t les ch s I ? "'' r, ^^-"- P*- *-d les protestants chasses de France après la révocation de l'Édit de Nantes un peu a travers tous les pays de l'Europe. Mais la grande ZT ; r^" eux se réfugia dans cette régio'n éel Alpes, ou, depuis de longues années, les Vaudois s'étaient
Sur ce point encore, ouvrons le livre de Léger : Les oppositions estans déjà si grandes dès les ix«, x- et xr siècles
Se s-esîlns ,léS" ?'''"''' '"'"P'"'"'^' Languedoc et Lom-
Rome M 1. ' ""vertement détachez de la communion de
Rome et se trouvans puissamment appuïés par plusieurs personnes
de grande autorité, tant du clergé que de l'ordre politique, même
de plusieurs évêques et princes on ne doit plus trouver étrange
que le fameux Pierre Valdo, riche citoyen de Lyon (au rapport de Thuanus au 6« livre de son Histoire) fit grand éclat dès l'an 1175, ayant abandonné tous ses biens (dit cet historien), s'estant entièrement consacré à la profession de VÈvanyHe, et ayant fait traduire les écrits des Prophètes et des Apôtres en lanyue vulgaire, avec plusieurs témoignayes des anciens Pères, pour faire voir que sa doctrine n'estoit point nouvelle, s'estant mis à enseigner et interpréter VÉvanyile au peuple même dans les rues et dans les places publiques, disant qu'en ce qui reyarde la reliyion il faut obéir à Dieu et non aux hommes ; que VEylise romaine, ayant renoncé à la foy et doctrine de Jésus- Christ, estoit la paillarde de Babijlone, et l'arbre stérile que Christ a maudit en VÉvanyile, et commandé de l'arracher : qu'il ne faloit point obéir au Pape, ni aux évêques qui fomentoient ses erreurs ; que la vie des moines estoit diabolique, et leurs vœux de chasteté vains, et ne servons qu'aux infâmes amours des jeunes garçons ; que les ordres du Presbytère n'estoient que la marque de la Bête de V Apocalypse ; que le Puryatoire, la Messe, le culte des saints et les prières des morts n'estoient que Vinvention de Satan ; que le dit Pierre Valdo, chassé de Lyon, se retira es Pais-Bas; qu'il eut un grand nombre de sectateurs en Picardie, passa en Allemagne, visita les villes des Vandales, et enfin s'arresta en Bohême, où ceux qui receurent sa doctrine furent pour cela nommés Picards ; que les dits Vaudois condamnés comme schismatiques et opiniâtres furent rendus par le cleryé odieux eiexécrables à tout le monde, furent chassés de tous côtés, et demeurons sans maisons et sans biens, se dispersèrent en Provence et en Languedoc, et prœcipuè in Galliam cis-Alpinam et inter Alpes ubi tutissimum refugium sunt nacti, c'est-à-dire qu'ils se retirèrent surtout en la France Cis-Alpine et entre les Alpes, où ils eurent un refuge assuré : or est-il que les vallées de Piémont, de Pragela, de Meane, de Matthias et du marquisat de Saluées, qui s'en remplirent le plus, appartiennent justement à la Gaule ou France Cis- Alpine ; et ces lieux inter Alpes sont les vallées de Keiras, de Cezane, de Fressinières, du Val Louise, de Suse, etc.... et qu'il est impossible de donner autre raison pourquoy c'est que les Vaudois de Lyon s'y sont retirés et y ont trouvé tutissimum refugium, une retraite très assurée, sinon parce que ces lieux-là estoient habités
des Pétrobrusiens, Henriciens, Arnauldistes, et Esperonistes (1), qui ne reconnaissans point le Pape ni l'Église romaine et ne recevans autre règle de leur foy que la parole de Dieu selon l'explication des anciens Pères, ce que n'ignoroient pas ces pauvres persécutez, ils n'avoient pas sujet d'appréhender qu'ils n'y fussent les bien- venus.
L'Autheur de VÉlat de VÉglise, à la page 336, confirme aussi la môme chose. Après (dit-il) que Valdo et les siens furent chassés de Lyon, plusieurs se retirèrent en Lombardie (où sont les vallées du Piémont) d'où ils s'épandirent par l'Italie et jusqu'en Sicile.
Aussi, pour nous apprendre encores que tant s'en faut que ceux des Vallées ayent esté appelés Vaudois depuis la dispersion des disciples de Valdo de Lyon, au lieu que nous avons clairement prouvé qu'on appelloit Vaudois tous ceux qui suivoient la doctrine de ceux des Vallées, nommés Valdesi, Valdenses ou Vaudois, à cause des lieux de leur habitation, il ne faut que considérer que les Albigeois, qu'on ne peut nier avoir esté devant le susdit Valdo, estoient venus eus-mômes des Vaudois sortis des Vallées, et c'est encore ce que remarque bien expressément le Livre des Martyrs en l'histoire de la persécution de Mérindol et Cabrière, disant positivement qu'ils estoient autresfois venus de Piémont habiter en Provence, es quartier de Mérindol, de Cabrière et d'alentour ; et de fait entre les martyrs de ces lieux-là se trouvent les Pellenc et autres qui n'estoient que des branches dont les troncs et les racines sont encore dans les Vallées
D'Aubigné, au 2« livre de son Histoire universelle, dit aussi que ceux de la dispersion de Valdo qui se sauvèrent en Picardie y plantèrent et y multiplièrent tellement leur doctrine que pour l'en déraciner ou du moins l'affaiblir Philippe-Auguste y fit raser jusqu'à 3oo maisons de gentilshommes.
Cette première dispersion des Vaudois est avenue Pan 1180 ou peu auparavant (3).
