DU LIN
Les récoltes qui succèdent ordinairement aux prairies sont : l’avoine, les pois et le lin. Nous avons parlé de
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l’avoine, il nous reste à dire un mot de la culture du lin et de celle des pois.
Il y a deux espèces de lin, le lin de printemps et le lin d’hiver ; celui-ci ne peut se cultiver dans le Bas- Canada, à cause du froid; alors nous ne parlerons que du lin d'été.
La variété de lin qui semble convenir le mieux au climat de ce pays-ci, est celle de Riga on de Russie ; cependant il y a d’autres bonnes variétés, telles que le lin de Flandre, qui pourraient aussi bien convenir.
Le lin d’été ne doit être cultivé que dans des terres très meubles ct surtout parfaitement amendées. C’est une des meilleures récoltes que l’on puisse obtenir sur une prairie rompue, car il s’accommode très bien des racines des plantes fourragères, qui sont pour lui un très bon engrais.
Comme une des premières qualités du lin consiste dans l’égale hauteur des tiges, on ne doit jamais le semer sur une terre nouvellement amendée par des fumiers d’étable, qui ne peuvent se répartir également sur toute la surface du champ. Les seuls engrais qui conviennent au lin sont les urines et les engrais en poudre.
Le lin redoute le froid et craint la trop grande sécheresse ; il faut donc, pour le sémer, choisir son temps de manière à n’avoir à souffrir ni de l’un ni de l’autre. La quantité de graines à employer varie suivant le but que l’on se propose ; si l’on sème pour obtenir principalement de la graine, un minot suffit pour un arpent ; quand on cultive le lin pour la filasse, deux minots ne sont pas trop.
On sème de deux manières, à la volée ou par tranches ; lorsqu'on sème à la volée, on a le soin de bien ameublir la surface du champ, comme pour une semence d'oignons, et l’on recouvre au moyen d’une herse d’épines qu’un horime traîne après lui.
Pour le semis à tranches on prend plus de précautions ; celui qui sème est muni d’une large houe à main, à manche recourbé ; il ouvre, dans le sens de la la largeur de la planche, une tranche de la profondeur d’un demi-pouce environ, et d’une largeur de deux fois
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Pour l’une et l’autre manières de semer le lin,les planches doivent avoir dix-huit pieds de large environ, car, comme je vous l’ai déjà observé, une des plus grandes qualités du lin, c’est d'avoir tontes ses tiges égales en longueur et en grosseur. Or, il est impossible que les brins qui se trouvent sur les bas côtés de la planche acquièrent la dimension de ceux qui se trouvent sur le sommet, et plus dans un champ il y aura des bas-fonds, plus le lin sera inégal ; voilà pourquoi les larges planches sont préférables aux planches étroites.
Lorsque le lin est semé il n’y a, jusqu’à la récolte, d’autres soins à lui donner que des sarclages, qu’il est bon de répéter autant qu’il est nécessaire, et jusqu’à ce que la récolte soit trop élevée pour qu’on ne puisse plus y entrer Sans l’endommager.
Pour récolter le lin destiné exclusivement à la filature, il faut choisir le moment où les tiges commencent à jaunir, et où les capsules qui renferment la graine sont à moitié mûres ; on obtient ainsi de bien meilleure filasse que si l’on récolte après la maturité parfaite. Mais si l’on cultive le lin exclusivement pour la graine, il est préférable d’attendre que tout le champ soit bien mûr.
Lorsque le lin est arraché on le met en bottes d’environ un pied de circonférence, que l’on lie avec du jonc ; puis on le fait sécher pendant quelques jours en meulons, en ayant le soin de construire ces meulons de manière à ce qu’ils aient la forme d’un mur, et à ce que toutes les racines soient placées en dedans et la graine en dehors.
Lorsque l’on juge que les capsules sont assez mûres pour permettre facilement l’égrenage, on étend un drap au pied du meulon, et l’on bat le lin au-dessus, en frap-
pant les têtes des bottes entre une planche et un maillet de bois. Pour qu’il ne reste pas de graines dans la botte on desserre le lien que l’on resserre aussitôt après le battage.
Vient ensuite l’opération du rouissage, la plus ne tante de toutes, et qui consiste à faire tremper, pendant une huitaine de jours, les gerbes de lin dans l’eau la plus pure que l’on puisse trouver. Voici comment on s’y prend : -
On transporte le lin à l'endroit d’une rivière ou d’un ruisseau qui m’ait rien à craindre de la force du courant, et même où l’eau soit un peu stagnante, et qui ait au moins six à sept pieds de profondeur, puis on y entasse les gerbes de lin, que l’on charge ensuite de planches et de pierres assez lourdes pour les forcer à plonger, de manière à ce qu’il y ait au moins un pied d'eau par dessus.
Si la température est chaude, le rouissage s'opèrera en six ou sept jours, tandis qu’il faudra neuf ou dix jours si le temps est froid. Dans l’eau courante le rouissage est beaucoup plus lent que dans l’eau stagnante, en sorte que l’on ne peut préciser bien exactement le temps pendant lequel le lin doit rester à l’eau ; c’est au cultivateur à surveiller souvent le rouissage, et à voir quand il est achevé. Il est facile de reconnaître lorsque le lin est suffisamment roui, en prenant.plusieurs brins que l’on brise entre les doigts ; si la fibre se détache bien facilement de la partie ligneuse, on peut en conclure que le lin doit être retiré de l’eau ; mais si au contraire ces brins ne font que se ployer entre les doigts, et si la fibre reste adhérente, on doit prolonger le rouissage. Il est important de surveiller cette opération avec beaucoup de soin, parce que si elle n’est pas parfaite, le travail du lin est plus tard très difficile, et si au contraire le rouissage est trop prolongé, la fibre pourrit et casse.
Lorsque le lin est retiré de l’eau on l’étend sur une prairie rasée, et on le laisse sécher pendant quelques jours, ainsi écarté, si le temps est beau ; mais si letemps est pluvieux, il faut mettre debout les petites gerbes, en ayant le soin d’écarter les brins et de desserrer le
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