‹ Les Vendéens dans la Sarthe (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · L£S VENDÉENS · texte numérisé non relu

L£S VENDÉENS

et massacrés, découverts dans les pailles des granges et percés de coups de baïonnettes, il faudrait prendre ie bâton du voyageur, faire appel à ia mémoire de quelques rares vieillards, et réveiller

des souvenirs que plus d'une famille est iieureuse de voir laisser dormir et s'en aller dans roubii. Théodore l*errin,du reste, s'est chargé, il y a pius dequaraute ans déjà, de recueillir un certain nombre de ces souvenirs et les a relatés dans son livre <!)* Je préfère révéler plus loin les actes d'humanité des particuliers eL des municipalités i\ue j'ai pu rencontrer. Un trouvera plus baségalenient des lettres du temps ou desdocumenls, qui parlent du sort des prisonniers à Conlie, Sablé, Lavardio, Brùlon, La Fiéche. "

Ce n'est pas, en effet, aux communes voisines de la route d'Alençon et de Laval que se borna rimmolalion des Vendéens. Les fuyards s'étaient dispersés dans toutes les directions, pensant échapper plus facilement aux balles et à la mitraille, aux sabres des hussards et des chasseurs à cheval de la légion des Francs, en s'éloignant de la grande route de Laval. Si la plus grande partie s était dirigée, par erreur, sur la route d'Alençon, un bon nombre s'était dérobe par la gauche du chemin de Laval, croyant par Sablé pouvoir éviter les Bleus, regagner Chàteau-Gontier et de là les rives de la Loire. Vain espoir, qui ne devait servir qu à faire tomber plus facilement les Vendéens égaillés^

(1) Les Martyrs du Maine, t. I, p. 303-324; II, p. 39^2. On y trouvera des renseij^noinents sur les massacres de Borna?, La Quinte, ^îilessc, Aii;iié, La Bazogc, Rouiiion, Doniîront, Amné, Craiines, Lh l^)ntaiiie-S.iinl-Marl{n, Sainl-Denis-d'Orques, Sablé, Loué, etc Th. Perriu parle de ciaq cents victimes daus celte deruière couimuiie.

BÂf^S LA SÀRTUË.

SOUS les eoups de quelques soldats improvisés ei acharnés à leur perte (1) !

Le nombre des victimes fut immense, ce qui

explii|ue combien est petit celui des lénioias royalistes (ini onl raconté la lugubre déroule.

Tout le monde connaît le récit vraiment épique de Madame de La Rochejaqucleia, qui survivra à travers les siècles, comme celui que Xénophon a tracé d'une retraite plus heureuse. On peut lire les quelques lignes que Madame de Bonchamps (Marie- Henée-Maiguerile do Scépeaux), alors âgée de vingt-six ans, a consacrées à peindre « Phorreur, le désordre d'une déroute complète, » son épuisement et celui de ses frères d'armes. Succombant à la fatigue au point de ne pouvoir tenir la bride de sa monture, la jeune veuve qui avait un instant égaré son petit Uernienée, allait tomber entre les mains des Bleus, tirant à mitraille sur les fugilifs, quand elle fut sauvée par le dévouement d'un soldat de Bonchamps qui vint l'arracher à la mort. Elle survécut pour aller de ferme en ferme, déguisée en paysanne, demandant son pain ; enlm, plus heureuse que bien d'autres, elle put sortir vivante des prisons de Nantes, et trouver dans la reconnaissance d'Haudandine envers son mari, une voie de salut bien rare à cette époque et dans cette ville, théâtre des fureurs de Carrier (2).

(1) Sur la chasse dans les campagnes, voir l'£«^«f7/*, M.Crélineau-Joly, t. I, p. 394 et suiv ; doin Pioliii, l'Église du Mans durant la lièvolution^ t. II, p. 497-50G. Peui-ètre irouverail-on quelques renseignements dans les Archives municipales de ehaque commune. Sur le sort des prisonniers qui, par Sablé, voulurent gagner TAnjou el Cliâteauneuft voir M. Godard-* Faultrier, le Champ des martyrs, p. 80.

(â) Mémoires de Madame de Bonchampi, p. 03; Vie de Bon- Ciumps.pw Cbauveau, 1817, iii-8»,p. 244; M. Alfred Lallié,/a Grande Armée vendéenne et les prisonniers de saint-FlorenU

â06 LfiS VENDÉENS

Renée Bordereau et Françoise Desprès n'ooi presque rien dit sur leur propre sort (1 )« Ace

moment où il nV a plus d'armée, il ne peut être question que de souvenirs individuels, et non pas de tableau d'ensemble.

Un officier républicain, qui avait séjourné dans les rangs des Vendéens, d'Obenhetm, a raconté quelques particularités de sa fuite. Parti un des derniers du Mans, il n'avait pas tarde à être arrêté par les grenadiers de Canuel :

<( Retombé, dit-il (2), entre les mains des Républicains, après une fuite de quelques heures, j'ailois être fusillé à Silié-le-Guiliaume, lorsqu'un ordre survint au détachement de grenadiers, qui en étoit chargé, de me conduire à Laval pour être jeté avec une pierre au cou dans la Mayenne, après que j'aurois été quesiioiinô par le général républicain Canuel, sur ce quavoient pu devenir les restes de Vannée vendéenne. Arrivé à cette destination, on reçut Tordre de me conduire à Graon, oii le quartier général se rendoit. Là, les prétendus représentants du peuple Bourboite :3) et Prieur de la Marne me firent transférer à Chàteaubriaat, pour y être jugé par une commission militaire que présidoit un digne agent de Carrier, le noyeur de Nantes, n

D*Obenheim raconte qu'il dut son salut au gêné* ral de division Dembarrére, un de ses anciens camarades du génie. Dembarrére, du reste, comme les Klcber, les Marceau, comme Buquet Tatné,

(l) Voir dans les Mémoires de madame de Sapmaud, p. 100, ce qui se rapporte au sort de M. de Béjarry, aux enTîrons de La Flècbe et de Sal>ié*

(S] Mémoire concernant des faits pardcuiiers à l'auteur, p. 4.

