LA GRAND*MÈRE
Oh! mon Dieu! le voilà parti, et nous n'en savons pas plus.
FRANZ
Mais, grand'mère, il y a quelque chose écrit sur la la porte. Allons voir... (ils vont vers la porte,)
LA MÈRE
Sais-tu lire cela, Franz ?
FRANZ
Oui, maman. (// étudie un instant técrileau et lit) : Chanî...bre... de... la... di...rec...tion !
LA grand' MÈRE.
Que nous sommes bêtes, pourtant ! C'est la chambre de monsieur Van Brée et de monsieur Wabbes... Et quand j'y songe bien, ce jeune monsieur était monsieur Wabbes lui-même. Franz, il faut ôter ta casquette, sais-tu?
FRANZ
Oui, grand'maman.
la grand' mère.
Frappe, Annemie !
LA MÈRE
Mais pouvons-nous frapper ? Voilà une sonnette qui pend au-dessus de la .porte... Sonnons plutôt (Elles cherchent le cordon de sonnette, mais en vain, vu quil se trouve à l'intérieur A
LA GRANd'mÈrE.
C^est drôle, hein? Allons, frappe! {Un élève qui passe, lance, pour mettre les deux femmes dans l'embarras^ un tel coup de pied dans la porte^ que tout le corridor en retentit,)
LA MÈRE, effrayée.
Oh 1 grand 'mère ! voulons-nous nous sauver? Je n'ose rester davantage.
LA GRAND^MERB.
Oui, oui, retournons à la maison.
FRANZ, retenant sa mère.
Oh ! non, n'est-ce pas, bonne maman, ne retournons pas...
UNE VOIX, dans la chambre»
Entrez î
FRANZ
Entendez-vous, maman, on crie que nous devons entrer. {Les deux femmes entrent toutes trembl-antes et s* arrêtent pleines de crainte près de la porte,)
LA grand' ME RE, cn inclinant la tête.
Bonjour, monsieur Van Brée? Bonjour monsieur Wabbes ! Votre servante, messieurs I
M. WAPPERS.
Approchez, la petite mère. Qu'y a-t-i) pour votre service ?
LA GRAND'MèRE.
Monsieur Wabbes, si vous ne le prenez pas mal..; votre domestique ... le barbier . . . et. . .
LA MÈRE, lui donnant un coup de coude. Est-ce que c'est parler, cela ? Ne balbutiez donc pas comme cela !
M. VAN BRÉE
Braves femmes, c'est sans doute pour cet enfant que vous venez...
if. S'NEYERS.
Vous voulez obtenir pour lui une place à l'Académie ? Ne craignez rien! Parlez franchement, et dites ce que vous désirez.
LA grand'mère, avec un sourire reconnaissant. Comme vous êtes bons, messieurs! Oui, monsieur Wabbes, oui, monsieur Van Brée, si vous avez la bonté de permettre à notre Franz {Elle fait avancer l'enfant devant elle) de venir à l'Académie... Vous ne pouvez comprendre combien nous serons contentes !
M. VAN BRÉB.
Quel âge a-t-il, la mère ?
LA MÈRE
Onze ans, monsieur,
M. WAPPERS.
On ne le dirait pas. Voyez-vous, la mère, si je puis
vous doDner un conseil, c'est de le laisser aller à Técole
encore pendant un an ou deux; car ici il n'apprendrait
I rien. 11 est trop petit : il ne pourrait encore atteindre
aux tables...
LA grand' MÈRE, attristée, Ohl monsieur Wabbes!... il a tant de goût pour cela!... Voyez, les larmes lui viennent aux yeux.,.
2i ŒUVRES DE UENRI CONSCIENCE.
Pauvre Franz! [V enfant regarde tour à tour tous les profe'^Heurs d\un œil suppliant; sa physionomie est si expressive et si douce qu^elle produit sur eux une profonde impression.) Et si vous saviez, messieurs, comme il est toujours occupé à dessiner !
LA MÈRE, l'interrompant.
Oui, messieurs, il y est toujours occupé... En mangeant, en buvant, jusque dans son lit, il ne fait rien que des bonshonmies. Toute notre maison en est pleine... Hier soir encore il a fait le portrait de sa grand'mère que voilà.
LA grand'mère.
Oui, messieurs, c'est vrai! [Tous les professeurs témoignent une grande curiosité,)
M SNEYERS.
Il y a peut-être quelque chose dans cet enfant. N'avezvous pas le portrait sur vous, la mère?
LA MÈRE
Oui, la grand'mère Ta dans son sac.
M. WAPPERS.
Laissez-nous voir cela ; donnez !
LA guakd'mère fouille assez longtemps dans son sae.
Seigneur! l'aurais-je perdu? Ah! non, le voici! Voyez, messieurs ! Ce n'est encore qu'un enfant , messieurs. Je ne dis pas que le portrait soit bien fait ; mais il ressemble pourtant un peu. ( Les professeurs se passent le papier de main en, main. Vun se mord les lèvres ^ Vautre feint d'éternuer; mais en voyant la grand*mère qui se place
au milieu de la chambre comme modèle de comparaiton, ils partent enfin d'un long éclat de rire, LA MÈRE, bas à la grand' mère, Grand'mère, ils rient !
LA grand'mère, avec joie.
Laisse-les faire. Plus ils riront,, mieux cela vaudra. Ne vois-tu pas que je le fais pour cela. Franz sera maintenant reçu bien sûr à T Académie.
LA MÈRE, d'un ton de doute.
Je ne le crois pas.
LA grand'mère.
Voyez-vous, messieurs, on ne se fait pas soi-même... Ce n'est pas ma faute si je ne suis pas plus belle. Que peut être une vieille femme ?
M. SCHAEFFELS.
Mais, petite mère, il a sans doute fait de meilleurs dessins que celui-ci? N'en avez-vous pas d'autres sur
vous ?
LA HÈRE
Ouï, monsieur ; il ne voit rien qu'il ne le dessine aussitôt. Voici le tambour-major du 6% qui a des connaissances dans notre voisinage ; il n'avait pas passé trois fois dans notre rue que Franz l'avait couché sur son papier... Montrez-le, grand'mère.
LA grand'mère, passant un morceau de papier à M. Van JBrée.
Voyez, messieurs! Cela ressemble peut-être encore mieux. ( Les professeurs s'efforcent de garder leur sevieux. M. Schaeffels pose sa tête sur la tohle.)
LA grand' MÈRE, cotiUnuant.
Il a aussi rapporté à la maison Téglise de Saint-André, et c'était bien beau , avec toutes les portes et toutes les fenêtres. Je l'ai aussi dans mon sac : la voici, messieurs !
M. VAN BRÉE
On dirait d'une cheminée sur l'église; c'est du nouveau.
LA grand' M ÈRE, avcc ufi visîble mécontentement. Oui, cela est mal. Cela est mal, Franz. Pourquoi as-tu mis une cheminée sur l'église ?
FRANZ
Mais, grand-mère, pour que monsieur le curé fasse cuire son dîner. (Cette réponse provoque de nouveaux rires.)
M. VAN BR^E, à M. Wappers.
Que vous en semble ; admettrons-nous cet enfant à l'Académie ?
M. WAPPERS.
Je crois que ce serait bien ; l'enfant ne manque pas d'esprit. Je suis d'avis qu'on peut en faire quelque chose.