IV
zGG srOiTss.
ches d'environ im pied de diamètre, et de six pieds de long. De l'extrémité de chaque branche s'élève an sapin fort gros, de sorte que cet arbre imite un lustre garni de ses bougies. » M. de Bomare.)
(4) « Le chêne est un arbre utile dans toutes ses parties. On fait usage de son écorce réduite en poudre et sous Le nom de tan brut {ci) , pour préparer les cuirs. Son aubier ib) , son bois, et même le cœur du bois, ont la même propriété, à quelque différence près. L'écorce qui a passé les cuirs se nomme tan préparé. On en fait usage pour faire des couches dans les serres chaudes. Le guy est une plante parasite (c) qui vient sur plusieurs arbres et particulièrement sur le chêne. Les druides, anciens prêtres gaulois, cueilloient le guy de chêne avec de grandes cérémonies. » ( M. de Bomare. )
(5) Il est très-vrai qu'il existe une méthode avec laquelle un enfant docile et appliqué apprend à lire très-couramment en quinze leçons; et, pour l'entant le plus borné, quatre mois sont plus que suiïuans ; tandis qu'avec la méthode ordinaire il faut dix-huit mois ou deux ans. L'ancienne méthode consiste, comme on sait, à faire connoître aux en-
(a) D'où vient le nom de tanneur, donné aux ouvriers.
(b) l'aubier est la couche qui se trouve entre récorce et le cœur de tous les arbres.
(c) Les plantes parasites sont des espèces de plantes qui ue Lient leur nourriture que d'autres plantes sur lesqi. elles s'atiach- n\
in'otes. 267
fans toutes les lettres de l'alphabet, et à leur apprendre ensuite la formation des syllabes, c'est-àdire toutes les combinaisons de ces lettres, deux à deux, trois à trois, etc. ; et comme le nombre de ces combinaisons est très-considérable, puisqu'il y a vingt-deux lettres à combiner, et que d'ailleurs il n'y a, le plus souvent, aucun rapport entre le son composé des lettres qui forment chaque syllabe, et les sons particuliers de chacune de ces lettres, cette méthode est nécessairement aussi longue que pénible et ennuyeuse pour les enfans.
Celle de M. Berthaud, au contraire, est trèscourte , parce qu'elle borne à quatre-vingt-huit le nombre des combinaisons nécessaires des lettres, si considérable dans la méthode ordinaire. Il a découvert, en effet, que tous les mots de la langue française ne sont composés que d^ quatre-vingthuit consonnances différentes; de manière que, connbissant la formation de ces quatre-vingt-huit consonnances (sans connoître en détail les lettres qui les composent), on sait lire : et, comme il a appliqué une figure à chacune de ces consonnances, l'enfant les retient avec facilité , et ordinairement il ne lui faut pas plus de deux mois pour apprendre à lire couramment. Cette méthode ne peut pas être expliquée ici plus en détail , et l'on est obligé de renvoyer à l'ouvrage même qui l'explique. Il a pour titre: Quadrille des Enfans , ou système nouveau de lecture; il se vend à Paris, chez Couturier, rue Saint- Jacques. L'éditeur de la dernière édition de cet
SiG8 .\OTES,
ouvrage (dédié aux enfans de S. A. S. M. le duc de Chartres) est M. Alexandre, la seule personne qui sache enseigner à lire de cette manière. Il demeure rue Montmartre y au coin de la rue Pldtrière. Il est d'autant plus extraordinaire que cette méthode ne soit pas universellement adoptée, qu'il y a près de quarante ans qu'elle est inventée. Mais telle est la constance de l'attachement aux vieilles routines, quelque peu fondées qu'elles puissent être.
(6) Une Française, Elisabeth -Sophie Chéron , se distingua également dans la peinture, la poésie et la musique. Elle jouoit de plusieurs instrumens. Elle savoit le latin, l'italien et l'espagnol. Elle peignoit supérieurement le portrait, mais toujours d'une manière allégorique et ingénieuse. Elle a fait d'ailleurs plusieurs h eaux tableaux d'histoire. Dans la même année, elle fut reçue, en qualité de poète, à l'académie des Ricovrati, à Padoue, et, en qualité de peintre , à l'académie royale de peinture et de sculpture à Paris. Elle se maria à soixante ans : elle épousa son ami intime, un ingénieur nommé M. Hay, qui étoit de son âge. Elle mourut à soixante-trois ans, l'an 17 11 (a).