(1) Disciples de Pierre de Bruys, de Henri de Rruys, d'Arnauld de Brescia, d'Esperon, les apôtres de Thérésie du début du xir siècle.
(2) Histoire des Églises vaudoises^ p. i56 et iSj.
Si, comme il y a tout lieu de le croire, Pierre Valdo avait puisé tout à la fois sa doctrine et son nom dans les hautes vallées des Alpes, il était tout naturel que, chassé de Lyon, il entraînât ses disciples vers ces montagnes superbes, 011 il pouvait espérer trouver un sûr asile puisque, depuis le IV* siècle, des hérétiques y bravaient impunément les foudres pontificales et y pratiquaient en toute liberté leur simple et austère religion. Il devait supposer aussi que ces braves montagnards dont la foi naïve et les sincères convictions l'avaient converti donneraient généreuse hospitalité à ceux qu'ils avaient poussés à adopter leurs croyances. Aussi est-ce vers les vallées vaudoises que Pierre Valdo entraîna la grande masse de ses disciples.
Ceux-ci, suivant le mot de Gilles, « agréèrent de s'habituer aux vallées susdites, non seulement pour les avoir trouvées de situation favorable à leur condition, avec assez de terrain vide pour leur besoin ; mais aussi pour y avoir recognu les originaires et circonvoisins non éloignés de leurs sentiments et cognoissance quant à la religion. Or, on tient que le susdit Pierre Valdo, qui estoit à Lyon un de leurs principaux pasteurs, accompagna cette troupe venante vers les Alpes du Piedmont, et y vit son troupeau logé avant de la quitrer-pour s'en retourner vers les autres troupes, lesquelles s'estoient acheminées vers le septentrion : desquelles il conduisit lui-même une partie en Bohême, et que là il continua le reste de ses jours » ( i ) .
(I) Histoire ecclésiastique des Églises réformées autrefois appelées vaudoises Chapitre i-.- Bost parle également de l'émigration des disciples de Valdo dans les montagnes des Alpes et la fixe a ii^B. Quant à Paul Stransky, Il dit : . Le milieu du xii- siècle fut l'époque de l'incorporation des dis! ciples de \aldo à l'Eglise vaudoise, laquelle ils regardèrent et respectèrent toujours comme leur mère Eglise. » Voir sur ce point Muston Origine des Vaudois, p. 46 et 47.
Il était d'autant plus naturel que Valdo vînt chercher pour ses disciples un refuge en ces montagnes que cette région avait, depuis de longs siècles, toujours servi d'asile inexpu-gnable à tous les proscrits des Gaules et de l'Italie. « Du
Esau Grand d Angrogne et la femme de Daniel Armand de la Tour eurent les membres coupés et u parsemés le long du grand chemin « (Gravure extraite du livre de Léger.) ** ^'•
temps de Jules César, écrit Muston, l'on vit un petit prince de ces contrées échapper à toutes les tentatives, braver toute la puissance des armées romaines, en se confiant à celte nature impraticable et sauvage (i). »
C'était donc vers les cimes des Alpes vaudoises que Pierre
(i) Origine des T^iffrfo'.v, p, 222.
— go —
Valdo devait d'abord nécessairement diriger ses pas et entraîner ses disciples. Il semble avoir pris pour règle ces versets du Deutéronome (XXX, v. ii, 12 et i3) : « Il (le Seigneur) a pris son peuple sur lui et Ta porté sur ses épaules, comme l'aigle porte ses aiglons. Le Seigneur a été seul son conducteur; et il n'y avait point avec lui de dieu étranger. Il l'a établi dans une terre élevée et excellente, pour y manger les fruits de la campagne, pour sucer le miel de la pierre et tirer l'huile des plus durs rochers. »
Ainsi Yaldo et ses disciples, en leur exode devant la persécution menaçante, des brumes des rives du Rhône et de la Saône s'étaient élevés vers les cimes étincelantes des Alpes, s'étaient établis dans les hautes vallées du Dauphiné pour de là tendre la main aux Vaudois des vallées du Piémont et , lancer leurs apôtres vers les plaines lombardes encore vibrantes de la chaude parole d'Arnauld de Brescia et de là jusque dans les Fouilles, la Calabre et la Sicile. — C'est ainsi que, dès le xu® siècle, sinon avant, tant par les commerçants lyonnais comme Valdo lui-même que par nos hérétiques exilés s'établissaient entre la région cisalpine et nos provinces des bords du Rhône, entre le Milanais et le Lyonnais, par exemple, ces liens solides et profonds qui devaient résister aux secousses et aux tourmentes de tous les âges !
Est-ce aux disciples de Valdo qu'il a appartenu de réunir en une sorte de fédération toutes les petites républiques religieuses des vallées de Pragela, de Saint-Martin, de Lucerne, de Vallouise, de Queiras, de Freyssinière, de Barcelonnette ?
Quoiqu'il en soit, les nouveaux venus durent exercer une influence profonde sur les mœurs et les coutumes de ces peuplades, en y apportant les connaissances puisées dans la grande cité lyonnaise et il est bien certain qu'ils firent sortir
l'hérésie vaudoise des bornes étroites dans lesquelles l'enfermaient depuis six siècles les rochers des Alpes, pour lui donner une force d'expansion immense.
D'un autre côté, « les Vallées, écrit Gilles, n'estoîent pas peuplées partout avant l'arrivée des fidèles lyonnais. Car, n'y ayant pas si grand peuple, les originaires habitants n'en cultivoient guères que les lieux de plus doux air et de plus facile labourage » (i).