(8) Lisez plutôt : furreau.

DANS LA SARTHB. 207

ebef d'état-major de Kléber, comme le général

d'artillerie de Billy qui devait mourir à ïéna (1), n'appartenaii pas au clan des généraux massacreurs tels que Westermann, Muller, Amry, Legros et Huché. Il fut heureux de sauver un officier distingué, et le garda avec son état-major à Cbftteanbriant. D'Obenheim put se soustraire à la mort en se donnant comme prisonnier des Vendéens, échappé à la laveur de la déroute du Jîans. — « Je frémis encore, dit-il, (]uaiid je pense aux atrocités dont je fus témoin ou qui se passèrent autour de moi, depuis mon arrivée à Stllé jusqu'à mon départ de Châtcaubriant {^). »

Uiilard de Vaux, tjui ne suivit pas rannée vendéenne au delà do la Mayenne, son pays, a aussi apporté son contingent de témoignages:

tt Après la déroute du Mans, ne pouvant plier ma pauvre téte à consentir que mon corps s'ensevelît vivant, je me relirai dans un moulin des environs d'Evron. Chaque jour on prenoit et on fusilloil dos malheureux Vendéens (la plupart malades ou blessés) dans ce canton (3). »

Ailleurs il a donné plus de détails sur la mort de ses compagnons d'armes, soit aux environs d'Evron, soit aux portes de Mayenne. Il parle notamment d'une soixantaine de prisouniers, de tout sexe, malades ou blessés, à moitié morts,

(1) Sur ces derniers, voir Robert, une Année de la vie mi~ lilane de Marceau, p« 21 et 83.

(2) Voir aussi Savary, t. H, p. 430. D'Obenhcim prtUend que des espions répabJicaîDS l'avalent reconna au milieu des Vendéens au Mans. — Je ne parle pas de la lettre du 14 décembre, attribuée par Grille à Solilliac. J'ai déjk dit que cette lettre était apocryphe et fabriquée par Giille, t. III,

(3) Mémoires, in-8^ 1832, l. I, p. M,

LBS VBNDÉEffS

exécutés sur la route de Laval à Mayenne, tombant sous un feu de peloton, et enterrés dans un

fossé, morts et vifs (4).

Tous les témoins, en un mot, sont d'accord pour faire rcssoriir le caractère navrant de cette affreuse déroute, qui coûta aux royalistes 15,000 victimes environ, c'est-à-dire tout ce qui u*avail pu suivre le gros de l'armée, les infirmes, les malades, les blessés, les êtres faibles, épuisés, à bout de forces, les gens sans ressources qui n'avaient pu se procurer de chevaux déjà bien rares pour traîner rartillerie sur les chemins défoncés, les égarés qui s'étaient trompés de chemin, ceux qui avaient été coupés ou s'étaient écartés pour .trouver un abri dans la campagne, enfin << les désespérés qui, lassés d'une fuite inutile, attendaient la mort comme un bienfait. » Des communes perdirent, dii-on, jusqu'au dernier de leurs habitants. Ce fut le vrai coup de massue qui écrasa la Vendée, désormais agonisante jusqu^à Savenay.

Chateaubriand a répandu les flcui s de son élo- (jucnce sur cette agonie des anciens soidais de Cathelineau et de Lesciire: «La victoire, dit-il, échapi)aiL aux Machabées, et le moment du sacrifice était venu. Ce n'étaient plus des soldats, mais des martyrs ; des prêtres portaient des malades sur leurs épaules. Des jeunes filles, des femmes, des enfants, des vieillards expiraient dans les fossés et sur les chemins. »

Toute 1 arrière-garde, en un mot, y passa, si on

U) Bréviaire du vendéen, U l, p. 160, 160, 198, Il cite aussi deox religieuses mortes fouettées. Théodore Pemu parle i*es mêmes victimes quM n'évalue qu'à quarante, p. 32S, t> ies MariffTs du Hahte, Voir aussi p. 821,

IIAFIS LA SARTHE. 209

peul appliquer ce mot» qui semble encore indiquer une armée, à ces hordes expirantes (1).

Pour sauver les débris qui lui restaient, La Rochejaquclein, sans presque laisser prendre de repos aux fuyards et aussi sans pouvoir attendre les attardés, dut s'empresser d arracber à Lavai ceux qu'il n'espérait sauver qu*en leur donnant des ailes. Les Vendéens étaient venus du Mans en vingt-quatre lu urcs, par un temps affreux, par des chemins inabordables; grâce à des efforts surhumains, ils avaient fait vingt lieues dans une marche de jour et de nuit (2). 11 leur fallait, pour échapper à la poursuite de Westermann, conti* nuer de courir sans cesse, condamnés à marcher toujours cL à s enfuir sans repos et quasi sans espoir. Arrivé à Laval le 23 au soir, La Rochejaquelein donna, le 24 au matin, avant le jour, le signal du départ vers la Loire, qu on espérait pouvoir être le salut, eu la passant à gué comme en octobre, et d'où les Vendéens pourraient du moins revoir une dernière fois la patrie avant de succomber (3). ♦iuelques-uns, comme dit le liapportà la Société populaire de Laval^ ne

(l) Quelques auteurs de Mémoires et des liistoriens portent jttsqu*à dix-huit et vingt mille le vide fait dans Témigratioa vcndéenDe par la déroute du Mans.