[à] Elisabeth-Sophie Chéron eut plusieurs élèves, entre autres ses deux nièces, mesdemoiselles de la Croix, qui eurent beaucoup de talent. Les tableaux d'histoire les plus estimés de mademoiselle Chéron sont : i° une Fuite en Egypte, avec un beau fond de paysage, où Ton voit la Vierge endormie , et les anges prenant soin de l'Enfant
Catherine Duchemin , femme de Girardon , sculpteur; Geneviève de Boulogne , et sa sœur Madeleine de Boulogne , sont encore trois Françaises qui se sont particulièrement distinguées dans la peinture. Passons aux étrangères.
Anna di Rosa , surnommée Anella de Massina , du nom de son maître. Elle peignit l'histoire avec le plus grand succès [a). Sophonisbe Angosciola Lomellina , d'une famille noble de Crémone , eut une grande réputation, et la mérita. Philippe 11, roi d'Espagne, l'attira à Madrid. Il la combla de bienfaits, et lui fit faire le mariage le plus brillant. Étant devenue veuve , elle épousa en secondes noces Orasio Lomellini, d'une des plus illustres familles de la république de Gènes. Elle enseigna elle-même les principes de son art à ses trois sœurs, Europe, Anne et Lucie , qui peignirent avec succès. Sophonisbe parvint aune extrême vieillesse, et mourut
en 1620 Lavinia Fontana et Antonia Pinelli
de Bologne, méritent aussi d'être placées parmi les
Jésus; a0 Cassandre interrogeant un Génie sur la destinée de la ville de Troie; 3° une Annonciation 5 4° Jésus- Christ au tombeau; 5° un saint Thomas-d'Aquin. Mademoiselle Chéron a laissé plusieurs poésies très-agréables, entre autres un petit poème qui a pour titre les Cerises renversées , dans lequel on trouve de la facilité, de la gaieté et de l'imagination.
{a) Anna di Rosa périt à 3G ans, victime de la jalousie. Elle fut poignardée par Augustin Beltrano, son mari, abusé par d'injustes souprous.
27O ^fOTES.
peintres célèbres Maria Elena Panzachia :, née
à Bologne en 1668 , peignit supérieurement les
paysages Lucia Cassalina, née en 1677, peignit
avec un égal succès le portrait et l'histoire. Elle épousa Felice Torelli, un des meilleurs peintres . de son temps Catherine Tarabotti, élève d'Alexandre Varotari, mérita d'être placée au rang
des plus habiles artistes vénitiens La sœur de
Varotari, nommée Claire, peignoit parfaitement
le portrait Barbara Burini, née en 1700, eut
autant de talent que toutes celles qu'on vient de nommer.
