‹ Les veillées flamandesChapitre 8 sur 21 · LE SECRÉTAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES BEAUX- ARTS DE COLOGNE · texte numérisé non relu

LE SECRÉTAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES BEAUX- ARTS DE COLOGNE

— Oh î s'écria une seconde fois Franz, me voilà peintre, grand'mère ! me voilà peintre !

— Oui, mon enfant, répondit la grand'mère avec un

s* OEUVRES DE HENRI CONSCIENCE.

regard plein de fierté, oui; ne te Tai-je pas prédit? Nous voilà si riches que nous ne verrons pas la fin dé notre argent. Laisse-les dire le pauvre artiste /Tvl vois bien que Dieu est bon, pourtant; nous avions trop souffert. Je vais faire une neuvaine de remerciement à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Et maintenant, Franz, mon garçon, faisons joyeux accueil à ce que Dieu nous envoie. Nous pouvons bien nous donner un cruchon de bière d'orge et une livre ou deux de côtelettes de cochon. Faisons bombance ! Le brave facteur en prendra sa part !

Un quart d'heure après on entendait déjà jusque sur le seuil les côtelettes frire dans la poêle, et l'odeur allait comme une messagère porter Theureuse nouvelle dans le voisinage; la bière d'orge remplissait les verres, et le facteur passa gaiement la soirée avec Franz et ses parents.

Le lendemain, on appela deux bons médecins pour le père. Les habits et les médailles hypothéqués furent dégagés et toutes les dettes payées.

De ce moment-là, Franz travailla avec courage et sécurité ; ses tableaux furent vendus avant d'être terminés, et il ne put bientôt plus satisfaire aux commandes des amateurs.

Franz n'habite plus avec ses parents la pauvre maisonnette; ils ont les deux étages rêvés et de belles chambres bien décorées et garnies de beaux meubles. Le père ne travaille plus sur le quai ; il fume sa pipe auprès d'un élégant poêle de Markelbach.

La grand'mère a une servante pour la servir et l'amour

de son cher Franz pour la rendre lieureuse sui* celte terre.

Ici s'achève notre récit ; ajoutons toutefois que nous avons omis, et cela avec intention et pour éviter toute confusion, de dire à nos lecteurs que Franz a eu un petit frère la première année de son admission à T Académie. L'enfant a aujourd'hui dix ou onze ans, et nous fournira peut-être un jour l'occasion d'écrire une nouvelle histoire.

En effet, voisin^ c'est vrai : il arrive fréquemment des choses qui dépassent rintelligence humaine, des événements qui viennent démentir toutes les données de la science, et nous font rêver malgré nous d'esprits invisibles et d'une puissance mystérieuse et inconnue. A ce sujet, je veux vous raconter un fait dont j'ai été témoin oculaire , et qui a fait sur mon imagination une impression ineffaçable.

En Tannée 1834, demeurait à Borgerhout* une orpheline âgée d'environ dix-huit ans, du nom de Thérèse. Elle était d'un caractère doux et paisible, gagnait son pain quotidien par des travaux de couture et habitait seule une chambre louée. Ses traits délicats portaient

Page 1