(3i Marceau écrivait deCraon le frimnire au ministre: «Ta auras une idée de la frafeur des Yendéi;ns, quand tu sauras qu'ils ont mis moins d'un jour à se rendre du Mans il Laval, d*où ils sont partis en désordre. Westermann, qui les suit toujours , leur a pris quatre pièces de canon et trois caissons. Quoique nous fassions des marches forcées, ils ont gagné sur nous près de deux jours. » Savary» t. II» p. 444.

(3) UéUsl beaucoup ne devaient revoir la Loîre que pour uller s*y engloutir» et bien peu devaient retrouver des forces» comme Antée» en touchant du pied le sol natal.

s'arrêtèrent môme pas dans la ville. L'armée était réduite au vingtième de son effectif, lors de son premier passap^e, d'après Billard de Vaux.

Laval vit arriver dans ses murs, le 21 au soir, Weslermann, suivant les Vendéens à la piste a comme une ombre à sa proie attachée. »

Marceau, qui avait passé au bourg de Vaiges la nuit du 24 au 25, entrait lui-même dans cette ville le 2o au soir. Arrivèrent aussi dans la soirée les trois représentants du peuple qui, aussitôt, à dix heures du soir, firent une proclamation pour appeler les campagnes à exterminer les brigands.

Proclamalion du 25 frimaire des Représentants BûurboUej Turreau el Prieur (1).

Aux admmistrateurs et aux citoyens des départements de VOuesL

Ci Les brigands se sont présentés devant Angers el un gra »d nombre y ont trouvé la mort. Ils ont osé disputer rentrée de la commune du Mans aux troupes républicaines, rien n'a résisté au courage de nos braves soldats, et les rues, les routes et les campagnes voisines sont jonchées de cadavres de brierands. Les caissons, les munitions et un grand nombre de canons sont en notre pouvoir. En un mot, Tarmée des brigands est en fuite, en déroute, nos soldats les ^poursuivent. Pour échapper à leurs coups, ils se jettent par bandes dans les campagnes, où ils continuent k exercer leurs

(1) Archives de Laval ; Extraits, dans le Kapport de Bents et de Francasîel à la Convention, p. 88; Bulletin de la Canven-^ tion. Il fut imprimé ^ Laval cinq mille exemplaires de cette proclamation» en placard, sur une feuille couronne fine, cliez Doriot, pour SOO livres.

DÀ^S LA SARTHE

brigandages. Leurs chefs perfides vont chercher à soustraire par la fuite leurs ifncs coupables à la vengeance nalionale. Secondez nos efforis, achevez avec nous la destruction de ces scélérats. Levez-vous pour garder vos foyers, vos femmes, vos enfants et vos propriétés. Saisissez vos amies, prenez vos piques, vos faux, vos fourches, vos leviers. Qu'an môme instant le tocsin retentisse dans toutes vos communes: qu'il sonne la dernière heure des brigands et qu'il ne s'arrête que lorsqu'il n'en existera plus. »

Cette proclamation fut suivie d'une lettre écrite également le 25, à dix heures du soir, par les trois conventionnels, à radi cs:>e du comité de salut public, pour lui rendre compte des suites de la victoire du Mans.

Ëtle fui lue et applaudie à ia Convention dans la séance du 28, insérée dans le supplément du Bulletin de la Convention dudit jour, et reproduite avec des variantes ou abrégée dans les journaux (lu temps (1). Je regrette de ne pouvoir la reproduire dans toute son intégrité.

<c Depuis notre dernière lettre, les troupes républicaines réunies n'ont cessé de poursuivre les rebelles. Nous avons trouvé, sur les chemins qu'ils ont suivis, les traces de la déroute la plus complète. Les cadavres se présentoieut à chaque pas.

« Des caissons, des femmes, des enfants arrêtés, saisis partout, prouvoient que le centre de l'armée ' avoit été enlamé. Nous avons aussi rencontré les habitants des campagnes, armés de fusils, de four-

(1) Voir BulHin de la Convention, du 28; Balavc, du îO; Courrier républicain , ir» 50 ; journal des hommes libres. Journal de France, Monileur, elc^ M. Duchalcllicr, t. 111, p. etc.

ches, de faux, donnant la chasse aux brigands et

les exterminant de tous côtés.

« Tous les soldats sont auiniés du désir de les exterminer et marchent aux crisde: aux brigands ! Les brigands ont quitté Laval dès hier soir. La cavalerie les poursuit et l armée marcbe demain sur eux. La perle quMIs ont faite depuis Le Mans csL incalculable. L'armée déCle dans cet instant dans les rues de Laval.

« Nos soldais manquent de souliers, ils marchent pieds nus dans la boue'; leur marcbe n'en est cependant pas interrompue ; leur courage les met au-dessus de tous les obstacles. Parmi les bar taillons qui se sont distingués au Mans, nous avons oublié de vous parler du premier et du second bafaillon de Paris, levés lors de la révolte du Calvados (1).

« Nous venons de faire une proclamation pour faire lever les habitants des campagnes. Nous avons envoyé des courriers avant-hier partout pour instruire nos collègues de la déroute des i3rigands.