Les écoles flamande et hollandaise ont produit des femmes célèbres. On a déjà parlé de la fameuse Sibylle Mérian. Une autre fille illustre se distingua comme elle par une rare réunion de talens et de
connoissances Anne Vasser naquit a Zurich;
elle aima les lettres, fit de bons verset de charmans tableaux. Elle peignoit agréablement à l'huile; mais elle excella dans la miniature. Elle mourut en 17 13, à l'càge de trente-quatre ans Mademoiselle Verslt, née à Anvers en 1680. Elle savoit le latin, parloit plusieurs langues, et peignoit le portrait et l'histoire. Tous les artistes les plus célèbres se sont accordés à louer la fraîcheur de son coloris et la pureté de son dessin. Elle se fixa à
Londres, et y mourut Maria Van-Oosterwick
est, à juste titre, placée au rang des meilleurs artistes de Hollande. Elle ne peignoit que des fleurs et des fruits; mais elle porta ce genre au plus haut
:vot£s. 271
point de perfection. Elle mourut en 1693 Henriette Vampée Folters, élève de son père, née à Amsterdam, se distingua dans la miniature. Elle
mourut en 1 74 1 Rachel Ruisch Van-Pool naquit
à Amsterdam , et fut une des femmes qui honorèrent le plus leur pays par leurs mœurs et par leurs talens. Jeune , sans maître sans autre secours que son goût pour le dessin , on la vit copier tout ce qui la frappoit en peinture et en estampes. Enfin, on lui donna pour maître Guillaume Van-Aelst , célèbre pour les fruits et les fleurs. Elle se fit dans ce genre la plus grande réputation. L'académie de La Haye la reçut au nombre de ses membres, ainsi que Van-Pool, son mari, qui étoitbon peintre. L'électeur Palatin envoya à Rachel Van-Pool un diplôme qui lanommoit peintre de la cour de Dusseidorf. Ce prince lui écrivit une lettre qu'il accompagna d'un présent magnifique, et il tint son enfant . sur les fonts de baptême. Rachel peignit aussi bien à quatre-vingts ans qu'à trente. Elle mourut âgée de quatre-vingt-six ans , en 1750. Le célèbre Van- Hucpen a excellé dans le même genre. Il n'eut pour élève que la fille d'un nommé Haverman, qui fit des progrès étonnans, au point même d'exciter la jalousie de son maître.
Le temps n'a pu nous faire perdre les noms de toutes les femmes de l'antiquité qui se sont distinguées dans la peinture. Les plus célèbres sont :
» Timarette, fille de Micon, et qui a excelle dans cet art;
Q.'JI XOTES.
» Irène, fille et élève de Cratinus;
» Calypso;
» Alcisthène;
» Aristarète, élève de son père Néarchus;
» Lala de Cvsique. Personne n'eut le pinceau plus leger.'EUe grava aussi sur l'ivoire;
wOlyrapias, dont Pline fait mention. » [Extrait de différens ouvrages publiés sur la Vie des Peintres , par M. P. D. L. F., tome i.)
J'ai recueilli dans l'ouvrage que je viens de citer quelques traits peu connus, et qui m'ont paru intéressaus et curieux. J'ai pensé qu'on les liroit avec plaisir, et qu'ils pourroient exciter l'émulation des enfans destinés à devenir artistes.
«Polignotus, fils d'Agloophon, peintre célèbre chez les anciens, vivoit environ 440 ans avant Jésus-Christ. Il mit le premier de l'expression dans les visages; et, après avoir fait plusieurs ouvrages à Delphes, et sous un portique d'Athènes, dont il ne voulut recevoir aucun paiement, il fut honoré, par le conseil des Amphictyons, du remerciaient solennel de toute la Grèce, qui lui ordonna, aux dépens du public, des logemens dans toutes ses villes, lui décerna des couronnes d'or, et lui assigna des places distinguées au théâtre.
» Apollodore, peintre d'Athènes, vivoit 404 ans avant Jésus-Christ; il ouvrit une nouvelle carrière, et donna naissance au beau siècle de la peinture chez les Grecs. Il eut les plus grands taleus; mais ce qui lui fait plus d'honneur encore, c'est qu'il fut
tfOTES. 273
exempt delà jalousie, faiblesse si ordinaire aux artistes. Il fit des vers à la louange de Zeuxis, son rival, dans lesquels il s'avouoit inférieur à ce grand homme.
» Pamphile se fit une réputation très-brillante dans le siècle même de Parrhasius et de Zeuxis. Il avoit au-dessus des autres peintres les avantages que donnent la culture des belles-lettres et l'étude des sciences. Pour donner plus de dignité à son art, il obtint un décret public qui défendoit aux esclaves de s'y appliquer.
» Pausias, disciple de Pamphile et d'Égrignus, fut le premier qui peignit les lambris et les voûtes des palais. Il immortalisa la bouquetière Glycère, dont il étoit amoureux, en la représentant composant une guirlande de fleurs.
» Métrodore fut en même temps grand philosophe et grand peintre. Il éleva les enfans de Paul Emile , et peignit son triomphe. Ce héros avoit demandé deux hommes pour ces deux objets. Métrodore fut regardé comme le plus capable de les remplir avec un égal succès.
