CHAPITRE V
Le 25 frimaire seiilemenl^ les diverses autorités qui avaient quitté Le Mans, le 90 au soir, avaient commencé à rentrer en ville par petits groupes.
Le Bapporl du procureur gènérnl syndic Rouslel, du 27, donne quelques renseignemeiiLs sur les pérégrinations des administrateurs dn déparlementf errant à DcIIesme, à Hortagne, à M amers, à Alençon, à Bonnétable. Un courrier leur apporta de cette dernière commune à Bellesme, dans la nuit du 23 au 24, la nouvelle de la délivrance du Mans. Quant aux membres de la municipalité, aucune particularité do leur hégire n'a été conser- j vée. Il est probable cependant, diaprés quelques expressions d'une lettre de Barré, que son clief était allé se réfugier jusqu'à Gtiartres.
Cinq d'entre les membres du département étaient réunis a Bonnétable le 2i, et rléjà ils préparaient des mesures d'extermination contre les débris des Vendéens, qu'ils savaient avoir été battus la veille. Une lettre de Garnier de Saintes du d'AIençon, avait donné Tordre à la Commission militaire de Sablé, naguère siégeant au Mans, de se retirer à Chartres pour juger les conspirateurs qui s'y trouvaient, jusqu à ce que les choses eussent changé de face. Les administrateurs, jugeant au contraire
qu^elIe allait avoir une rude besogne dans la Sar- Uie, rendirent Tarrôté suivant :
a Considérant que les brigands sont expulsés de la commune du Mans, que dans ce moment la Commission militaire est absolument nécessaire au Mans, pour y juger plusieurs prisonniers rebelles, parmi lesquels il s*en trouve quelques^ins qui paroLsscnt pouvoir donner des renseignements utiles, et ensemble pliisieurs de leurs complices et adhèrenls quon nous assure se trouver au Mans ;
c< Considérant qu'il est nécessaire de faire une justice prompte et éclalante de ces scélérats, afin d'imprimer une terreur salutaire à ceux qui se« roient tentés de les imiter,
V Arrêtons que les membres de la Commission actuellement à Chartres, ou partout ailleurs, seront invités... à se rendre le plus tôt possible au Mans.
« Fait à Bonnétable, 24 frimaire.
« S , pùuv absence du Président.
<c RoGQUAiN, ToKCHE, Chaplain, Roustel» Procu-
reur général syndic, Timoléon B , Secrétaire
par intérim (1). d
Après cet arrêté, qui fut rapporté le 26 au soir, à cause de l'arrivée dans la Sarthe de la commission
Proust, CCS prévoyants administrateurs reprirent le chemin du Mans et y arrivèrent le 25 au malin, pour y reprendre leurs fonctions « interrompues, disent-ils, [)cndant que les brigands ont souillé le territoire de la commune. » Lors de son passage Bonnétable, le procureur général syndic Roustel
(l) Archives de la Sartbe.
Digilizeu by VoOOgle
« rut impudemmeni insulté dans sa route pour se
rendre au chef- lieu du déparlemenl,paruii citoyen de la commune, Pierre Gautier. » Sur la réquisition du plaignant, la municipalité condamna Tinsulteur, dès le 24, à trois jours de détention (1).
Le dimanche, dans la séance du le déparle- ' ment commença par faire décombrer les bureaux et donner des ordres pour faire raccommoder les portes et autres effets brisés. Le môme jour également, Bardou, Coupel, Cossonneau, Héraut, membres du district, dressaient le procés-verbal de rétat des bureaux de leur administration, des fractures et des dilapidations commises par les rebelles. Le moment n'était pas aux longues séances; le département prit cependant le temps d'organiser la ruine totale des Vendéens dans la Sarlhe. Dès avant d'avoir reçu les proclamations et les arrêtés des représentants à la suite de Tarmëe de l'Ouest et de Garnier, il eut soin d'assurer la capture des Vendéens survivant à la déroute«
Considérant que les brigands se portaient partout dans différentes communes, et qu'il fallait prendre des précautions {)our profiter de la déroute de ces scélérats et les empêcher de se rallier, il ordonna, dès le ^5. aux districts d'avertir les municipalités de faire des patrouilles années, de jour et de nuit, et d'arrêter les suspects. Les municipalités qui s*y refuseraient seraient considérées comme suspectes elles-mêmes et punies suivant la loi. Le lendemain, il prescrivait que des visites domiciliaires, afin de s'emparer des insurgés et des grains cachés, seraient faites par la municipalité.
La ville était en proie au plus effroyable cliaos. La guerre, la famine, la contagion, le pillage, tous
(1] Registre de la muflicîpafité de Bonoétible*
DANS LA SARIUË.
lofî maux réunis la désolaienl. Le plus pressaLt besoin était celui de vivre» et chacun cherchait à se procurer à la campagne des aliments pour ne pas mourir de faim. « Notre commune languissoit, accablée par les plus ierrihles tlcaux, la contagion et la famine. Les citoyens versèrent leurs premières larmes sur les débris amoncelés par les brigands. Chacun ne songeoit d'abord qu'à ses malheurs et aux moyens de les réparer par le travail et l'industrie (1). » Quelques-uns mAme pensaient trop exclusivement à leur inlérêl particulier, et le 26, le département se voyait obligé de placer des sentinelles cà la Couture, pour empêcher la dilapidation des effets de Fadministralion. Des prisonniers, arrêtés daus les communes voisines, ne cessaient d'être amenés dans les différentes maisons d'arrêt. La plupart des registres d'écrou font malheureusement défaut, et je dois me borner à quelques exemples, me réservant de parler plus au long des prisonniers.
Le 26, le maire de la villc^ Potier, faisait conduire à la prison de Févêché le jeune Bertbome (Pierre-Jean)» âgé d'environ quinze ans, fils d'un capitaine de navire de Nontes. 11 avait été arrêté par la municipalité d*Ecomnioy, qui le fouilla, lui prit une montre en or et un gobelet d'argent, et l'envoya sous Tescorte de la garde nationale au Mans, avec son précepteur Boutand, ex-bénédictin, qui, moins heureux que lui, devait être condamné à mort par le tribunal criminel (2).
Le 26, le maire d'Aigné avait fait écrouer ù la
fl) Leê tnemhre^ de la Société populaire du Mans, ira-* duUs et acquittes au tribunal rèviilutiQnnaire^ le 11 boréal, à leurfi concitoyens^ p. 2.
• (2) Registres (réciou de la prisoD de rÉvêché, et Archive» du inbunai crimmd du MaDS.
LBS VËKDËËNS
prison de la muoicipaUié du Mans, par la gartte nationale de sa commune, François-Michel PoUgny, de Coutances, qui fui fusillé le 23 nivôse. Le 2S, étaient écroués à la môme maison d'arrêt Ips quatre Vendéens arrêtés à Bonnélable, dans lauuît du "23 au 54, et qui avaient été dùposés provisoirement dans la prison d'arrêt de celle commune, jusqu'à la rentrée des autorités constituées du Mans ( ! ).
Jusqu'au nivôse, celle arrivée des prisonniers fut incessante (2).
Les conmumcs où les habitants conservaient un reste d lunnanilé, au lieu de tuer les Vendéens cpars dans la campagne, se contentaient de les arrêter et de les faire conduire au Mans ; mais partout, en vertu des ordres impérieux des conventionnels, la poursuite des royalisles avait été organisée sur une large échelle.
Voici, par exemple, Pinstruction que les administrateurs du district et les membres du comité de surveillance de Château-du-Loir adressaient à la municipalité de Mayet :
« Citoyens,
« Pour rexécutiou de la proclamation de Gar-
(1) Regislre fl'écrou de la maison d'arrêt de Tancien pilais; Archives municipales de Bonnétnbîe. Ces quatre prisonmers, qui furent fusillés le 23 nivu-^e, disaient avoir déserté sur une lettre d'un général de hussards, qui promettait Tarnnîslie à ceux qui vouJraient devenir républicains. Ils prétendaient que ceUe lettre leur avait été communiquée, ainsi qu'à d'autres, par Richard, de l^irraée vendéenne, qu'ils disaient avoir été fusillé pour ce fait, cette lettre ayant produil sensation dans l'armée et contribué même à sa désorganisation. Cette amnistie de.Wesiermann fut désavouée par les représentants.
(9j Indépendamment dos prisonniers vendéens, on voit aas&i écroués quelques soldats républicains.
mer^ vous ferez sonner le tocsin le 30 de ce mois, à deux heures du matin ; vous vous lèverez en
masse, armi^s de toutes manières ; vous vous choisirez un commandant qui connaisse les lieux, et vous rendrez, à sept heures du malin, sur les l>orcis de la forêt de Bercé, qui vous seront les plus voisins; là, vous vous unirez aux citoyens qui vous avoisineront et qui formeront un cordon autour de cetle forêt. A huit heures, vous y entrerez, vous la baltrcz el marcherez de front en vous rendant sur la route de Chàteau-du-Loir au Mans, point de réunion de iout ce district. Vous purgerez, par ce moyen, la forêt et les lieux environnant vos cantons des brigands qui pourroieni y exister* Chacun se munira de pain pour la journée (1).»
Garnier de Saintes avait été bien obéi, et sa chasse à Vhommc opérée tout à fait à son gré. Le27, lecturi^ de sa proclamation avait été donnée au département, qui en avait prescrit l'envoi aux districts, ainsi que pour celle des trois conventionnels à Laval, lue le 28. Gomme mesure d exécu tion, des envois de poudre avaient été faits aux municipalités. Les particuliers désarmés ei mis en arrestation par les communes devaient être, à rinslant, traduits devant la Commission militaire pour être jugés, ainsi qu'il appartiendrait (2;.