« Nous n'avons pu faire de proclamation au Mans, faute d'imprimeur, mais nous avons envoyé cent hommes et cinquante chevaux du pays dans toutes les campagnes. — Nous aurions une foule de belles actions à vous raconter : un sergent du premier bataillon des chasseurs, dans une lutte corps h corps, a renversé d'un coup de sabre un chef portant la croix de Saint-Louis ; un gendarme, âgé de cinquante ans, blessé à la jambe, combattoit encore.

(l) C'était eux qu'on appelait dans Tannée ief héros des cinq cents livres, ^ Après Savenay, ils écrivent : « Le 6« ba* taîllon des volontaires de TAnbe» les 6* et 3l« résiments cidevant d^AoniSy ont conservé ta répataUon qu^ils s'étaient acquise an Mans. >

DANS LA aARXUli;.

« On nous annonce la mort de plusieurs chefs des brigands. Scépeaux, Tun d'eux, s'est, ditron, brûlé la cervelle. Nous vous envoyons un reliquaire (1) en forme de médaillon, contenant force ossements, marque distinclive des chefs, et arraché à Tun d'eux. Ils ont pris la route do Candè et de Joissé, ils font tout leur possible pour rejoindre la colonne de Charette. Les femmes de Laval, dont les maris avoient fui pour n^étre pas forcés de se joindre à eux, ont desarmé quatre mille cin(î cents de ces scélérats. » •

a Du 2G au malin : Westermann écrit de Craon, le ^ : Bientôt la lin du monde. Le nombre des morts d'hier et de ce matin est inexprimable. L'ennemi est parti de Craon hier k minuit : je marche à sa poursuite. Les deux coups de feu que j'ai reçus me kml grand mal, je crains fort que la fali^^^ue augmente le mal ; je n'en peux plus, il n'y a que le désir de vaincre qui me soutienne. »

Francastel écrivait d'Angers, le même jour, & la

Convention, que le retour des brigands, dans la* Mayenne, Tavait déterminé à faire fortifier les murs de la ville, du côté que les ennemis pouvaient venir... a On s'occupe à renforcer les points

(l) On se rappelle le premier envoi de reliques mentionné dans leur lettre du 53. Après Savenay, les mêmes représentants parleront encore rte caliees pris. La Convention recevait parfois des envois de ce genre. Le 25 brumairi\ Laij^^nelot et Lequinio envoyaient de Rochetort h la Convention un ballot de lettres de prôlrise, une marmite à bom dieux. < Une députalion de l'île d'Aix a chargé pour vous un ballot renfermant toutes les boîtes h bon dieu de l'île, des ('tuis îi praisse, en un mol, les gobelets et les j^ibecicres de leurs défunts charlatans religieux. » Les conventionnels annonçaient le dépùt II la monnaie de la Rochelle de toutes ces « niaiseries. » {Archives 4e rhôiei Soubise^ cb, ii, p. 99*)

214 LfiS VËlMDÉEfîS

faibles. Les habitants sont bien mtentioim^; il serait à désirer que rennemi fit une nouvelle tentative au pied des remparts d'Angers, ils seraient vivement repousses... » Il annonçait que Von ne perdait î)as de vue la Loire... « Si les brigands la passent, ce ne sera que dans la barque à Caron(i). »

Les représentants ne firent qu'un eourt séjour dans la Mayenne et suivirent l'armée, sauf Bourbotte, qui, le bras las a force de se battre, et tombant crépuisement, resta malade à Laval. Ses deux col lècf lies écrivaient au lendemain de Savenay, le 3 nivôse :

« Nous regrettons bien que notre brave collègue Bourbotte n'ait pas été témoin des succ^s de nos années dans ces dernières journées ; épuisé par les fatigues d^une campagne qu'il fait depuis huit mois, il est resté malade à Lavai {^). »

Ses deux collègues, avec l'armée, couraient à la poursuite des Vendéens qui avaient hâte de se rapprocher de la Loîre,

Le gros des fuyards s'était dirigé par Craon, Pouancéet Candé, vers le fleuve; d'autres avaient pris par Châleau-Gontier, le Lion et Segré. M. de

(1) N" 456 du Jflunmi des Débats, Bulletin de la Convention, s(^ance du 29 IrinKiije, Courrier républicain, mSO; jÉ^nrnal de France, rlu 1^9 frimaire, etc. Francastel annonçait aussi ramvée à An-ers dn général Turreau,ct disait avoir reça une lettre (les représentants des armées de TOuest. Est-ce celle qu'on trouve dans Grille, p. 298? La leUrc qaeOrilIe fait de nouveau écrire a Francastel de Laval par Turreaa et Prieur le 25 frimaire, à dix heures du soir fp. 313), est-elle ellemême authentique? Elle semble D'être qu'une paraphrase de la lettre au Comité.

(2) Cela suffit pour prouver la fabrication de la prétendue lettre du i«r nivôse, écrite de Châteaobriaut par Bourbotte à Francastel (Grille, t. UI, p. 390).

DAMS LA SARTHE.

Scépeaux s'était jeté dans le Craonnais ; lesGbouans avaient quitté leurs frères d'armes à Laval, pour se tapir dans la forôl du Pertre, qui prit le nom de Petite-Vendée, et où le prince de Talmont, mécontent» devait Jjientot venir chercher un asile.

La masse atteignait Craon dès le 34, Pouancé le i9j Ancenis le 26 frimaire, toujours décimée par Westermann et par les habitants, a Nous apprenons que le tocsin a sonné dans les campagnes, et que les paysans de ces contrées exterminent les brigands de tous côtés, » écriront bientôt Prieur et Turreau (1).

Pendant que do Laval ces conventionnels provoquaient le massacre des Vendéens dans les campagnes (2), Garniér de .Saintes faisait de même à Alençon, et organisait Textermination des bandes encore errantes dans le Maine.

