DES PLANTATIONS
L'Ecossais.— Aussitôt que vous le pourrez, plantez un verger, Les pommes acquièrent, en Canada ,une qualité supérieure, et seront toujours pour l'habitant d’une grande ressource, comme produit de consommation locale et d'exportation.
En outre du verger, il serait très bon de planter, tout autour de chaque sole, ou autour de la terre au moins, et le long des fossés, des cordons d’arbres à fruit ou autres, dont la hauteur ne pourrait préjudicier aux plantes cultivées, mais cependant leur servirait d’abri contre les vents furieux qui désolent nos plaines.
Il est fächeux de voir avec quel acharnement les colons détruisent jusqu’au dernier arbre, dont l’ombrage serait cependant si salutaire aux animaux, dans les pâturages, et rendrait la campagne si riante.
Le CANADIEN.—Je comprends bien l’utilité des plantations, mais les arbres mettent beaucoup de temps à produire des fruits, et personne n’est assuré d’en jouir.
L’Ecossus.—Malhe areusement, beaucoup de cultivateurs raisonnent comme vous ; vos pères ont fait la
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même réflexion ; c’est à leur égoïsme que vous devez le triste état où se trouve votre terre, et c’est de ce mauvais sentiment que vos enfants auront à souffrir. Il en coûte cependant bien peu de planter un faible arbrisseau, et de dériger sa croissance pendant quelques années.
C’est, du reste, souvent le seul moyen de faire prononcer son nom par les générations futures, si disposées à oublier les morts. Je veux croire que ce souvenir soit, pouf le planteur, une bien faible indemnité pour ses soins et ses dépenses ; mâis il me semble que l’on doit être heureux de faire le bien, même lorsque l’on ne doit pas en profiter soi-même. Votre objection n’est donc pour moi d'aucune valeur. D'ailleurs, dix années suffisent àun pommier pour commencer à payer, avec usure, le travail ct les soins de celui qui l’a planté; or, qui nese promet pas de vivre encore dix ans? Il y a huitans que mon verger est établi, et déjà il me donne d’assez beaux produits. Dans trois ou uatre ans, il aura payé tous mes frais, et je n’aurai plus ensuite qu’à encaisser des bénéfices, sans frais importants.
Je connais quelques cultivateurs de c= pays-ci, qui doivent leur prospérité à leur verger, et qui seraient peut être aujourd’hui dans la misère, s’ils se fussent laissé aller d’abord aux funestes inspirations de l’é6goïsme.
Plantez donc le plus tôt possible, afin de jouir le plus tôt possible, et dans le cas où la providence ne vous permettrait pas de jouir du fruit de vos travaux, afin que vos enfünts puissent un jour bénir, avec reconnaissance, le nom du père laborieux et prévoyant de qui ils tiendront leur héritage.