‹ Les veillées du châteauChapitre 5 sur 11 · IV · texte numérisé non relu

IV

J j\ LES VEILLÉES

le disois tout-à-l'heure , si elle n'avoit qu'un talent agréable, elle ne recevroit que des hommages, elle n'entendroit que des flatteries; mais elle s'avise de peindre des tableaux d'histoire , clés tableaux en grand peintre, elle n'est effacée par aucun académicien; il faut convenir que cela est

étrange et révoltant

— Maman , INI. l'abbé m'a dit que les journalistes rendoient compte des tableaux exposés au salon ; je crois qulis ont bien loué ceux de madame le B*\ — Ils ont trop de prudence et de circonspection pour oser louer une femme qui se distingue véritablement Généreux et cornpatissans , ils sont remplis d'égards pour les en\ ieux , ils les consolent autant qu'ils peuvent. Le public n'admire que le mérite supérieur ou les travaux utiles ;«pour eux, ils ne protègent que le foible , ils ne vantent (pie les petits talens. La médiocrité est le partage de la multitude : ainsi, par cette conduite , ils s'attachent une foule d'amis , et ils acquièrent de justes droits à la reconnoissance de tous les eu- > ieux et des détracteurs des grands talens :

classe étendue et dangereuse, dont la haine est aussi active qu'envenimée. — Ainsi , maman , les journaux ne rendent pas justice à madame le B**? — Un seul journal juge ses ouvrages avec équité; les autres en parlent d'une manière qui a surpris toutes les personnes qui ne connoissenl pas les principes invariables et la politique profonde des journalistes. D'un autre côté, les ennemis de madame le B**, ne pouvant nier qu'elle n'ait eu le plus brillant succès, sont réduits à soutenir que ce succès n'est pas mérité. — Mais que peuvent-ils dire pour le prouver? — lis disent que madame le B** peint dans un petit genre.... — Comment! des figures grandes comme nature, et des sujets pris de l'Iliade, ou les allégories les plus nobles et les plus ingénieuses, voilà ce qu'ils appellent un petit genre? — Ils ajoutent qu'elle n'a peint jusqu'ici que des figures de femmes. — Ils veulent donc persuader que pour peindre une belle femme il n'est pas nécessaire d'avoir un talent supérieur? — Précisément ; ils oublient que l'Albane n'a peint que Vénus, les Amours et les Grâ-

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ces (ia^j ils oublient toutes les belles Vierges de Raphaël et du Guide , de Carie "Maratte , etc. ; et voilà comme l'envie raisonne!

— Maman, dit Pulchérie, je vois avec plaisir qu'il y a dans ce moment beaucoup de femmes dignes d être placées au rang des grands peintres. — En France , quatre académiciennes, sans compter plusieurs autres femmes qui ont infiniment plus de talens que certains peintres de Facadémie.... — En effet, nous avons vu au salon de bien vilains petits tabieaux , entre autres ceux devant lesquels vous n'avez

(a) « L'Albaue naquit à Bologne. Il épousa en secondes noces une très-belle iemine, qui devint le modèle de toutes les divinités qu'il représentent dans ses tableaux. Il en eut douze en fans, si beaux, qu'ils lui servirent non-seulement pour peindre les groupes charmans de petits Amours dont il enrichit ses belles compositions, mais qui furent encore les originaux d'après lesquels le Poussin, François Flamand et l'Algardi (ce, dernier étoit sclupUur , étudièrent les -races de l'enfance. L'Albane mourut en 1GC0, âgé de quatre-vingt-trois as i d<w