Le département appliquait plus spécialement sa sollicitude à certaines communes. Six cents cartouches laient envoyrcs le 28 à Bonnétablc pour arrêter les brigands répandus ilans la campagne. Trois prisonnicTS avaient de nouveau été arrêtés par la garde nationale de cette commune dans la nuit du 36 au 27. C'étaient Edouard Rosier, âgé de
(1) M. î.eKe3j\ nec}icrches sur Mayet^ t. H, p. 87.
(2) 27 friîn iii v , Registres des délibéralions du dépaitt' meafj Arciiivus de la Sarlde.
vingt-cinq xins, de Fimes-cn-Champagne, commis d'un agent de change de la rue de la Ju$sieaae,à Paris; Charles-Luc Renaud, âgé de dix-neuf ans, ëtudiaat,iié à Paris, sorti de chez M. Loiseau, maître de pension, rue Neuve, à Paris, et dont le bîen-fonds était situé à Sainl-Porcheen Saintonge; enfin François Martin, de Rennes, chasseur des Pyrénros, qui déclarait avoir été fait prisonnier à Saumur, et avait été employé dans les bureaiix de la commune de Paris* Les trois prisonniers, que la commune de Bonnétable, dans son humanité, appelle des déserteurs, furent conduits au Mans et pcrirciU le 19 nivôse (1). Ce fut aussi lesortdedeux autres Vendéens, arrêtés antérieurement à Bonnetable : Louis Blanvillain, cordonnier à Joué, près Martigné, âgé de vingt-cinq ans, et Jean-Louis Caduche, âgé de cinquante et un ans, Suisse, du pays des Grisons, demeurant à Paris, à la Monnaie, sorti du Mans d après ses dires le i2 au soir, vers six ou sept heures. Ces deux prisonniers, tous deux anciens soldats de la République, qui se disaient aussi déserteurs, et arrivés à Bonnctabie le lendemain matin, avaient été conduits de cette commune à Mamers le 23, interrogés par les membres de ce district, puis ramenés au Mans, où ils furent condamnés à mort les 18 cL23 nivôse (2).
(Ij Registres de la munici^lit^ de Bonnétable et du tribanal criminel da Mans*
iâ) Registres du district de Mamers. L'interrogatoire de ces deux prisonnfers est des plus curieux. Le 15 nivôse, Ca. dncbe fat enlevé de la prison de FÉvêché pour être trans^ pôtté dans celle delà maison de Justice de la commune Registres d*écrou). — Le 27 frimaire, la garde nationale de Briosne réintégrait aussi au Mans un des décenus que l'invasion vendéenne avait mis en liberté. — On voit que c'est à Mamers que Bonnétable faisait conduire, le les fuyards royalistes.
Ji
Sur la demande faite par le comité de surveillance da Brûlon le 20 frimaire (et non le 25, comme Ta imprimé Grille), le département envoyait, le
nivôse, un détachement de ccul hommes à Brûlon. Celte commune privée de la qrande inajoritéda ses habitants, en arrestation depuis llusuriection du septembre, s'était plainte de ne pas avoir de forces suffisantes pour détruire le nombre incalculable de brigands, qui s%taient jetés dans les bois environnants depuis la déroute. Elle avait demandé au comité défensif, pour débarrasser des brif^ands le pays qui en était infecté, de lui envoyer une compagnie de cent bommes de la force armée du Mans ou bien la compagnie Duval, cantonnée k Conlie (1). Le département s'était empressé de faire droit à la demande, en envoyant un détachejnenL de cenl hommes, alors stationné au Mans (2).
Toutes les coi rcspondances du temps mentionnent les terribles résultats de ces battues, faites dans les campagnes.
Le curé de Dollon, Coutelle, renlré au Mans, envoyait le 30 à midi, au Comité de Saint-Calais dont il éiaîL le correspondant, les nouvelles de la guerre et les renseiî^nemenls suivants :
a Des ofticiers municipaux de sept à huit conimunes, dans les environs du Mans, sur les roules de Sablé et de Laval, viennent annoncer qu'elles
(1) C*cst ce qtle dit le texte publié d'une façon inintelligible par Grille, p. 3 7» et dont Toriginal existe aux Archives de I4 Sarthe. U demande de Brûlon est siguée Jahard, Legoué, Bernier, Fouassicr, Brioa, Tison. Le comité défeosif l'avait d*abord renvoyéeau commandant de place, qui observa qu'il n'avait pas d'ordre à donner à la troupe de Conlie*
(2) Je parlerai longuement plus tard du sort des ptisonniers de Brûlon, de Mesdemoiselle*» de Sapinaud et Robert de Li^zardiêre.
tuent par centaines les brigands, qui ont quitté le corps de Tarmée et qui se répandent dans les campagnes.
« La commune de Lavardin en particulier, qui esl très-pelite, en a tué et pris deux cents pour sa part.
«11 y amainlcnanl cinq cents de ces brigands détenus dans l'ancienne église de TOratoire. 11 y a les trois quarts de ce nombre qui sont des femmes. On parle de les transférer dans les départements voisins, rapport aux subsistances, dont on manque ici, et là ils seront interrogés et jugés.
« D'après le rapport d'une grande partie des femmes qui les ont reçus ici (car presque tous les hommes avoient décampé), il paroît que la grande partie de cette sainte armée est lasse de faire une guerre si pénible pour elle. 11 n'y a que la scélératesse de leurs prêtres et leurs discours hypocrites qui lui font supporter toutes les misères auxquelles elle est exposée (1). »
Le27, le district deLa Flèche écrivait au comité défensifdu Mans: « A chaque instant les communes au delà de la Sarthe en arrêtent une grande quantité. Hier on en a fusillé cent vingt à Sablé et huit à La Flèche, d Dès le 25 on écrivait de Ghftteaudu-Loir!«Un citoyen de La Flèche, qui arrive à rinstantàChâteau-du-Loir, vient de dire que dixhuit brigands y avoient été amenés par les citoyens
de la campagne» qui font de fréquentes patrouilles (2). »
Le 28, le comité de Sablé transmettait de semblables nouvelles:
(1) Coutelle ajoutait qu'on ri putidait le bruit que les cavaliers étaient disposés â mettre bas les armes, et ^ livrer leurs chefs et riinillerie, si on voulait leur faire gr^ce.
[^1] Deux (illes l urent écrouées au Mans pour avoir fait piller l'Iiùpiial (le La Flèche. — Je donnerai de nombreux détails sur « la lllle Richard, ^ arrt^lée à La Flèche.
DANS LA SAaïti£.
« Mille de ces scélérats ont été tués dans les difTérentes communes du district de Sablé. Avanthier, cent vingtrdeux ont été Aisillés ici. 11 en reste encore dans nos prisons une vingtaine qui bientôt
éprouveront le même sort (i). »
Si le sort des Vendéens fut si funeste dans la Sarthe, il ne paraît pas qu on ait sévi contre ceux qui avaient donné asile à quelques malheureux fuyards. A part^ quelques rares personnes arrêtées» comme prévenues de s'être montrées fovorables aux cnvaliisseurs pendant leur séjour au Mans, telles que Mesdames de Laborde,deRcnusson,elc., et bionloL relâchées comme innocentes des faits qu'on leur imputait, je ne vois pas que« malgré plusieurs dénonciations haineuses de particu* tiers ou de comités de surveillance, l'arrêté de Garnier de Saintes, qui faisait un crime du droil d asile, ait été en général suivi d'exécution. Ceux qui cachèreni les proscrits avaient sans douLe pris leurs précautions, pour sauver ces infortunés et pour se protéger eux-mêmes. A différentes reprises, des visites domiciliaires furent faites avec un zèle inquisitorial, et }e ne sache pas qu*un certain nombre d'habitants ait payé, je ne dis pas de sa tête, mais seulement de sa liberté, le crime honorable d'avoir partagé son toit et son pain avec une fugitive de la Vendée. A Lavai, de charitables habitants avaient été moins heureux, et pour prix de leur humanité, avaient été plongés dans les cachots par Esauc-Lavallce (2). Honneur cependant
(1^ Ait liives de la Sarthe et de Loir-ot-Clicr. Deux de ces letlrt'S ont déjà été publiées par Grille, p. 376, 377.
{2) Sur riiuwanité des gens du Mans, voir l'Enquête, Renouard. Grille, p. S'A), 3û7, et le» détails que je donnerai sur le sondes prisonniers. Tout le monde ^aii que M.M.d'Auticliainp et de ficroès trouvcreut un a$ilç c\m madame de Beliemuro.
244 LES VËI^DÉBUiS
à ceux qui eurent ie courage d'avoir de la pi4i& Le danger, pour avoir élé évité, n'en était pas moins grand, et Fauteur des Lettres philosophiques, qu'on peut croire sur parole en pareille matière,
fait élire à un habitant du Mans à gui un des vaincus demandait asile: « Vous ne savez donc pas que tout homme convaincu d'avoir recèle un
Vendéen Malheur à moi, si Ton vous trouve ici !
Sortez (I). »
Un autre arrêté resta un instant simplement
comminatoire, bien malgré les inlenLions des adminislratciirs du département; c'est celuide la municipalité qui ordonnait aux détenus, devenus libres par l'envahissement de la commune, de réinté^^r leurs prisons dans les vingt*quatre heures. Les maisons d'arrêt étaient dévastées, pleines d'immcmdices et de décombres ; les clôtures étaient brisées. Des réparations étaient indispensables pour , que Tarrélé de réinlé^fration pût être exécuté. De concert avec le comité de surveillance, le département rapporta cet arrêté le 28, et, laissant un court répit aux détenus, chargea le district de réparer d'urgence ces maisons d'arrêt, alin que Tarrété de Garnier de Saintes, (jui donnait aux suspects un délai de huit jours, pût être au moins exécuté.
