‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 60 sur 62 · PRO RE AR IORE RO PER · texte numérisé non relu

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baine a dédaigné l’homme des champs, mais, grâce à la propagation des lumières, les choses sont bien changées; et si la réaction, qui s’opère tous les jours dans les esprits à cet égard, n’est pas encore complète, elle est en voie de le devenir. En Canada, comme en Europe, l’agriculture compte pour ses plus ardents protecteurs les hommes les plus éclairés ; elle a ses conseils de prud’hommes ou sociétés d’agriculture, ses journaux, ses encouragements publics ; elle est représentée auprès du gouvernement par un ministre spécial chargé de rechercher ses besoins et de défendre ses intéréis ; enfin, il ne se fait plus rien maintenant dans les administrations qui ne tende à lui assurer des priviléges. Aussi, la position sociale de l’habitant s'améliore sensiblement de jour en jour, et sera, avant peu, dans des conditions qui ne laisseront plus rien à désirer, pourvu que celui-ci aide un peu au mouvement par l’amélioration de sa culture, l’abandon de ses vieux préjugés et ar la culture de :on esprit au moyen de l'instruction. instruction, l'instruction, voilà le niveau des hommes. Si l’agriculteur veut élever sa profession au rang des professions libérales, il n’a pour cela qu’un moyen, qu’il s’instruise. Ce que je vous dis là est si vrai et si bien compris en Europe que, pour relever l’agriculture aux yeux des peuples, autant que pour en tirer le meilleur parti possible, on s’est empressé de toutes parts, et en Angleterre surtout, de créer pour la jeunesse des colléges agricoles.

Le Firs.—Que sont ces colléges, quel est leur but? L’Ecossais.—Nous avous dit que l’agriculture est aujourd’hui considérée comme une science et bien plus comme la plus utile, la plus difficile, la plus importante de toutes les sciences ; ilest donc raisonnable d'enseigner cette science à ceux qui l’ignorent et qui veulent lui demander des moyens d’existence ; voilà pourquoi on a créé des colléges où la théorie et la pratique de l’agriculture sont professées ensemble ; en sorte que beaucoup de jeunes gens qui, comme vous, ont fait des études classiques, sans trop savoir à quelles fins elles les mèneraient, son. fort heureux d’entrer dans ces colléges, d’où, après deux ou trois années de

leçons assidues, ils sortent capables de régir avec succès des exploitations agricoles de grande importance.

Le Firs.-—Les habitants envoient-ils leurs enfants à ces écoles d'agriculture?

L’Ecossais. —Dans le commencement de leur création, les habitants ns connaissant pas tout le bien qu’un jeune homme peut retirer de l'étude de la science agricole, et du reste s’imaginant qu’il n’y a qu’un homme du métier, c’est:à-dire qu’un homme sachant conduire deux chevaux et manier une bêche, qui fut capable de tirer bon parti d’une ferme, ne voulaient pas entendre parler de ces institutions ; ‘“ nos enfants,

isaient-ils, s’ils veulent apprendre à travailler la terre, apprendront bien mieux chez nous qu’à vos écoles, et en travaillant chez nous, nous profiterons de leur travail.” Mais quand, plus tard, ils virent ceux qui avaient suivi ces cours, capables de régir de grandes fermes et d’en tirer deux fois plus de profit qu'aucun autre, ils se ravisèrent, et aujourd’hui le nombre des jeunes habitants qui étudient l’agriculture est si considérable que l’on est forcé de. fonder d’autres collèges. Aussi l’Angleterre compte-t-elle un très grand nombre d'agriculteurs savants et expérimentés, et ces agriculteurs sont aussi respectables et respectés, je vous l’assure, que les jeunes hummes qui sortent des écoles de droit et de médecine.