■ iges publiés sur la '■ Peintres,

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DU CII.VTllAU. I97

pas voulu vous arrêter; je les ai entrevus en passant, et ils m'ont paru bien mal peints... — Ils étoient en effet de toutes manières fort déplacés dans les salles du Louvre. Le bon goût et les bonnes mœurs auroient également dû leur en interdire l'entrée. Mais revenons aux femmes qui se distinguent dans cette brillante carrière. Parmi les étrangères, il en est une bien célèbre : elle peint aussi dans le grand genre. Vous avez admiré une foule de gravures faites d'après ses tableaux... — C'est Angélique Rauffmann.... — Je ne sais pas comment les journaux la traitent dans le pays qu'elle habite; mais toute l'Europe lui reconnoît des talens supérieurs.... — Maman , vous qui vous plaisez à recueillir tout ce qui est à la gloire des femmes , savez-vous les noms de toutes celles qui ont eu de la réputation dans ce genre? — A peu près. — O maman, faites-nous-les connoitre. Nous connoissons déjà Joanna Gazzoni (a); Elisabeth Cirani ; Marie , fiHe

(a) On voit en Italie, et particulièrement à Roiuc, plusieurs tableaux d'elle très-estimés.

du Tintoret {ci); et la Rosalba (b). — Je vous donnerai un cahier qui contiendra les noms des femmes les plus célèbres dans ce genre (2). Il faudroit faire un ouvrage pour les désigner toutes. Au reste, si ce nombre n'égale pas celui des hommes qui se sont distingués dans la même carrière, c'est l'effet du préjugé, qui nous juge incapables d'acquérir les grands talens qui demandent du génie. — Comment? ,- — Lorsqu'on daigne , ce qui est

(a) Elle mourut en 1590. On voit d'elle, au Palais- Royal, un beau tableau représentant un homme assis, vêtu de noir, ayant une main sur un livre ouvert posé sur une table où sont un crucifix, une écritoire, une pendule et des papiers.

[b) La Rosalba Carricra fut l'élève du cavalier Diamantino , et surpassa son maître. Elle s'acquit une si grande réputation, que toutes les académies de l'Europe s'empressèrent de la recevoir. Elle fat reçue à l'académie de peinture de Paris en 1720, sur un tableau en pastel représentant une Muse. Elle aimoit passionnément la musique, et jouoit supérieurement du clavecin. Elle voyagea en France et en Allemagne. Ses talenshii procurèrent une fortune très-considérable. Elle mourut à Venise en 1 7D7 , âgée de quatre-vingt-cinq aus.

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bien rare, s'occuper un peu de notre éducation, on ne veut nous donner que des notions vagues, et par conséquent souvent fausses, des connoissances superficielles et des talens frivoles. Un peintre veut-il instruire sa famille dans son art? il n'aura jamais le projet d'en faire un peintre d'histoire; il lui répétera bien qu'elle ne doit prétendre qu'au genre du portrait, de la miniature ou des fleurs. C'est ainsi qu'il la décourage, et qu'il éteint en elle le feu de l'imagination. Elle ne peindra que des roses : elle étoit née peutêtre pour peindre les héros! De même un homme de lettres a-t-il une fille qui annonce de l'esprit et du goût pour les vers? il cultivera ces dispositions heureuses, mais son premier soin sera de ravir à son élève la confiance, qui soutient le courage, et l'ambition, qui fait surmonter les difficultés. On lui prescrit le genre dans lequel elle doit s'exercer. Semblable à cet orgueilleux Romain (a) qui, abusant de la puisfa) Popilius. (Voy. Annales de la Vertu, tome IJ, page a3.)

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sauce et de l'opinion, imposoit des lois» extravagantes, que respectèrent les préjugés, l'instituteur trace autour de sa jeune élève un cercle- étroit qu'il lui défend d'oser franchir. Eût-elle le génie de Corneille ou de Racine, on lui répétera constamment : « Ne faites que des romans , des idylles , des madrigaux.» Un musicien célèbre me fit entendre , il y a deux ans, sa nièce qui jouoit supérieurement du piano forte. J'admirai surtout la manière dont elle préludoit, et j'appris avec une surprise extrême qu'elle savoit à peine les règles de l'accompagnement. Je demandai pourquoi, avec une aussi bonne tête, elle avoit négligé d'apprendre la composition. Je n'ai pas voulu, répondit l'oncle, lui faire perdre son temps à cela. A quoi peut servir la composition à une femme? Tous les hommes raisonnent à notre égard comme cet impertinent oncle. Ils veulent bien convenir que nous jouons des instrumens, que nous dansons, et même que nous causons aussi bien qu'eux : ce sont des faits trop prouvés pour pouvoir les nier. Cependant il existe encore un talent aussi commun

parmi les femmes que parmi les hommes; et ce talent enchanteur et sublime exige nécessairement une sensibilité vive et profonde, de l'énergie, de la chaleur, et tous ces grands mouvemens de l'âme qui n'appartiennent, dit-on," qu'aux hommes