» Quintus Pédius , peintre romain sous le règne d'Auguste, se distingua dans cet art, quoiqu'il fût muet de naissance. »
Nous allons passer maintenant aux peintres modernes.
« On avoit commencé à connoître la peinture à Florence, vers l'an 1000 de Jésus-Christ. Des Grecs y avoient été appelés de Constantinople pour pein-
274 iroTES.
dre en mosaïque le chœur d'une église. Cependa n on ne voit point que cet art se soit perfectionné jusqu'en l'année 121 1, nue naquit Jean Cimabué. Cet artiste fit plusieurs grands ouvrages qui furent l'époque de l'extinction du goût gothique et barbare qui depuis si long-temps dégradoit les beauxarts. Cimabué étoit aussi bon architecte. La protection que lui accorda Charles d'Anjou, roi de tapies, fut un des moyens qui servirent le plus aux progrès de cet art. Cimabué mourut en 1390...... Le Giotto
fut élève de Cimabué. Son père, qui étoit laboureur, lui faisoit garder ses troupeaux. Giotto s'amusoit à les peindre, Cimabué , qui vint à passer lorsqu'il étoit livré à cette occupation, l'engagea à le suivre à Florence, et bientôt Giotto égala son maître. Il fit entre autres portraits celui du Dante. Il peignit aussi le paysage et les animaux. Comblé d'honneurs et de richesses, il mourut en ilgl.
» Antoine Solario , serrurier, surnommé le Zingaro, devint amoureux de la fille de Cola Antonio, qui, dédaignant son état, lui dit qu'il la lui donneroit lorsqu'il seroit aussi habile peintre que lui. Solario voyagea, étudia, et parvint par ses talens à épouser celle pour laquelle il s'étoit fait peintre. Il devint encore bon architecte. Il vécut soixantetreize ans, et mourut en i455. Il a laissé beaucoup de disciples qui sont devenus d'excellens artistes.
» André Verrochio s'appliqua à la peinture et à la sculpture, et s'instruisit des principes de L'architecture* de la perspective et de la géométrie. Il
ZVOTES. 275
réunit encore à ces talens ceux de la gravure et de la musique. Son école est celle où se sont formés les meilleurs artistes de son temps, tels que Pierre Pérugin et Léonard de Vinci. André Yerrochio est le premier qui ait essayé et réussi à mouler le visage des personnes, tant vivantes que moites, pour en prendre la ressemblance. Il mourut en 1 488.
» Guido Reni, connu sous le nom du Guide, naquit à Bologne en 1D75. Il apprit les premiers principes de la peinture, de Denis Calvart, bon peintre flamand. Il passa ensuite dans l'école de Louis Carrache. L'Albane et Josepin , peintres célèbres , étoient ses amis. L'œil étoit, selon le Guide , la partie du visage la plus difficile à bien représenter. C'est celle où il s'est le plus appliqué, et qu'il a rendue plus parfaitement qu'aucun autre artiste. Son école étoit composée de près de deux cents étudians. Il mourut en 1641 (a).
» Antoine Balestrai grand peintre de l'école vénitienne, mourut en 1740» âgé de soixante-quatorze ans. Une singularité le distingue , c'est qu'il ne peignit parfaitement que dans sa vieillesse.
» Giovanno- Francesco Baibicri, surnommé le Guerc/u'n, du mot de guercio, qui signifie louche, naquit à Cento, en 1590, près de Bologne. Aucun peintre n'a travaillé plus vite que ce grand artiste.
(a) Le plus beau tableau du Guide est en Italie, à Boit >gne, dans les palais Sampieric; il représente saini Pierre dans la prison, gémissant sur son pèche.
Pressé par des religieux de faire un Père Éternel pour leur maître-autel, la veille de leur fête, il le peignit aux flambeaux , dans une nuit. Il mourut en i665 (a).
» Augustin Metelli naquit dans la misère , à Bologne. Il étoit déjà si habile à l'âge de dix-sept ans , qu'il fut recherché par un riche architecte, qui voulut partager sa fortune avec lui, et l'adopter pour fils. Metelli refusa ses offres pour ne pas abandonner son père et sa mère. Par la suite il fut en Espagne, où Philippe IV le combla de bienfaits. Metelli joignoit plusieurs talens à son art. Il étoit excellent architecte, il avoit de la littérature, et faisoit de bons vers. Il mourut à Madrid en 1660.