Le rirs.—Je n’en doute pas ; quoique j'aie peu vécu, j'ai cependant assez panne ur savoir qu’aujourd’hui il n’y a plus, pour les gens de bon sens, que deux classes La société, celle des hommes instruits et celle des hommes privés des bienfaits de l’instruction ; par conséquent, un agriculteur instruit peut bien être placé au même rang qu’un avocat, qu’un médecin quelque distingués qu’ils soient. Il est bien fâcheux que nous n’ayons pas de semblables colléges en Canada ; s’il en existait, je ne demanderais pas mieux que d’en suivre les cours, parce qu’ensuite je pourrais raisonner mes actions et ne pas faire du métier agricole, mais de l’aré agricole. Mais voulez-vous que, comme mon père, je cultive, sans savoir pourquoi, d’une

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rpétuer la routine locale contre laquelle tous les Écmties éclairés s'élèvent avec raison ? Non, je ne le ferai pas,

L’Ecossais.—En résumé, vous ne voulez pas vous faire agriculteur, parce que vous trouvez le métier de cultivateur audessous de la position sociale que peut vous assurer votre instruction classique, en suivant tout autre profession, et parce que vous ne voulez pas servir à perpétuer la routine peu lucrative de vos ancètres ; mais si vous pouviez acquérir les connaissances théoriques et pratiques que tout bon agriculteur devrait avoir, tant pour son profit que pour relever sa condition, vos répugnances disparaîtraient-elles ?

Le rizs.—Certainement.

L’Ecossais.—Eh ! bien, pour vous engager à renoncer à votre projet d’aller grossir le nombre déjà trop considérable des aspirants aux professions libérales, et vous donner une preuve de tout l'intérêt que je vous

rte, je vous offre, si vous voulez, prendre en mains

’exploitation de votre père, de vous tracer par écrit le plan de culture que vous devrez suivre, de telle sorte

ue vous n’ayez qu’à exécuter fidèlement nes prescriptions, pour arriver comme moi au succès et à l’aisance. De plüs, si pendant le cotes de vos travaux vous avez besoin de quelques conseils, je me ferai un plaisir @e vous les donner, ainsi que toutes les explications nécessaires pour l’intelligence du système de culture que je me propose de vous soumettre, et qui, du reste, est le même que celui dont j’ai entretenu votre père dans nos précédentes conférences.

Le rizs.—Mais, monsieur, ce que vous m’offrez n’est rien autre chose que l’enseignement agricole dont nous venons de parler, et dès lors je n’ai plus rien à objecter. J’accepte vos offres généreuses avec reconnaissance, d’abori, parce qu’elles me permettent d’embrasser tout autre profession que celle d’avocat on de médecin à laquelle je ne me destinais, que par pure nécessité, et ensuite parce que je suis bien aise de pouvoir me rendre utile, dès ce moment, à ma famille, au lieu de

continuer à lui être à songe ; et de m'acquitter envers mon père de tous les sacrifices qu’il s’est imposés ds me donner de l'instruction, et qu’un mouvement d’orgueil coupable m'a fait un instant oublier.

L’Ecossais.— Très bien.

Le PERE.—J’avais bien raison de dire que M. Mac pourrait par ses bons conseils me sortir d’embarras. Allez, mon cher voisin, on en trouve rarement des hommes comme vous qui, pour mettre leurs voisins dans la bonne voie et leur épargner du trouble, veulent bien prendre la peine de les diriger et de leur communiquer ce qu’ils savent. Combien pourrais-je vous en citer qui sont riches et instruits et qui gardent tout pour eux, fortune et instruction. C’est fier ce monde là ; si un pauvre habitant allait leur demander des conseils, ils ne voudraient pas seulement se donner la peine de desserrer les dents, à moins d’être payés grassement.

L’Ecossais.—Je crois que vous êtes un peu trop prévenu contre la classe instruite de la société ; il y a parmi elle, soyez en convaincu, beaucoup d’hommes qui se font un plaisir, et même regardent comme un devoir de se rendre utiles aux autres en leur faisant part de leurs connaissances ; et plus nous avancons dans ce siècle de progrès, plus les hommes se persuadent que celui qui manque d’instruction a tout autant droit à assistance que celui qui manque de fortune, et que partager avec son prochain l’instruction que l’on a reçue est une œuvre tout aussi méritoire que de verser une légère aumône dans la sébille du pauvre.

