‹ Les veillées flamandesChapitre 5 sur 21 · Même obscryation pour ces prières que pour la précédente · texte numérisé non relu

Même obscryation pour ces prières que pour la précédente

d'Espagne' et de reauchaude; ses cheveux bouclés fui ont peignés avec soin ; on lui nàit sa veste des din^iinclies, son pantalon à raies et sa blouse des grands jours.

Après cela, les deux femmes se mirent à leur toilette. On tira d'un coffre deux bonnets de dentelles blancs comme la neige; deux jupes. Tune noire, l'autre à grands ramages; deux paires de souliers de velours; deux justaucorps, l'un court, l'autre long, et un manteau de coton de la grand' mère. C'était tout; avec ces vêtements , les deux femmes devaient se faire belles et parées pour paraître avec avantage devant les messieurs de l'Académie.

Quand la toilette fut à sa fin, la grand'mère dit : — Mais, Annemie, es-tu sure que la voisine Thérèse a parlé à l'apprerûi du barbier du domestique de monsieur Wabbes ?

LA MÈRE

Oui, il dit qu'il est très-difficile de faire entrer quelqu'un à l'Académie ; mais il a promis de faire tout ce qu'il pourrait, — et son maître le barbier est le meilleur ami du domestique de monsieur Wabbes.

LA grand' ilÈRE.

L'Académie s'ouvre à six heures; il faut ne pas arriver trop tard. Dépêche-toi un peu !

LA MÈRE

Mais savez-vous où nous devons aller? On dit que

i. Uue preuve de Timportance du commerce que les Espa^ols flreut jadis i Àavrsj c'est l'épithète que le peuple y joint encore à maint produit des Iridas tu du midi de l'Europe. C'est ainsi qu'on dit : savon d'Espag;ne, poivre d'Espagnei froment d'Espagne, etc.

rAcadémie est si grande qu'on peut facilement s'y perdre pendant tout un jour.

LA grand'mère.

Que tu es simple, toi! En demandant son chemin on arrive toujours à Rome.

LA MÈRE

Oui, c'est vrai. Mais que dirons-nous à ces messieurs? car vous savez qu'on ne les aborde pas comme vous et moi, et que de grandes gens comme cela montent bien vite sur leurs grands chevaux. Bien sûr, vous vous expliquerez mal !

LA grand' MÈRE.

Il n'y a pas de danger j laisse-moi faire. En entrant, je dirai : Bonjour, monsieur Van Brée! Bonjour, monsieur Wabbes ! Votre servante, messieurs ! Peuvent-ils prendre cela en mauvaise part? C'est assez poli, sûrement?

LA MÈRE

Oui, oui. Et puis , comment leur ferez-vous comprendre l'affaire de Franz? C'est là le nœud !

LA grand'mère, avec impatience.

Sois tranquille; j'emporte avec moi les dessins de Franz, et lorsque je les leur aurai montrés, peut-être qu'ils voudront d'eux-mêmes que Franz reste à l'Académie. Allons^ il est près de six heures : partons. Franz, donne-moi tous ces papiers, que je les mette dans nion sac. Es-tu prête, Annemie? N'oublies-tu rien? Ferme donc lîi porte...

Quelle joie n'éprouvait pas le cœur de Franz au mo-

ment où , entre sa mère et sa grand'mère, il s'en alla à l'Acadéinie î Gomme ses petits pas étaient légers et rapides ! De quel affectueux regard il suivait chaque enfant qui passait près de lui, un rouleau de papier à la main ! Déjà tous les élèves de l'Académie étaient ses amis. Ah ! s'il eût pu les embrasser !

Arrivées à la porte de l'Académie avant l'ouverture des cours, les deux femmes ahuries tombèrent au milieu d'une foule de jeunes gens qui attendaient et ne répondirent à leurs questions que par des plaisanteries. Honteuses et confuses, elles voulurent s'éloigner jusqu'à l'ouverture de la porte ; mais les gamins moqueurs accoururent autour d'elles et les enfermèrent dans un cercle infranchissable. Alors commença un concerto de sifflets déchirant les oreilles; un affreux bourdonnement dans les rouleaux de papier, cent cris de Mère grand* ! mère grand' ! Hou f hou/ et une formidable clameur de Hourra/ hourra/ tellement que les pauvres femmes, ne sachant à qui entendre ni que dire, étaient sur le point de fondre en larmes ; mais par bonheur, ou plutôt par malheur, la porte de l'Académie s'ouvrit en ce moment.

Comme un fleuve furieux qui brise sa digue, les jeunes gens se précipitèrent sous la porte. Les femmes ne purent résister au torrent et furent entraînées et bousculées à travers la porte et la cour jusqu'à ce qu'elles se trouvassent enfin dans une longue allée sans savoir comment elles y étaient arrivées et encore tout étourdies de la tourmente. Le bonnet de la grand'mère était de travers sans qu'il fût possible de le remettre en place; les cheveux de Franz étaient tout ébouriffés,

et les veleiîients des deux femmes vilainement fripés.

D'une voix basse et tremblante, la grand'mère murmura :

— Vertu du ciel , Annemie ! Quelle vie mène-t-on ici ? On dirait une bande de diables î

LA MÈRE

Oh ! Dieu^ grand'mère, je crois qu'ils nous ont bousculées pendant une demi -heure au moins. Mais où sommes-nous ici ? Cela ressemble à ua couvent. Voicî un petit garçon; celui-là ne paraît pas être un vaurien. Demandez-lui où est la chambre de monsieur Van Brée. LA grand'mère, au pefii rj arçon.

Mon petit ami, ne savez-vous pas où il nous faut aller pour parler à monsieur Van Brée ? Où est monsieur Van Brée ?

LE gamin, tirant la langue et posant les deux index aux côtés de la bouche.

Monsieur Van Brée est dans sa peau, et quand il en sortira il ira mal ! {Il se sauve.)

LA grand'mère, avec désicspoir.

Mon Dieu ! mon Dieu ! quel tas de chenapans ! Annemie, nous n'y arriverons jamais ! ( Paraît un gamin qui saisit son bonnet par une aile et l'arrache à demi de sa tête.) Quels polissons ! Ils finiront par nous arracher les habits du corps... Voulons-nous retourner à la maison?

LA MÈRE

Çà, çà, redressez votre bonnet! Il ressemble à un chat avec lequel auraient joué les gamins de la rue. Et maintenant^ voyons à trouver ces messieurs !

FRANZ, à voix basse.

Voyez, gi-and'nière, veilà un monsieur qui vh^nt; il vous ôte son chapeau ; il ouvre la porte !

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