«Le chevalier Stanzioni, napolitain, se rendit célèbre dans la peinture et dans l'architecture. II a écrit en quatre livres, pleins d'utiles réflexions, la Vie des peintres et des sculpteurs de son pays. Il
(a) On voit en Italie, à Capodimonte, prés de Naples, un tableau du Guerchin très-frappant. C'est une Madeleine peinte à mi-corps. L'artiste a rajeuni ce sujet usé, par la manière dont il Ta traité. Sa Madeleine n'exprime point le désespoir, elle offre l'image d'un sentiment plus réfléchi et plus profond. Sa tète est appuyée sur une de ses mains; et, dans cette attitude mélancolique, elle contemple la couronne d'épines du Sauveur, posée sur une table. Son visage réunit à une beauté céleste une expression aussi touchante que sublime, et qui représente avec une parfaite verilé toutes les réflexion* qu'une semblable méditation peut faire naître.
vécut quatre-vingt-seize ans, et mourut l'an 168 1 a . 9 Jean- Fernandès - X imenès de Navareta, connu sous le nom de el Mudo, le Muet, est appelé par les plus grands artistes le Titien espagnol. Il fut muet de naissance, ce qu'on attribua à sa parfaite surdité. Il alla en Italie , et passa plusieurs années dans l'école du Titien. Ses talens furent célébrés par les plus fameux poètes espagnols. Il mourut en Espagne, en 1672 (h).
Écoles Flamande j Hollandaise et Française.
m Louis de Deyster, né à Bruges, fut grand peintre. Son goût tenoit de l'école d'Italie. Il s'amusa à faire des clavecins, des orgues, des violons et des horloges. Anne Deyster , sa fille, dessinoit bien, et a fait des copies des tableaux de son père, que
(a) Joseph lïibeira, surnommé VEspagnolet, peintre espagnol, naquit dans la misère. Il acquit de grands talens, et fut très-laborieux. Un cardinal le prit chez lui j l'Espagnolet se trouvant dans l'aisance, s'aperçut qu'il devenoit paresseux. Il se sauva de chez le cardinal par cette seule raison. Il reprit le goût du travail, et fit une grande fortune. Il mourut en 1746.
(b) Jean Tlolbeen, surnommé le Jeune, peintre allemand, ne peignit que de la main gauche. Il a peint à Belle ce qu'on appelle la Danse de la Mort. C'est la Murt détruisant toutes les grandeurs humaines. J'ai vu ce tableau : il ne m'a pas été possible d'en sentir la beauté j mais tous les connoisseurs l'admirent. Holbeen mourut à Londres en i554-
l'on a souvent prises pour les originaux. Elle réunissoit à ce talent celui de la musique, jouoit de tous les instrumens, et supérieurement du clavecin. Deyster mourut en 1 7 1 1 .
» Octavius Van-Veen, bon peintre, mourut à Bruxelles en i634, laissant deux filles, Gertrude et Cornette, qui ont excellé dans la peinture.
» Gérard Terburg, né dans la province (Y Ocer- Yssel, excellent artiste, mourut en 1681. Il eut pour disciples Netscher, Coutson, Koetz, et ses propres sœurs. Marie Terburg, sa fille, ébauchoit ses ouvrages , qui, finis ensuite par Terburg, étaient aussi estimés que s'ils eussent été totalement de sa main.
» Jean Both , né à Utrecht, fut surnommé Both d'Italie, à cause du long séjour qu'il y lit avec André Both son frère. Il réussit si bien à imiter la fraîcheur des paysages de Claude Lorrain , que la réputation de Claude en fut diminuée, d'autant plus que les figures qu'André Both plaçoit dans les paysages de son frère étoient infiniment supérieures à celles de Claude. Ces deux artistes furent toujours étroitement unis, et leurs tableaux, faits par deux mains différentes, ne paraissent l'ouvrage que du même pinceau. Jean Both ayant eu le malheur, en i65o, de perdre son frère, qui se noya, mourut de chagrin la même année, à l'âge de quarante ans.
