‹ Les veillées de chasse par le Capitaine MayneReidChapitre 30 sur 37 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Les bisons du désert.

Il arriva enfin ce jour si ardemment désiré où nous devions rencontrer les bisons à la poursuite desquels nous étions partis , et ce fut moi qui eus l’honneur suprême, non-seulement d'être le premier à découvrir ces énormes animaux, mais encore d’en abattre deux au milieu du troupeau dans la plaine. Cet inci-

dent eut pourtant son côté aventureux, et me procura des émotions peu agréables du reste, car l’aventure était aussi fort dangereuse. Depuis quelques jours, nous avions l’habitude de nous disséminer pour trouver le gibier; nous étions à la recherche des cerfs pour pourvoir aux besoins de notre caravane ; mais ce qui nous tenait surtout en haleine, c'était l'espoir de rencontrer des bisons. Quelquefois nous partions trois ou quatre ensemble; mais le plus souvent chacun de nous s’en allait seul à l’aventure, guidé par son caprice.

Une après-midi, lorsque nous eûmes établi notre bivac suivant l’usage ordinaire, et que mon bon cheval eut mangé son picotin d’avoine, je me jetai en selle, et jè partis dans l’espoir de trouver quelques vivres frais pour le souper général. La prairie au milieu de laquelle nous étions arrêtés était ondulée, et comme notre camp était établi entre deux coteaux assez élevés, sur le bord d’un ruisseau, la vue ne pouvait s’étendre fort loin : aussi à peine avais-je franchi ia première crête que mes compagnons me perdirent de vue. Après une marche d’environ un mille, je découvris des traces de bisons. C’étaient des cavités circulaires creusées dans le sol, pouvant avoir cinq à six pieds de diamètre, que l'on appelle, parmi les chasseurs des prairies, trous de bisons. Au premier coup d’œil, je compris que ces trous étaient fraîchement creusés; il y en avait plusieurs, et cela suffit pour me prouver que des taureaux avaient passé par là. Je continuai donc ma route dans l’espoir de découvrir les animaux eux-mêmes.

Je me trouvais éloigné d’environ cinq milles du camp, lorsque mon attention fut tout à coup éveillée par un bruit étrange qui se faisait devant moi. Une ' ondulation de terrain m’empêchait de voir ce qui se passait; mais je reconnus aussitôt la cause de ce bruit’ insolite ; c’était le mugissement d’un bison mâle. Je gravis le coteau avec quelque précaution, et j’avançai doucement la tête pour voir ce qui se passait devant moi. Un peu plus loin s’étendait une vallée, au fond de laquelle s’élevaient des tourbillons de poussière ; et à travers ce nuage je distinguai les formes sombres et velues de deux animaux gigantesques. C’étaient deux taureaux engagés dans une lutte terrible.

Je m’arrêtai à peine pour m’assurer si ‘la capsule tenait bien à la cheminée de ma carabine. De la façon dont ils étaient occupés, je ne pensais pas qu’ils fissent attention à moi; et s’ils prenaient la fuite* je pouvais facilement atteindre l’un ou l’autre. Aussi, sans plus d’hésitation ou de précaution, je m’élançai droit sur eux.

Je m’étais pourtant trompé ; les animaux m’éventèrent et partirent au galop. Us n’avaient pourtant pas l’air de s’enfuir comme s’ils étaient fort effrayés ; on eût dit , au contraire, à les voir s’en aller, qu’ils étaient indignés d’avoir été dérangés dans leur duel.

De temps à autre ils faisaient une conversion rapide sur eux-mêmes, poussaient un court mugissement et frappaient du pied d’une façon violente et irritée.

Une ou deux fois je crus qu’ils allaient se précipiter sur moi ; et si je ne m’étais pas senti parfaitement

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bien monté , j'aurais hésité à m’exposer à pareille rencontre. Leur taille énorme, leur tète couverte d’une épaisse crinière, leurs yeux farouches et étincelants, tout concourait à leur donner un aspect sau- : vage et plein de méchanceté, rendu plus terrible encore par leurs mugissements et par les attitudes menaçantes dans lesquelles je les voyais se poser à chaque instant.