Le méniejour, le département, toujours préoccupé de réparer les ruines de Tinvasion^ ordonnait de
(h Sui iti part prise aux événements d alors par l'auteur (les Lelires philosophiques, \'o\v Palu-Deshautschaïups, p. Crétineau-Joi} , t. I, p. 390. Je dois dire, pour faire la contrepartie de ces acciisntioiis , ({ue de pauvres Vendt^enue^ , oui étaient alors de jeunes enfants, m'ont déchiro que, dans ia prison de l'Oratoire, l'auteurdes Letires philosophiques, pour récliaufTer leurs petits membres glacés, les avait fan npprocher dii feu que des prisonnières riches étaient parvenues se procurer. Nous avons vu qu'il servait de secrélaire aux admiaistratears, à Bouuétoble^ le 24 frimaire.
DA»S LA SARTHË.
faire une machine à décapiter^ pour remplacer celle qui avait été mise en pièces par les bHgands. Les administrateurd pouvaient croire, en effet, que
Tarrivi^c d'une nouvelle commission niiH taire, au iMans, allait rendre nécessaire le rétabiisscmcntde cet instrument de mort.
Le 26, le citoyen Joachim Proust, président de la seconde commission militaire et révolutionnaire d'Angers, s'était, en effet, présenté au département, porteur de l'arrêté du 15 frimaire des représentants près les armées de POuost et des eôLcs de Brest réunies, établissant cette commission à la suite de Tarmée destinée à combattre les rebelles. Il avait déclaré qu'elle allait se iixer provisoirement dans la commune du Mans et demandé qu'on prit des mesures pour lui donner un locaU
Le département lui accorda, pour Heu de ses séances, la salle occupée na^^uère jiar la Commission militaire établie par ïhirion, située dans Tcnceinte du local de i administration.
Cette commission avait été créée le 5 décembre, à Angers, parles conventionnels Bourbotte. Prieur, Francastel, Esnue-Lavallée, dans Tabsence de la commission Pélix, (jui à rapproche des Vendéens avait fui avec les prisonniers voués à lamori. Elle se composait de trois juges, d'un président, d'un ac'cusateur public et d'un greffier, lesquels pouvaient être pris parmi les citoyens indistinctement, dit rarrêté de création. Le président était Joachim Proust, membre de Taffreux comité révo* liitîonnaire d'Angers, que plusieurs renseignements donnés par ses compalriotes ont permis de bien connaître, le seul de ces juges (pii eûl de Thumanilé, malgré ses dehors rèvolutiounaircs (1). Les
(1) Voii Grille, I. I et II, passim Ces apprtN'iatioas don» neiU bien l'idée de rcxaitation du pharmacien démagogue,
L£S VENDÉË^'S
juges c'élaienl Vacheron et Morin, employés à Tarmée, deux monstres, le premier somnielUr auprès des représenlants en mission. Tous deux devaient acquérir une bien triste célébrité comme inventeurs du fameux recensement des prisons d'Angers, et des jugements par F. Le troisième était le citoyen Méry, attaché au bureau de l'étalmajor. Le citoyen Allain, capitauie de la âcelion révolutionnaire d'Angers, faisait les fontioDS d*aocusatcur public^et Parquet, attaché frétât-major, celles de secrétaire-greffier (i).
Elle avait siégé à Angers les 19,21 ei±2 frimaire. Le 19, elle avait condamné la vieille abbessc d'Angouléme, madame de Civrac,. âgée de soixante- • seize ans, sa femme do chambre, âgée de cinquante-huit, et Tabbé Edeliu*
Le 21 , les victimes étaient des habitants du Bas- Maine, accusés, d'après le procès-verbal du comité
qoî en fournit d'antres preuves encore dans l'église Saint- Maarice, dans la nnit da 11 an 12 juin 1793. N ;K3nt rempli qu'an instant les fonctions de président de la Coiumissioo militaire^ Il devint surveillant de la fabrication du .salpêtre Tivolutîonnaite, On lui reprochait ses lenteurs t t son verbiage, le G prairial an ÏT. Après thermidor, ii la fin rie pluviôse, il s'éleva courageusement coiUre les aiïreux excès des Vacheron et des Morin, ij qui on l'avait un instant ai eolé. Voir M. Bourrier,^fl Terreur en Anjou, Bévue d'Anjou, 1870; Th. Muret, t. 1, p. 439. Blordier-Langlois, t. I, p. 405. représente Joachim Pruust comme humain et doux pour Tordinaire, mais faible, trop souvtut dupe de sa propre imagination et très-facile à se laisser aller à des suggestiçns étrangères.
(1) Grille a cité exactement Farrêté de création de cette commission, à part les noms des représentants et la date (voir t. III, p i>56). M. Berrint-Saml-Frix dit qu'elle fut établie le 18 frimaire. Les deux copies offînielles de l'arrêté, que j'ai eues entre les mains, et qui sont transcrites ^ar les registres du district de Sablé, di&ent le 15.
de surveillance de Chàteau-Gontier.duil frimftire, d'avoir suivi les brigands lors de leur passage en cette ville et d*être revenus ensuite dans leurs
fovers :
Blatliurin Faucher.
Jacques Percher, âgé de dix-neuf ans, lalK)ureun Michel Coquereau» laboureur.
Pierre Lejeune, flgë de vingt-deux ans« de Daon (district de Chftteau-Gontier).
Pierre Blanchoin, de Châtelain, arrêté au bourg de Bierné. Le 22, il n'y avait qu'une seule victime, un tisserand) exécuté, comme les autres, le jour même, en présence de la commission.
Les prisons étaient vides. La plupart des Yen* déens avaient été ftistllés sans jugement; chargée de suivre les armées à la piste, comme une bande de corbeaux, la commission Proust (c'est ainsi qu'on l'appelle du nom de son président) se transporta alors au Mans avec Texécuteur Frillaux, et un train d'artillerie légère menant la $anctam guilloHnam^ comme disaient les membres du comilc d'Angers (1).
Elle arriva le 26, ne siégea au Mans qu'un seul jour, le 2U, et, chose curieuse, y montra des sentiments d'humanité. Elle fut si clémente, cette seule journée qu'elle fonctionna dans la ville, que loin de prononcer une seule condamnation, elle acquitta cinq Vendéens et quatre militaires. Je ne puis expliquer ce fait qu'en pensant que l'horreur, qui avait accueîîîî au Mans les massacres de tout sexe, fut si grande, que la pitié générale pénétra jusqu'au C(eur des juges eux-mêmes, de son président
(1) Voir, sur celte Commission, M. Berriat-Saint-Prix, ia Juslice révolutionnaire en France; BIordicr-Lnnglois, t. T, p. 4W; nnUe, t. III, p. 210, l'oG ; M. Bourcier, la Terreur en Àttjou, Revue d'Anjou, 1870, etc.
au moins, père de fiiiniile, et les força des'abst^îr de verser le sang, comme ils l'avaient fait à Angers, comme ils allaient le faire à Laval, sous la pression (les représentants du peuple.
Celte humanité de la deuxième commission militaire d^Angers fut vivement condannnée par Francaslel qui, dans son mécontentement, écrivit le â nivôse à Félix, le trop fameux président de la première commission militaire , inaccessible à toute pitié :
« Votre présence ici va devenir bien Décessaire. Tout s encombre, une sorte de politique fait staliomicr ce troupeau dans nos prisons ; le moment va venir de dégorger tout cela...
m 11 nous faut des hommes révolutionnaires, qu'une fausse pitié n'amollit pas...
« Indul^^cnce, oubli du passé, compassion, sensibilité, tous ces beaux noms ne couvrent que faiblesse, modèranlismc et perfidie.
« Vous savez qu'il a été pris, au Mans, une troupe de plusieurs centaines de femmes. Ce sont des amazones, des paladines royalistes, des concubines de prêtres, des dames à pelisses, etc. Eh bien! tout cela semble inspirer de rinlérêt! à qui?... à des hommes révolutionuaires ! à des membres d'une commission militaire. Venez ici! je compte sur vous. Je connais vos principes, votre inflexibilité républicaine, votre intention immuable de purger, de saigner jusqu*au blanc la génération vendéenne. Vous concourrez au triompiie de la Répubiiiiue contre CCS infâmes rebelles (1). »
(1) Urrue d'Anjou, t. 1, p. 299; M. Bcrrial-Saint-Prix, /« Justice révolutionnaiTe en France; M.Boorcier, la Terreur en Anjou. Le 27 fiimiiire, Francaslel avait déjà écrit }k Félix: * Vous devez avoir à Saumur encore bien des affaires à tcr- RMiier. Si vous en chômiez, il en est i< i un très-grand nombre que j'offrirais à votre zèle. > Les cinq acquittés du Sd frimaire, accusés d'avoir suivi i*armée et conduit les voilures,
Le prompt départ de la commission Proust ne lui permit pas de donner suite à son séjour au Mans ; si elle était demeurée plus longlemps dans nos murs, fût-elle restée fidèle à ses débuts pleins d'humanité ? Dès le 28, les représentants du peuple Bourbotte et Bissy l'appelaient à l>aval, où elle devait prononcer, comme nous le dirons, vingtbuit condamnations à mort, mais où du moins elle sut s'abstenir de verser le sang des femmes*
Au Mans, le 30 frimaire, elle remettait au département de la Sarthe, au moment de son départ pour Laval,une liasse contenant les procédures commencées. Son départ fut un sujet de regrets pour les administrateurs, malgré sa modération, lis avaient espéré jouir du bonheur de la posséder plus longtemps ir pour purger par sa présence le sol souillé par les brîi^ands. » La veille même de son départ, le maire lui écrivait pour rinviter à assister, le lendemain 30, h la fête solennelle de la replautatioo de l'arbre de la liberté :
« Citoyen président,
« L*arbre chéri de la liberté doit être planté demai n sur les trois heures de relevée, sur la place des Halles.