— Quel est donc ce talent? — Celui de jouer supérieurement la tragédie et la comédie. — Ah ! il est certain qu'on peut, citer une foule d'actrices célèbres.... — Si tous les autres talens, ainsi que celui-ci, étoient moins les fruits de l'éducation, de l'art et de l'étude, que les dons heureux de la nature, une parfaite égalité existeroit sans doute entre les hommes et les femmes. » Quelques jours après cette conversation , les enfans étant allés voir les galeries du Luxembourg , madame de Clémire les questionna. Il avouèrent qu'ils n'avoient pas remarqué le Déluge du Poussin (a). « A vot^ âge, dit madame de Clé-

{à) Nicolas Le Poussin, d'une famille noble , né, en 1 594 , à Andelvs , petite ville du Vexin normand, fut un des plus grands peintres de l'école française. Le désir de se perfectionner le conduisit à Rome. Le cardinal de Richelieu l'attira à Paris. Louis xm lui

mire, on n'est frappé que de ce qui plaît, de ce qui éblouit, de ce qui peut produire des sentimens vifs, tels que l'horreur, la pitié, etc.; ce qui est fin, délicat ou profond vous échappe. Mais , en causant avec vous, je pourrai vous faire concevoir ce que vous ne seriez pas en état d'apercevoir; et plusieurs entretiens de ce genre vous donneront insensiblement des idées, et formeront votre goût et votre jugement. — Maman, je me rappelle fort bien avoir vu ce tableau du Poussin; mais j'avoue que je n'y ai rien trouvé ^e bien beau. — Vous avez vu tomber de la pluie? — Mille fois. — Durant ces orages , avez-vous observé avec attention la couleur du ciel et des nuages, l'obscurcissement de l'air, cette vapeur .répandue dans

donna une pension, et le titre de son premier peintre.Mais l'envie des artistes médiocres força Le Poussin de s'expatrier : il retourna à Rome, après avoir fait pour le cabinet du roi un plafond représentant le Temps qui délivre la Vérité de l'oppression de l'Envie. Le Poussin mourut à Rome l'an i G65. On ne lui connoît d'élève que Guaspre , son beau-frère, qui prit le nom de Le Poussin,

1 atmosphère, et qui , en couvrant tous les objets, détruit leur éclat, affoiblit leurs couleurs, fait disparoître les lointains, ou permet à peine de les entrevoir?... — Je n'ai rien observé de tout cela. — Si vous eussiez fait quelque attention à ces différens effets de la pluie, vous auriez été frappés de la vérité admirable avec laquelle Le Poussin a su les représenter: mais le plus grand mérite de ce tableau sublime est dans la composition. Oubliez que vous l'avez vu, et dites-moi, si vous vouliez peindre le déluge universel, quelle est l'idée qui soffriroit d'abord à votre imagination ? — Celle de représenter une multitude d'hommes près d'être ensevelis sous les eaux. — Cela est vrai , voilà l'idée qui se présente naturellement; mais son exécution n'eût produit qu'une scène vague, et par conséquent dénuée d'intérêt.