Malgré cela, me sentant sur ma selle à l’abri de l'attaque des bisons, je courus au galop sur celui qui était le plus près de moi, et je lui envoyai ma balle dans les côtes. Le plomb fit son effet, car l'animal tomba sur ses genoux , se releva , écarta les jambes comme pour résister à une nouvelle chute, chancela d’un côté, puis de l’autre, et il retomba sur les genoux. Il resta quelques minutes dans cette position , le sang lui sortant par les naseaux, puis il se coucha tranquillement sur l’épaule, et exhala le dernier souffle en poussant un mugissement terrible.

J’avais guetté avec le plus grand intérêt tous les mouvements de l’animal ; aussi , pendant ce tempslà, son compagnon s’était sauvé; je l’avais vu disparaître par delà le faîte de la colline. Je ne me souciais pas de courir à sa poursuite ; je mis pied à terre et me préparai à dépecer celui que j’avais tué. J’aperçus tout près de moi un arbre solitaire, un arbre à coton d’assez chétive apparence. On en voyait bien d’autres dispersés par la prairie, mais il étaient éloignés, tandis que celui-ci n’était pas à vingt pas du bison. Je conduisis mon cheval jusque-là, et, prenant

LES VEILLÉES f)E CHASSE.

le licol attaché au pommeau de ma selle, j'en assurai un bout au crochet du mors et l’autre à l’arbre ; ensuite je tirai mon couteau, et je me mis en devoir de dépecer la bête.

A peine avais-je eu le temps de repasser la lame, . lorsque derrière moi un bruit inattendu me fit lever la tète afin de voir quel était la cause de ce dérangement. Un être tout noir et de taille monstrueuse franchissait la tête de la colline et se précipitait vers moi au grand galop. C’était le bison qui s’était, enfui quelques instants auparavant. Je remis rapidement mon couteau dans sa gaine, et je saisis ma carabine, que, selon ma coutume invariable, j’avais eu soin de recharger. J’hésitai d’abord un instant; fallait -il courir à mon cheval et me jeter en selle, ou bien tirer de l’endroit où je me trouvais? Le bison décida la question. L’arbre et le cheval ne se trouvaient pas sur la ligne qu’il suivait en courant, mais attiré par les hennissements de ma monture, qui, à la vue de cet animal étrange s’était mise à se cabrer et à ruer, mouvements que le bison prit sans doute pour un défi , il se détourna subitement de sa course et se précipita sur le malheureux quadrupède , qui d’un bond s’élança aussi loin que le lui permit le licol ; un bruit sec retentit à mes oreilles, et je vis mon cheval , ayant recouvré sa liberté, galoper à travers la prairie , comme s’il avait eu des orties sous la queue. Je n’avais pas pris assez de précaution en attachant le licol au mors, et le nœud s’était complètement défait.

Cet accident me contraria, mais je ne m’en effrayai

pas davantage. Mon cheval ne pouvait manquer de reprendre le chemin par lequel il était venu, et ce qui pouvait m’arriver de pire , c’était de m’en retourner au camp à pied. Pendant ces courtes réflexions, je vis le bison qui s’avançait sur moi. Lorsqu’il fut à dix pas, je levai ma carabine, je visai à l’épaule de devant, et je lis feu. Je m'aperçus bien que je l’avais atteint, mais, à mon grand effroi, il ne tomba point, il ne chancela même pas , et continua sa course avec plus de fureur que jamais. Recharger mon fusil était chose impossible. Le cheval avait emporté mes pistolets. Il ne fallait même pas songer à arriver à l’arbre, le taureau me barrait le passage. Prendre ma course dans la direction opposée, c’était le seul moyen de prolonger ma vie de quelques minutes ; c'est aussi ce que je fis. Je sais courir avec une légèreté sans pareille, et dans la présente occasion je me surpassai; mais il y avait à peine deux minutes que j’étais parti, lorsque je m’aperçus que le bison gagnait sur moi et me touchait presque les talons. Le bruit seul m’avertissait de sa présence , car je n’avais ni le temps ni la possibilité de regarder en arrière. En ce moment un obstacle se présenta devant moi , et je m’aperçus bien vite qu’il allait, d’une façon ou de l’autre, mettre fin à cette course. C’était une ravine, ou plutôt une fissure, qui coupait à angle droit le sentier que je suivais. Ce précipice avait plusieurs pieds de profondeur; le fond en était parfaitement sec, mais les bords se trouvaient taillés à pic. Je me vis presque lancé dessus avant de m’en apercevoir, et dès que je compris la nature de cet obstacle je me dis que c’é-