Le Firs.—Monsieur Mac, soyez assuré d'avance de toute ma reconnaissance et de tou mon dévouement.

L’'Ecossais.—Mon ami, je ne vous demande, pour toute récompense, que de faire pour d’autres ce que je veux bien faire pour vous.

Messieurs, c'est assez causé pour ce soir, si vous voulez bien le permettre, nous remettrons à demain la suite de nos conférences,

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EPILOQUE.

Cuers LecrTEuRs,

Avant de vous donner le compte-rendu des autres conférences de l’Ecossais, de M. Jean et de son Fils, je désire me convaincre de l'utilité de ce travail, et comme c’est par l’appréciation que vous ferez des premières que je pourrai juger du mérite des suivantes, je vais attendre que vous ayez lu celles-ci, avant d’aller plus loin.

Cependunt, comme vous pourriez être impatients de savoir ce qu’il est advenu de la détermination de M. François, je vais vous dire en deux mots où ce jeune homme en est aujourd’hui.

Voici déjà deux ans qu’il a pris en main la direction de la ferme. Vous pourriez croire peut-être que notre jeune agriculteur, plein d’amour propre et de confiance dans sa science de collége,a, dès le premier jour, cherché à mettre son père de côté pour se faire seul maître ; non, François a été mieux avisé, il a nensé avec raison que son grec et son latin,ne lui seraient d’ancune utilité dans sa culture, tandis que la vieille routine de son père, quoique bien défectueuse sous beaucoup de rapports, pourrait lui être d’un grand secours. D'ailleurs, François est bon fils, en conséquence il s’est contenté d’une part dans l’entreprise. La partie pratique, c’està-dire la mise à exécution des travaux, a été abandonnée à M. Jean, tandis que François s’est réservé l’administration ; ce qui ne l’empêche pas de mettre la main à l’œuvre quand cela est nécessaire. L’un et lP'antre sont dirigés par les conseils et la méthode de l’écossais, et marchent rapidement dans la voie des améliorations.

L’entente la plus cordiale, la plus parfaite règne dans la ferme, parce que chacun sait se tenir à sa place. La mère seule trouble parfois la bonne harmonie par ses exigences. C’est que les femmes ne se Jaissent pas facilement gouverner ; surtout quand, comme Ma. dame Jean, elles ont pendant longtemps porté les culottes, il est fort difficile de les contraindre à ne plus faire à leur tête : mais François, je vous l’ai dit, est bon

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fils ; au lieu d’attaquer de front l’opiniâtreté de sa mère, il tourne l’obstacle, et par sa douceur et sa perséverance, il finit toujours par rester le plus fort,

C’est par ces moyens que, sans manquer de respect à ses parents, il est parvenu à faire cesser une foule d’abus et de dépenses inutiles et ruineuses. Ainsi, vous ne verriez plus aujourd’hui ce luxe de voiture et de toilette qui existait autrefois. Avant ces réformes, quand M. Jean conduisait au marché du grain ou d’autres denrées, l’argent de la vente était de suite converti en chiffons, chapeaux, robes à la nouvelle façon, si bien que l’on revenait souvent à la ferme sans un écu dans la poche ; mais maintenant ce n’est plus cela. La tenue de la famille est décente, mais simple et peu couteuse, vu que les éfoffes à la nouvelle façon ont été abandonnées pour celles plus solides qui se font dans le mé- | nage.

