ART
« Dès le lendemain du délay expiré, leurs biens, à la diligence du procureur-syndic, quelque part
qu'ils soient situés, seront séquestrés et mis sous la main de la nation, ot losdils procureurs-syndics nous instruiront de leur diligence à cet égard.
KiAlençon^ ce 27 frimaire»
c( Garniër dë Saintes.»
Les mesures de Garnier étaienl ainsi organisées de tous les côtés avec une ardeur impitoyable. Enfin, arrivait aussi dans sa ville une armée, pour contribuer à l'extermination de la Vendée. L'armée du Nord, depuis si longtemps attendue, et que la Convention avait appelée à rentière destruction des brigands, séjournait à Alençon, le 30 frimaire.
Les retards et les contremarches de ces troupes avaient été mis sur le compte de Thirion par un des membres du Comité de salut public, Couthon, à la tribune de la Convention, le 26 frimaire.
Couthon, dans celte séance, d'après une lettre de Garnier de Saintes, reçue dans la nuit et peu charitable pour son prédécesseur dans le proconsulat de la Sarthe, accusa Thirion de ne pas avoir fait marcher en avant les dix mille hommes de larmée du Nord, ce qui eût permis de prendre les rebelles entre deux ffeux. Cette armée divisée en deux colonnes, se trouvant Tune à Rouen,rautro à Vemeuil, avait reçu Tordre de se réunir à Dreux, pour se porter parioul où la marche des Vendéens Texigerait. Au lieu de cela, cinq mille hommes avaient été dinc^és du côté de Chartres qui n'était pas menacé, et le reste immobilisé à Dreux. Cou thon voulut justifier le Comité, rejeta tous les torts sur Thirion « qui lui paraissait ne pas avoir assez de connaissances dans l'art militaire. »
Merlin de Thioin ille avait pris la défense de sou collègue, ancien professeur de rhétorique à Metz, d'un tempérament peu politique et tout à fait dépourvu de perspicacité militaire. 11 avait obtenu qu'on suspendit tout blâme à son égard, avant de bien connaître les laits.
Le nivôse, Thirion, rappelé sans avoir été frappé d'improbalion, vint h la tribune présenter son apologie et réclamer contre la dénonciation et la -difliimation dont il avait été victime. (Un lui
L£S V£]XDÉ£r«S
avait reproché même d'être un ancien prôtre!)Il prétendit avoir exécuté les ordres du ministre en couvrant le département d'Eure-et-Loir et Char* très, le grenier d'abondance de Paris. Dès qu'il avait appris la déroute des Vendéens an Mans, il avait aussitôt écrit à la première colonne de De pas rejoindre la seconde à Chartres, et de Tattcndre au contraire à Dreux. La question se réduisait à savoir s*il avait bien ou mal interprété les instructions du Comité.
Charllcr déclara que Thirion avait toujours été digne de Toslime de ses collègues, et la Convention passa à Tordre du jour sur la motion de i ancien proconsul de la Sarthe, demandant de décréter quUl n*avait pas cessé de mériter ia confiance de l'Assemblée (1).
Avant cette mise en scène de tribune, l'armée du Nord (Mait enfin arrivée, mais un ficu tard, à Alençon. Le 30 frimaire, Garnier de Saintes rendait compte de sa joie à la Convention nationale:
« L armée du Nord, citoyens collègues, est arrivée hier dans la commune d'AIençon: nous Tarons passée aujourd'hui en revue, mon collègue et moi; nous lui avons lu votre décret en date du 25 de ce mois et la proclamation du Comité de salut public. Quelques réflexions, que l'amour de ia patrie nous suggéroit, ont ému l'âme de ces braves Républicains. Des cris longtemps prolongés de : Vive la népublique et la Convention nationale ont retenti longtemps dans les airs. L^enthousiasme de la bravoure leur a fait oublier les fatigues de vingt-cinq jours de marche
(I) Journal des Deba/s, n»» 154 et 459; Moniteur, Jour^ nal de France; Vie et Correspondance de Merlin de Thionville, Correspondance, p. 82. Voir aussi, sar Tlurîon, Danicm, les Brigands dAmasqiiés^ p. 218.