tait un moyen de salut au moins momentané; il me fallait donc franchir cette gorge, car j’étais bien persuadé que le bison ne pourrait pas en venir à bout.

C’était un saut périlleux : dix-sept pieds au moins d’un bord à l’autre; j’avais fait mieux que cela dans mon bon temps, et sans rien perdre de mon élan j’arrivai sur le bord, et je m’élançai par-dessus le fossé. Je retombai légèrement sur mes pieds de l’autre côté, et je me retournai sur-le-champ pour voir ce que l’animal allait faire. Le bison était déjà au bord du précipice , mais il était évident que le saut lui faisait peur; cette fissure béante comme la gueule d’un abîme l’avait effrayé. Il avait l’instinct de deviner qu’il ne pouvait le franchir, et il restait sur l’autre bord, la tête baissée, les naseaux ouverts, se battant, les flancs avec sa queue, et l’œil étincelant de tout le feu de sa rage impuissante.

Je vis, à une trace de sang qui dégouttait de sa longue crinière, que je l’avais blessé à l’épaule. Je me félicitais d’avoir échappé à ce danger, lorsqu’en jetant un coup d’œil rapide à ma droite et à ma gauche, mon illusion se dissipa des deux côtés ; à moins de cinquante pas de distance, la gorge remontait vers la plaine, et allait se perdre dans la prairie : on pouvait donc passer par les deux extrémités. Le bison s’en aperçut presque aussitôt que moi; aussi, se remettant tout à 'coup au galop, il suivit le bord du précipice, dans l’intention évidente de le tourner. Une minute après, nous nous trouvions encore du même côté; ma position prenait une tournure aussi désolante qu 'auparavant; je me reculai néanmoins de quel-

ques pas pour prendre mon élan, et je franchis de nouveau le fossé, qui se trouva encore une fois entre nous deux.

Pendant toutes ces manœuvres, je n’avais pas lâché ma' carabine. Je vis bien que je pouvais prendre le temps de la charger, et je cherchai ma poire à poudre. Quel fut mon désespoir en ne la trouvant pas ! Mon ceinturon et mon sac à balles avaient aussi disparu ; je n’avais plus rien. Je me rappelai enfin que je m’en étais débarrassé lorsque je me préparais à dépecer mon gibier : j’avais tout laissé auprès du bison mort, devant le cotonnier où j’avais attaché mon cheval. Il ne me resta pas beaucoup de temps pour me livrer à mes regrets. Le taureau revenait sur ses pas et se trouvait encore du même côté que moi, aussi je fus forcé de faire une troisième fois le saut périlleux.

Ce violent exercice ne pouvait se prolonger long temps sans un péril imminent pour moi ; je sentais déjà mes forces s’affaiblir, lorsqu’une idée se présenta à mon esprit. J’avais regardé de tous côtés pour voir si je ne découvrirais pas quelque chose qui put m’offrir un refuge plus assuré. Il y avait bien quelques arbres, mais ils étaient à une trop grande distance; le seul qui fût à ma portée était celui auquel j’avais attaché mon cheval. Si je pouvais l’atteindre, il me serait facile d’y grimper en embrassant le tronc, qui n’avait pas plus de dix pouces de diamètre, mais la question était de savoir si j’arriverais là avant le taureau . Je me trouvais environ à trois cents pas de l’arbre; et, prenapt toutes mes

précautions, je pouvais avoir à peu près cinquante pas d’avance, et cependant, même avec cet avantage, c’était une course bien hasardée. L’événement confirma la justesse de mes prévisions. Je touchai cependant le but, et je me hissai comme un écureuil. Le bison soufflait sur mes talons , et sa chaude respiration montait en spirales jusqu’à, moi tandis que je grimpais à l’arbre. Je fis un violent effort; je parvins à gagner les branches. L’animal se servit alors de son crâne épais comme d’une catapulte : il attaqua le tronc du cotonnier, et l’ébranlement faillit me renverser sur ses cornes.

