‹ Les Vendéens dans la Sarthe (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · CHAPITRE .IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE .IV

Westermann avait porte les premiers coups aux Vendécos le 22 au matin ; ce fui lui encore qui le premier les extermina sur la route de Lavai. Toujours infatigable, toujours à Favantgarde, il se lança sans prendre haleine li leur poursuile, afin de ne pas leur dODiier le temps de se reformer, ni de sorcmellre de la confusion et du désordre qui avaient fait leur malheur. Dès la matinée du il quitta Le Mans avdC ses chasseurs et ceux de Decaen (arrivé dans la nuit de Parigné), avec son artillerie volante, suivi de près aussi par rinfantcric légère de Dclaage. Rapide conniie la foudre, il ne tarda pas à atteindre les derniers fuyards, jonchant les chemins de victimes, engraissant les sillons de cadavres sans nombre. Il a rendu compte lui-même de sa course effrénée :

a Sans m'arrêter un instant dans la ville, je sui« vis renncrni sur la route de Laval, où à chaque pas des centaines et des milliers de brii^ands trouvèrent la mort. Ils se dispersèrent dans les bois, abandonnant Tannée ; les citoyens des environs les traquèrent et les ramenèrent par douzaine. Tous furent taillés en pièces, je les serrai de si près que les princesses et les marquises abandonnoienl leurs voilures et barbolloient dans la crotte, les canouniers leurs canons, et les charretiers leurs caissons et équipages. C'est sur des monceav^iù de

cadavres que leUau soir je suis arrivé à Laval avec ma cavalerie et mon artillerie. L'ennemi

avoil [)assé et (jiiilté celte ville a\cc précipitation el dans le plus grand désordre, au point que les femmes désarmèrent les traincurs. Je suis Tennerai à Craon, de là à Saint-Marc ; chaque pas^ chaque (ermCf chaque maison devinrent le lambeau Wun gra^id nombre de brigands (1). »

Comme il Tindique, le démon des Bleus n'avait pas attendu son infanterie qu'il avait laissée derrière lui, {)our ne pas attarder sa marclie haletante et laisser aux débris des Vendéens en fuite le temps de se rallier.

Il dit lui-même dans sa lettre à Couthon, « en ré* l)onse à de misérables calomniateurs,)) que voulant profiter pleinement de sa vicloire, « il ne s'est pas amusé à ramasser les armes des ])rif:rands, à foui! 1er les forêts, les rivières, les villages pour donner le temps à 1 ennemi de se reconnaître et de se radier, qu'il a ordonné aux municipalités d'en faire la recherche et de traquer, avec de petits détachements qu'il laissoit dans les i)rincipaux passades, les brigands dispersés et égarés dans les Tjois. Cette précaution a tolalement purgé les campagnes; les brigands ne trouvèrent pour asile que la mort de toutes paris*.. Le général en chef et les représentants suivoient à petites journées... un décret ordonnoit aux municipalités voisines d'enlever les morts et de ramasser les armes f^^i. »

Les soldats se contentaient de dépouiller les cadavres, que les officiers municipaux faisaient enlever tant bien que mal, de peur de la contagion.

Dans quelques communes situées sur la route de Laval, on a conservé des preuves écrites des

(1) Campagne de westermann, p. 32.

(3) Wesiermann à Couthon^ p. 9 et 3.

DANS LA SARTRE

cSi^penses qui furent faites pour ces inhumations. C'est ainsi qa*à Sainl-Denis-d'Orques, où il y eut tant de victimes, on voit un citoyen réclamer « douze livres pour avoir inhumé les brigands (six journées, à quarante sols par jour) : un autre, quatre livres pour deux journées, qu'il a faites à enterrer les corps des brigands tombés sous le feu de nos soldats, p

Wertermann, dans les dernières lignes fjiron vient délire, se justifiait d'avoir laissé aux municipalités les fusils des royalistes. Qui eut jamais pu croire que le boucher des Vendéens, moins de deux mois après sa victoire, dut en être réduit à présenter son apologie !

Marceau, dans son rapport du 2rî, avait rendu pleine jusiîce au succès et à Timpétuosité du vainqueur de ChàtiUon et du Hans.

a Nos^soldats poursuivirent Tennemi sur la roule avec un si grand acharnement, que bientôt ce ne fut plus quelques fuyards, mais toute Tarrièregarde qu'ils atteignirent.