Sous ce rude climat, sur ce sol ingrat, les Vaudois développèrent de merveilleuses qualités de travail et de persévérance, en même temps qu'ils s'affirmaient dans leur foi en la liberté et dans leur culte de profonde solidarité : « Là, il faut bien que les hommes s'aiment les uns les autres : la nature, ce semble, ne les aime guère. Sur ces pentes exposées au nord, au fond de ces sombres entonnoirs où siffle le vent maudit des Alpes, la vie n'est adoucie que par le bon cœur et le bon sens du peuple... (2) »
Nous l'avons dit, les disciples de Valdo n'allèrent pas seulement, lors de leur exode de Lyon, rejoindre les Vaudois des Alpes : par les citations précédentes de Léger, on a pu voir qu'ils se répandirent encore à travers toute l'Europe et, d'après Gilles, que leur chef, après que son a troupeau » principal eût été « logé » dans les Alpes, « s'en retourna vers les autres troupes, lesquelles s'estoient acheminées vers le septentrion ».
En effet, si l'on excepte les Alpes, les disciples de Valdo paraissent surtout s'être dirigés vers la Picardie et l'Angleterre ; mais ils allèrent aussi en Bohême et en Slavonie, à
(i) Histoire des Eglises vaudoises, chapitre !•'. « Le sol de cette contrée, dit Richinius, déjà presque déserte, étant infécond et stérile, fut dompté parle travail journalier et persévérant des Vaudois. »
(a) MicHKLFT : Histoire de France, t. II, p. i36 et i3:.
travers toute l'Allemagne : « ils sexpandirent, suivrai le mot de Pernn, en diverses bandes et lieux » (i).
La France tout entière, depuis, les Alpes jusqu'à l'Océan les rives du Rhône comme celles delà Somme, de la Durancê et de la Garonne les virent accourir, partout faisant en foules nombreuses des adeptes et des prosélytes : l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Bohème, le Piémont, les Deux- Socles, on les irouve partout apôtres ardents, convaincus et écoutes delà foi nouvelle.
Aucuns ont écrit qu'une parlie des Vaudois se retira en Lom-
par 1 Italie et vint jusques en Sicile - comme les patentes de Frédenc second, données contr'eux lorsqu'il régnoit, le témoignent ^eanmoms en cette grande dispersion ils s'entretinrent toujours en quelque union et fraternité l'espace de quatre cents ans, v vans en grande simplicité et crainte de Dieu (2)
Des portes de Lyon au fond de la Galabre et aux montagnes d Lcosse, ils firent partout des prosélytes (3)
En ,,92, l'évéque de Toul lance l'analhème contre eux :
nolTkSX^'^^'T", "°"""'' ^'"""''■'' ""-"' "°"^ ordonnons a ous les fidèles de retenir dans les liens tous ceux qu'ils
pourront trouver et de les conduire au siège de Toul pour y' être
il) Histoire des Vaudois, p. 5.
(2) Pbrbin : Histoire des Vaudois, p 4a
(4) \oir MusTON : Origine des Vaudois, p. 8i.
G'est la persécution officiellement décrétée par l'évêque.
Quant aux Vaudois de Picardie, ils furent si nombreux que le roi de France crut devoir diriger contre eux une effroyable persécution.
Viguier dit qu'il (Valdo) se relira en Picardie, où en peu de temps Il fit tel fruict qu'il y eut plusieurs personnes qui adhérèrent à sa doctrine, pour laquelle peu après ils souffrirent de grandes persécutions. Car, comme dit Dubranius, quelque temps après, le Roy Phihppe-Auguste, poussé par les ecclésiastiques, prict les armes contre les Vaudois en Picardie, raza trois cents maisons de gentilshommes qui suivoyent leur parti, et destruisit quelques villes murées, les fit poursuivre jusques en Flandre où ils estoyent fuys et en fit brusler un grand nombre. '
Cette persécution en poussa plusieurs en Allemagne, où tost après ils furent griesvement persécutez, notamment au païs d'Elsace et le long du Rhin, par les Évesques de Mayence et de Strasbourg lesquels en firent brusler en la ville de Bingue trente-cinq bourgeois de Mayence, en un mesme feu, et à Mayence dix huict, lesquelles endurèrent la mort fort constamment ; et à Strasbourg, quatre vingts en furent bruslez à l'instance de l'Évesque du lieu. Ces persécutions en multiplièrent tellement le nombre, par l'édification qu'en recevoyent ceux qui les voyoyent mourir louans Dieu, et sasseurans de sa miséricorde, que nonobstant les continuelles persécutions, il s'en trouva en la Conté de Passau, et aux environs de Bohème, en Tannée mille trois ces quinze, jusqu'au nombre de quatre vingts mille personnes, qui faisoyent profession 1 de ladite croyance.
Us eurent aussi des belles Églises en Bulgarie, Croace, Dalmatie et Hongrie, ainsi que le raconte Matthieu Paris, dressées par un certain Barlhelemi natif de Carcassonne (i).
Ils allaient partout, pour gagner leur vie et, la Bible traduite en langue vulgaire à la main, prêchant les dogmes de l'Évan-
(I) Perrin : Histoire des Vaudois, p, 6 et 7.
glle et proclamant aux peuples contre le clergé que la chrétienté devait revenir aux errements de la primitive Église (i).
Et à leur voix tous les peuples répondaient: en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre.
Il y avait dans ce temps (le xw siècle), écrit Camerarius, un grand nombre de Vaudois en Bohèriic. Quelques-uns vivaient aussi en Autriche ; par la cruaulé des supplices ou la crainte, ils furent dL'truits et dispersés. Etienne, Fun de leurs pasteurs, fut brûlé à Vienne. Une grande parlie d'entre eux, errant çà et là, vint dans la Marche de Brandebourg, où déjà quelques-uns d'entre eux, avant ce temps-là, avaient été. Mais peu après, ils y furent violemment persécutés, et en furent expulsés ; plusieurs ayant péri par le fer, par l'eau ou par le feu.