« Le conseil génf^ral de îa commune t'invite à te réunir à lui, pour assister à la célébratiou de cette fête républicaine.
éteient : Louis Landeau (deBazouges), cbarret'er et domestique, René Faucheux, t<fem, Jacques Bourgericct Jean Paillé (de Baugé), Hyacinthe Planchenaut, de Saint Samson (d'Angers;. Le jugemwit constate qu'il n'est pas prouvé qu'ils aient marché de leur propre volonté ; qu'au contraire, d'apr^s les réclamations de Jacques Giffet, laboureur de Baugé, et leur propre conduite, il est établi qu'ils onl étc forcés par Tarmée des rebelles (Extraits inédits du registre de la Cosmission). L'afTaire des militaires ne roule que sur des faits financiers relatifs ^ la prffbité des accusés.
Tu voudras bien communiquer la préseote invilaUoii, commune à tous les membres de Um
corps.
« A la Chambre commune du Mans, le 29 frijnaire.
0 PoTi£R, maire. »
Il fallut se passer de la présence de la CSom-
mission militaire à cette fête si consolante. Le conseil de la Commune s'en dédommagea, en invitant le représentant et les autorités a donner des ordres pour faire rester ou pour rappeler cetta Commission militaire, afin de juger environ nett( cerM prisonniers des brigandt. Le département approuva, le 30, cette délibération de la mnnielpalité et se réunit à elle pour Lâcher d'obtenir une Commission militaire. La Commission de Thirion, que Garnler avait un instant transférée officiellement à Chartres, était eonsidérée comme révoquée ; Il était vraiment pénible, après avoir vu suc<^sivement trois Commissions passer dans la ville, de n'avoir pu en fixer une à demeure, pour quelque temps.
Les autorités du Mans n'avaient donc pas jierdu de vue les débris des Vendéens* D'ailleurs^ la préoccupation constante était de savoir ce que
devenaient les restes de leur armée; on avait craint d'abord que, ne sachant où donner de la tôte, ils ne revinssent une seconde fois sur Le Mans, de Château-Gontier. La peur n'avait pas en^ core quitté les esprits* La municipalité, pour tranquilliser les citoyens, était obligée de faire po* blier, le 37, que les brigands n'étaient ni à Sablé, ni à La Flèche, et môme, afin de faire cesser les derniers vestiges de la panique, de réitérer ultérieurement celte nouvelle rassurante» qui avait
DANS LÀ SARTHË. Sël
trouvé des Incrédules. Ou était avide de nouvellesi et cependant on en recevait peu d'officielles.
A partir du et du 28, La Flèche et Sablé envoyèrent pourlanl des renseignements sur la situation de l'armée vendéenne poursuivie par Westermanu. Grille a donné plus ou moins exactement une grande partie de ces lettres, dont je me bornerai à reproduire quelques extraits. Elles four* nissenl des détails tant sur l'extermination des brigands dans le département (je les ai déjà reproduits) que sur la fuite de leurs bandes vers la Loire.
Le 37 frimaire, le procureur-syndic de Sablé transmettait & La Flèche la correspondance de Chftteau-Gontier, du matin, qui fut aussi envoyée au Mans le 28. Elle porlaiL que les rebelles avaient quitté Craon, se dirigeant sur Pouancé, afin de faire une trouée pour repasser la Loire ; « mais les républicains ne leur en donneront pas le temps. » li invitait la ville de La Flèche à envoyer à Angers rartillerie qu'elle avait en dépôt dans
SCS murs.
Le même jour, les membres du district de La Flèche avaient annoncé au Comité défensîf du Mans que les débriâ des brigands se portaient sur Craon y que la colonne de Muller, forte de trois mille hommes, avait passé la veille au soir^ et serait dans la journée, avant la nuit, à Angers, ville avec laquelle ils allaient établir une correspondance suivie, pour faire parvenir au Mans des nouvelles officielles (i).
(1) GriUe, au lieu de Craon, a lu Caen, et il s'évertue à dire : «On parle de Caen, c'est Ancenis qu'il faut dire. Au lieu d'aller au nord, les brigands vont au sud.^ Le a m du quatrième signataire qu'il donne a ce Miiet est également de son invention. Voir Grille, i. 111, p. 37G. — Turreau n'évalue cette eolonne de Muller qu'il denx mille hommes.
Le Comité de Sablé écrivait le 38, au même Comilô dérensifdu Mans:
« Un chasseur de Tavani-garde de WesteimaiiD,
arrivant do Condé, affirme que Tarmée royaliste se porte du côté d'Ancenis. Vivement poursuivie, elle va s'eiigloulir dans la Loire. Suivant la voix publique^ rennemi, à Laval, avoit dix canons et six caissons. Westermann est parti le ^7 de Candé. Gomme vous voyez, le général républicain n*a pas juré en vain la destruction de celte borde infâme.
(( Le district a nommé un commissaire pour Château-GonUori qui part à Tinstant mônae. Ça ira. .
« Salut et rraternilé. '
u Raison (1). »
L'administration de Chàteau-Gontier avait été forcée de se désunir, à cause de rapproche de Tennemi, ainsi que rapprenait un autre billet du Comité de Sablé de la même journée, annonçant la présence, du côté de Pouancé, des brigands harcelés par Westermann, qui n'avait pas arrêté sa marclie depuis Le Mans
Le 29, le district de La Flèche, sans nouvelles officielles, se bornait à transmettre que « ces scélérats avaient encore perdu à Craon une grande quantité de monde, et que leurs débris poursuivis par Westermann s'étaient jetés à Varades et à Ancenîs : v Nos contrées n'ont plus rien à craindre, car Tarmée de Charette et celle de La Rochejaquelein ne paraissent pas fortes de six mille
(1) Grille, p. S77, exact, sauf k sigaalure et Tadditioa de: « Nous voulons tuiU savoir. »
^2; C'est le billet douné en abrégé par Gniie, p. 377.
DANS LA SàRTHB. 2^
hommes. » La veille on avait entendu le canon k'
La Flèche (1).
La Flèche, le 30, Iransmellail au Mans celle lellre (rAn<,^crs, du 29 frimaire :
i( Les ennemis ont passé à Ancenis, sur des ponts de bateaux qu'ils avaient apportés, sur des chârteSf des étangs voisins, au nombre d*environ deux mille; d'autres ont pris par Varades, mais ils ne sont (juc dans Ttle de la Rfeîlleraie. Deux à trois mille se sont noyés; les autres sont dispersés sur les campagnes, où les paysans partout les tuent et les hachent sans commisération.
« Le secrétaire d'un chef a affirmé ces faits, et a dit en outre que quatre à cinq mille Urigands» des plus opiniâtres, se portaient sur Horl (celle nouvelle a été confirmée par un envoyé de Tarmée républicaine qui est a leur poursuite}; ces derniers n'ont pas juge suivre les autres sur la rive de la Loire.
« La Rcchejaquelein n'est point mort, puisqu'il a été le premier à passer l'eau à Ancenis ; Stofflet Ta accompagné, ce qui a mécontenlé les soldats de voir leurs chefs les premiers à passer. Ils ont failli les assassiner de rage {^2).
a On attend dans la journée un chef de bri^^and.s fait prisonnier. La Durandière, ci-devant juge de La Flèche, qui s'était uni aux rebelles, est en arrestation avec ses deux filles à Angers (3).
(1) Grille, p. 378.
(2) Voir comment cette iléftcUon des chefs est appréciée par MM. Boimemère, la Vendée, p. 32G; Erckmi^nn-Ghatriai),
(3) Je parlerai de sa conilamiinlion. Son fils était avec les VendéSttSïet l« principal crime (iu père éuiil d'avoir liiissé en son absence occuper sa maison par les royalistes. Voir Françoise Uesprés, p. 36.
' « Il a passé» avant-hier, cent cinquante prisonniers de Nantes que l'on conduit à la Convention. Ils soiii accusés d'avoir voulu vendre la ville. Per-
rotin fils, de Parcé, est du nombre ;i ). »
Le môme jour, de semblables nouvelles, venant de Craon, étaient envoyées par Sablé, qui avait organisé activement un service de correspondance entre Le Mans et Château-Gonlier, correspondant ^ son tour avec Craon et Segré. Elles portaient que beaucoup de rebelles, poursuivis de trop près et hors de combat, s'étaient |»récipités dans la Loire pour se soustraire à la mort, que ï beaucoup s'étaient noyés et que le pelit nombre qui restait sur la rive droite, ne pourrait résister longtemps à Tardeur des Républicains, qui les chassaient à oulrance et partout en faisaient des déconfitures. On présumait que les principaux chefs avaient traversé la Loire, « mais les troupes, qui ont passé à Angers, ne tarderont pas sans doute à les joindre et à exercer contre eux la terrible vengeance qu'ils ont si justement méritée. >»
Une autre lettre de Sablé, de la même journée, disait aussi : «Un citoyen de Laval nous rapporte que le représentant du peuple, actuellement dans cette ville, a reçu avis du général Westermann, qu'environ quinze cents rebelles seulement ont passé la Loire. Le reste est en déroute et [lousse vers la Bretagne. Le général poursuit ses triomphes (S), d
(1) Comparer avec le texte embelli et refait par Grille» p. 380, 881.^
(d) Il n'y a que cet alinéa d*aathenUqae dans la lettre re* produite dans Grillai p. 378 et 379. Tout le reste est pure invénlion de sa part. Il doit en être dâ même de la lettre d*Houdbine» p. 870, 38(h — Le P.-s. est pris dans une lettre écrite de Ghâteaubriant et qn*on va lire.