Je dois meLlre en relief tout spécialement la conduite de ce représentant, envoyé en mission dans le département et de qui devait dépendre le sort des prisonniers dans la Sarthe.

Réfugié à Alençon, avec la petite armée de Chabot qu'il avait ralliée auprès de lui, il adressait à la Convention, le la nouvelle de la prise du Mans, dans la lettre suivante, dont Foriginal existe

(1) Voir encore la ietire écrite, le 29, de Châteaubriant h îa Convemion par ces deux représentants : < La victoire du Mans est complète» et les l^rigands ne 8ont plus, etc., > et Savary, t. Il, p. 444.

(â) On sait peu de choses sur le sort des prisonniers 2k Laval avant le fonctionnement des commissions militaires. Voir Théodore Pcrrin, t. I, p. 304, 320; t. II, p. 225; dom Piolin, l'ÈgiiH du MaM durant la Hévalution, t. 11, p. 503 e(. 8uiv., ete«

aux Archives k Paris, et qui, bien que reprodiûie dans les journaux du temps, n'en est pas moins restée inédite.

Alençotif 24 frimaire, Van II de la Répui/lique^

une et indivUible.

« La ville du Mans, citoyens collègues, n'a pas .été longleuips au pouvoir des brigands; dos braves républicains! du nombre desquels étoit l'armée de Mayence, qui s*est glorieusement battue dans les plaines de Dol, les ont chassés le 2i après un combat opiniâtre et sanglant.

« Leur artillerie a été presque loute enlevée et în terreur poursuit tellement ces dévols sanguinaires» que dans vingt-quatre heures ils ont fait une fugue jusqu'à Laval.

<x Nous avons fait avertir toutes les communes environnantes de courir ibiir les fuyards, et de tous les côtés elles les arrêtent ou les lusillenl; celle de Conlie en a arrôté pour sa part soixantedouze et leur procès ne^era pas long.

(( Rossignol (!) poursuit les brigands avec une rapidité qui ne leur laissera Tespoirnidese rallier, ni de se grossir.

« Ils conservent encore une sorte d audace féroce au milieu de leur défaite; mais si on ne les abandonne plus et que surtout, sans cesse harcelés par nos troupes» ils ne puissent gagner le temps de se répandre dans les campagnes et de s'y approvisionner^ la famine achèvera de détruire en peu ce qui aura échappe au Icr des Républicains.

c( Salut et fraternité^

a Garnier db Saintes. »

» P.-S. Je reçois dans ce moment une lettre de Beauiriont, par laquelle on me marque que La

DANS U SARTHË*

Kochejaquelein ei un de ses aides de camp out été tués par Weslermann (1).

Les journaux paraphrasaient parfois d'une façon fort libre ces lettres des représentants,

ainsi qu'on en jui^^^jra pur i cxlrail suivant iiré du journaUa Montcujne, du iO frimaire.

« Carnicr écrit d'Alençon, ie24,que les brigands ont été plus vite chassés du Mans qu'ils n'y étaient entrés* Nos braves Bépublicains leur ont donné une telle chasse, qu'ils n*ont fait qu'une promenade dMci Laval. La poursuite a éiù Ircs-iiiciviic ; car ces fanati ;ues s'occupaient à installer ponlificalemeiit un évêque in pariibus dans le temple de la Aaibon, lorsque nos sans-^ulottcs, sans chasu* ble ni surplis, sont venus prendre part à la cérémonie.

« Beaucoup ont été arrêtés, un plus grand nombre a été fusillé. Les ordres de les poursuivre sont donnés à toutes les communes voisines*

« Aristide Valcoua* ))

Malgré celle Uuire, Garnier, toujours pusillanime, n'était pas exenipt de frayeurs. Les fuyards vendéens étaient tellement éparpillés (ju'on ne savait au juste quelle direction ils allaient suivre. L'avocat sainiongeois, apprenant que quel-> ques bandes se dirigeaient sur Mayenne, fut pris de peur, surtout quand il sut que l'armée du Nord qu il attendait impatiemment avait été dirigée par Thirion sur un autre point. Il écrivit au comité de saiui pubiic :

a Nous ne pouvons concevoir par quelle fatalité cinq mille hommes qui dévoient arriver dans

(1) JoUiml dt'x Ueùais, Courrier répulfUcOitt, Jaiitual Uea hommes iibres, du ^7 frimaire, etc.

LES VËNDÉËUNS

celle ville oui reçu l'ordre tie se rendre à Charlrcs. Celle mésiolelligence rend la vie à rennemi auquel nous allions porter le$ derniers coups. Il fait des marches forcées, déjà il esl à Mayenne,

eldans une journée il peut être à Alençon ; si on avoil laissé pîirlir les dix mille hommes pour celte ville, les bri^^ands se seroienl trouvés entre deux feux. »

C'était là une crainte vaine de la part de -Garnier, qui tremblait de voir se renouveler sa mésaven* ture du 94 vendémiaire, à Ghfttillon, où ses passeports et sa commission avaient été pris par les Vendéens, H n'y eut à se diriger sur Mayenne que quelques malheureux fuyards, qui furent fusillés pour la plupart.

Tranquillisé sur le sort d'Alençon, le Conventionnel put dès lors prendre en toute sûreté les mesures les [)lus terribles, pour iraquei et exterminer les derniers débris des Royalistes restés dans la Sarlhe. Il lança contre eux, le 25, cet arrêt de mort, par lequel il appelait tous les habitants à faire la chasse à ThammCj et travestissait en crime la pitié :

Proclamation du citoyen Garnier de Saintes.

rcprcscnlant du peuple^ à toutes les conununes delà Sarlhe^ de VOrne et de la Mayenne cl autres lieux oii les brigands se dispersent el s'étendent.