Toute la maison faisant partie de la société de tempérance, il 2 été supprimé du chapitre des dépenses un article dégoûtant,qui avait bien contribué pour sa bonne part à empêcher la prospérité de la ferme. C’était l’article des boissons spiritueuses. M. Jean n’était pasun ivrogne, mais il aimait à prendre son nécessaire, et ce nécessaire, qui consistait en quatre ou cinq verres de boisson par jour,le mettait quelques fois hors de son assiette; ce dont quelques gaillards adroits profitaient toujours pour lui faire faire quelques mauvais marchés, | quelques échanges désavantageux. Sous l'influence de l’alcool, M: Jean devenait querelleur, l’esprit de chicane s’emparaît de lui ; et alors,pour une pagée de clôture renversée, pour une poule échappée sur son terrein, pour un dommage de deux sols, il entreprenait volontiers un procès à dépenser 50 piastres. Aujourd’hui, plus de ces chicanes ; quand il se présente une difficulté à trancher, un cas grave à décider entre voisins, on prend M. Mac pour arbitre ; on le connaît pour être loyal, juste, éclairé, et l’on s’en rapporte à ses jugements. Tous les habitants, soit dit en passant, devraient bien faire de même et, au lieu de s’épuiser à plaider, prendre pour arbitre de leurs différens un des hommes des plus sages et les plus instruits de la paroisse.

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Revenons à François.

Aussi bon frère que bon fils, le temps qu’il ne consacre pas aux travaux de la ferme, il l’emploie à l’instruction de ses puinés, filles et garçons ; déjà quelques uns savent lire et écrire. C’est surtout pendant les veillées d'hiver qu’il exerce les plus habiles par des lectures à haute voix, auxquelles plusieurs habitants du voisinage viennent assister ; tantôt c’est une lecture d’un livre de morale tantôt d’un livre d’histoires instructives et amusantes, et le plus souvent de livres traitant de l’agriculture. Après la lecture, François interroge les assistants et les anime à la discussion ; chacun fait valoir son avis, l’appuie d’exemple tirés de ses expériences ou de celles faites par d’autres ; et de cette manière le temps se passe utilement. Pendant ces lectures suivies de con mentaires, les !:::1mes travaillent et gardent le silence, ce qui leur r:::: à vrai dire boaucoup, mais après les choses serieuses viennent les divertissements, car il faut bien rire un peu, alors elles rattrapent le temps perdu en donnant cours à leurs plaisanteries qui sont d'autant plus agréables,que l’on en a été privé pendant la majeure partie de la veillée. | Avant ces soirées utiles, les voisins venaient bien aussi veiller chez M. Jean, mais à quoi passait-on le temps ? Les hommes fumaient, et parlaient de la pluie et du beau temps, et les filles médisaient des voisines, et cela, pendant quatre et cinq heures, tout le temps que durait la veillée, si bien que tout le monde s’ennuyait à en mourir,et s’allait coucher en maugréant l'hiver et ses interminables soirées, Tandis qu’aujourd’hui

au Canada cette saison rigoureuse qui féconde la terre, et donne à l’habitant le loisir de cultiver son intelligerice pendant que ses bras se reposent.

Enfin, tout va bien chez M. Jean, les champs et les animaux commencent à avoir meilleur mine;parce que les uns et les autres sont bien traités, aussi les frères de François prennent-ils du gout à la culture. Parmi eux, ily en avait deux qui parlaient d’aller, quand ils seraient plus forts, travailler dans les chantiers du Haut- Canada, mais la prospérité de la ferme, tout en leur