» Pierre de Laar fut surnommé Bamboche en Italie, à cause de la bizarre conformation de sa taille, ou plutôt parce qu'il est l'auteur du genre de
peinture grotesque, dans lequel il mettoit desfigures qu'on appeloit banibotlttules. Il voyagea tu France et en Italie, et mourut à Haarlem en 1G7J,
âi.ré de soixante-deux ans a .
[a) Le célèbre Liclier Erasme, né à Rotterdam, et si connu par ses ouvrages de littérature, éloit excellent peintre. Le mérite de ses tableaux est attesté par les artistes du temps. Il en orna le monastère d Emmaùs , détruit aujourd'hui. On ne voit pas qu'aucun de ses tableaux ait été conservé.
Adrien f^an-der-ir^erJJ'esl le peintre hollaudais qui a montré le plus de goût et de génie. Il naquit à Rotterdam en 1609 : il s'attachoit à peindre l'histoire eu petit. Il fut comblé des bienfaits de l'électeur Palatin, qui le créa chevalier. Van-der-Wtrjf mourut à Amsterdam l'an 1727. On voit à Dusseldorf une nombreuse collection de tableaux de cet artiste. Parmi ces tableaux on eu trouve un qui est un chef-d'œuvre d'expression; il représente notre Seigneur sur la croix, la Yierge évanouie, et une Madeleine à genoux, pleurant et regardant la Vierge. Cette figure de Madeleine est admirable par le pathétique et la vérité de son expression.
Il existe présentement en Flandre plusieurs peintres d'un mérite supérieur, entre autres M. Lyens à Bruxelles, M. Détiens à Malines, M. Yaragen à Louvain, tous les trois peintres d'histoire. Le dernier na dû son talent qu'à lui seul , et sa célébrité qu'à la générosité de M. Lyeus. Tous les peintres de Flandre, étonnés de voir circuler dans le commerce d'excellens tableaux sans nom d'auteur, et connoissant, à la fraîcheur de la peinture, qu ù.étoient faits nouvellement, s'informoient en vain d'où ces tableaux pouvoient venir. M. Lyens, plus frappé qu un
a8o notes.
» On peut regarder Jean Cousin comme le premier peintre français qui se soit distingué. Il naquit près de Sens. Il vivoit en 1589, et se fit une grande réputation sous les règnes de Henri 11, François 11, Charles ix et Henri ni. Il exerça la sculpture avec succès. Il savoit la géométrie, l'anatomie, et étoit habile dans l'architecture; il a beaucoup peint sur les vitrages, genre très-estimé alors. Il a fait aussi des tableaux sur toile.
» Simon Fouet mourut en 1641. La plupart des peintres qui se sont distingués dans le dernier siècle, ont été ses élèves, tels que le Brun , le Sueur, le Vaientin, Jean-Baptiste Mole, Aubin, Claude Vouet,
autre de cette singularité, voulut absolument découvrir le peintre anonyme qui mériioit si bien d'être connu. Il voyage dans toutes les villes de la Flandre, et se fait conduire chez tous les jeunes peintres qu'on lui indique. Enlin il arrive à Louvain. Après avoir parcouru la ville, il étoit prêt de la quitter sans avoir trouvé ce qu'il chcrchoit, lorsqu'on lui dit qu'il existe encore dans Louvain un homme qui s'amuse à peindre, mais qui ne travaiile que pour subsister, dont personne ne connoît les ouvrages, et qui sans doute n'est qu'un barbouilleur aussi mauvais qu'obscur. M. Lyens va chez cet homme, dont la femme, établie tous les jours dans une petite boutique sur la rue, vendoit des allumettes. Le mari étoit renfermé dans un grenier. M. Lyens y monte : le logement et la simplicité de l'homme qu'il y trouve ne raniment pas ses espérances; cependant il demande à voir un tableau. « Je n'en ai qu'un de fait, répondit l'homme; mais il y a beaucoup d'ouvrage, et il est très-cher. — Le vendrez
NOTES. 28l
François Perricr, Pierre Mignard, Nicolas Chapron , Charles Poerson, Dorigny le père, Louis Henri Testin, Alphonse Dufresnoi, et plusieurs autres.