Il y eut des Vaudois à Milan, à Naples, à Strasbourg, puisque les écrivains catholiques ont désigné chacune de ces villes comme étant, avec la Bohême, la résidence d'un de leurs chefs (2).
Les Taborites et plus tard les Hussites de Bohême ne furent que les disciples des Vaudois. Bost dit que, en 1176, « une forte division de Vaudois vint en Bohême » (3), probablement celle que conduisait Valdo; Hensel ajoute que
(1) Hi homines, écrit Eberhard de Béthune, s«n< sedacti ah antiqua progénie simpUcium hominium, qui Alpes et viciniam habitant, et semper amant antiqua. In Sueviam, Bavariam et Italiam borealem, sœpe intrant mercatoreSj qui hiblia ediscunt.
(2) Un auteur catholique du moyen âge, Martine, dit que le pape des Albigeois habitait «sur les confins de la Bulgarie, de la Croatie et de la Dalmatie, près de la nation des Hongrois ». - Avec les vagues notions géographiques si incomplètes du moyen âge, faut-il voir là un souvenir de Valdo retiré en Bohême ?
(3) Histoire ancienne et moderne de VÉglise des Frères de Bohême et de Moravie ?
les Vaudois existaient également en Silésie et en Poméranie (i).
S'il faut en croire Thuanus, les disciples de Valdo allèrent encore plus au nord, puisque d'après cet auteur, une partie d'entre eux se retira « en Allemagne, en Sarmatie, et de là en Livonie, d'où elle passa au fond du septentrion ».
Nos hérétiques franchirent également la Manche et Willelmus Ncubrigensis, qui les appelle les Publicains, écrit :
En ce temps-là vinrent en Angleterre quelques-uns de ce parti erroné, qu'on appelle vulgairement les Puhlicains. Ayant eu leur origine en Gascogne, d'un auteur inconnu, ils ont introduit dans plusieurs autres contrées le venin de leur perfidie, tellement que les provinces retirées de la Gaule, de l'Espagne, de l'Italie et de l'Allemagne, ont été infectées de cette peste au point que, selon les paroles du Prophète, ils se sont miillîpHés plus que le sable de la mer (2).
En Alsace, ils étaient très nombreux.
Leur propagande ne fut pas moins active dans l'Europe méridionale. Ils étaient très nombreux en Aragon, où, dès 12^2, à Taragone, fut tenu un concile pour les condamner.
Au xiv*" siècle, les Vaudois ouvrent de- tous côtés des écoles en Lombardie et reçoivent des subventions « de leurs frères de Bohême et de Pologne ». "
Dans toutes les villes de la Lombardie et de la Provence, comme dans beaucoup d'autres lieux et d'autres États, ils avaient un grand nombre d'adhérents ; dissertaient en public, convoquaient le
(i) Histoire des protestants de Silésie. — Durant les xiii« et xiv* siècles, ils continuèrent à se multiplier en Allemagne : aussi dès i33o, on les persécute; aussi, en iSyi, les inquisiteurs de Saxe et de Poméranie en tuèrentils 443 et, en 1407, les inquisiteurs d'Einstein en immolèrent-ils un grand nombre, parmi lesquels douze pasteurs.
(•j) De rébus A ng liais.
peuple à de grandes réunions, sur les places et dans les champs et prêchaient en pleine liberté, n'y ayant personne qui osât s'opposer a eux à cause de leur puissance .et de la multitude de leurs fauteurs (i).
Ils se répandaient dans tout le royaume de Naples, dans la Fouille, dans les Calabres et jusqu'en Sicile.
En France, ils étaient si nombreux que, selon Duplessis- Mornay, « des Alpes aux Pyrénées, leur doctrine s'était tellement répandue que dans les villes et les champs la plupart avaient abandonné les traditions de TÉglise romaine. »
Aussi, dès la fin du xii^ siècle, pouvait-on dire avec un auteur protestant, Schrœckh, que, « en ces temps-là, les Vaudois étaient si nombreux, qu'en allant de Cologne à Milan, c'est-à-dire en parcourant un espace de deux cents lieues, ils pouvaient chaque nuit loger chez quelqu'un des leurs » (2).
Comme ils étaient originaires de Lyon on les appela les Léonistes : aussi est-ce en parlant d'eux et les mêlant aux anciens Vaudois, qu'un écrivain allemand du moyen âge, Reynerus, constate les dangers qu'ils font courir au dogme catholique par les immenses succès de leur propagande autant que par la pureté de leurs mœurs :
Parmi toutes les sectes qui existent ou qui ont existé, nulle n'est plus pernicieuse à l'Église que celle des Léonistes ; et cela pour trois raisons: la première, c'est qu'elle est la plus ancienne; quelques-uns même disent qu'elle a duré depuis le temps de Sylvestre; d'autres, depuis le temps des Apôtres. La seconde, parce qu'elle est la plus répandue, n'y ayant pour ainsi dire aucun lieu
(i) Auteur catholique cité par r)uPLE3sis-MonNAY : Myst. iniq.seu Ilistoria vj papatus.
(a) Cite par M. Muston {Origine des Vaudois) ainsi que plusieurs des passages précédents.
de la terre où elle n'ait pénétré; la troisième, parce que lorsque les autres sectes excitent l'horreur par leurs blasphèmes contre la Divinité, celle-ci, savoir des Léonistes, a une grande apparence de
Le même capitaine Paul abandonne nues dans les neiges quatre femmes de Villar et trois de la Tour après leur avoir fait couper successivement le nez, les doigts des pieds et des mains, puis les pieds et les mains.