îjne lettre de Cijfilcaubrianl, du 25, lut ultérieurement transmise par la voie de Château- Gonlier et de Sablé :
« L'armée républicaine est entrée dans nos murs ; elle en repartira pour aller à la poursaîte des brigands. Trois repr(^sentanls du peuple sont avec elle. Ils ont remis au districi une proclamalion tendant b faire lever tous les citoyens des campagnes, pour courir sur nos scélérats d'ennemis; ce qui s'exécute av^c le plus grand succès. Châteaubriam n'a que cinq chasseurs à cheval, qui, mardi, arrêtèrent un prêtre, un ci-devant, vicaire de Saint-Léonard-lès-Angers, avec d'autres brigands.
« Le caractère que ce prêtre a montré dans son interrogatoire, prouve qu'il est heureux que nos républicains Taicnt pris. Il était pourvu de tous les moyens de corrompre les hommes que la crédulité entraîne.
« Dans Châteaubriant et aux environs, les citoyens sont levôs en masse et achèvent de détruire les débris de la pauvre armée catholique.
' « A Segré, quinze cavaliers et vingt-cinq fantassins viennent d'arrêter cinquante-un brigands. Ils jurent, sur rhonneun et sur leur amour de la
République, de purger leur pays des monstres qui rinfestcnt(l). »
La lettre de Chàleau-GonLier du 30, envoyée le i^^ nivôse, au Mans, par Sablé, était ainsi conçue :
« Vive la République ! vive Tarmée républieaine de l'Ouest, qui continue de poursuivre et * d'exterminer les brigands.
a La municipalilédeCaudéu annoncé officielle-
(1) Voir, p. 383, les additions de Grille*
LES VËNDÉBFfS
ment au district de Ségré (jiic ces scélérats
ont passi.^ par la Cliapellc-Glaiii oL Saint- :\larsla-Jaille, situé entre Candé et Ancenis, que dans cette dernière commune ils ont tué le maire.
« Ils arrivèrent dimanche (vieux style), à Ancenis.
« En vain , ils y tentèrent le passage. Plus de
huit cents furent engloutis par la rupture de leurs pontons.
« Le mardi, la générale bat. C'est avec la plus grande peine que les chefs de Tarmée brigantîne forcent le plus grand nombre de leurs hommes à marcher.
« Uhôpilal de Candé est rempli de leurs blessés
Gt de leurs malades des deux sexes. Ils ont abandonné dans cette ville un grand nombre de femmes et d eiifanls et cinq pièces de canon. Les brigands affaiblis, puisqu'ils n'avaient plus alors que quinze cents hommes d'infanterie et huit cents de cavalerie, en état de se battre,! prirent la route de Nort, où les troupes républicaines les poursuivent vigoureusement (1). k
Les évaluations différaient encore beaucoup sur le compte des fuyards, ainsi qu'on va le voir. Le correspondant de La Flèche, Joury, qui n'avait trou vé à Angers, le 30, au soir, ei lu l^i" niv6se,au matin, pour toute nouvelle ofiicielle, que la confirmation de la défaite de Tannée des brigands presque toute dissoute, joignait h sa lettre une autre plus inléressante, écrite par le capitaine de gendarmerie Edom. Son auteur l'adi essait aussi d'An- * gers, le l^^^ nivôse, au directoire du district de
(1) Voir comment Grille, p. aSS. a grossi et travesti cette lettre.
DANS LA SARTRE. 257
La Flèche pour calmer ses inquiétudes persis** tantes (1) :
« Il paraît que vous auriez encore des craintes pour le compte de votre pays; je crois que vous avez tout lieu d'être tranquilles jusqu'à nouvel
ordre Les bripiands n'ont pas trouvé de
, bateaux pour passer la Loire ; un grand nombre a été obligé de rendre les armes. Us ont laissé à Varades, Ingrandes et Ancenis, environ douze à quinze cents chevaux, beaucoup de chariots et plusieurs pièces de canon avec leurs caissons
a La Ptochejaqnelein et Stofflotont passé sur des radeaux faits avec des planches et des tonneaux. Beaucoup ont été noyés ; ils avaient aussi pris un petit bateau sur les étangs de Candé (2).
Cependant^ d'après le rapport de quatre à cinq cents personnes que nous faisons passer aujourd'hui à Saumur, le noyau des brigands peut encore être porté à vingt mille hommes ou femmes, armés ou non, qui se sont portés du côté de Nort
<c On continue à les chauffer dur. — • Nous en comptons ici douze à quinze cents qui se sont rendus; on en compte considérablemcnl à Rennes, à Nantes et à Laval. C'est donc avec raison que nous pouvons considérer ces brigands-là comme perdus et mis dans une déroute si corn-
(1) Ces lettres, qui n-^ furent envovêts au \înns ([uc le â nivôse, à une lieure de raprès-midi, n'y furent pas connues avant le 3.
(2) Voir aussi, sur ce batele', Lcgros, mes névr^ dans /'^nV, p. 7. Ln Roclicjaquolcin passa ilans ce bateau tenant par la bride son cheval qui suivait h Ti nai^e. M. Renou parvint, sur son cheval lance ^ la nage, jusqu'à un petit h iteau au milieu du fleuve. Le cheval, en nageant, regagna la rivo droite.
plètCiqueJe regarde comme impossible qu'ils s'eu
relèvent (l). »
« Une lettre de Château-Gonlier, du 2, transmise par Sablé, le 3 nivôse, parlait que les brigands
n'étaient plus à craindre, (^u ils étaient terrassés, en déroute, épars dfî tous les côtés.
« Les communes du district de Seo^ré sont debout et en arrêtant cbaque jour un grand nombre.
« La dernière capture des cavaliers volontaires de Segré est celle de six cavaliers, armés de naousquelons cl de pistolets d^arçon, avec des ceintu* rons et (les valises renfermant des espèces monnovées et des objets précieux évalués a pius de 10,000 livres,
« Un soldat, arrivé ce soir de Craon, annonce que leur armée a été battue de nouveau à Nort, qu'elle a perdu trois à quatre cents hommes. Nous espérons en peu vous apprendre la défaite entière de CQTs scélérats qui, désormais, sont presque sans défense au moyen de leurs divisions. »
A la fin de frimaire, ces nouvelles, dont le
(1) Chose curieuse, cet officier, qui dit avoir dîné avec les généraux, déclare qu'on ne sait pas < où est notre armée* » Son évaluation du nombre des fuy;Td$, à Nort, est contraire il tous les témoignages Madame de la Rocbejaqueleîn évalue les restes de l'armée, à Nort, k dix mille hommes, et Carrier h Savenay, â six mille. Rapprocher de ces lettres celle de Turreao et de Prieur, deChâioaubriant, du 39 frimaire, rendant compte de la tentative de passage de la Loire parjes Vendéens: «les avis, disaient-ils, étaient partagés sur son succès, et sur le nombre de ceux qui avaient pa$sé «...Ni les mauvais chemins, ni la pluie, ni le défaut de souliers, rien n*a arrêté nos braves soldats. Si les rebelles peuvent rencontrer sur leur route un obstacle qui les arrête un jonr^ c'en est fait d*cax; la victoire du Mans est complète et les brigands ne sont plus ^iJournalâes Défra/«> n« 460, Convention du S nivôse.)
DANS LA SARTUË.
mauvais état des chemins et le désarroi des admi* nistrations retardèrent l'arrivée, n'étaient pas encore près de parvenir au Mans, où les envoyés
des districts venaieiU Luujours se renseigner. Le l**" nivôse, le commandant de place y faisait publier un simple billet de Tairent national du district de La Flèche, Péan, du ^9 frimaire, ainsi conçu : <c Point de nouvelles officielles. Un marchand de La Flèche arrive d'Angers^ il rai)porte que les brigands sont à Ancenis, bloqués par les armées de Westcrmann, do Sepher et par celle de Nantes. » Aussi, en rabsence de renseignements officiels, les esprits avaient-ils été lents à se tranquilliser au Mans.
Le 29| le maire écrivait encore au Comité dârensîf:
<( II est important de savoir la route que tient renncmi. On y parviendra en établissant des cor- * respondants à Laval, à La Flèche ou à Angers, à Sablé ou âChâteau-Gontieret à Alençon.Onpourrait avoir, an moins, une force armée de cavalerie, pour faire des patrouilles dans la campagne, aller à la découverte, et une d'infanterie pour garder les issues, et concourir, avec la garde nationale, au maintien de la tranquillité publique et à l'exécution de la loi, que des individus se plaisent à violer.
alScUut et fraternité^
« Potier, maire. »
Le môme jour, le commandant de place Rocheteau, ennuyé de ne pas avoir de nouvelles sur la situation deTennemi, avait fait partir le matin
même des gendarmes en courriers pour Châtcau- Gontier^ Laval et La Flèche.
Il donnait aussi au comité défensii les docu-
â60 LES V£NDÉëNS
ments suivants sur les forces qui se trouvaient alors au Mans :
« Nous n'avons que :
« Trois cents hommes (du balaillon êlrani:^er) slalionnés à Saint- Vincent, faisant le service cl mai habill(^s.
c< Huit à dix gendarmes, donl une partie en coûte.
f< Dix-huit cavaliers de dernière formation, un peu désorganisés, ne recevant pas de paye et ne voulant plus de leurs chefs.
« Quatre chasseurs à cheval en état de marcher.
« Une partie de la garde nationale, fort falîcriif'e du service de dix postes établis au Mans, qu'elle remplit, sauf deux autres fournis par le bataillon caserné à Saint-Vincent. ,
fi Quatre CRnonniers et un officier chargé do surveiller; neuf pièces de canon de quatre, une de huit, vingl-deux caissons vides, trenic-qualrc ou trente-six rheveux. »
Ecrasé de travail, Rociieteau s excusait de ne pas donner le détail des munitions ; il y avait aussi - ciqq cents ftisils hors d*état de service, à moins
d'être réparés.
Il donnait ainsi l'état des postes :
Postes. Hommes.
