CHOIX D'UN SYSTEME D'EXPLOITATION
Ce point une fois décidé, j'avais à me fixer sur un système d’exploitation.
Le CANADIEN.—Qu’entendez-vous par système d’exploitation ?
L’Ecossais.—On entend par système d’exploitation, l’ensemble des moyens employés pour tirer du sol les produits dont on a besoin. ;
Nouvèlle difficulté ! Quels produits allais-je demander à mon sol? Des céréales ? c’était les céréales qui l’avaient ruiné. Il n’y fallait plus penser. Des plantes textiles, comme le lin, le chanvre? Mais, pour ces plantes, il faut une terre riche. Je n’avais pas à choisir, c'était des fourrages que je devais cultiver ; c'était les fourrages qui devaient faire le fondement de mon système d’exploitation, parce que les fourrages améliorerit le sol et lui demandent peut, et fournissent seuls des moyens de fertilisation, c’est-à-dire, des engrais. Je me décidai donc pour la production de la plus grande quantité possible de fourrages,
Mais ces fourrages une fois produits, qu’en ferais-je ? seraient-ils convertis en beurre, en graisse ouen laine, ou seraient-ils employés à l’élève des animaux ? Aussitôt
je portais mes yeux sur mon cheptel, et son peu de vafou m’ôtait l'embarras du choix. En effet, pour me livrer exclusivement à telle ou telle industrie agricole, il m’eut fallu vendre les bêtes qui n’avaient aucun rapport avec cette industrie et en employer le prix à acheter des animaux qui lui appartiendraient. Mais, mes bétes étaient de si minime valeur que le produit de leur vente eût certainement été insuffisant pour les remplacer par un nombre convenable d'animaux appartenant à l’industrie dont j'aurais fait choix. D'ailleurs, je ne savais pas ce qui pourrait me produire le plus d’argent, ou de l’élève des chevaux, ou de l’engraissement des bœufs, ou de la laiterie, ou de la bergerie, etc., et je ne connaissais personne qui pût me renseigner à cet égard. je jugeai donc convenable de garder les animaux que J’avais trouvés sur la terre, d’en tirer le meilleur parti possible, et de faire, pour commencer du moins, ce qui se pratiquait généralement dans le pays, touchant la nature des productions.
Tout bien considéré, je m’aperçois aujourd’hui que ma détermination fut sage, et que j’eus été bien mal avisé de diriger tout mon travail, tous mes efforts, vers un but qui n’était pas le but général de productions de la masse des cultivateurs. Heureusernent pour moi, je n’eus pas cette tendance fatale que les agriculteurs étrangers, qui arrivent Cans un pays qu’ils ne connaissent pas, ont, pour la plupart, à organiser leur exploitation en conformité des besoins et des usages du pays qu’is viennent de quitter, et à ne tenir aucun compte des besoins et des usages reconnus dans le nouveau pays qu’ils habitent.
Le CanaDien.—Vous me disiez, il n’y a qu’un instant, que vous étiez indécis sur emploi de vos fourrages, quand vous en auriez ; il me semble que le meilleur me: de s’en débarrasser est de les conduire à la ville.
L’Ecossais.—Je ne veux pas, quant à présent, vous donner mon avis sur l’expédient que vous venez de me proposer ; Je veux vous amener, par Ce qui va suivre, à dire plus târd qe cultivateur qui vendses fourrages, est indigne du beau nom oil porte, du nom d’agricu-
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