Quant à leurs enfants il les fit précipiter dans les rochers.
Madeleine, veuve de Jean Berlin de la Tour, est également roulée toute nue, la tète attachée entre les jambes, à travers les précipices. (Gravure extraite du livre de Léger.)
piété; en cela qu'ils vivent justement devant les hommes, croient bien de l'Être suprême et reçoivent tous les articles du symbole; seulement ils blasphèment l'Église romaine et le clergé.
Ce n'est pas seulement en Allemagne qu'ils pénétrèrent, mais encore en Bohème.
Outre les Vaudois, qui, dans le xii* siècle, avaient été envoyés de Dieu en Bohème pour seconder les frères dans leur lutte contre la puissance papale, une nouvelle colonie d'entre eux, chassée de France et d'Italie par de nouvelles persécutions, était venue se réfugier en Autriche (i).
Environ ce temps-là les frères de Bohème apprirent qu'il y avait aux en^irons de l'Autriche une certaine congrégation d'anciens Vaudois, dirigée par des hommes doctes et pieux, et dans laquelle régnait la discipline évangélique (2).
Il semble résulter de ce dernier texte que les Églises vaudoises se cachaient en Bohême ; cela nous est expliqué par un autre écrivain, Lydius, qui, en parlant des frères de Bohême, constate qu'ils devaient redouter les persécutions :
Lors de la formation de nos Églises se trouvaient dans les environs de la Bohème quelques Églises de Vaudois en Autriche et surtout dans la Marche (de Brandebourg). Mais comme elles n'avaient point de réunions publiques étant opprimées par la tyrannie pontificale, et qu'il n'existait aucun écrit de leur part, elles nous furent généralement inconnues.
Les exilés de Lyon, partout 011 ils se réfugièrent, se confondirent absolument avec les anciens Vaudois, comme Gamerarius J'indique incidemment en parlant des pasteurs bohémiens qui, aux confins de la Moravie et de l'Autriche, trouvèrent une antique Église des disciples de Valdo : ceux-ci tenaient pour être les successeurs des anciens hérétiques des Alpes cotiennes :
Ils (ces pasteurs) trouvèrent là le pasteur vaudois Etienne qui, ayant fait venir son collègue et quelques autres de leurs ministres)
. (i) BosT : Histoire ancienne et moderne des Frères de Bohême et de Mo- ^ ravie, vol. II, livre 3.
^ (a) Camerarius : Histoire des Frères orthodoxes des Églises de Bohême,
leur exposa leur origine, depuis les temps de Constantin les articles de leur foi et les choses affreuses qu'ils avaient soufL e. jusqu'alors dans l'Italie et dans la Gaule. soutierte»
En Lombardie, au dire de Reynerus, ils eurent ,, un grand nombre d'écoles dans toutes les villes » ; mais ils ne se cachaient pas moins pour pratiquer leur culte, sans nul doute par cramte des persécutions.
Dans des lieux cachés et à des heures indues, ajoute Reynerus .is s mstru.sent et enseignent; mais ils n'admettent personne parmi eux qu. ne partage leur croyance. Lorsqu'ils sont rassemblés ils se disent d'abord : Prenez garde qu'il n'y ait pas entre nous du bols
■ Comme ils furent entraînés, par la fortune de leur exil dans les lieux les plus divers et chez les peuples les plus différents, les disciples de Valdo qui, à l'origine, dans leur ville natale, avaient été appelés soit les Pauvres de Lyon à cause de leurs maximes de charité pour les humbles' et de abandon fait par leur chef de ses biens aux indigents, soit les Ensabotés, probablement à cause des pauvres chaussures dont étaient couverts leurs pieds lors de leurs courses apostoliques, les disciples de Valdo, disons-nous, suivant les lieux, reçurent les noms les plus multiples.
Perrin raconte (i) qu'aux disciples de Pierre Valdo on donna d'abord le titre de Vaudois, du nom du chef de la secte, puis que, étant sortis de Lyon <, desnuez de tous moyens Immains, y ayant la pluspart quitté leurs biens » les moines catholiques, « en dérision, les appelèrent Pauvres de Lion «.
En Dauphiné, on les nomma Chaignards: au delà des
(1) Histoire des Vaudois, p. 8, 9 et 10.
Outre les Vaudois, qui, dans le xir siècle, avaient été envoyé» de Dieu en Bohème pour seconder les frères dans leur lutte contre la puissance papale, une nouvelle colonie d'entre eux, chassée de France et d'Italie par de nouvelles persécutions, était venue se réfugier en Autriche (i).
Environ ce temps-là les frères de Bohème apprirent qu'il y avait aux en\irons de l'Autriche une certaine congrégation d'anciens Vaudois, dirigée par des hommes doctes et pieux, et dans laquelle régnait la discipline évangélique (2).
Il semble résulter de ce dernier texte que les Eglises vaudoises se cachaient en Bohème ; cela nous est expliqué par un autre écrivain, Lydius, qui, en parlant des frères de Bohême, constate qu'ils devaient redouter les persécutions :
Lors de la formation de nos Églises se trouvaient dans les environs de la Bohème quelques Églises de Vaudois en Autriche et surtout dans la Marche (de Brandebourg). Mais comme elles n'avaient point de réunions publiques étant opprimées par la tyrannie pontificale, et qu'il n'existait aucun écrit de leur part, elles nous furent généralement inconnues.