ces mêmes cultivateurs bénissent le ciel d’avoir départi

donnant du goût pour leur profession, les retient sous le toit ps'*rnel. D'ailleurs, François s'oppose à leur émigratic «, et il a beaucoup d’ascendant sur eux. ‘ Si les émigrans Canadiens avaient du cœur, leur disait-il un jour, ils ne mettraient jamais les pieds dans les chantiers. S'ils tiennent à bâcher du bois, qu’ils aillent coloniser nos townships et bûcher pour leur propre compte. Mais se faire les pioniers, les sapeurs de la civilisation, marcher la hache à la main au-devant des Européens pour faciliter leur établissement ! non, les Canadiens ne devraient pas le faire. Qu'ils travaillent plutôt à améliorer leur culture et à rester paisibles possesseurs des terres que leurs pères ont défrichées et quand ces terres ne pourront plus leur suffire, qu'ils défrichent pour leurs enfants. Du reste, quels avantages les jeunes Canadiens retirent-ils de cette émigration momentanée ? ils gagnent assez d’argent pour se vêtir, et puis c’est tout. Quelle belle fortune qu’un bel habit ! retenez bien ceia mes deux frères, il n’y a que les sots qui attachent du prix à un bel habit, les gens de bon sens prefèrent le mérite. Eh bien ! quel grind mérite ont donc les ouvriers des chantiers ? Pour la plupart, ceux qui reviennent sont joueurs, ivrognes, débauchés ; leur santé est ruinée par les durstravaux auxquels ils ont été assujettis. Voilà tout ce que recouvre ces beaux habits.”

“ Je sais bien que la terre de notre père ne peut suffire à établir tous ses enfans, mais ne pouvons-nous pourvoir à notre établissement sans aller ruiner notre santé et notre moralité dans ces chantiers de malheur ? si assurément, et voilà ce que nous allons faire. Ceux qui seront nécessaires à la culture de notre ferme resteront avec le père, et recevront par an un gage égal à celui qu’ils pourraient gagner ailleurs, tandis que les autres iront en service chez des étrangers. Lorsque chacun de nous aura ainsi travaillé pendant six ou sept ans, il connaitra son métier, et il aura assez d’argent pour acheter une terre faite, ou au moins pour s’établir convenablement dans un township ; seulement, il faudra que pendant tout son service, au lieu de dépenser ses gages,comme cela se pratique d’habitude,en vé-

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“ Il n’est pas difficile pour un bon labuureur de trouver à gagner six piastres par mois, en sus de sa nourriture; or, 6 piastres pa” mois font en sept ans 126 louis. L'intérêt de cet argentsuffisani à l’habillement, un jeune homme, qui commence à aller en service à 20 ans, peut avoir à 27 ans, 126 louis, et je puis ajouter que s: les filles en faisaient autant de leur côté, quand elles seraient en âge de se marier, elles pourraient avoir un mobilier suffisant pour un jeune ménage, et les 126 louis du mari seraient alors employés exclusiment à l'établissement de la ferme, ”

Les deux frères approuvèrent cette idée. Et je sais que, pour leur part, 1ls désirent que Francois, en récompense des services qu’il rend à la famille, demeure un jour seul possesseur de la ferme paternelle,

Tous les jours François, inspiré de l’amour de son pays et de son prochain, s’efforce d’être utile à tout ce qui l'entoure : aussi il est aimé et respecté par tous ceux qui le connaissent.

Je ne veux pas terminer, cher lecteur, sans vous dire que François songe à prendre une femme. Sa mère, toujours un peu :aniteuse, voudrait bien que son fils le bourgeois fit la cour à la fille d’un gros habitant de la paroisse, non pas tant parce que cette jeune file aura de la fortune, un jour, que parce qu’elle a reçu une éducation comme il faut. Mais François ne veut pas en entendre parler, ce qui contrarie beaucoup sa mère qui aurait bien voulu avoir une belle dame pour bru. Julie ne voudrait pas de moi, disait un jour notre jeune homme à sa mère ; ne voyez-vous pas que cette jeune demoiselle, ayant reçu la même éducation que les jeunes filles de la ville, ayant appris tout, excepté ce qui convient à une ménagère de campagne, ne se soucie guère de passer sa vie dans une ferme où elle ne pourrait faire apprécier ses talents pour la danse et la musique. Elle rêve, j’en suis sûr, un homme de profession, des salons dorés, un équipage, des chiffons, un monde enfin que je ne pourrais que lui faire entrevoir ; elle serait malheureuse avec moi, et moi je souffriraig de son ma-

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