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protéger mes récoltes, autrement dit, à garder les vaches. Si je n’avais pas employé ce moyen, il m'eût été impossible de profiter des regains où repousses des prairies, ou il m’eût fallu faire une dépense considérable pour séparer mes soles par des clôtures, qui auraient été fort génantes,
Pendant que les vaches paissaient, mon garçon, pour ne pas perdre son temps, faisait des rateaux en bois, des paniers avec de l’osier, et toutes choses qui pouvant se faire en pareille circonstance, auraient demandé plus tard un temps précieux.
Le CanNaADIEN.- Et votre petit garçon se prêtait de bonne grâce à passer toutes ses journées dans un champ, à garder des animaux? Mes enfants n’y voudraient pas consentir, et si je les y contraignais, je courrais risque de voir mes patates, mes betteraves, et mes fèves dévorées par les bêtes.
L’Ecossais.—Je suis bien aise que vous me fournissiez l’occasion de vous dire un peu ce que je pense sur la marière dont vous élevez votre famille. Maître Jean, je vous trouve un peu trop faible à l’égard de vos enfants, cette faiblesse chez un père est coupable, parce qu’elle est toujours funeste, Si la loi divine et les lois humaines ont voulu que le père ait toute puissance morale sur ses enfants, ce n’est pas pour qu’il u’en fasse pas usage. Aussi, quand il abdique tacitement cette autorité, c’est-à-dire, ne l’exerce pas, il se rend coupable ou pour le moins responsable moralement, vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis des hommes, des fautes que ses enfants commettent par suite de la mauvaise direction qu’ils ont prise.
Quand il a été nécessaire que mes vaches soient gardées, je n’ai pasdit à mon fils: veux-tu aller garder les vaches ? Je lui ai dit, d’un ton qui ne souffrait pas d’objection : vas garder les vaches ; et il y allait avec plaisir, parce qu’il savait que, tout en ayant le droit de commander, je lui savais gré de son obéissance. Bien plus, il se prétait de très bonne grâce aux petits travaux par lesquels je cherchais à occuper ses loisirs, pendant que les vaches paissaient, De cette manière, je n’ai pas
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eu la douleur de voir sa jeunesse, ses plus belles années, celles où toute habitude bonne ou mauvaise s’enracine profondément, passées dans l’indolence et l’inertie, causes ordinaires des plus grands maux qui affligent les hommes. Il a été élevé dans l’activité et le travail, et aujourd’hui l’activité et le travail sont nécessaires à sa santé, et font ses plus grandes jouissances.
Le CanaDien,—Tout ce que vous me dites est frappant de vérité, et restera profondément gravé dans mon esprit.
L’Ecossais.—Je le souhaite pour votre bonheur.
Pour ce qui regarde la surveillance des animaux au pâturage, je n’ai plus qu’à vous dire, qu’il est bon de confier ce soin aux enfants, pour exciter leur activité et leur vigilance ; et que, dans tous les pays d’Europe, c’est par cet ouvrage que l’on dresse les enfants, dès le plus bas âge, aux travaux des champs, et qu’on les prédispose aux soins minutieux que nécessitent les animaux,
Le CaANADIEN.—Vous avez raison, c’est par là aussi que je veux commencer à rompre les miens au travail ; cependant, s’ils ne voulaient pas...
L’Ecossais.—Je vois que vous n'êtes pas encore bien fort dans vos résolutions. Eh bien, si vos enfants ne veulent pas vous obéir, vous en serez quitte pour dépenser un bon nombre de piastres, et planter entre vos prairies et vos plantes sarclées, une clôture que vous transporterez chaque année d’une sole à une autre, au fur ot à mesure que votre jachère sarclée fera un nouveau pas.
Maintenant, revenons à notre sujet.
Après vous avoir parlé des soins donnés à mes animaux, il est tout naturel que. je vous entretienne des soins que je donnai à mes champs.
Je vous ai dit que tout le fumier que j'avais fait durant l'hiver, ayant été donné aux champs 1 et 2 de ma lère sole, le champ n°3 était resté sans fumure ; je vais vous dire actuellement quel moyen j'avisai, pour mettre ce dernier champ en aussi bon état de fertilité que les deux autres,
Durant toute la belle saison, excepté par les temps
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d’orage et de grande pluie, je faisais coucher mes moutons et mes bêtes à cornes sur le champ n° 3, dans un parc fait en bois. Je changeuis ce parc chaque jour de place, car une seule huit suffisait pour fumer parfaitement l’endroit où il était placé, et aussitôt qu’une bande de terre se trouvait fumée, je recouvruis l’engruis par un trait de charrue, A la fin de l’antomne, ce champ avait reçu un labour d’automne, un pendant l'été, et un troisième pour couvrir l’engrais ; en sorte qu’il se trouvait tuut aussi bien traité que les deux autres.
Si vous ne voulez pas parquer vos moutons, vous acheterez de la paille que vous étendrez duns l’étable à vaches et dans la bergerie, et yous tiendrez vos bêtes fermées pendant la nuit. Les vaches s’en trouveront bien, mais les moutons en souffriront.
Cette demi stabulation vous procurera assez de fumier pour votre troisième champ. Mais je vous observerai que la conduite des fumiers prend beaucoup de temps et coûte par conséquent beaucoup, surtout quand on commence comme vous, avec peu de ressources, peu d’attelages.