Les exilés de Lyon, partout où ils se réfugièrent, se confondirent absolument avec les anciens Aaudois, comme Camerarius J'indique incidemment en parlant des pasteurs bohémiens qui, aux confins de la Moravie et de l'Autriche, trouvèrent une antique Eglise des disciples de \ aldo : ceux-ci tenaient pour être les successeurs des anciens hérétiques des Alpes cotiennes :
Ils (ces pasteurs) trouvèrent là le pasteur vaudois Etienne qui, ayant fait venir son collègue et quelques antres de leurs ministres,
(i) BosT : Histoire ancienne et moderne des Frères de Bohème et de MO' ravie, vol. II, livre 3.
(a) Camerarius : Hisloiie des Frères orthodoxes des Eglises de Bohême,
leur exposa ïeuv origine, depuis \rs l.Mups d,. Counlaiiilii !•• articles de leur foi et h's ciios,«s affreuses ,|u'lb «vnieiil Monffifrtet jusqu'alors dans l'Italie et dans la C.aule.
En Lombardie. au dire de Reyuenis. ih cMirml « un grand nombre d'écoles dans toutes les villes .» ; main iln ne se cachaient pas moins pour prali(juer leur mile, suns nul doute par crainte des persécutions.
Dans des lieux cachés et à des heures imlue>. ajoulc Htyneni^ ils s'instruisent et enseignent : mais ils natlmellenl p.'rsoiniê parmi eux qui ne partage h'ur croyance. Lorsqu'ils s<ml rassembles, ils «e disent d'abord : INvne/ garde qu'il n'y ait pas enire nous du Mn lortu.
Comme ils furent entraînés, par la fortune de leur exil, dans les lieux les plus divers et chez les peuples les plu.s difTérents, les disciples de Vaido qui, à roiigine, dans leur ville natale, avaient été appelés soit les ]*aui^res ilc Lyon, h cause de leurs maximes de charité jx^r les humbles et de labandon fait par leur chef de ses biens aux indigents, soit lesEnsaboU's, i)robablement à cause des [>auvres chaussures dont élaicnl couverts leurs pieds lors de leurs courses apostoliques, les disciples de \aldo, disons nou>, suivant les lieux, recourent les noms les plus multiples.
Perrin raconte (i , qu'aux disciples de Pierre \aldo on donna d'abord le titre de Vaudois, du n(»m du chef de la secte, i)uis que, étant sortis de Lyon u desnuez de tous moyens humains, y ayant la pluspart (juitlé leurs biens ». les nioines catholiques, « en dérision, les appelèrent Pauvres de Lion )> .
En Dauphiné, on les nomma Chaifjnards: au delà des
(I) Histoire des Vaudois, p. 8, 9 et 10.
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Alpes, Tramonlains ; à Die, Joséphistes, du nom d'un disciple de Valdo ; en Angleterre, Lollards, du nom d'un autre apôtre ; en Languedoc, Ilcnriciens et Esperonistes, du nom des prêtres Henry et Esperon, ou Arnoldistes, du barbe Arnaud Ilot (i); en Provence, Siccars, c'est-à-dire, en jargon local, coupeurs de bourses; en Italie, Fraticelli « comme qui diroit Frérots, parce qu'ils vivoyent comme frères en vraye concorde ». Comme ils n'observaient d'autre jour de repos que le dimanclie, on les appela encore Insabalhas.
Les Taborites d'Allemagne sont également les descendants de la secte vaudoise.
(i) Ilenry de Bruys et Esperon étaient les contemporains de Valdo. Quant aux Arnoldistes, quelques-uns ont dit que leur nom venait d'Arnauld de Brescia.
LÉGER (Histoire des Ecrlises vaudoises, p. 12) dit que les Vuudois ou Valdenses « du nom de Valdo » furent après lui appelés « du nom des pasteurs qui se rencontroient les plus si^rnalés entre eux, comme Petro-Brusiens, en Languedoc, Provence et Dauphiné, de Pierre Bruys, pasteur excellent; Henriciens, Arnoldistes, Esperonistes et Josèphistes es vallées de Piémont et circonvoisines, d'Henry, d'Arnauld. de Joseph et d'Esperon, et en Angleterre Lollards à cau^e de N. Lollard, personnage de singul\,ère érudition ». — Nous faisons remarquer que Pierre de Bruys était de beaucoup antérieur à Valdo. — Perrin (p. 65) nous raconte que Lollard écrivit un commentaire de l'Apocalypse. — Lollard naquit en Angleterre; il prêcha tant dans son pays qu'en Allemagne ; arrêté à Cologne par les inquisiteurs, il y fut brûlé en i322.
Les lollards n'eurent pas un moindre rôle en Flandre et Michelet trace d'eux le portrait suivant (Histoire de France, t. VIII, p. 90, 91 et i3<>) :
« Ce tisserand, seul, dans l'obscurité de l'étroite rue, de la cave profonde, créature dépendante des causes inconnues, qui allongent le travail, diminuent le salaire, il se remet de tout à Dieu. Sa foi, c'est que l'homme ne peut rien par lui-même, sinon aimer et croire. On appelait ces ouvriers beghards (ceux qui prient) ou lollards, d'après leurs pieuses complaintes, leurs chants monotones, comme d'une femme qui berce un enfant. Le pauvre reclus se sentait bien toujours mineur, toujours enfant, et il se chantait un chant de nourrice pour endormir l'inquiète et gémissante volonté aux genoux de Dieu... Il y avait une chose toute spéciale dans le soulèvement de ces villes du Nord, chose originale et terrible, et qui y était indigène, c'était l'ouvrier mystique, le lollard illuminé, le tisserand visionnaire, échappé des caves, effaré du jour, pâle et hâve, comme ivre de jeûne. »
Les Vaudois furent encore appelés Piphles en Flandre et Tisserands en Gaule « par l'usage qu'ils ont de faire ce métier ».