On l'auroit regardée avec aussi peu d'émotion qu'on en éprouve en voyant les tableaux qui représentent des batailles. Le Poussin fit ces réflexions. D'ailleurs, il sentit qu'en peignant cette terrible catastrophe il devoit choisir le moment le plus

frappant; et c'est sans cloute celui qui la termine. Il imagina donc de ne présenter que cinq figures principales («)... Quel intérêt pressant inspirent ces cinq personnes? Elles ne sont pas dans l'arche : elles sont proscrites ; elles doivent subir le sort du genre humain, qui vient de périr! Et dans quelle situation offre-t-il ces infortunés! D'un coté, une mère uniquement occupée de son enfant, et qui , en périssant, ne songe qu'à le sauver; c'est un époux qui tend les bras à son épouse : c'estun homme prêt à se précipiter volontairement d'une barque au fond des flots... sans doute pour se réunir à ce qu'il aime !.. A l'un des côtés de ce tableau pathétique, on découvre l'objet le plus frappant et le plus terrible. Sur la cime d'un rocher paroit un serpent : son attitude est menaçante; il lève avec fierté sa tète orgueilleuse. On croit entendre son sifflement horrible : on reconnoît en frémissant l'esprit tentateur qui corrompit le premier homme, et qui s'applaudit en-

(a) Onze en tout, en comptant des figures dont on ne voit que le haut de la tète.

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core du nouveau désastre dont il est l'auteur.... Mais l'espérance adoucit l'horreur de cette scène affreuse ; les yeux peuvent se reposer sur l'arche heureuse qu'on aperçoit dans le lointain... — Je vous assure, maman , qu'à présent je comprends parfaitement le mérite de ce tableau. Je veux examiner ht pluie avec attention, et puis je retournerai au Luxembourg pour revoirie Déluge du Poussin.

— Nous avons vu un autre tableau dont nous avons senti la beauté : c'est la Naissance de Louis XIII {a) ; on nous a fait remarquer la double expression qui se trouve sur le visage de Marie de Médicis, et nous en avons été tres-frappés... — La compo-

(a) DeRubens. Cette illustre artiste, né à Cologne, fit la plus brillante fortune : il joignit aux talcns d'un peintre sublime des eonnoissances étendues. Il savoit sept langues : il a écrit plusieurs ouvrages en latin; les uns sur les règles de son art, d'autres sur le costume des anciens. Il fut employé dans diverses négociations. Comblé d'honneurs et de richesses, il finit ses jours à Anvers en 16^0, âgé de soixantetrois ans.'Il a formé beaucoup d'élèves, entre autres le célèbre Vandiçh.

sition et l'expression , voilà les deux plus importantes parties de la peinture, parce qu'elles parlent au cœur et à l'esprit. Un peintre qui ne les possède pas, quelque habile qu'il soit d'ailleurs, ne peut être regardé comme un homme de génie. Pour revenir au tableau dont vous me parliez, cette tète de Marie de Médicis ^est en effet admirable. Je n'ai retrouvé cette double expression de sentimens opposés sur le même visage, que dans un morceau de sculpture que j'ai vu à Gènes : c'est le chef-d'œuvre du Puget. Il représente le Martyre de saint Sébastien : le visage du saint exprime à la fois l'excès de la douleur, la résignation et l'amour divin. — Maman, il faut nécessairement qu'un grand peintre ait beaucoup d'instruction? — Assurément : il est indispensable qu'un peintre sache l'anatomie; il ne peut, sans les élémens de la géométrie, apprendre les règles de la perspective : il doit avoir une connois sance approfondie de l'histoire ancienne et moderne, et de la ni)thologie : enfin, s'il n'est pas observateur et philosophe, s'il ne connoit pas le cœur humain, il ne

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sera jamais sublime. — Je ne m'étonne pas qu'il y ait si peu de grands peintres. — Nous n'avons plus aujourd'hui l'idée de ce qu'un homme peut apprendre avec cJLl génie et le goût du travail. Le fameux Raphaël mourut à 3n ans : il avoit été bon sculpteur, excellent architecte, et le premier peintre du monde (a). Michel-Ange étoit aussi grand sculpteur que peintre supérieur et savant architecte (b). L'excessive

(a) On voit à Rome un Jonas de Raphaël, qui passe pour un chef-d'œuvre dans son genre. Il existe encore à Rome plusieurs palais bâtis sur ses desseins. Il naquit à Urbin, et mourut en i520. Son corps, après avoir été exposé trois jours dans la grande salle du Vatican, au bas de son fameux tableau de la Transfiguration, fut porté à la Rotonde, à la suite de ce même tableau, le monument le plu-i glorieux de ses travaux et de son géuie, et que Léon x fit servir à l'ornement de la pompe funèbre de ce grand artiste.