« Citoyens,

a Les armées triomphantes de la République viennent de remporter une victoire signalée sous les murs du Mans, contre les rebelles de la Vendée. Celte horde dispersée peut se rallier encore

et désoler de nouveau votre territoire. Si vous aimez votre patrie, hâtez-vous d'exterminer les

DANS LA SAHTHË

débris de ces brigands assassins; levez-vous, foncez sur eux avec toules les armes dont vous

pouvez vous munir ; que le mouvemcnl soil subil et rindignation générale : encore un effort et la terre de la liberté est purgée de tous ces monstres qui 1 infestent.

<c Art. — Il est enjoint à toutes les municipalités d'appeler aux armes les citoyens, pour courir sur les brigands dispersés, qui se répandent dans les campagnes et les ravagent.

a Art. 2. — Les communes qui refuseroient de déférer à cet appel seront regardées comme en état de rébellion et traitées comme telles.

« Art. 3. — Les citoyens qui auront retiré chez eux quelques-uns de ces brigands ou favorisé leur évasion, de quelque manière (jue ce soit, seront traduits li la diligence des officiers municipaux, qui en dovienncnl responsables, devant la commission révolutionnaire la plus procliaine, pour y être jugés comme complices des rebelles.

« Art. 4. — Les officiers municipaux imprimeront, de commune en commune, le mouvement général d'insurrection contre les brigands, et dans celles où il se trtfuve des bois il s'y fera des battues pour y poursuivre, tant de jour que de nuit, les brigands qui s'y seroient réfugiés.

a Art. 5. — Les officiers municipaux veilleront également a ce que toutes les subsistances soient dérobées aux recherches des rebelles, et s'ils se réunissoient en trop grand nombre pour que la paroisse pût leur résister, il est enjoint à ces mêmes officiers municipaux denvoyer sur-lechamp des émissaires secrets dans les communes environnantes pour faire sonner le tocsin, les réunir et venir munis de toutes armes au secours de la commune attaquée.

<c Art. 6. — Celles des communes qui, dirigées par cet amour sacré de la patrie qui enllamme

LES VëISDëë^S

les vrais républicains, auront donaé rexêmple de ce mouvement salutaire, auront bien mérité de la liépublique.

« Art. 7. — La présente proclamaLion sera envoyée par des courriers exlraordinnircs aux dcparlcmcnts de la Sarlhe el de la Mayenne, et de la môme manière, de la pan de ceux-ci, aux districts environoant le tlié&tre de la guerre. Les districts, sans perte de temps, la feront distribuer dans les communes par la voie des bons citoyens qui seroîU appelés poui se charger de cette honorable commission.

<c Ils enverront en outre des commissaires dans les autres districts hors du territoire de la Mayenne et de la Sarthe, qui avoisinerolent le pays occupé par les brigands, pour les inviter a la môme mesure.

« A Alençon, le 25 frimaire, l'an second de la République.

ccGarnier de Saintes. »

A Alençon môme, Garnier de Saintes avait dès lors sous la main un certain nombre de prisonniers hommes et femmes, qui avaient été épargn és par les municipalités. Qu'allait-il ordonnera leur égard?

Allait-il, comme le 15 frimaire, comprendre les femmes elles-mêmes dans ses ordres de mort (i)?

(1) Une omission typog^raphiquc m'a fait omettre parmi ces SL'pt iL'iiuiies condamnées au Mans, le 17 frimaire, par la Coininission militaire de Sablé, la femme Jeanne Soulart, de ia Yerrie. î.eiîrs noms, je Tai dit, sont souvent si détigarés que celle-ci même se trouve inscrite sous le nom de Bott- Jard sur les registres de Tétai civil. Il fut enterré au graad cimetière, avec les douze victimes du 17 frimaire, « un individu donl le nom n'est pus connu, de la commune de Cliâlillon, C\ç^6 d'environ quinze ans. j> C'était, sans doute, an des Ycndéeus qui était mort d'épuisement. V. tome l*', p. 279,

Ces Yendéens faisaient partie du nombre considérable de fuyards qui avaient pris par erreur le

chemin de Laval. Faits prisonniers dans leur course errante, en cherchant à se rabattre sur la route d'Àlençon, ils n'avaient un moment échappé au massacre que pour succomber sous le coup de l'extermmation judiciaire, ordonnée indistincte* ment contre eux par Garnier de Saintes.

Le !25, le proconsul écrivait au tribunal criminel de l'Orne que les prisonniers devaient être immolés dans les vingt-quatre heures !

<( Il arrive à tout moment, citoyens, des prisonniers de Tarmée des rebelles. D'après la loi, îls doivent subir la peine de mort, puisqu'ils ont porté les armes cootre la République, leur patrie. 11 ne s'agit à leur égard que d'appliquer la loi, sans formalité de procédure. Vous voudrez donc bien juger dans les vingt-quatre heures ceux qui vous seront présentés, et les faire exécuter sur-lechamp« La patrie réclame un grand exemple et le salut public le commande. Si vous pouviez penser n'avoir pas de pouvoirs assez étendus, je vous les accorde par ces pressentes. Prononcez, et prononcez promptement. Uue le peuple sache qu'on le venge et que nous voulons tous ie triomphe de la liberté.

« Salut et traternilé,

n Garnier de Saintes.»