Maison commune 60
Maison d'arrêt de Févéché 12
Saint-Vincent (fourni par le bataillon étranger) 18
Croix-de-pierre 7
Oratoire 50
Ponllieuc 3i
Département (plus 9 hommes fournis à la porte par le bataillon
étranger) 24
- Visitation., 24
A reporter* ?29
' DARS LA SAKTHE, 261
Postes. . Hommes.
HeparL 229
Hôtcl-Dicu ' 7
Ponl Saint-Jean tO
Croix d'Or (par le bataillon étranger) 24
Pont du Pré 10
En tout, sauf erreur. i80
Il terminail sa lettre par ce posl-scriptum : « Le grand nombre de rebelles, que nous avons dans notre ville, serait bien dans le cas de faire venir Tannemi, s'il était aux environs. 11 est bien à propos que Ton en décide. Veuillez vous en occuper; ^ les vivres manquent.»
Heureusement les nouvelles de victoire, restées en retard, vinrent enfin rassurer les effrayés.
On commença dès lors à avoir moins peur des brigands, qu'on savait désormais loin et aux abois. Le 29, les archives furent rappelées de Chartres. Le .%,eut lieu la féie solenneIle.de la replantation, sur la place des Halles (dite place des Victoires, pour la circonsiance), de l'arbre de la liberté que les Vendéens avaient livré au feu.
Carnieravnit élé invité h assister à cette féte, et, « à purger par sa présence le sol souillé par les brigands, n Mais Tavocat de Saintes montrait peu d'empressement à revenir au Mans, après sa fuite du 20 frimaire. H prolongeait alors, comme plus lard encore, son séjour à Alençon, d*où il gouverna un instant quatre départements, la Sarthe, la Mayenne, rOrnc et le Loir-et-Cher,
« Tel' Rittrtffuis César, ¥Ji même* ti'Rips, « Dictait à quatre en styles différents. %
1) fallut donc se passer de la présence du proconsul.
Le maire vorsa la première pelle de terre, pour couvrir les raeines du chône, destiné à symboliser et à enraciner la liberté. Puis il |)rononça un discours tout rempli d'un lyrisme tiévreui^, inspiré . par les circonstances :
c( Immortelle cité, ion nom devient cher à la République, puisque des milliers d'esclaves ont Irouvé la mort dans ton sein. La calomnie, qui oljscîircissaiL tes hautes destinées, disparaîtel fuit maintenant loin de tes murs orgueilleux, i» Ën parlant de calomnie, le maire faisait allusion aux reproches qu'on avait adressés à la ville pour sa facile reddition et surtout à un article du Courrier républicaiîi du 22 frimairi', luiméro 53, page 49, concernant les administrateurs et qui avait violemment excité leurs colères. «Citoyens, ajoutaitil, les brigands ont fait de cette cité le théâtre de tous les crin>os ; il ne manquait à leur scélératesse que de rougir vos maisons du sang de vos enfants, et ils Teusscnl fait, si la vengeance des troupes républicaines ne les eût dispersés d'épouvanle, après avoir donné la mort à un grand nombre d'entre eux C'est ici, c est sur cette place,
que vos pères ont péri par le fer assassin des suppôts de la tyrannie
«Tous les sacrifices que nous avons faits, doivent être des jouissances pour les âmes vraiment républicaines. La liberté, la République, voilà les dieux de nos cœurs, voilà les objets de nos vœux, voilà les trésors dont nous sommes avides ! Nous ne viendrons pas ici regretter nos propriétés, nos jouissances, quand nous avops à pleurer les plus braves défenseurs de la Patrie. Cet acte d'égoïsme est indigne de nous; nous oublierons jusr}u'i\ la trace de nos odversilés el, transportés d'un saint enthousiasme pour la liberté, nous ne pousserons tous qu'un seul cri : Vive la liberté, vivo la République ! n \
DAI4S LA SÀHTU£.
« Rousfel, dans un discours énorfrique, dit le secrétaire rédacteur du procès-verbal (Turbat), paya aussi, aux mftnes de nos frères assassinés par ces monstres, le tribut de regrets qui leur sont dus. » La fête se termina par Tincendie des titres féodaux (i). •
Le soir eut lieu à Saint-Benoît, an son de la musique, la réinstallation, présidée par le maire, de la Société populaire» Jusqu'alors, il y avait eu trop peu de citoyens revenus au ^ Mans; le besoin d'effacer les traces de Tinvasion, de se procurer des vivras de pourvoir en un mot aux intérêts pai ticuiiers, avait trop primé les divers intérêts publics pour (|u'on pût songer à la réinstaller. Encore ne fut-elle a fréquentée que par une poignée d hommes jaloux de la conserver et de la soutenir, » pour en faire Tinstrument de leur ambition et le fondement de leur despotisme. Dans cette séance, Roustel déplora la perte des ciLoyciis massacrés par le fer dos brigands. 1! fut arrêté que leur oraison funèbre serait pronoocée à la prochaine réunion (^).
Ou tâchait de sortir du désordre et d'en faire disparaître les tristes vestiges. La municipalité ordonnait de balayer les rues, faisait défense expresse aux fripiers de vendre, aux gens de la campagne, des effets qui seraient soupçonnés volés par les brigands» enjoignait à tous ceux qui avaient des armes, que les brigands auraient laissées, de
(l) Voir le procès-vcrbal aux Aretiîves de la S^irthe; les Alficheg du Mans, du 3 nivôse, et la lettre citée par Grille, p. 381. Je ne nonnais pas Toriginal de ceUe lettre, de même que pour une nuire, p. 312. émanée, soi-disant aussi, d'un Manccau, et dont je soupçonne plus encore la fabrication.
{'2) Aicliives de la Sarllie et les Mcmbrende la SocièU populan e acquittés, d leurs conciloyenSj p. 7.
LES VENDËËINS
les rcincitre sur-le-cbamp à la maison commune, ordonnai! romoUro les oulîls qui avaient servi aux relranchemeats, invilaii louslcs bons citoyens à porter des serviettes et des draps à rtiôpîtal militaire de Tessé, etc. (1).
En face de nombreux traits d'égoïsmc d'alors, faciles à comprendre, après les nombreuses perles faites par les hahilams, je trouve cependant à citer un rare c\cmple de désint(^rrssement. Le nivôse, se préseijta au dèpartemeat, le citoyen Jean-Baptiste Maraudel, domiciliédans cette commune; il déclara a que les brigands qui avaient séjourné chez lui y avaient laissé, lors de leur fuite, une cuillt^rii potagère, sept couverts, six cuillères à café, lo loul d'argent, une petite boîlo d'argent renfermée dans une bourse brodée d'or et trois cent six livres en écus de six livres, lesquels objels il entendait déposer sur Tautol de la Pairie. i> Il déclarait aussi «avoir été volé par les brigands d'une montre d'or et de plusieurs effets de sou ménai^e, (|u*il évaluait par aperçu à la somme de sept à huit (•cnls livres. On lui donna acte de sa déclaration cl 1 on arrêta qu'il garderait par devers lui ces objets, pour les présenter au Représentant du peuple, qui statuerait ce qu'il appartiendrait.
Garnier de Saintes, peu de jours après, se borna à arrêter que les effets abandonnés par les brigands seraient déposés a la municipalité, et que le [iroduit serait employé à soulager les infortunés sans-culottes pillés, blessés, ou ayant perdu leurs soutiens.
(1) Archives municipales da Mans. Voici encore d'autres ordonnances municipales publiées dans la ville : le S6, ordre de faire assembler tous les commandants étrangers |.oar qu'ils eussent U quIUer Ja ville; le 97, ordre à ceux qui o..t des bœufs ou vaches chez eux de {es faire conduire sur-lechamp au Croissant, au directeur.
DANS LÀ SARTUfi. 265
Les Vendéens avaient abandonné au Uans el a Saint-Denis- d'Orquesi, une quantité considérable de chevaux et de bœub. La remise d*un certain nombre fui laite aux préposés des subsistances
militaires : mais aussi il y oui bien des chevaux, des caissons, des voilures dont plusieurs citoyens s'emparèrent, el prétendirent pouvoir s'emparer légalement, en disant les avoir achetés des officiers ou des soldats de rarmée de rOuest. Le commis* saire des guerres fil des tentatives pour les recouvrer. Une répartition des bœufs [)ris sur les brigands oui lieu uilérieuremeni entre les districts. Cinquante f)ièces (!e l^élail furent envoyées au district de Mamcrs, pour être vendues au pioiit de la République, qui ne profita pas de l'argent de la vente (1).
Il était bien difficile, on le voil, de ramener Tordre, après répouvanlable désarroi cL la surexcilafion des passions unienés i)ar Tinvasion. Au moins la ville pouvait-elle se rcfçarder comme -tranquille, désormais, du côté des Vendéens ; mais un danger plus terrible la menaçait depuis leur départ, la famine, la faim qui venait encore unir ses souffrances et ses mauvais conseils a la misère. a reffervcscence résuUant de roccupaliou vendéenne.
Qu'on se figure, en effet, ce que dut être la ville au lendemain du départ des envahisseurs. Dés avant leur arrivée. Le Mans ne vivait qu\i Paide de réquisitions faites dans les communes voisines. Les bouches affamées de Tennemi absorbèrent le peu de subsistances qui restaient dans la ville et dans les environs et qu'on navail pas fait évacuer ; survinrent ensuite les armées républicaines qui achevèrent d'épuiser les derniers rester des vivres* J'ai dit à Taide de quels prodiges
(Ij An liivcs de la Sarl.e.
LËS VË^DÉ£^iS
(Je fi^^voiiement et dlnduslrie la municipalité provihoire el de couraj^cux citoyens parvinrent à éloigner de la ville le flôau du pillage, déjà commencé par des soldats indisciplinés. Les habitants eux-mêmes se répandaient dans les campagnesi pour tâcher de s'y procurer des aliments.