« Et, ajoute Perrin, pour ce qu'ils estoyent exposez à contmuelles souffrances, du mot latin Pâli, qui signifie souffrir, ils (les moines) les appelèrent Patareniens. Et attendu que comme pauvres passagers, ils fuyoyent d'un lieu en aulre, ds ont esté appelés Passagenes. En Allemagne, ils estoyent nommés Gazares, mot qui signifie exécrables et insignement mescbants. En Flandres, ils estoyent Turlupins, comme qui diroit liabilans avec les loups, parce qu'à cause des persécutions, ils estoyent souvent contrains d'habiter es bois et déserts. »
D'autre part, les hérétiques du xii^ siècle se virent appliquer les noms des provinces et des villes dans lesquelles ils se fixèrent : ainsi les Albigeois, ainsi les Vaudois appelés Lombards dans la Haute-Italie, Piccards à Amiens, Lionistes ou Léonistes de Lyon, leur ville d'origine (i).
Les ^audois furent encore nommés Sérabaïtes « ainsi appelés, dit un vieil auteur, Dufresne, parce que, comme les moines sarabaïtes, ils vivaient indépendants, vaguant par les villes et les châteaux )>. - « L'erreur des Sérabaïtes, écrit Ealuze, qui appelaient l'Église romaine la grande prostituée, en lui refusant tout pouvoir et toute autorité.
(du ■r?ec ««"'«or^r '■'" '^O"'^""'"-'' »"« '*^ Vaudois le. Cathare, in. lltL ^t'- '^ '■' ■"*" "^^ hérétiques, venus d'Orient, qui, au dtoar„^*'"'"ï'T',"""""^"* "' '''""'^' '^^'O"' "ne doctrine tiutë zôSê une Ho . ^^""''' '"y^"^-'' 'O"'" P'-ne des idées de dWére ra^on 1 ""' "=<""■•»''»" étrangement avec la doctrine
dans toute ip'*""; ''"'A "'°"''""'' '" ^''""'<''' "»'«"' '"portée
eix L^, ;^,Th?', ?"" "^-^ -^«"^-«f e' délaissèrent absorber par eux, mais, au début, ils n'avaient rien de commun les uns avec les autres
fut condamnée, non pas comme une nouvelle hérésie, mais ainsi que l'hérésie des Donatistes, des Manichéens et des Vaudois. »
Les Vaudois furent aussi appelés Rnncariens en Allemagne, Cornistes de la ville de Côme, où ils furent u nichés », V selon l'expression de Mathieu Paris et de Reynerus, Bagnolais de la ville de Bagnols où ils dominaient, Carraçois de Carrazo en Lombardie, Barrionais a peut-être de la montagne de Barrion », selon Gretserus.
Ils reçurent encore le nom de Pablicains, comme nous l'avons indiqué plus haut.
En même temps que Valdo, une série d'apotres éloquents et célèbres à cette époque prêchaient la foi nouvelle, sans parler de tous les Vaudois qui, chacun, ne manquaient pas une occasion d'enseigner leur doctrine. En dehors des pasteurs qui ont eu l'honneur de donner leurs noms à leurs coreligionnaires, Perrin cite, entre autres, « deux évêques vaudois », Belazinanza, à Vérone, et Jehan, à Lugio, qui enseignèrent les croyances hérétiques vers i25o; un certain Barthelemi « natif de Garcassonne » qui fonda les Églises vaudoises en Bulgarie, en Groatie, en Dalmatie, en Hongrie, contre lequel le légat du pape, l'évêque de Porluense, demanda aide et assistance jusqu'à ce que l'apôtre et ses disciples « furent contraints de se retirer es déserts, suivant la prophétie de l'Apocalypse ». Perrin cite encore toute une série de pasteurs des vallées piémontaises : Antoyne (de Suse); Jean Martin (de Saint-Martin) ; Mathieu (de Bobi) ; Etienne Laurens (de Saint-Martin) ; Jehan (de la vallée de Lucerne) ; Barthelemi Tertian (de Méane) ; Thomassin Bastia, « de la vallée d'Angrogne, lequel mourut au service des Eglises vaudoises de la Pouille » ; Sébastien Bastie, mort en Galabre; « Jehan Bellonnal, de la vallée d'Angrogne, lequel
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se maria et fut le premier d'entre les barbes qui entendit à mariage », etc.. (i).
L'envoi de Thomassin Bastie et de Sébastien Bastie dans les Pouilles et en Galabre prouve l'étroite union des Églises vaudoises. Le fait suivant que raconte Perrin au sujet de deux pasteurs des Alpes, Daniel de Valence et Jehan de Molines, vient encore le confirmer :
Ces deux (pasteurs) furent envoyés en Bohème pour servir aux Églises vaudoises recueillies au dit royaume : mais ils trahirent les Églises et leur firent beaucoup de mal, car ils descouvrirent aux ennemis des dits Vaudois tout ce qu'ils avoyet recognu de leurs troupeaux, d'où advint une grande persécution. Ce qui occasionna les Églises de Bohème d'escrire aux Églises vaudoises des Alpes de ne plus appeler en telles vocations que personnes desquelles la foy, probité et zèle fut cognu par longue espreuve (2).
Les idées de Pierre Valdo s'étaient ainsi répandues par toute l'Europe, et, quand Luther arriva, elles couvaient sous la cendre des bûchers dans toute l'Allemagne, pour s'élancer, au premier coup de vent, en flammes étincelantes : il suffit à Luther de jeter sur ces cendres une poignée de bois pour
(1) Voir Perhin : Histoire des Vaudois, p. 04, 65 et 66.
