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voir, parce que j’avais rudement travaillé pendant toute la belle saison, et qu’il me tardait d’avoir un prétexte plausible pour me reposer. Du reste, tous mes tra vaux importants étaient achevés.
Le CANADIEN. — Est-ce que vous avez pu faire tous ces travaux sans avoir recours à des bras étrangers!
L’Ecossais.—Je ne me fis aider que pendant les foins et la moisson, et quinze ou seize journees d’ouvriers me suffirent. Il est vrai que je fus fortement secondé par mon garçon et par ma femme. Celle-ci surtout, par les soins qu’elle donna au jardin, me rendit un grand service, car un jardin bien tenu et couvert de beaux légumes est chose précieuse pourun ménage de campagne. En outre des travaux du ménage et du jardin, elle m’aida à ramasser les patates, à nettoyer les betteraves et à les empiler dans le caveau.
J'aurais peut-être bien eu un reproche à lui faire ; c’était d’avoir un peu trop peuplé ma basse-cour de volailles de toutes espèces, pour la nourriture desquelles elle devait nécessairement me dérober quelques minots de pois et d’avoine ; mais je lui pardonnai de grand cœur cette faiblesse pour les volailles, en faveur des rares qualités dont-elle est douée. Jamais elle n’a recherché d’autres plaisirs que ceux que procurent les travaux et la vie de famille ; jamais idée de luxe ne lui est venus en tête. Il m’arrivait quelquefois, dans le commencement de notre établissement sur cette terre, de lui dire qu’il me faisait peine de voir sa toilette moins recherchée que celle de nos voisines, alors elle me répondait tout net: Quand notre terre sera améliorée, et que notre bourse sera pleine, je me permettrai, si jamais le gout m’en vient, un luxe qui serait ridicule aujourd’hui à mes yeux etaux yeux des gens qui pensent bien ; et ensuite ruineux pour notre bourse.
Le CANADIEN.— C’est une femme d'esprit que votre femme, et j’en connais bien une qui......,.suffit. Je n’en dirai pas davantage ; seulement, quand je vais mettre de l’ordre dans mon exploitation, je mettrai bon ordre dans tout et à tout.
L’Ecossais.—Je vais vous résumer, en peu de mots, ma position au commencement de l’hiver 1843, c’est-à-
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D'abord, parlons des champs.
Ma première sole était parfaitement fumée, sarclée, ameublie et assainie, en un mot, améliorée et toute prête à recevoir au printemps une semence de céréales et de graines de foin.
Ma seconde sole était labourée et assainie, et prête à recevoir le même traitement que celui auquel avait été soumise la première sole.
Ma troisième sole était défrichée, assainie, et prête à recevoir une semence de céréales ou de pois, au printemps. Mon jardin était bêché, et mon verger labouré. Enfin, mes clôtures de séparation étaient faites, et le chemin, aboutissant de mes bâtiments au pâturage, était tracé et avait déjà reçu bon nombre de voitures de pierres, que mon garçon avait ramassées tout en gardant les animaux et qui contribuèrent beaucoup à le rendre praticable pendant les temps pluvieux.
J’avais apporté quelques modifications dans le nombre et la nature de mes bêtes ; voici ce qu'était mon cheptel à l’époque dont je parle.
Mes bêtes à laine ayant été bien nourries pendant été, après m'avoir donné une bonne récolte de laine, me permirent de livrer à la boucherie cinq agneaux mâles de l’année, Je restai donc avec dix vieilles brebis et huit jeunes, plus, un bélier que j'avais acheté au commencement de l’automne.
