‹ Les Vendéens dans la Sarthe (volume 2)Chapitre 9 sur 17 · LES VE^DÉE^S · texte numérisé non relu

LES VE^DÉE^S

Anne Maîinge âgée de

Jeanne Babin —

Françoise Roug^irot —

Marîe-MaroEnrielte Déguerrei. ^

Charlotte Menerot —

Victoire Josrillon —

Rose Roy —

Claire Couson —

Jeanne Mercier —

Marie Bonoi —

18 ans.

«La Commission révolutionnaire requiert la municipalité de tenir en prison les dénommées cidessus et de voilier à leur entretien, ainsi qu'à tout ce que peut exiger l'humanité.

« Au Mans, ce 25 frimaire, Tan II» de la République française une et indivisible.

« Yaldampierre, secrétaire. GoNCHON,pr^6id^n^,»

On peut dire de cette Commission ce que M. Berriat-Saint-Prix, rhistorien de la Justice révolntionnaire en France^ a dit de la Commission Félix, que ses débuts, comme ceux de Néron, furent modér és, presque humains. Lorsqu'on lit l'ordre de Goiiclion de veillera Fentretien des prisonnières, ainsi qu'à tout ce que peut exiger l'humanité, on comprend mieux comment ce vieillard pût dénoncer, dans une lettre communiquée à ses collègues et adressée à Couthon, les scènes d'horreur dont il fut témoin à Nantes, comment il put nioui ir le 17 pluviôse du saisiss(mient que lui causèrent les menaces furieuses de Carrier, irrité de ce que la Commission militaire refusait de livrer à ses sicaires, pour les noyades, les prisonniers détenus à r£ntrepôt. Mais cet autographe soulève d'autres pensées douloureuses : j'ai cherché les noms de ces Vendéennes sur les listes oriiciellcb

Diyiiizeo by

DANS LA SAUTii£.

des prisonnières, qui furent dressées vers ventôse an 11, et je n*ai trouvé que huit d'entre elles survivantes : les deux Soulet, les deux Beinneton^ Jeanne Babin et Victoire JomV/on (i), Jeanne Pacquiet,

Anne Lambert. Qu'étaient devenues alors les vingt autres? Auraient-elles par hasard toutes succombé avant celte époque à la contagion, à l'air délétère des prisons ? £iles, toutes jeunes et dans la force de Fàge ; je ne veux pas déclarer que ce soit impossible, mais c'est peu probable. Et alors, en son-^eaiii an nombre de ces femmes, au jour du:2o,et à une autre circonstance qui, à mes yeux, a une valeur accablante, je me prends à songer au massacre des femmes de la place des Jacobins, lel qu'il est raconté par Renouard. Pourquoi ce souvenir terrible me poursuit-ii ? Ah ! je vais vous

(1) Il est fort difficile, je dois le dire, de constater Tidentité drs prisonnières dénommres dans cette liste, pour deux raisons, la première, parce que les noms sont écorchés par Gonchon, la seconde, parce que les prisonnières se sont toutes nijeuiiies plus tard. Après l'arrèlé de Garnier de Saintes qui permettait la sortie provisoire de prison de celles qui avaient 1111)111.% de dix-liuit ans, touies s'cflurcèrciil alurs, autant que iiossibks de ne pas dépasser cc[ ft^e. Ainsi, les Soulet n'ont plus (}ue dix-sept et dix-huit ans Jeanne Babin, (lix-sept, les ndnnetoHj seize et d:x .NO| t ans, etc. Je rrois, en ciïet, que ces deux jeunes lilies doivent être les iîU'rat»s que Rose et Véronique Rennetot, deux sœurs, des Aubiers. — Vintoire Josiillon me semble ne faire qu'un avec Victoire Jouiïrion, âjçée de quatoi ze ans et demi, el appartenant a une des familles les plus cunaues de la Vendée, dont je parlerai loi L^ucmenl. Marie B(»tin, de vingt-deux ans, ne peut être ident.lice avec une lilie Bétin de treize ans. On peut aussi rapprocher les noms de Louise Putesuut et de Louise PaijssHau, vin;;t-quatre ans, de Pélapfie Raugein et de Pélajîio Kangeard, s'wv^i ans, de Glaire Couson et de CLiire Coussault, dix-sept ans et demi, de Jeanne et de Mmie M«rcier, seize ans.