Cette lettre, digne des membres les plus fameux des commissions révolutionnaires, digne de Le Carpentier disant : « A quoi bon ces lenteurs 2 le ' nom, la professioni la culbute et voilà le procès terminé ; ^ cette lettre terrible vit, hélas ! exé-

m VËMDÉËKS

culées toutes ses cruelles et sommaires prescrip* lions.

M. do Beaurepaire, Thistorien de lei Justice révolutionnaire dans VOme^ a fait connaître la servile

complaisance des membres du tribunal, dont Gamicr se déclarait coiUuat dès le leudemaiu eu leur écrivant:

«Je ne puis qu'être saiisfait, citoyens, du zèle constant qae vous apporlez à juger les prisonniers qui sont traduits devant vous. Cette continuité de travail est pénible et doit lasser les hommes les plus laborieux; heureusement queraïuour de la patrie souUent les forces de ceux qui en défendent la cause...

a le dois vous dire cependant que je viens de vous soulager dans le fardeau de vos fonctions ;

car j'ai formé ce malin même une commission provisoire révolutionnaire dans la ville de Laval, pour juger tous les rebelles qui seront saisis dans l'étendue de ce département. »

Rien ne fut épargné, pas même les femmes. Le 36 frimaire, le tribunal prononçait, en deux séances, cinquante-deux condamnations à mort, autant le 28, seize le 30 frimaire. Ces cent vingt condamnés furent fusillés. Garnier de Saintes avait écrit de sa main :

« L'accusateur public fera prévenir le général pour rexëcution des mesures. »

L'âge des victimes varie de soixante et onze à . seize ans. Seuls, les prisonniers âgés de moins de seize furent envoyés dans une maison de détention ; sept femmes, condamnées en outre le 30 frimaire, périrent sous ic couteau de la guillotine (t). Parmi

(1) Huit avaient été condamnées; mais Tune d'elles s*étant déclarée enceinte, fut épargnée. Une autre prisonnière snceomba d'épuisement en prisoa* Voir M. de Bçaarepair^, ic

elles se trouvaient Madame de Latousche, et Hademotselle Lucas, deux sœurs arrêtées, dit Billard de Vaux, aux environs de Beaumonl, et dont le sort et la lettre touchante tirèrent des larmes de bien des yeux.

Garnier de Saintes, on le voit bien clairement, n*avait pas plus excepté les femmes de la mort à Alençon qu'a La Flèche. C*est un point qu^on ne saurait trop faire ressortir, afin de mettre en relief l'humanité et le courage du tribunal criminel du Mans, qui ne condamna aucune femme, sut résister à toutes les clameurs et arracher en&a la grâce des prisonnières au représentant.

Le 29 frimaire, dans une longue lettre à la Convention, le proconsul avait épanché la joie que lui causaient ces assassinats judiciaires, et le grand nombre de victimes qui jonchaient les chemins depuis la déroute du Mans :

(( Le succès de la journée du Mans est tel, citoyens collègues, qu'avec les dix mille hommes qui nous arrivent aujourd'hui du Nord, nous avons tout lieu d'espérer que dans quinze jours nous serons entièrement débarrassés de celte horde exécrable de brigands. Notre victoire leur coûte au moins dix-huit mille hommes ; car, dans quatorze lieues de chemin, il ne se trouve pas une toise où il n'y ait un cadavre étendu.

c< On nous amène ici des prisonniers par trentaine. Dans quatre heures, on les juge ; la quatrième on les fusille, dans la crainte que ces pesti-

Trib anal criminel de l'Orne, p. 88-115, 11-M50; M. Berriat- Saint'Prix, la justice révolutionnaire en France; Billard de Vaux, Bréviaire du Vendéen, t. f, p. 151; Patu de Saint-Vincent, Voyage pittoresque dans les comtés du Perche et â'A- Unçon, p. lûé; M. de la Sicotière, l'Orne wchèolo^ue^ etc.

Digilizeu by VoOOgle

334 LES VBfiDÉENS

féréSt trop accumulés dans la ville, n'y laissent le germe de leur maladie épidémique.

«J'ai chargé mon collègue Bissy, qui \ua rendu d'imporlaiits services, d'clablir à Laval une romniission révolutionnaire provisoire, où tous les brigands pris dans le département de la Mayenoe seroieut jugés.

« J*ai pris un arrêté pour faire lever toutes les campagnes dans lesquelles tous ces coquins se disséminent et commettent toute sorte de brigandaf^es. Je l'ai envoyé par des courriers extraordinaires* 11 produit un excellent efiet. On les chasse comme des bêtes fauves et le nombre de ceux qu'on tue équivaut à ceux qu'on fait prisonniers.

« Dans le second avantage que nous avons eu vers Craon, nous leur avons pris le reste de leurs canons, et si nous avons une fois écbarpé leur cavalerie, ce qui ne tardera pas, le reste tombera bientôt sous les coups de la vengeance nationale.

«Bourbottc ni a fait demander deux mille paires de souliers ; j'ai fait mcUre sur-le-champ en réquisition tous ceux de la ville, et j'espère les lui fournir aujourd'hui. Je vais en faire autant dans les autres districts, car je présume que nos braves volontaires du Nord auront les mêmes besoins.

« Garnier bë Sauntes (1). »

Ainsi Garnier étendait à trois départements sa

sollicitude et ses vengeances sanguinaires sur les débris des Vendéens.

Il déléguait ses pouvoirs à Bissy pour Timmola-

(1) BiUletin de la Convention, séance da 3 nivôse ; Moniteur, etc.; Rapport de Bent% et Franeastei^ p. 34; M. Dachatelliert t. 111, p. 818, ete.