J’étais donc à l’abri de tout danger immédiat; mais comment cette aventure finirait-elle?

Je savais par ouï-dire que le bison pouvait rester autour de l'arbre des heures, peut-être même des journées entières.

Les heures seules me paraissaient déjà trop longues. Je ne pouvais rester là , car la faim se faisait sentir, et un besoin plus affreux encore, la soif, commença bientôt à me tourmenter. D’un autre côté, je n’avais qu’un bien faible espoir d’être secouru par mes compagnons, qui auraient eu beaucoup de peine à trouver mes traces pendant le jour et à plus forte raison dans l’obscurité. Je restai longtemps plongé dans ces tristes pensées et dans ces sombres pressentiments. La nuit arrivait, et l’animal, obstiné dans sa fureur, ne montrait aucune envie de lever le siège. Il montait une garde opiniâtre , tournant autour de moi en se battant les flancs, et faisant, à différents intervalles , entendre ce son guttural si

bien connu des chasseurs habitués aux prairies, et qui a quelque ressemblance avec le grognement d’un cochon effrayé ; puis il se mettait à mugir comme fait le taureau domestique.

Tout en observant ses mouvements, mou attention fut attirée par un objet qui gisait au pied de l’arbre ; c’était le licol qu’y avait laissé mon cheval. L’un des bouts était toujours attaché au tronc, l’autre était étendu sur le gazon , jusqu’à l’endroit où le cheval s’en était débarrassé. Tout à coup une idée lumineuse vint me tirer de ma torpeur, et m’offrit une nouvelle espérance ; ce moyen de sortir de ma position était si facile à exécuter, que j’en tressaillis de joie sur ma branche. La première chose était de s’emparer de la corde, et ce n’était pas chose aisée. La corde était fixée à l’arbre , mais le nœud avait glissé en bas du tronc et touchait à terre. Je n’osais pas descendre pour l’attraper, la nécessité m’en suggéra le moyen. Mon épinglette en fil de laiton, terminée par un anneau, pendait à un des boutons de mon habit; j’en recourbai l’extrémité en forme de crochet ou d'hameçon. Je n’avais pas de ficelle; mais à l’aide de mon couteau, que j’avais eu soin de garder dans son fourreau, je découpai sur ma veste de peau de daim des lanières que j’attachai solidement l’une à l’autre , de manière à en former une ligne assez longue pour descendre jusqu’à terre; je fixai l’épinglette à un des bouts, et je me mis en devoir de pêcher ma corde.

Après quelques efforts infructueux, l’hameçon atteignit le licol, et je l’amenai jusqu’à moi, avec toute

la précaution possible, jusqu’à ce que j’eusse le bout entre les mains ; quant au nœud , je le laissai où il était. Il tenait fortement à l’arbre, c’était tout ce qu’il me fallait. Je voulais prendre l’animal au lasso, et dans ce but je me mis à faire un nœud coulant à l’extrémité du licol. Je ne négligeai rien pour le rendre solide. Je pouvais me fier à la force de la corde; elle était faite de lanières d’un cuir sans apprêt, solidement tressées ensemble. Tout fut prêt enfin : je n’avais plus qu’à agir.