» Charles- Alphonse Dufresnoi étoit bon poète et bon peintre ; il savoit le latin, le grec, la géométrie et il étoit habile dans l'architecture. Aucun peintre' n'a tant approché du Titien que Dufresnoi, il a laissé un très-beau poème sur la peinture, qui a été traduit dans toutes les langues. Il mourut en France , sa patrie, l'an iG65.
» Claude Gelée, dit le Lorrain, fameux paysagiste, naquit dans le diocèse de Toul, en Lorraine, et mourut à Rome en 1682 , âgé de quatre-vingtdeux ans.
vous? — Oh! de celui-là, j'en veux quatre louis; je ne le donnerai pas à moins ; il y a trois mois crue j'y travaille. — Voyons-le... » A ces mots le bonhomme va prendre son tableau , et le présente à M. Lyens , qui s'écrie avec transport : Enfin je, F ai trouvé! Le reste de la conversation mit le comble à l'étounement de M. Lyens, lorsqu'il apprit que cet excellent peintre n'avoit jamais eu de maître, qu'il étoit l'élève de la seule nature, quil ne se doutoit pas de son talent et que depuis quinze ans il vendoit constamment ses tableaux à un brocanteur assez malhonnête pour abuser de sa simplicité et de sa situation, en lui donnant un aussi vil prix de ces mêmes tableaux qu'il revendoit excessivement cher. M. Lyens eut la gloire d'arracher à l'obscurité des talens qu'il admiroit. Il fit connoitre M. Varagen, il le produisit, et M. Varagen ne doit qu'à ce noble et généreux artiste et sa réputation et la fortune considérable qu'il possède aujourd'hui.
iv. iL\
202 iVOTES.
» Sebastien Bourdon, grand peintre français , mourut à Paris en 1671 , âgé de cinquante-cinq ans. On trouve à Paris beaucoup d'ouvrages de ce peintre, entre autres, dans l'église de Notre-Dame, le crucifiement de saint Pierre t qu'on regarde comme son chef-d'œuvre.
» Eustache le Sueur naquit à Paris l'an 1617 , et devint peintre sublime, sans avoir jamais été en Italie. Il fu* chargé de faire les tableaux du cloître des Chartreux à Paris, ouvrage immortel, et qui a fait comparer cet artiste à Raphaël.
» Le célèbre le Brun naquit à Paris, et mourut en 1690. A douze ans il fit le portrait de son aïeul. On voit dans la collection du Palais-Royal deux tableaux qu'il peignit à quatorze ans : l'un représente Hercule domptant les chevaux de Diomède; l'autre le même héros offrant un sacrifice. Louis XIV chargea le Brun de représenter les principaux événemens de son règne. Le Brun , sous d'ingénieuses allégories, sut réunir la fable à l'histoire, et, par cet assemblage heureux, former une sorte de poème épique des actions de ce grand monarque, dont il a enrichi la galerie de Versailles. Le roi chargea encore le Brun d'orner la galerie du Louvre des plus beaux traits de la vie d'Alexandre. Entre les plus beaux tableaux de cet artiste, on distingue le Martyre de saint Etienne, et celui de saint André à Notre-Dame; une Madeleine pénitente, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques; la Résurrection de Jésus-Christ, dans l'église du Saint -Sépulcre, rue
Saint-Denis; une Présentation au temple, chez ies Capucins du faubourg Saint-Jacques; la voûte de [a
chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, représentant une Assomption, regardée comme un de ses plus beaux ouvrages; le fameux tableau où Moïfe présente aux Israélites le serpent d'airain , dans le couvent des religieux de Picpus; saint Charles à genoux, implorant la clémence divine en faveur de la ville de Milan, à Saint- >"icolas-du-Chardonnet; le Massacre des Innocens, au Palais-Royal, etc.
» Jean Jomenet, grand peintre, étant devenu paralytique de la main droite, parvint, à force de travail, à peindre avec un égal succès de la main gauche. Restout, son neveu, fut son meilleur élève. Jouvenet mourut en 1727.