Comme, parmi mes vaches, il s’en trouvait trois de qualité inférieure, j'aurais bien voulu pouvoir m’en défaire, et acheter pour les remplacer trois bonnes vaches d’Ecosse, qu’un de mes amis avait à vendre. Mais il m’aurait fallu donner du retour, et je n’étais pas encore en mesure de faire cette dépense: je renvoyai donc à plus tard cette amélioration. Je me contentai, pour cette année là, de changer mes porcs du pays, hauts sur jambes, gros mangeurs et difficiles à engraisser, contre une race bien préférable que l’on connaît en Angleterre sous le nom de Berkshire. J’achetai une femelle et un
mâle de cette race, avec une partie de l’argent provenant de la vente de ma truie et de six des gorets que j'avais engraïssés. Les deux autres gorets furent tués pour le ménage. Je vendis le poulain dont je vous ai parlé au commencement de nos conférences, et qui avait alors trois ans ; avec son prix, je payai quelques petites dettes que j'avais contractées pendant la saison des travaux, chez le marchand de groceries, le sellier, le forgeron. Ce fût un souci de moins ; je n’aime pas les deites.
Arrêtons-nous là pour ce soir, demain je continuerai mon récit en vous disant ce que je fis durant la deuxième année.
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Troisième Veillée,
TRAVAUX DE DEUXIEME ANNÉE, 1843-44.——( Voir le Tableau de deuxième année.) HIVER.
L’Ecossais.—L’hiver de 1844 se passa pour moi bien plus agréablement que le précédent, parce que ma position était de beanconp meilleure. En effet, je me voyais à la tête d’un cheptel plus nombreux, et J'avais soit en racines, soit en foin, assez de nourriture pour l’hiverner convenablement. Ma provision de paille pour litière était plus considérable que la première année. Je comptais déjà un dixième de ma terre passablement amélioré. J’avais en magasin une bonne récolte de pois et de fèves. Ma bourse s’était accrue du produit de la vente de mes moutons, de mon beurre et d’une partie du prix de mes cochons. Enfin, le prix des patates, les produits secs de mon jardin et la vente des volailles de ma femme pouvaient suflire à l’entretien de ma maison, pendant les mauvais jours. Dès ce moment, j’entrevis tout le bien que j’avais à attendre de la marche régulière que je m’étais imposée, et de l’ordre que j’avais mis dans mon exploitation ; et alors, l’inquiétude, dans mon esprit, fit place au re- : Durant cet hiver, comme pendant le premier, mon temps fut employé à battre mes grains, à conduire mes engrais, au fur et à mesure de leur confection, dans les champs de ma deuxième sole, et à conduire le bois nécessaire à mon chauffage. Mes animaux restèrent constamment enfermés. J’abandonnai leur soin à mon fils qui, m’ayant vu faire l’année précédente, voulut désormais être chargé seul du service des étables, avec l'intention secrète, Je le vis bien plus tard, de me surpasser, s’il était possible, en bons soins et en activité, et par conséquent en bons résultats, Plutôt que de répri-
mer ce petit sentiment d'amour propre, je m’appliquai à en tirer bon parti dans l’intérêt de son éducation.
Je fabriquui plus de fumier que pendant le premier hiver, parce que mes fourrages et mes animaux s’étaient accrus. Cependant, la paille pour litière me manqua, et je fus forcé d’en acheter üne dixaine de voitures à des habitants mes voisins qui ne savaient qu’en faire, et qui riaient en me taxant de folie, de me voir acheter de la paille pour la faire fouler aux pieds des animaux. Je les laissai se moquer ; c’eût été plutôt mon fait de rire d’eux, parce que je payais leur paille à peine au cinquième de sa valeur. Mais malgré le plaisir que procure toujours un bon marché, je vous assure que j’avais le cœur serré en voyant l’erreur de ces braves gens, qui me vendaient à vil prix ce qui seul pouvait ramener à la fertilité leurs terres épuisées. C'était tout commes’ils m’eussent donné leur bourse.
Tout en achetant leur paille, je leur faisais part ds mes idées à ce sujet ; devunt moi, ils avaient l’air de me comprendre, et de paraître forcés de vendre leur fourrage pour pourvoir à des besoins pressants, mais je savais bien qu’il n’en était rien, et que par derrière les quolibets roulaient sur mon compte.