« Je venais de donner ordre à Wertermann de monter à cheval avec toute sa cavalerie : la promptitude avec laquelle il exécuta cet ordre ne laissa pas à Tennemi le temps d'aller bien loin ; il le joignit et le chargeant avec intrépidité, il jeta parmi les Vendéens une terreur si forte, qu'ils ne songèrent plus à lui opposer aucune résistance. L'infanlerie légère suivait de près la cavalerie. Quelque harassées que fussent nos troupes, elles firent encore huit lieues à la poursuite de Fennemi. Sept pièces de canon cl iieuf caissons restèrent en notre pouvoir. Les paysims du pays n ont fait aucune grâce aux iuyards qui se sont écartés de la route (1). »

[1} Savary.t. il, p. 431«

LES VE?iDËfifiS

Le 23 au soir, Westermann, dit Sa?ary, couchait à Sainte-Suzanne, à plus de douze lieues du Mans, à gauche de la route de Laval ; il avait écrit à

Marcoau qu'il ne demandait que des vivres et quatre cents bons cavaliers, pour achever d'exterminer toute cette horde de brigands, espérant terminer la guerre dans trois jours (1).

Les autres généraux ne nous ont pas laissé, comme Westermann, le récit de leur raarehe vers

Laval.

Rien de Decaen, rien de Delaage, si ce n'est la lettre qu'on trouve dans Grille et qu'on regrette de ne pouvoir dire authentique (^). Rien des généraux de divisions de Tilly et de &léber, peu on point de renseignements de la part de Savary. Celui qui donne les détails les plus circonstanciés, c'est encore le commissaire du département de Maine-et-Loire, Hcnaben.

Parti le 24 du Mans, à onze heures du matin, avec les bataillons de Carpentier, Tex-prétre saumurois, sous les drapeaux duquel étaient venus se ranger un grand nombre de l u yards qui l'avaient abandonné la veille (3), Benaben a peint eu traits inelïaçablcs, ainsi qu'on l'a vu déjà, le tableau de cette funèbre déroute : « Toute la route, dit-il, jusqu'il cinq ou six lieues de Laval,

(1) Lettre de iieuaben, daas Savary» t. Il, p. 440; Grille, t. lU, p. 300

(2) Grille, t. III. p. 3G8 Celte IcUro fait une éloquente descriplion du massncre, <le la déroute des fayards coupés, écrasés par la cavalerie et rartillerie, quand ils voiilaîent se ralîifT, de la cliasse des |)aysans, de la déconfiture des prêtres, etc. Voir aussi dans Grille Tanecdote de mademoiselle de Ménars, sauvée par Delaage, p. 372.

(3) Mullcr étant resté an Mans» Carpentier se trouvait pour ainsi dire divisioniiiiire.

DANS U SARTHE

étoil couverte de cadavres des brigands... Les paysans de ces contrées avoient fait une baUue générale dans les bois et les fermes, et en avoient plus inassacré que nous n'eu avions tué nousmêmes. J'en aperçus sur le bord du chemin à côté du prieuré de Chassillé, qui est à cinq ou six lieues du Mans, une centaine qui éioienl tout nuds et entassés les uns sur les au 1res à peu près comme des cochons qu'on auroit voulu saler. » Il raconte qu'il ceucba à Chassilié avec tout Tétat-major, qu'on leur amena douze enfants dont le plus âgé n'avait pas dix ans. Carpenlier renvoya a la municipalité ces petits brigands orphelins, mourant de froid et de faim. « Nous enimeuions avec nous les hommes et les femmes suspects, mais malheur à ceux qui ne pouvoieut pas marcher, ils éloient aussitôt fusillés. » Benabeo donne ensuite des détails reproduits par Savary et de Beaucbamp sur les grandes dames, mendiant des soldats un regard de protection, et sur Thumanité des grenadiers d'Aunis et d'Armagnac, généreux vainqueurs, pleins d'égards pour leurs prisonnières, et qui surent les respecter dans leur infortune, sans se prévaloir du droit de conquête. « Les Vendéens, dit-il, éloient tellement exténués par la faim et la maladie, que les femmes de Laval en désarmèrent cinq cents (1). »

