‹ Les veillées flamandesChapitre 4 sur 21 · I. La coupe des pierres · texte numérisé non relu

I. La coupe des pierres

un instant . Venjant consulte ses yeux avec an.qoissc.) Écoutez, je vois bien que vous ne me laisserez pas tranquille. Que Franz aille à rAcadémie si vous pouvez l'y faire recevoir. (Venjant bondit de joie, embrasse son pèfe, embrasse sa mère, embrasse sa g rand^ m ère, et jette des exclamations de bonheur.) Mais à une condition ; c'est que si Franz n'apprend pas bien et vite, il quittera TAcademie à mon premier mot.

FRANZ, les yeux étincelants et avec exaltation. Oh ! j'apprendrai si bien, cher petit papa!

LE PÈRE

Maintenant, va te coucher, mon enfant.

Franz, tout joyeux, regagna bien vite son lit.

Les trois autres personnes prirent la lampe et montèrent un escalier étroit et raide pour aller aussi se livrer au repos. Parvenus en haut, ils se consultèrent sur les moyens à mettre en œuvre pour faire admettre Franz à l'Académie. Après un débat passablement long, on s'arrêta aux résolutions suivantes.

Thérèse, la voisine, connaissait l'apprenti du barbier du domestique de monsieur Wappers. Par Thérèse on aurait bien la protection de cet apprenti ; il parlerait à son maître, son maître au domestique de monsieur Wappers, lô domestique à monsieur Wappers lui-même, et monsieur Wappers parlerait de l'affaire à monsieur Van Brée.

Cette chaîne extraordinaire de protecteurs ne permettait pas de douter du succès, et nos braves gens en furent d'autant plus convaincus que la grand'mère fit remar-

quer qu'aucune protection n'était plus puissante que celle d'un barbier, vu qu'on a peu de chose à refuser à l'homme qui vous tient tous les jours le rasoir sur la gorge.

Enfin, le surlendemain, mère et grand'mère mettraient leurs habits du dimanche : justaucorps de parade, jupe -étoffée, bonnet de dentelles et souliers de velours. Elles emporteraient avec elles quelques dessins de Franz pour les montrer aux messieurs de l'Académie, et la grand'mère prendrait la parole pour leur faire apprécier le merveilleux talent de l'enfant.

DÉMARCHE À l'aCADÉMIE, — LES SUCCESSEURS D^CILENSPVEGEL. — CONSULTATION DES PROFESSEURS SUR l'ADMISSION DE FRANZ. — EXAMEN DE SES TITRES. — L'aCADÉMIE COMPTE UN ÉLÈVE DE PLUS.

Le soleil, le plus grand peintre du monde, préparait sa palette sous l'horizon; il combinait et assortissait ses plus belles couleurs pour illuminer d'un éclat extraordinaire le jour solennel où Franz devait faire le premier pas dans la carrière de Tart. Bientôt il jeta d'un seul coup de pinceau une première couche d'un jaune pâle sur son immense panneau, et la ville d'Anvers apparut comme une esquisse ébauchée dans les lueurs du crépuscule.

Les coqs, adorateurs du soleil, saluèrent son retour de cris perçants, et s'égosillèrent si longtemps et si haut

que la grand'mère s'éveilla en donnant sa première pensée à son cher Franz.

Bien qu'on en fasse un effrayant portrait, la nuit est souvent une bienfaitrice. Elle seule est toujours juste : elle comble les bons de joies et de bienfaits, elle inflige aux méchants des tortures imaginaires. Envoyée de Dieu, elle lit au plus profond des cœurs et prédit à l'homme la récompense ou le châtiment que méritent ses actes et qui leur sont réservés.

Cette fois, la nuit avait choisi ses tableaux les plus séduisants et les avait fait passer sous les yeux de la grand' mère. Elle avait vu des richesses inouïes : des maisons splendides comme des palais, des chevaux légers comme le cerf, des voitures éblouissantes commte un trône, des jardins aussi beaux que le paradis, de fraîches couronnes de lauriers! et au milieu de tout cela, Franz, sa mère, son père et elle-même. En s'éveillaiit, elle se frotta les yeux à les rendre tout rouges pour revoir ces attrayantes visions; mais en s'apercevant, non sans regret, que ce n'était qu'un rêve, sa joie ne s'évanouit cependant pas tout à fait. La séduisante perspective ne disparut pas avec le sommeil.

A peine la ville avait-elle pris une seconde teinte d'un jaune d'or, que toute la famille était sur pieds. L'ouvrier devait être de bonne heure à son travail et ne pouvait partir sans déjeuner; les parents descendirent tous trois.

En entrant, leur regard se porta en même temps sur Franz, qu'ils virent assis sur son lit, occupé à dessiner à la douteuse lumière du matin, et entièrement absorbé par son œuvre.

Lorsque le feu fut allumé^ la mère mit l'enfant hors du lit et l'assit sur ses genoux.

— Fais aujourd'hui une bonne prière, Franz, dit-elle, pour que le bon Dieu nous fasse réussir !

L'enfant s'agenouilla avec une lenteur si solennelle qu'on y devinait l'ardente dévotion qu'il allait mettre dans sa prière. Il dit de sa douce voix :

— Le matin, quand je me lève, je vois devant moi deux petits anges. Chers petits anges, doux petits anges, faites que Franz ne fasse pas de mal. — Notre père, etc.

Après cette prière, il fut lavé et habillé, et dès qu'on lui rendit la liberté, il prit ses morceaux de papier, alla s'asseoir auprès du feu , et se mit à dessiner l'un ou l'autre des objets qui se trouvaient dans la chambre.

Bientôt le café fut prêt, les tartines de pain noir coupées et les tasses sur la table. Avant de se mettre à déjeuner, tous firent le signe de la croix, mais Franz y ajouta sa prière habituelle :

— Petit Jésus, venez manger avec nous, amenez votre mère chérie. Petit Jésus, là où vous êtes tout est béni. Mangez et buvez , mais souvenez-vous que cela vient du Dieu tout-puissant. '

L'ouvrier perd peu de temps à table : en un instant toutes les tartines eurent disparu. Le père endossa son surtout de toile, et franchit la porte en disant :

— Jusqu'à midi !

Alors seulement commencèrent les grands apprêts. Franz fut déshabillé et lavé de nouveau, avec du savon

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