192 LES YE.NDÉEiNS

le dire. C'est que Tordre auto;^Tapho de r.onclion, ce n'est pas dans les archives de la MunicipaUlé que je l'ai rencontré, ce n'est pas non pins dans les archives du tribunal crimioel du Mans où sont les dossiers des Vendéennes, ce n'est pas dans les registres d'écrous des prisons ; non, je, Tal trouvé dans les archives du tribunal révolu-' tionnaire de Paris, au nombre des pièces qui lurent saisies chez un ancien membre de la Commission mililairc de Sablé, au moment où il fut traduit devant te redoutable tribunal; et cet homme, son nom se trouve accolé à celui du maire dans les souvenirs néfastes qu'ont laisses ces lugubres journées. 11 n'était membre, ni delà municipalité, ni du tribunal criminel. Comment et pourquoi la pièce humaùie de Gonchon se trouvaitelle enfouie dans ses papiers? Je laisse chacun deviner cette énigme, dont certaines solutions m'effrayent, et je me contente de la signaler comme la rencontre la plus inattendue peut-être de ces études.

Le 25, dans la matinée, la Commission militaire du Mans quittait la ville et se transportait à Laval ; le 36, elle y condamnait à mort un militaire et un marchand de toiles.

Comment expliquer ce petit nombre de condamnations judiciaires au Mans et cà Laval, si ce n'est par le nombre immense des fusillades sans jugement qui avaient, liélas, abrégé d'une façon si sanglante et si sommaire, Toeuvre des juges, surtout lorsqu'on les rapproche des centaines de victimes qu'allait, huit jours plus tard, condamner ce môme tribunal?

Cette ('.ommission ambulante du Mans, qui se signala bientôt à Savenay, au château d'Aux, à Nantes, par des hécatombes de prisonniers, (?st la justice révolutionnaire qui a fait le plus de victimes pendant la Terreur. Elle en a plus tué que le

DANS LÀ SAUTHE.

tribunal révolutionnaire do Paris (1). .^1. Bcrriat- Saint-Prix, le L^uide (^jligé en cette matière, a compté deux mille neuf cent dix-neuf do ces vicUmes, consignées sur ses registres encore existants au greffe du tribunal de Nantes. Jadis, on ne lui en attribuait que deux mille huit cent quatrevingt-seize. Des historiens, trompés par ce nom de Commission du Mans, qu'elle conserva jusqu'à la fin, ont cru que c'était dans notre ville seule qu'elle avait accompli son œuvre de destruction. Ah ! disons-iebien vite» cette assertion est. Dieu . merci, contraire à la vérité : notre Maine, qui a déjàeu tropdc victimes, n'a vu ni tomber aulant de têtes, ni couler tant de ruisseaux de sang (â).

Si la Commission militaire créée le 24 frimaire a laissé un vestige trop fameux du passage au Mans des représentants Turreau, Bour-

botte et Prieur de la Marne, on rcgrclle au contraire de trouver trop peu de (races de Toeuvre bienfaisante, accomplie par radministralion provisoire qui,dans ces jours lugubres, suppléa à Tabsence des autorités. Sans les intéressants renseignements de V Enquête et de Chesneau-Desportes, on eût peut-être ignoré jusqu'à Texistence de ces administrateurs, dont les noms oubliés mériteraient d'être écrits en leiires d'or dans les fastes de la

(1) Elle coiuîaranc à Savciiay deux cent quatre-vingt-huit prisonniers lesuirmêmeduconiljat,six cent soixaiîtoei) tout en trois jours,et kNautes,en treize journées quinze centsoixantetreize hommes et cent six femmes, sans un seul acquiltement.

(?) L'erreur de ces historiens avait été tout d'abord reproduite dans le tome II, p. 497, de VEglisr du Mans, durant la Révolution, [*ar D. Piolin, qui, dans son tome lU, p. 160 et suivantes, a inséré liltéralement une partie des pap^es que nous avons déjà consacrées à étudier la justice révolutionnaire dans le jyiaine.

LES VEiNDÉEiNS

commune du Mans. Ce comité provisoire se créa de lui-môme, ainsi que le disent formellement VEnquête el Chesneau-Dcsportes; il ne fut nullement établi par les représentants du peuple. Les membres se réunirent d'après leur seule initiative, ne consnitani que U s iiilèrôts de la ville et leur dévouement, sans songer à l'énormité de la tâche qu'ils assumaienl.

La ville était menacée de la peste, de la famine, du pillage : les cadavres et les immondices, qui remplissaient les rues, Favaient transformée en un vaste cimetière et en foyer de contagion.

Il n'y avait de paîn à donner ni aux habitants, ni aux soldais, (iiii faute de vivres menaçaient de piller. 11 n'y avait ni chevaux, ni voitureî^, ni quasi de bras pour déblayer la ville. Tout cela n effraya pas le dévouement de quelques citoyens à qui rimmensilé du péril donna même du courage, et dont Hntrépide charité (le mot tfe^t pas déplacé) fut à la hauteur de leur tache.