Cet exploit des femmes 'de Laval fut célébré

(1) Rapport, p. 81 et sniv. Beiiaben, on le voit, sait rendre un juste hommage aux soldaLs qui iie tiésliuiioièieut pas leur victoire par le meurtre ou la débauche, ce qui donne encore plus de valeur à ses assertions, il doit ^e Uoraper eu disant qu'il arriva à Laval avec le corps de Carpenlier le 35 frimaire, à huit heures du matin, précédé seulement de Westermaiiu. H a voulu dire le 26, puisqu'il écrit lui-même qu il mit deux jours k se rendre à Laval.

dans tous les écrits du temps: voici l'éloge qui en fut fait dans le Rapport présenté à la Saciélé populaire régénérée de Laval ^ en présence de

Lnignelot et Dubois Crancé^ le 10 prairial an li (p. 20) : « Les brigands éloienl dans une déroule si complète que les citoyennes, surmontant leur timidité ordinaire, en désarmèrent beaucoup et leur enlevèrent plusieurs voitures ricbement chargées. Républicaines de Laval, on vante à Juste liue les Angevines qui, pcudant le siège de leur ville, portèrent des rafraîchissements k leurs défenseurs ! Que ne dira-t-on point de vous, pour avoir arraché à des brigands forcenés des fusils qui appartenoient à la République. • En désarmant les Vendéens à demi morts^ venus du Mans d'une haleine, les viragos de Laval prirent la place de leurs maris, dont une partie s'était encore repliée à rapproche de l'ennemi, qui, pour la troisième fois, reparaissait dans une ville où les victimes de sou premier passage avaient dû soulever contre lui bien dos liaincs. Les administrateurs, qui n'avaient devancé que de deux jours les Vendéens, étaient partis à la hâte pour Vitré avec Esnue Lavallée, et se rendirent à la Guerçhe, croyant que Tennemi se porterait sur Rennes; mais ils apprirent qu'il se dirigeait sur Pouancé. Us donnèrent alors réveil à Ancenis, avertirent d'un côté Carrier à Nantes, et de Tauli e Rossignol, et tout en fuyant contribuèrent à la ruine des Vendéens (1).

Benaben» Wesiermann et Marceau sont d'accord

(1) Rapport à ia Société papulmTê^ ut supra. Sur les femmes de Laval, voir encore la lettre des représentants du peuple aa Comité de salut public, du 35, et Grille, p. 364. Je considère comme apocryphes les lettres de Solllliac et de Segretaio, p. 367, 375. *

DANS LA SâRTHE. 'iOo

pour parler de la citasse^ de la battue générale faiie par les paysans, afin d'achever l*œuvre d'extermiDation des soldats. Les proclamations de Garnior de Saintes, antérieures à la prise du Mans, la peinture qu'on leur avait faite des Vendéens comme de véritables brigands, les excitations des volontaires laissas en détachement, mirent les armes dans les mains des habitants des campagnes, et, la convoitise aidant, leur fireot trop souvent oublier toute humanité (1). Fusils, fourches, bâtons, Taux, tout fut bon pour tuer, assommer, faucher les Vendéens. Les soldats, restés dans 1rs villages, immolaient ceux que les habitants plus humains n'avaient fait qu'arrêter: ils ne se pressnient pas de regagner leur corps. Le 29, on a vu qu'il restait à Goulans des soldats du bataillon d'Aunis, et le i^^ nivôse on envoyait encore un détachement de cent hommes à Brûlon (2). Pour pouvoir raconter toutes les tueries qui eurent lieu dans les bois de Panneiières, à Degré, â Amné, La Milesse, Domfront, Coulans, Longne,Cbassillé, etc., les sombres histoires de fusillades, de poignets coupés, de fuyards tratlreusemeut attirés dans les maisons

(1) La chasse faite par les habitants des campagnes est an'térieure à la proclamation de Garnier de Saintes, du 25 fii-

maire, qui ne fut connue que postérieurement. Des communes s'en vantent miMne; un agent national d*Qn district de la

Sarllie, voisin d Aicnço», dit aux municipalités : « Vous n'avez pas aiiciulu Tordre pour faire la chasse aux bri{?ands. *

(2) Les états des perles, dressés par les communes de la roule de Lava!, donnent aussi quelques détails sur les passages des armées de Alayencc et de Sepher, le xJf), à Gliassillé. A Longne, on constate la présence des soldats, le 2;i au soir, et le tapage qu'ils lont dans les auberges dans la nuit, vers <lix \\ onze heures. Ces mentions peuvent servir à dater Iç passage des diliéreuts co;ps.

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