PREFACE III
les coteries de théâtre, après deux succès qui l'avaient fait connaître très avantageusement. Sa comédie de LuciNDE, ou LES CoNSEiLS DANGEREUX, fut représentée pour la première fois le 21 janvier 1791; celle du Marijaloux et rival de lui-même^ représentée au Théâtre du Marais le 20 février 1793, ne réussit pas autant que la première j qui parut seulement imprimée, en cette même année, avec une dédicace à J.-J, Kousseau.
J.'J. Kousseau était, en effet, le modèle que Villeterque se proposait de suivre en philosophie et en morale. Voici comment il fait lui-même son portrait dans sa dédicace de Lucinde : a Je ne suis pas, je le voisy destiné à être un grand homme. Eh bien, soit! je serai heureux, humain et bienfaisant... Je m'occuperai de tout avec paresse; je jouirai de tout avec délices ; j'écrirai sans prétention ; j'écouterai mon cœur : la réflexion n'efface jamais ce que le sentiment inspire. Je n'attendrai jamais le lendemain, crainte de perdre la veille. Amour, plaisir, étude, projets, raison, sagesse, tout occupera à la fois ma rapide existence. Je veux la parcourir avec une vitesse qui laisse mon avenir même derrière moi. Je voudrais, oui, je voudrais épuiser mes années dans un jour.n Le spectacle de la Révolution découragea Villeterque de la philosophie, c Comme La Harpe et Mar-
!V PREFACE
montel, dit de lui V auteur anonyme des Hommes ILLUSTRES DE NOS JOURS (Paris, Surosne, an XI, m- 12), il a déserté le drapeau des sophistes qui se titraient de philosophes, et, quoique membre de l'Institut, il a le jugement très sain, »
Millin, son collègue à l'Institut national, fait ainsi son éloge (Magasin encyclopédique, année 1811^ tome III, p. i52) : a M. Villeterque avait le cœur bon, honnête, sensible et aimant. Ceux à qui il s'attachait savent que son affection était forte et tendre. Il ne la donnait point au hasard, mais, quand il l'avait donnée, elle était solide et on pouvait compter sur elle. » // mourut, à Paris, le 8 avril 1811^ d'une cruelle maladie, a qui peut-être, ajoute son ami Millin, avait contribué à lui donner une sorte d'aversion pour le monde, oii il eût paru avec avantage et pu jouer le rôle d'homme aimable, »
Nous n'avons pas à parler ici de ses ouvrages de science : Quelques doutes sur la théorie
DES MARÉES PAR LES GLACES POLAIRES {Paris,
1793, in-S^) ; ni de ses ouvrages de philosophie: Veillées philosophiques, ou Essais sur la morale EXPERIMENTALE ET SUR LA PHYSIQUE SYSTÉ- MATIQUE (Paris, Fuchs , an III, 2 vol. m-8®) ; ni de ses traductions de l'anglais : Lettrks athéniennes, CORRESPONDANCE d'uN AGENT DU ROI
PREFACE V
DE Perse a Athènes, pendant la guerre du PÉLOPONNÈSE {Paris, i8o3, 3 vol, în-So), et Fleetwood, par Godwin [Parisy i8o5, 3 voL m- 12); ni de ses poésies (Épitre a M™« ***,
SUR QUELQUES RIDICULES DU MOMENT (Paris,
1 796, in-8®) ; ni de ses articles littéraires épars dans plusieurs journaux, articles, dit Desessarts dans les Siècles littéraires de la France^ a remarquables par le soin avec lequel ils sont écrits et par une critique éclairée et pleine d*urbanité » .
Bornons-nous à citer les deux opuscules entre lesquels nous avons hésité avant de choisir celui que nous devions recueillir dans la collection des Chefs-d'œuvre inconnus pour offrir un spécimen du talent si fin, si brillant, si varié et si original de Villeterque : « Zena^ ou la Jalousie et le bonheur, rêve sentimental [Para y Belin, 1 793, ïn-8®) , et LES Veillées d'un malade, ou la Fatauté, essai philosophique {i6i<f., irf., 1793, m-80). C'est l'auteur lui-même qui nous exposera le but qu'il a voulu atteindre dans ces deux intéressants opuscules, où l'on trouve toutes les qualités du penseur et de l'écrivain :
« Les ouvrages sans prétentions, dit-il, ne sont pas quelquefois sans avantages : sous le voile léger dune frivolité raisonnée, l'intention utile n* échappe pas toujours ; elle est souvent sentie par la gaieté.
VI PRÉFACE
qui réfléchit mime en riant, et elle arrive à l'âme sans effaroucher la sensibilité, qui veut être avertie par des exemples, et jamais par des leçons ; le langage du plaisir doit être comme celui de la sagesse, et la philosophie qui plaît est toujours celle
qui persuade, 9
P. L. Jacob^ bibliophile.