(b) Je trouve encore dans la vie de Michel- Ange , qu'd imagina le premier les fortifications modernes qui servirent à defendre la ville de Florence, sa patrie , et quijorcèrent ses ennemis d'en abandonner le siège. Entre autres morceaux de sculpture de cet artiste , on admire particulièrement la statue qui re-

augmentation du luxe , en multipliant les amusemens frivoles, nous arrache à la retraite, à letude, et nous fait perdre le goût clu travail. — Non-seulement les peintres d'aujourd'hui ne sont ni sculpteurs ni architectes, mais je crois qu'ils ne lisent guère; car, en général, ils ne choisissent que des sujets connus. — Cela est vrai; et ce quil y a de pis, c'est qu'ils traitent ces sujets usés d'une manière commune. — Mais, maman, comment traiter d'une manière neuve un sujet rebattu? — Avec du génie, rien n'est plus facile, surtout en peinture. Je vais vous en citer deux exemples frappans : vous avez vu cent Charités romaines , n'est-il pas vrai ? — Oh ! certainement.— îl n'existe pas de collection de tableaux où l'on ne trouve au moins une Charité romaine : eh bien , écoutez la description de celle-ci : Une jeune femme dans une prison allaite son père, tandis que son enfant pleure, et paroît deman-

pr&ente Moïse tenant sous son bras le livre de la loi. Cette statue est à Rame. Michel-Ange mourut âgé de quatre- vingt-dix an^, Tau 1 5 G 4 .

der par clés cris une subsistance que la nature lui destinoit; la jeune femme le regarde avec un attendrissement douloureux (a). — Àh! maman, voilà en effet un tableau tout nouveau; et c'est cependant le même sujet. — Le peintre n'a fait qu'ajouter une circonstance, il a marié la fille du vieillard prisonnier; mais il y a des sujets où l'on ne pour roi t se permettre d'ajouter des circonstances d'invention. — Certainement. — Mais alors le génie trouve d'autres moyens, comme dans le second exemple que je vais vous citer. Tous les peintres qui veulent peiudre Judith ne trouvent rien de mieux que de représenter une femme d'une figure dure et martiale, et dont l'air fier et menaçant annonce les inclinations les plus belliqueuses. Cependant Judith n'étoit point une guerrière; elle ne fut homicide que pour sauver son pays, et parce qu'elle se crut inspirée par le ciel même : voilà l'histoire.

(a) On voit ce tableau clans le palais Spada à Rome. L'idée en est belle , et l'exécution médiocre.

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Il seroit possible que Judith eût naturellement la modestie, la douceur et la timidité qui caractérisent son sexe, et qu'emportée par l'amour de sa patrie et par une inspiration divine, elle eût fait une action absolument contraire à son caractère. L'enthousiasme a souvent produit des choses extraordinaires ; et voilà ce que Paul Vêronèse a supposé à l'égard de Judith. Dans son divin tableau, il a représenté Judith sous les traits d'une blonde touchante; sa figure est délicate, sa physionomie d'une douceur angélique, son air ingénu, modeste et timide ; elle tient d'une main tremblante la tête sanglante d'Holoferne, elle détourne les yeux de cet objet affreux : son visage exprime, non l'horreur des remords, mais le saisissement et la pitié : en la regardant, on voit, on sent combien cette action cruelle a dû lui coûter. Il est impossible de la contempler sans être profondément ému. Une esclave nègre tient un sac ouvert; elle considère avec une curiosité féroce la tête d'Holoferne, et forme le contraste le pi us frappant avec la figure douce et ravissante de Ju-

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