Je lançais assez bien le lasso, mais les branches de l’arbre m’empêchaient de le faire tourner autour de ma tête. Il fallait donc prendre l’animal dans une position favorable, et, à force de gestes et de cris, je l’amenai à se placer comme je le voulais. Le moment d’agir était arrivé. Le bison était précisément au-dessous de moi; je jetai le lasso, que j’eus la satisfaction de voir s’enrouler autour de son cou, et que.je serrai aussitôt au moyen d’une forte secousse. Le nœud faisait admirablement son office, et bientôt il fut complètement enfoui dans la crinière hérissée qui couvrait le cou de l’animal. 11 lui serrait la gorge dans le bon endroit, et je compris dès lors que j’avais réussi. Dès que le taureau se sentit pris à la gorge, il fit un mouvement furieux et s’éloigna de l’arbre; puis il se mit à en faire le tour. Contre ma volonté, la corde m’avait glissé des mains dès les premiers tiraillements. Je n’étais pas trop solidement assis, car les branches n’étaient pas fortes, et je ne pouvais agir aussi bien que j’aurais voulu.

Cependant la confiance m’était revenue. Le tau-

reau était attaché ; tout ce qu’il me restait à faire, c’était de parvenir au dehors du périmètre que le lien lui permettait de parcourir, et de reprendre immédiatement ma course. Mon fusil était par terre,

à côté de la corde , à l’endroit où je l’avais laissé dans ma fuite. Il me le fallait à tout prix. J’attendis que l’animal, en décrivant son cercle furieux, fût arrivé à son point le plus éloigné : je me laissai glisser sans faire de bruit, je ramassai ma carabine et pris mes jambes à mon cou.

Je savais que le licol avait au moins vingt mètres

de long, mais j’cn avais fait au moins cent avant de songer à m’arrêter. J’avais presque envie de continuer ma course, car la corde me donnait .encore de l’inquiétude. Le bison dont j’avais peur était un taureau des plus grands et des plus forts ; la corde pouvait se rompre, ou bien il était possible que le lasso passât par-dessus sa tête. Cependant la curiosité, ou plutôt le désir de voir jusqu’à quel point j’étais en sûreté, me fit tourner la tête. Quelle fut ma joie! Le monstre gisait sur les herbes de la plaine, le licol était tendu comme la corde d’un arc , et sa langue pendante me démontrait clairement que l’animal s’étranglait lui-même avec autant de complaisance que si je m’étais chargé de l’exécution.

A cette vue, l’idée de manger une langue de bison pour mon souper s’empara de moi avec plus de force que jamais; bien plus, c’était la langue de mon bison, et non pas celle du premier venu, qu’il me fallait. Je revins donc sur mes pas , et je retournai chercher ma poire à poudre et mon sac à balles, dont le souvenir, pendant ma fuite précipitée, m’était complètement sorti de la mémoire. Dès que je les eus entre les mains, je chargeai ma carabine, et, me glissant légèrement derrière l’animal, qui se débattait de toutes ses forces, je ne m’arrêtai que lorsque le bout du canon de mon fusil fut à trois pieds de la tête. Je fis feu, quelques mouvements convulsifs agitèrent ses membres, et il retomba : tout était fini. En un clin d’œil je lui eus coupé la langue , puis je retournai vers l’autre bufîalo pour achever l’opération que j’avais commencée sur sa carcasse. J’étais trop

fatigué pour m’embarrasser d’une trop lourde charge, de sorte que je me contentai des langues , que je suspendis au canon de ma carabine, et mon trophée sur l’épaule, je me mis en route pour regagner le camp aussi vite que je le pourrais.

La lune s’était levée, aussi je n’eus pas trop de difficulté pour retrouver la trace de mes pas. A peine avais-je fait la moitié du chemin, que je rencontrai plusieurs de mes compagnons : ils s’étaient mis à ma recherche,* et, dans le but d’attirer mon attention, ils poussaient des cris et tiraient des coups de fusil. Plusieurs d’entre eux voulaient manger de la viande fraîche , ils partirent au galop pour enlever aux deux animaux les morceaux les plus délicats: et quand nous fûmes tous réunis, lorsque assis devant le foyer , dont les charbons ardents crépitaient au contact de la graisse de nos entre-côtes de bisons, nous eûmes apaisé notre faim , je me fis un plaisir de raconter, en guise de dessert, mon aventure dans ses moindres détails.

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