On sait déjà à l'aide de quelle ingénieuse ^^énérosité la ville fut sauvée du pillage des soldats affamés. Rétablir un peu d'ordre, enterrer les morts, panser les blessés, les placer à l'hospice à Tessé, nettoyer les rues el les places, telle fut encore la mission dont s'acquitta cette municipalité improvisée. Elle invita les citoyens à concourir à l'œuvre du salut commun. Tous s'y prêtèrent; àTaidede leur concours et des charrettes, bœufs et chevaux requis dans la campagne, on put, les 24, 25 et 26, enterrer dans de grandes fosses creusées h la hftte, au haut des Jacobins, les cadavres dont la décomposition menaçait de mort les vivants. Do la sorte, une i)ropreté relative r^^c^na promptement dans la ville et lui ôta son apparence de vaste charnier.

Que n'avons-nous le compte rendu que présen*tèrent de leurs opérations ces dévoués citoyens, au retour des anciens administrateurs ! Nous saurions au moins leurs noms, dont je regrette vivement -

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UA^t> LA SARTHE.

de ne pouvoir cîlcr qu un bien i)eUl nombre. Avec H. Chesneau-Desportes» les seuls membres dont on ait conservé Icv souvenir, sont sans doute MM. L^Héritier et Chardon, qui très-probablement

faisaient partie de ce comité provisoire. Après eux, plus rien de connu. Je n'ai pu moi-même exhunier que deux noms : ceux de Denis et Chasscvent. Le 5 ventôse, le conseil général de la commune du Mans, vu la pétition des citoyens Denis et Chassevent, tendant à obtenir le remboursement des frais qu ils ont été obligés de faire, comme membres de la municipalité provisoire, pour enterrer les cadavres après l'expulsion des brigands, décida qu'il serait alloué à titre d'indemnité trois livres à chacun. Heureusement, ils étaient payés par la reconnaissance de leurs concitoyens ! Les autorités du Mans seules n'en eurent pas pour' ces hommes dévoués (l). La municipalité traita « dVistocrales » c( .s généreux citoyens qui avaient pris la place que leur fuite rendait vacante, pourvu à Fapprovisionnement de l'armée (2), et refusé

(1) Le 15 llorcal, un boucher demniula k la Coramune le prix d'un bœuf que la municipalité provisoire, en date du 25 frimaire, lui avait donné l'ordre de tuer pour les troupes. Il fut renvoyé à se pourvoir devant i'étapier et le commissaire des {guerres. A pari ces renseignements et ceux contcnns dans les lettres du temps qu'on a pu lire, je ne -^onnais qu'un billet informe du mhstitnt provisoire, sl^iiù Dureau,^/« 23 frimaire, aiîrcssé ;i Coiineiré, faisant part de la victoire de l'armée de Meilienve et invitant les comiiiuiies à partager leurs subsistances avec Le .Mans : « Dans ce nionunt pressant, dil-i>, vous devez sentir que nous devons venir au secours de nos libérateurs pour subsîanter. i>

(2) Voir plus bas une leUre de i'ailmiinstialcur du déisaricment, Barré, du 27 /"/'//yK/Z/r, parlant delà dépêche de la municipalité annonçant que Irs arislocrafcfi.qm Tavaienl provisoirement remplacée, avaieui pourvu a rapprovibioiincment de rarmée.

dexécuter rarrôlc des représentants du peuple ordonnant de mettre en arrestaiion les administrateurs, coupables d'avoir abandonné leur poste. Aristocrates, ils i étaient sans doute « puisqu'un grand nombre d'entre eux avaient dû être choisis parmi les suspects sortis de prison* les seuls dloyens (|ui, pour ainsi dire, fussent restés en ville; niais on ne demande pas au dévouement quelle cocarde il porte. [Is avaient sauvé la ville, cela devait sullirc pour leur valoir Testinic de tous. Et en tout cas, ce n'est pas sur les lèvres de rancienne municipalité qui, plus que personne, leur devait de la reconnaissance, qu'on eût dû trouver cette épilhète, souillée par la basse jalousie et par la rancune dos partis (i).

Avant de voir cette municipalité à rœuvre, au retour de sa fuite, quittons un instant Le Mans pour retrouver les Vendéens qui fuient devant Westermann les poursuivant sans relâche, et achevons de décrire la fu nélji o déroute au sortir du Mans, sur la route de Lavai.

(1] Voir aussi U napport des administrateurs du départe-

ment de la Sai the, du 57, dont la fin semble ôtre une apologie. Les iiiiiipnts, les soupçon?, les efforts de ranslocratic et de la malveillance, la calomnie dont parle Roustel, semblent s'adresser à radministration provisoire aiiisi que ces lignes : < Malveillants, amis des brigands, vils calomniateurs qui n*avez cessé, par vos propos séditieux , de chercher à décrier des administrateurs fidèles, vous vouliez leur arracher la coiiliaiice, les rendre odieux et profiler d'un moment de confusion et de désordre pour les faire déchirer pnr les propres mains de leurs concitoyens égares. Mnis vous voilà confondus Tremblez, scéléralsjlc jour des ven-

geances nationales est arrivé ! 1 »

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