DANS LÀ SARItiE. 231 -
forcée et ils se délassoient défilant à chanter rbymne de la liberté. Ces intrépides soldats sont \ la plupart sans souliers ; ils nous en ont demandé
et nous n'entendions pas de sang -froid les réclamalions des défenseurs de la pairie. « Eh bien! disoient ))lusieurs d'entre eux, si lu ne peux pas nous en donner, ce n'est pas la faute de la Convention nationale, nous marcherons nu-pieds» et nous ne nous en battrons pas avec moins de cou* rage. »
« Il faut vous le dire, citoyens collèi^ues, il est peu de crimes doni les suites aient été plus funestes à la liberté que ceux de la conjuration des fournisseurs contre Tannée; j'ai vu des souliers livrés à Caen, qui n'ont pu conduire des volontaires à Alençon, et lorsque j'en ai fait rexamen, j'ai trouvé de Técorce d'arbre placée entre la semelle, qui n'étoit cousue qu'avec un fil brûlé et qui déchiroit en touchant le cuir. Ce qu'il y a de plus affligeant dans ces déiils, c'est que la difficulté de découvrir les coupables les rend presque impunis.
a Décrétez-le donc, citoyeas collègues, que chaque cordonnier sera tenu d'appliquer son nom et celui de sa commune sur Tinlérieur du quartier du soulier. Celle précaution assurant la connoissance de l'auteur de l'ouvrage, assurera nécessairement celui du délit, et dès ce moment la fraude cessera. Les souliers seront de bonne qualité ; ils dureront, et Tarmèe, qui en consommera moins, ne sera plus réduite k en manquer.
(( Salut et li aLernilé.
« Garnier de Saintes. »
Laplanche ajoutait à la lettre de son collègue, lue par Barère à l'Assemblée :
« VYeslermann,à la tôle de sa cavalerie, pour-
LES VEfSDÉENS
suit vivemeni les brigands qui, depuis Le Mans, sont en fuite devant lu!. S'il est arrêté quelques
instants, j'espère le rejoindre avec la colon/ne infernale (c'est-à-dire avec les dix mille hommes du Nord), et elle rendra bon compte des restes de l'armée catholique (1). »
Contrairement à Tespérance de Laplanche, Tarmée du Nord n'était pas encore sur le point de se mesurer avec Fennemi. Marceau, croyant, après la marche des Vendéens sur Rlain, qu'ils allaient chercher à pénétrer en Bretagne, donna au général Bonnairo, qui commandait les troupes du Nord en Tabsencc de Duqucsnoy, l'ordre de se porter sur Rennes. Ce fut vers le âS décembre que Turreau alla chercher» d'Angers dans cette ville, cette armée si longtemps invisible, et qui devait figurer au nombre des colonnes infernales.
Turreau, le nouveau général en chef des armées de rOuest, était à Aiençon le 10 décembre (20 frimaire), jour de la prise du Mans. Au lieu de se rendre de suite au quartier général de Tarmée, qui s'avançait pour reprendre la ville, chose inouïe de la part d'un général français, il fit un détour pour se rendre à Angers, où il arriva le 14 décembre, sans avoir rencontré rennemî. Là, il s'empressa d exhaler ses rancunes, et de répandre des accusations calomnieuses contre Marceau, qui avait eu le commandement par intérim, et contre les anciens officiers de Tarméo de Hayence (^}.
(1) Sénncc de la CoiivL'nlioii du 2 nivôse, Monileur, Journaldes Débats, etc. Voir, à la séance de ce jour, les détails de Barère sur la cordonnerie et les dons de souliers provoqués.
(3) Savary, t. Il, p. 486 et suiv.
La nécessité de passer en revue les mesures prises par les divers représentants du peuple, combinant rexlermination des Vendéens en déroule, nous a trop longtemps éloignés du Mans. Il nous faut promplemenl y revenir pour voir à l'œuvre les anciens administrateurs fugitifs, rentrés enfin dans la ville.