DANS LA SARTRE.

tîon des survivants des bandes rovalîsles. Bîssv

était arrivé dans le déparlemenl de la Mayenne, au temps même de renvahissement ; h ce moment \\ h Sillé, se dirigeant sur Mayenne. Il s'ctail rendu dans son pays sans mission officieUe, mais pour ranimer le courage des habitants, suspecté par la Convention.

Lors du troisième passage des Vendéens, revenu à Laval, il s'y rencoriira avec son collègue Bourhotte, resté malade en celle ville ; ils organisèrent, à eux deux, les mesures d extermination.

Esnue-Lavallée, honteux de la fuite qu'il avait prise, pour la troisième fois, après son retour d'Angers, n*avait pas reparu à Laval et était resté à Rennes où il se consolait de ses fuites avec le sans-culotte Rossignol.

Ne croyant pas sans doute avoir les pouvoirs suffisants pour cr^er une commission miliiaire, les deux représentants qui se trouvaient à Laval en dehors de leur mission, avaient appelé le 28, dans cette ville, la deuxième commission militaire d'Angers qui, comme nous le verrons, donnait alors ses soins au Mans, qu'elle s'empressa de quitter pour venir faire de la besogne dans la Mayenne.

Arriva tardivement à Laval la lettre de Garnier de Saintes, qui déléguait t Bissy une partie de ses pouvoirs afin de créer une commission spéciale pour la Mayenne. Cette délégation n'était pas

ré^^ulicre. Le Comité de salut public écrivait le 15 janvier, a Garnier : « Le Comité a appris avec étonnemenl que lu aies délégué tes pouvoirs à un de tes collègues, ce qui répugne à tous les principes (1). ^ La délégation faite à Bissy n'en produisit pas moins son effet, et le 2 nivôse

(1) Savary, t. III, p. 120.

(33 décembre), Bourboite et son collègue, représentants du peuple dans le département de la Mayenne et près des armées de TOuest, établis-

saienl la commission révolutionnaire provisoire de la Mayenne, qui devait faire couler tant de ruisseaux de sang. Scuicmcnt, comme la deuxième commission militaire d'Angers, la commission Proust, était arrivée du Mans, suivant les ordres qu'elle avait reçus, et qu'il aurait été par trop cruel de Tavoir inulilemeni dérangée et de la laisser sans occupation, on envoya la commission militaire do la Mayenne fonctionner à Mayenne, et l'on retint à Laval la deuxième commission d'Angers, qui se mil aussitôt à Tœuvre ; de sorte que ce département se trouva abondamment pourvu d'instruments de ta justice révolutionnaire, pour expédier plus vile les prisonniers.

Plus voisin du département de la Sarthe, Garnier de Saintes n^avait pas besoin d'y déléguer ses pouvoirs à un collègue. Au lieu de s'y transporter, il prenait, le 27 Trîmaire, l'arrêté suivant :

Commission nationale des départements de la Sarthe, Orne et Mayenne.

« Nous, représentant du peuple,

« Instruit que les brij^ands ont Irouvc des protecteurs et des amis dans la ville du Mans, qu'on présume que, dans ce monienl, il se trouve des habitants assez traîtres pour leur donner un asyle et les soustraire à la vengeance nationale ;

« Arrêtons qu1l sera fait des visites domiciliaires chez tous les individus suspectés d'avoir favorisé les rebelles et de leur donner une retraite dans leurs maisons. Les brij^aiids (|ui seront découverts et les propriétaires qui les auront recélés chez eux,

seront traduits devant la commission militaire,

pour être juges comme rebelles eL complices (1).

« Toutes les mesures de sûreté seront prises par les autorités constituées du Mans, pour qu'aucuns brigands ne puissent échapper aux recherches qui seront faites contre eux ; les mômes autorités constituées travailleront à recueillir tous les renseignements qui pourront leur faire connaitre quels sont ceux de la ville qui ont favorisé les rebelles et qui, par leur conduite et leurs propos, seront justement présumés cire leurs partisans. Ils seront sur-le-champ arrêtés et traduits à la commission militaire. »

Avec cet arrêté inquisitorial, Garnier envoyait aux administrateurs la lettre suivante :

« Je vous fais passer, citoyens, un arrêté auquel il importe de donner la [)lus prompte et la plus surveillante exécution. Votre patriotisme m'assure que vous ne négligerez aucun moyen qui puisse mettre à découvert les ennemis de la liberté.

ce Vous en garderez les dispositions secrêles» car la publicité vous (croit manquer votre coup.

« Je joins au paquet un autre arrêté, relatif aux détenus, dont vous voudrez bien également suivre l'exécution.

a Garnikr de Saintes. »

(1) Plos t^ird il disait ^ la Convention, en répondant à Lecointre : « Lecointre aceasetoas les représentans, quand les brigands de la Vendée menaçoient de s'étendre dans les départemens envîronnans. Mes collègnes et moi aurions-nous sauvé la patrie de cette déplorable invasion, si noos n*avions ouvert les cacbots pour 7 mettre ceux qui nous eussent livrés }à ces brigands ? » Les crimes de &ept membres des anciens comités, par Laurent Lecointre, p. 71.

Cet arrêté était ainsi conçu :

«Nous, représentant du peuple,

n Prévenu que, lors du passage des brigands, les dctoiuis, dans les maisons d*arrôt de La Flèche et du Mans, avoient été mis en liberté; que, suivant le rapport général, plusieurs de ces détenus s'éioient réunis aux rei)e1Ies ; que parmi ceux de la ville du Mans, plusieurs avoient également échappé à la surveillance de ceux qui lesconduisoicnt; nous arrêtons les dispositions suivantes:

Page 1