Le 26, quand les administrations furent réinslallées, leur premier souci fut les subsistances. On avait ordonné des visites doniiciliaires pour s^assurcr s'il n'y avait pas des grains cachés; mais ces mesures inquisitoriales ne procuraient pas du pain. On tit revenir des grains de Chartres; on envoya aussitôt dans celte ville un commissaire, Toury, pour presser l'envoi des blés que le convcnlioiinel Thirion, alors dans cette ville, avait bien voulu requérir pour le département de la Sarthe (1).
Rouslel écrivit lui-même à ce représentant, afin d'activer l'arrivée de ce secours, qui était le
dernier espoir du département.
Le même jour {^H et non le 25 comme Ta dit Grille), il adressait à Barré, le vice-président de Tadministration resté encore à Chartres, la lettre suivante :
« Les brigands sont aux abois ; nos armées les
poursuivent sans relâche. Un commissaire général ordonnateur vient de nous assurer qu'il y en avait au moins dix mille de tués sur la route de Laval. Ils sont à présent à ChAteau-Gontier, où ils n'auront pas le temps de se reposer.
« Je te préviens qu'un commissaire ordonnateur, à la suite de Tarmée, s*est présenté au conseil
(1) Gela prouve combien les rapports avaient été prempts alors rntro Chartres et Le Mans, tt que les réfugiés y avaient été Instruits de bonne benre de la délivrance de ia ville, ainsi, du reste, que Tbirion le déclara à la tribune de la Convention.
DANS LA SAIVTUE.
pour nous demander des Sfrains, de Favoine et des souliers. Le conseil lui a promis de t avertir de donner des ordres, pour faire revenir ce qui se trouvede ces objets & ta disposition.
« Donne donc promplement des ordres pour faire revenir au Mans nos grains, nos souliers, les commis qui ne sont pas nécessaires h la c^arde des archives, le directeur des postes el le payeur général. Le danger est loin de nous maintenant ; * je ne crois pas que la horde scélérate revienne au Mans, k moins que ce ne soit par débris et en déroute. Nous sommes dans le chaos cl dans le désordie; nous ne savons à qui répondre. Une autre fois, je t'en dirai plus long et je te le dirai mieux.
a Salut et fraternité^
« ROUSTËL (1).»
Barré, toujours exilé à Chartres, avec les Archives el leurs défenseurs, était resté sans nouvelles des membres du département. Le 27 même, il écrivait à Tadministration que, pendant trois jours, il avait été dans les plus cruelles Inquiétudes. « Je vous avais écrit à Mamers, où Potier m'avait dit que vous étiez réuais (2), et je n'ai pas reçu
(1) Le lendemain 27. le même procureiir-général-syndie do
di'parlement, Marat Roustel. donnait lecture au département, qui en ordonna l'impression, du Rapport des administrateurs du dcparlement de la Sarthe à leurs concitoyens, sur rinvasion des Vendéens^ 8 pages in-4». On trouvera pins loin celte pièce importante, reproduite entièrement Klle ciOté publiée déjà diins le s Recherches historiques sur Au- Ififjue, p. 233-249. Des extraits parus dans les À fiches du Mans, du :i nivôse, ont été reproduits p.ir Grille, p. SO^. (-l) Poliei s'était donc aussi replié jusqu'il Chartres.
un mol. Enfin votre envoyé, L , m'annonce
que vous êtes au Mans. » Parlant de Tétat cruel de disette où se trouvait le département, il invitait l'administralion à envoyer au Comité de sob* sistances, auprès de la Convention, un commissaire, que Thirion, bîcu disposé, ne manquerait pas (ra[4)uycr.
Le même jour, après avoir reçu par la dépêche Duval, Tordre do renvoyer au Mans une partie du convoi, qu'il dirigeait aussitôt sur Gourville, Nogcnt, La Ferté, il reprenait la plume et écrivait :
«Nous y joi^^nons....... les voitures de farine que
nous avons obtenues de la numicipalité. Nous nous étions donné des mouvements, pour pouvoir obtenir des subsistances pour notre pauvr^ commune; ic citoyen T... a employé une activité incroyable et toutes ses connaissances ici pour réussir, aidé de Franchet. Déjà nous avions le plus bel espoir, (^uand la malheureuse dépêche de la rMU!ii( iijalilé a annoncé que les aristocrates^ qui ravalent provisoirement remplacée, avaient pourvu à Tapprovisionnement de Tarméo. Nous sommes étourdis de ce coup inattendu et nous ne savons plus comment nous tirer du mauvais pas où 11 nous a jetés. Nous tremblons de nous euteadrc reprocher d'en avoir imposé sur Télat de nos besoins et qu'on oppose la (acililé avec laquelle celte muuicipalité a trouvé moyen d'approvisionner Tarmée. Posez donc dans votre sagésse ce que vous avez à faire*
« Barré. »
« Réponse prompte. Peignez, avec la municipalité, les besoins effrayants de la Sarthe. Chartres est bien disposé. Sur notre pétition, le département d'Eure-et-Loir sollicite du Comité la permission de nous envoyer des grains. »
Le lendemain soir, Barré écrlv*ait de nouveau
D\NS LA SARTHE
qu'il venait de conduire Toury» le commissaire envoyé du Mans, au département ; que le Directoire, favorablement disposé, leur avait répondu
qu i! avait reçu la ré(|uisitioii de Garnier de Saintes pour l'armée, qu'il avait envoyé sur-Ie-chanip au Comilé dos subsistances pour ctre autorisé à la remplir. 11 invitait ses collègues à Taire une adresse à la Convention et à la faire porter immédiatement par nn commissaire. « Surtout, disaitil, gardez-vous de parler des grains que la municii^ililé de Chartres nous a flonnés, ce serait lui rendre et à vous le plus mauvais service.» Luimême envoyait un courrier aux députés de la Sarlhe, pour soiUciter des secours, et leur dépeignait les besoins extrêmes de son pays, au comble de la misère et qui, dîsait-il, après avoir fourni dix-huit mille quintaux pour les armées et ia ville de Tours, avait vu les brigands enlever el piller le reste de ses subsistances. « Les habitants sont réduits n la nourriture des légumes el vont succomber sous les horreurs de ia famine, n
On n'aura pas été sans remarquer, certes, les curieuses révélations faites, le 27« par Barré, parlant de la malheureuse lettre de la municipalité du Mans, qui faillit i)aralyser tous les cfloi ts des administrateurs manceaux restés à Chartres, et aggraver les souffrances fet la famine de notre ville. Cette lettre eut du retentissement. Toury, envoyé à Chartres en qualité de commissaire, la lut après Barré, et à son retour au Mans dit. que Potier et Juteau, agent national de la Commune, avaient écrit à Thirion « que la ville du Mans n'avoît pas besoin de subsistances, que c'éloit leur lettre qui avoit empêché le représentant du peuple de faire, dans le district de Chartres, les réquisitions nécessaires pour lui en procurer. »
Potier, qui se voyait ainsi publiquement accusé d'avoir entravé Tapprovisionnement de la Com-
LES VEKDÉBNS
mune, considéra ces bruits comme calomnieux.
Toury fut mandé au conseil de la Commune, pour
s'expliquer à leur égard. Il répondit qu'il avaii cru seulement que Thirion avait mal interprété la lettre de la nnuiiicipalité; pressé vivement par Potier et Juleau de désavouer les bruits qu'on lui attribuait, il s'y reAisa d'abord ; enfin, de guerre lasse et pour sa propre sécurité, il déclara que les propos dont on Taccusaît à l'égard de Potier étaient faux et le produit de la malveillance. Quant an Conseil, il reconnut que la lettre, qui traitait d aristocrates les membres de la municipalité provisoire, ne contenait' que des choses avantageuses pour le peuple et prouvant évidemment le patriotisme et la sensibilité de Potier, dont il eeriitla oflicicliement Je zèle à approvisionner la Commune (1) !
Los ;,^éncreux efforts lentes par Barré et ses collègues à Chartres étaient bien mérilanls; chaque jour, dans ta Sarthe, les besoins devenaient plus alarmants. Le maire, le 28, invitait le département à se concerter avec le commissaire ordonnateur des guerres pour procurer des subsistances à la ville menacée de la famine. Deux commissaires, Delelée, alors au Mans, et T..., toujours à Chartres, furent nommés pour se rendre à Paris, y peindce le dénuement du département, et faire parvenir promptemenl les réquisitions promises par le Comité général. Par une aiiièro dérision, le déparlement de l'Indre requérait alors de la Sarthe six mille quintaux de grains (2).
(l) Séance de la Commune du 13 nivôse. Affiches du 23.
(9) On annonçait oossi l'arrivée de dix mille hommes de roniiie <lti Nord. Sablé soulFrait étjalemeiit de la faim. Li moieure partie de ses grains avait été évacuée vers Saumnr,o« ils avaient été versés dans les mag^asins militaires, pour l u-
DAltS L^ SABTHE
Jusqu'au 29, tes neuf cents prisonniers détenus avaient étésoi^imnt alimentés (si l'on peut appeler de ce nom les queliiues bribes qiiMIs recevaient) avec le p'iin fourni par le commissaire ordonnateur et pris dans les magasins militaires.
Ce jour^là, le commissaire ordonnateur refusa de continuer à leur fournir le soutien de leur mourante vie* La Commune, de son côté, n'avait {}u*uue journée de subsistances, à peine, dans ses magasins. Elle invita, le département à donner au commissaire Tordre d'en fourrifr deux ou trois jours encore, sauf à le remplir plus l^rd, et à requérir des grains dans les districts, jusqu'à Tarrivée des blés de Chartres et de ceux qu'accorderait le Comité général des subsistances. Le même jour, le district déclarall qu1l n'y avait pas pour une journée de vivres dans la ville et adressait de pressantes réquisitions aux communes voisines- Roustel, en donnant avis à Barré, le 2U, de Farrôté de Tadministration qui rappelait les archives au Mans, lui donnait quelques détails sur cette triste situation.