(2) Histoire des Vaudois, p. 67.— Cette habitude des Églises vaudoises d'envoyer des pasteurs, des missionnaires auprès des Églises étrangères se conserva à travers les âges : en i53o, Georges Maurel et Pierre Masson sont envoyés auprès des Eglises protestantes d'Allemagne;en i56o, Etienne Nesgrin et Louis Pascal sont envoyés en Italie ; Masson fut emprisonné a Dijon, Nesgrin mourut de faim dans une prison a Cosence ; quant à Pascal, il fut brûlé vif à Rome, en présence du pape Pie IV et de ses cardinaux, « lesquels, selon Perrin (p. 68), il cita a coinparoistre devant le trosne de l'Agneau pour y rendre compte de leurs cruautés ». Le martyre lut, du reste, le sort à peu près commun de tous ces apôtres partis des Alpes pour prêcher la foi : prison et bûcher, voilà ce que leur donnèrent à profusion « les moynes inquisiteurs, lesquels les fasoyent aquetter,mesme sur le haut des Alpes, lorsqu'ils s'acheminoyent de l'un de leurs troupeaux a 1 autre ». (Perrin, p. 68.)
rallumer l'incendie. Elles persistèrent en Angleterre, où les Lollards jouèrent un rôle politique jusqu'à la guerre des Deux-Roses, et où elles préparèrent la nation au schisme de Henri VIII (i). Elles ne disparurent jamais, malgré les persécutions, de l'Ecosse, de la France méridionale, de la Bohême et elles n'aidèrent pas peu la Réforme du xyi*^ siècle à secouer victorieusement en tarit de pays le joug de la Rome pontificale. Durant tout le moyen âge, ce sont elles qui ont entretenu dans l'àme des peuples la pensée d'indépendance de l'esprit humain, de liberté de la conscience; ce sont elles qui ont enfanté les Albigeois, inspiré Wicleff en Angleterre au xiv® siècle, Jean Huss en Bohème et Zwingle en Suisse au xve, préparé, au xvi«, en Allemagne et en France, Luther et Calvin.
Quant au grand réformateur qui détermina ce prodigieux mouvement, en ce siècle de lourde féodalité et d'asservissement ecclésiastique, après avoir conduit ses disciples dans
(i) Au début du xv« siècle, à l'avènement des Lancastre, les lollards étaient assez puissants pour contrebalancer l'influence de l'Église d'Angleterre : ceux qui se disputaient le trône comptaient cette secte recrutée dans les classes populaires, parmi les humbles et les petits, comme un des facteurs importants de la politique du royaume. Lancastre, après s'être appuyé sur eux, les livra à l'Église et à ses bûchers pour gagner le clergé à sa cause. — « Les biens des lollards, écrit Michelet {Histoire de France, t. VI, p. 8), étaient contisqués ; un tiers revenait au juge ecclésiastique, un tiers au roi. Le dernier tiers était donné aux communes où l'on trouverait des hérétiques; c'était un moyen ingénieux de prévenir leur résistance, de les allécher à la délation.... » — Ces infortunés étaient brûlés « en lieu apparent et élevé ». — Puis, redoutant l'omnipotence du clergé, le roi essaya d'arracher les lollards à ses griffes. Son fils, Henri V, agit de même, flattant d'abord les deux partis, puis il livra les lollards à des persécutions systématiques, bien qu'ils le menaçassent de lever contre lui une armée de cent mille hommes. En i4i5, quand il partit pour son expédition de France, qui devait être si néfaste pour nos chevaliers dans la plaine boueuse d'Azincourt, afin de demander à Dieu sa protection, aux jeûnes, aux prières, aux processions il joignit, au moment de rembarquement, un bûcher, sur lequel, sous ses yeux, il fit brûler un hérétique, un lollard.
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les hautes vallées des Alpes et en Picardie, il se retira avec quelques-uns des siens, en Bohème. C'est là qu'il mourut.
Pierre Valdo succomba donc loin de ces montagnes des
« Anne, fille de Jean Charbonnier de la Tour, après avoir esté violée, comme presque toutes les autres femmes ou filles, fut enfilée ou empalée par la nature à une pique. Et en cet état, portée quelque tems en tête de 1 escadre de ces bourreaux qui disoient que c'estoit leur enseigne, et puis fatiguez de la porter de cette façon, plantèrent leur pique en terre sur le grand chemin, laissant cette nouvelle sorte de croix pour spectacle à tous les passans. » (Gravure extraite du livre de Léger.)
Alpes, loin de la terre sainte des Pauvres de Lyon ; mais, en s'endormant, au milieu des cimes de la Bohême, de Téternel sommeil, il dut, comme le Patriarche de la Bible, voir s'élever sur une échelle céleste ses innombrables enfants. Il a dû les
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voir en gravir les degrés mystérieux, au milieu des tourments, des larmes, des persécutions, mais s'élevant toujours plus haut et emportant avec eux le dépôt précieux de la liberté de conscience (i).
(i) Pierre Valdo a-t-il écrit, a-t-il laissé à ses disciples des mémoires, dans lesquels il aurait résumé ou consigné les doctrines qu'il prêchait? Sur la foi de vieux auteurs, Perrin affirme qu'il avait traduit en langue vulgaire des pages des Pères de l'Eglise, qui venaient à l'appui de sa thèse. Nous avons vu, d'après les citations données plus haut, qu'il avait non traduit lui-même, mais fait traduire en langue vulgaire, à Lyon, une partie des livres saints et des écrits des Pères de l'Eglite : il ne paraît pas avoir Jamais écrit autre chose.