» Antoine Coypel fut reçu à l'académie de peinture à l'âge de vingt ans. Il mourut en 1722.
» François le Moine naquit à Paris. Lorsqu'il eut peint la coupole de la chapelle deà la Vierge dans l'église de Saint-Sulpice, où il représenta une Assomption, Louis xiv le choisit pour peindre le grand salon à Versailles, qu'on appela depuis le Salon d'Hercule. Le Moine y représenta l'apothéose de ce héros. Cette grande et magnifique composition rassemble plus de cent quarante figures soutenues d'un socle, dans le milieu duquel sont placés ies principaux travaux d'Hercule, représentés par des figures feintes en stuc. Tout l'ouvrage est distribué en plusieurs groupes. En 1736, après quatre années d'un travail assidu, cet ouvrage se trouva terminé.
a84 NOTES.
Il doit être regardé comme le plus grand qui soit en Europe , et comme un monument immortel des talens de son auteur. Un violent chagrin altéra la raison de ce grand artiste. Il se donna plusieurs coups d'épée dont il mourut en 1737 , âgé de quarante-neuf ans. Le Moine avoit fait un petit voyage en Italie, mais il n'y avoit passé en tout que six mois. Ses principaux élèves furent Boucher, Natoire , Nonotte, le Bel et Challes.
» Jean Petitot est regardé comme le premier qui ait porté la peinture en émail au plus haut point de perfection. Il naquit à Genève en 1607, et fut d'abord joaillier. Vandick, ayant vu de ses ouvrages, lui conseilla de s'appliquer au portrait, et le reçut au nombre de ses disciples. Il acquit un talent supérieur; Bordier, qui devint son beau-frère, le secondoit, en peignant les habillemens et les coiffures de ses portraits. Petitot fut très- considéré par Charles Ier, roi <y Angleterre. Après la mort tragique de ce monarque, il s'attacha à Charles II, et le suivit en France. Louis XIV retint ce peintre à son service. Petitot fut reçu à l'académie. Il passa trente-six ans à Paris, où il partagea avec Bordier un million qu'ils avoient amassé ensemble, sans avoir jamais eu le moindre différend. Ala révocation de l'édit de Nantes, Petitot se retira dans son pays. Il mourut dans le canton de Berne, en 1691, âgé de quatre-vingtquatre ans. »
J'ai pensé que les enfans qui liront cet ouvrage ne seroient pas fâchés de trouver, à la suite de cet
extrait, une liste des principaux sculpteurs, anciens et modernes, et un petit abrégé de l'histoire de l'architecture. J'ai tiré ces extraits de X Encyclopédie; et, ainsi que j'ai fait dans l'extrait précédent, j'ai ajouté quelques notes que m'ont fournies les journaux de mes voyages, et sur l'exactitude desquelles on peut compter.
Sculpteurs anciens.
« Les noms des sculpteurs égyptiens n'ont pas passé jusqu'à nous, et les Grecs ont effacé tous ceux de Rome.
» Apollonius et Tauriscus , tous deux Pvhodiens , firent conjointement cet antique si célèbre de Zéthus et d'Amphion attachant Dircé (V: à un taureau. Tout est du même bloc de marbre, jusques aux
[a) Dircé étoit reine de Thèbes. Lycus, pour l'épouser, avoit répudié Antiope. Jupiter alors s'attacha à celte dernière. Il prit, pour la tromper, la forme de Lycus, et se racoramoda avec elle. Dircé, croyant que Lycus revoyoit Antiope, la fit enfermer, et lui fit souffrir une infinité de maux. Antiope enfin s'échappa, et alfa accoucher, sur le mont Cithéron, de Zéthus et d'Amphion, qu'elle donna à élever à des bergers. Ces deux jeunes princes, par la suite, pour venger leur mère, eurent la barbarie d'attacher Dircé à la queue d'un taureau furieux, qui la mit en pièces. Amphion et Zéthus ne se quittèrent jamais : ils inventèrent la musique. Amphion bâtit les murs de Thèbes avec les accords de sa lyre. Les pierres, sensibles à cette mélodie, se rangeoient d'ellesmème à leur place. [Dict. de la Fable. )