A propos de la stabulation des vaches durant les nuits d’été, je vousdirai que, dans le commencement, lorsque j'ai eu à exécuter telle ou telle manœuvre, je n’ai pas toujours choisi celle qui me paraissait la meilleure en elle-même, mais toujours celle qui pouvait me mener le plus vite au point où il me serait permis, grâce aux ressources acquises, de faire le choix le plus convenable. Ainsi, je savais bien qu’il valait mieux tenir les vaches à l’étable durant la nuit, et cependant je les parquais avec mes moutons, pour profiter de leur fumier sans dépense. Vous choisirez entre ces deux manières d’opérer, suivant l’état de votre bourse.
Les détails que je vais vous donner sur la qualité de mes récoltes de cette année-là, m’amèneront à vous dire comment je traitai les champs qu’elles couvraient. Je continue par ma première sole.
La récolte de fèves, que je fis sur le champ nf ? de ma première sole, fut très bonne. A plusieurs re-
ises, durant l’été, je l’avais débarassée soigneus2ment mauvaises herbes et binée profondément, au moyen
d’un instrument que vous ne connaissez pas, et qui est cependant très utile et je dir&i même indispensable, pour valtiver bien et proprement toutes les plantes semées ou plantées au rayon. Cet instrument s’appelle houe à “cheval, coûte peu d’argent, et peut être fabriqué par le premier forgeron venu.
C’est aussi avec cet instrument que je travaillai mes patates et mes betteraves. Ces jadinages ayant été parfaitement fumés, payèrent avec usure mon temps et mes peines, et contribuèrent beaucoup au bon entretien de mes vaches pendant l’hiver suivant, et à la conservation de leur lait.
Aussitôt après la récolte des racines et des fèves, je donnai un labour très soigné à mes deux champs, comme je l’avais fait pour lé champ n9 3. J’y traçai, ainsi que sur ce dernier, des rigoles d’assainissement, etje n'eus plus rien à faire sur cette sole jusqu’au printemps suivant. Maintenant, passons à la deuxième.
Comme j'avais bien plâtré mes pois, à plusieurs reprises, et bien assaini mon terrein, ma récolte fut assez belle. J’eus une grande quantité de paille ; les pois étaient de bonne qualité.
Le troisième champ de ma deuxième sole, que j’avais semé en avoine, ne me donna qu’une bien médiocre récolte. Je n’eus qu’une paille très courte et mince ; et du grain, tout au plus ce qu’il m’en fallait pour nourrir mes chevaux pendant les plus grands travaux,
Le CANADIEN.—Si vous avez eu une bonne récolte de pois, c’est sans doute parce que vous les avez plâtrés, car la terre devait être tout aussi épuisée dans ces deux champs que dans celui où se trouvait l’avoine. Si vous aviez plâtré l’avoine, vous auriez eu aussi une bonne récolte.
L’Ecossais.—Le plâtre ne produit aucun effet sur les céréales, c. a. d., le blé, le seigle, l’orge, l’avoine, tandis qu’il contribue puissamment au développement des plantes que l’on appelle légumineuses, telles que : pois, vesces, trèfle, luzerne, etc., et si l’on voit de plus belles récoltes de blé après un trèfle plôtré
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qu'après un trèfle qui ne l’a pas été, c’est parce que le trèfle étant une plante améliorante qui eurichit le sol par les racines et les feuilles qu’il y laisse, plus ces racines et ces feuilles sont développées et nombreuses, plus l’amélioration produite est grande. Le plâtre n’agit donc sur les céréales que d’une manière indirecte.
Ce n’est pas seulement au plâtre qre je dois attribuer la supériorité de ma récolte de pois sur celle de lavoine, mais bien aussi à la propriété qu’ont les poids, comme les fèves, de demander à la terre moins de nourriture que les céréales, et de puiser dans l’atmosphère une grande partie de leur nourriture.
Ma récolte de foin ne fut pas meilleure que celle que j'avais trouvée sur la terre, lors de mon entrée en jouissance. Je récoltai le peu que me donnèrent mes vieilles prairies etle mis soigneusement en meulon.
Quand l’automne fut venu, je labourai ma troisième sole, sur laquelle se trouvait une partie de mes prairies ; en sorte qu’il ne m’en restait plus pour l’année suivante que sept à huit arpents. ,
Je labourai également ma deuxième sole destinée à la jachère sarclée et fumée pour l’année suivante.
Ces deux soles furent coupées par des rigoles d’assainissement, et après ce soin donné à l’écoulement des eaux au travers des terres, je me mis à continuer mes grands fossés neufs, dans la partie que ma charrue attaquait pour la première fois. Pour cette année là, la longueur de ces nouveaux fossés ne dépassait pas trois arpents. C’était bien moins d’ouvrage que j'en avais eu à faire l’automne précédent, mais aussi j’avais une sole de plus à labourer ; en sorte qu’il ne me resta, avant le temps des gelées, que ce qu’il me fallait de journées pour labourer mon verger et bêcher mon jardin.
J'aurais bien voulu nettoyer avec la pelle avant l’hiver les fossés neufs que j’avais creuses l’année précédente, et que les herbes commençaient à envahir, mais les gelées ne m’en donnèrent pas le temps.
Le second hiver était venu.
Je vous assure que la première neige me fit plaisir à
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