« Le (langer est éloigné de nos murs : les brigands, toujours poursuivis par x\o^ armées, sont actuellement à Ancenis. Tu peux rentrer au Mans avec toute ta suite. Je te fais passer l'arrêté qui te » rappelle avec les archives et tous ceux qui les escortent.
« En conséquence, je m'attends à avoir bientôt le plaisir de te voir, fa présence devient d'autant plus nécessaire que moi et le conseil général allons cesser nos fonctions supprimées (1).
sage de la troupe. Voir aussi l'aflresse de cette commune h la Convention, du 15 nivùse, pei^^riaut le lU-nuemcnl absolu de toute espècô de subsistances; C.iiilc, p. 319.
(1) Roustel fait allusion à la réorganisation des autorités, ordonacc par la loi du 14 fcimalrc.
« Nous devons bien de la reconnaissance à nos frères les administrateurs de Chartres. Quand tu seras de retour, nous leur en ferons passer
rexpression dans toute la sincérité de notre cœur.
« Je t'envoie Hussi l'adresse de noire C4omUédes subsistances, contenant Tétat de notre situation. Le citoyen Delelëe a été nommé commissaire pour se transporter auprès de la commission générale des subsistances, à PefTet de nous obtenir des grains. Nous aurions nommé le citoyen T...; mais on nous a assuré qu'il n accepterait pas. C'est le citoyen Leiourncur qui nous a assuré cela.
« Nos recensements ont été envoyés à la commission générale des subsistances. Nous avons
un besoin pressant d'en obtenir, cl cependant le ministre de Tintérieur nous a atlressé une réquisition de six mille (luinlaux, (|ui nous a é\6 pn^snn- (èe par des commissaires du département de rindre. Nou^ leur avons exposé nos besoins et les avons renvoyés, plaig^nant leur sort et le nôtre.
a Succès et prompt retour.
(c Salul et fraternité^
« ROUSTKL. D
Bientôt Barré rentrait au Mans; son premier
soin èlait de remercier les Charlrains, le déparlemenlet h miinicipaiilé de leur hospitalité compatissante et de leurs secours en grains « qui au- . raient encore été plus généreux, si la loi ne se fût opposée à leur envoi.» Il exprimait aussi sa reconnaissance aux députés de la Sarth^, et écrivait à Thirion :
« Reçois, citoyen, l expressioa de la reconnais-
DANS LA SARTHË.
sance des malheureux Sarihois. Tu as Irouvé^dans ton cœur et ta conscience, les moyens de leur procurer du pain. Ils en maïKiuaient, ils en man-
queroiu encore, si lo Comité des hubsislances ne vienl à leur secours. Tu as emporlé leur estime, et tu viens d'acquérir leur amour. Ils m'ont chargé de te l'exprimer ; celte commission m*esi bien agréable.
« Barré, »
Hélas! la Commune étaH, en efTet, pour longtemps réduite à vivre au jour le jour, ne repoussant la disette qu'a l'aide de réquisitions, souvent trop faibles ou Irop lentes à arriver.
Pendant que les habitants du Mans luttaient ainsi contre la famine, leurs anciens envahisseurs
terminaient enfin leur agonie et recevaient leur dernier coup de mort à Savenay.
Beaucoup n'avaient revu les eaux de la Loire, que pour aller s'y engloutir; le fleuve rebelle à leurs prières et gonflé par les pluies de l'hiver ne leur avait oftert ni barques, ni gué pour traverser rimmense largeur de son lil, si heureusement franchie au mois d'octobre. Westermann et I^egros s'approchanl d'Auceni.s les avaient forcés à s'éloigner des rives de îa Loire, pour retarder leur destruction d'un instant (i).
S'étant rabattus sur Nort et Blain, ils se traînaient vers la Bretagne, n'ayant jamais pu rallier leurs débris depuis Le Mans, atteints dnne fièvre et d'une
(1) Voir, avant Savenay, les lettres de Carrier, de la fin de frimaire, Journal des Débats^ n**" 457, 464, 4G7 On sait que le général Moulin fut emprisonné par son ordre pour avoir donné des passeports» sur la rive gauche, à des Vendéens qui s'étaient rendus.
274 LES V£i\DËËNS
toux meurtrières, ne vivant que de navets ou de quelques vivres bien rares arrachas par force; relancés sans cesse par les infatigables chasseurs de la légion du Nord, traqués par les paysans.
Kntin, ils allaient s'arrèler à Savenny, leur dernière et funèbre ètape,^ où ils ne trouvaienl le repos qu'avec la mort.
Je n'ai pas, Dieu merci, à raconter cette bataille, car il me faudrait de nouveau, comme au Mans, marcher sur des monceaux de cadavres firançais. Le 3 nivôse, la Vendée succombait à Savenay, maïs elle ne mourait pas sans gloire. Son courage était hautement reconnu par les représentants du peuple, Prieur elTurreau, dans leur lettre à la Convention (iu 3 nivôse, et par Tadresse des deux armées républicaines à la Convention, de la même date : a La certitude qu'ils avaient, que nous ne ferions aucune grâce aux ennemis de l'a République, leur avait donné celte bravoure que l'on ne voit prus(4ue jamais que dans le désespoir (f). »
II nV avait plus dès lors d'enn<Mnis à combattre, mais qucliiues fuyards à poursuivre et de nombreux prisonniers à immoler.
(1) Sur la bataille de Savcnay, voir M. Ledoux, Revue des provinces de rouest, 1858; les lettres de Priear et Turreau, dodnivôse^de Beaupùy 'a Merlin, du 4, de Francastel, du 5, de Carrier, du 4, ainsi que son Rapport de vendémiaire an ÎII, p. 5; les adresses de Tannée i» U Convention et les rapports verbaox qa*y tirent des ofllcicri:, estimant à plus de trente mille la perte des Vendéens depuis Angers, Jour-nal des Débats^ n^' 464-467, Journal de France, no 460, Jf<?«î7e«r,etc.Wesiermann, Campagne de la Frwd^<f, p. 33- 48, et sa lettre à la Convention ; Rapport de Benaben, p. 90 et SttÎY.; M. Berriat-Saint-Prix, /fl Jtt^^Vv? révolutionnaire en France; M. Carré de Bosseroles, ies Colonnes infernales, p. 5; Savary» 1. 11, p. 451 et sniv.» et les antres bistoriens de la Vendée.
DANS LA SARTHË
La commission militaire créée au Mans et Carrier èlaiciH là ; c'est dire qu'il y eut des hécatombes de victimes, et que la Loire engloutit dans son
sein les corps dos soldats restés les derniers fidèles îi leur drapeau, avec Fleuriol, Mari^^^iy et Langreuière.
On pouvait croire qu'il n'y avait plus de Vendée. «Nous en avons fait une boucherie telle, écrivait Carrier, le 4 nivôse, qu'on n'en entendra plus parler. )) On affichait dans tous les départements voisins le fameux BuLleUn : « Les brigands sont f..... Bagages, niunilions, caissons, canons, équipages, tout est en noire pouvoir leur armée catholique n'est plus. Elle est réduite à quelques hordes vagabondes que les paysans, les tirailleurs fusillent de iouS côtés (1).»
Le 7 nivôse, à sept heures du soir, le district de Sablé Iransmeltail au.ssi au comité défensif du ♦ Mans, avec le récit de la bataille de Savenay, ce Bulletin^ que le commandant de place eut soin de faire publier : « Les brigands sont f..., hachés, massacrés ; ils ont jonché de leurs cadavres les rues de Savenay. Poursuivis dans les plaines, les ' marais et les bois, ils ont laissé des monceaux de
morts Plus de six mille brigands onl expiré
sons les coui)S de nos braves républicains., . Vive la république, mort aux brigauds! » Il ajoutait: <c D'après cette nouvelle, notre correspondant de Château-Gontier s'est rendu arec nous, et nous ne croyons pas qu'il soit intéressant de continuer
(1) Voir ceBulleiin dans les collections de la BiblioLlieque de la rue Uicheiieu ; Carré de Busserolcs, les Colonnes infernales y p. 1, d'après \e Bullelin du déparlement d'Indreei'Loire, du 6 uivosn ; Grille, t. III, p. 396, avec d'énormes addinuns provouatit de su plume.
â76 LES YËNDfifiMS DANS LA SARTHË.
la correspondance que nous avons établie avec vous (1). »
Le département de la Sarthé n'avait donc plus à
craindre ces ennemis qui, depuis le mois de niars, avaient été pour lui la cause de lanl d'effrois, de troubles el d'arrêtés révolutionnaires. Avec le danger, se trouvait écarté le prétexte des mesures de proscription. Le sort des suspects, dès lors moins fV^appés de suspicion, si je puis dire, s'en ressentit, et, à la différence de ce qui eul lieu dans la Mayenne, le ressort de la terreur se détendit dans la Sarlhe. Heureuse mais faible compensation des misères sans nombre que Tinvasion avait apportées avec elle, et des ruisseaux de sang qui avaient taché tes pavés du Mans dans la journée du 23 frimaire. - ' '
Un dernier reste de cette invasion demeurait encore dans- la ville: les prisonniers amenés des communes voisines, dont le plus grand nombre se composait de femmes et d'enfants. Cest de leur sort qu il nous faudra bientôt parler. A côté de scènes funèbres et en face de cruelles souffrances, . nous aurons à signaler, Dieu merci, des exemples du plus courageux dévouement et de la plus noble humanité !
(1) Ce correspondant admettait tous les bruits à la légère; ainsi, il assurait alors « qu'il était reconnu que l iaiàme Dumouricz était le traître, qui portait les aimes contre sa pairie sous le nom emprunté de Charette (1). o