CHAPITRE II
La (i^éncralilc des historiens est d'accord pour reconnaîire combien fut affreuse celte journée du vendredi iâ décembre 1793, ei de combien de scènes d*horreurs Le Mans fut alors le ihéfllre^ ainsi que la route de Laval, où se prolongea i>lus longtemps la funèbre déroute. A quelque opinion qu'ils apparliennenl, républicains ou royalistes, chamî)ions cle la Vendée ou de la Révoïulion, lous ont l'cconnu le caractère de sanglante boucherie attaché d'une façon inefTacabie à la reprise du Mans (1).
(I) Voir Bourniseaux , Précis historique de M guerre de rendéet 1809, p. 151, et Hiuoire des guerres de U Vendée^ 1819. t. 1!» p. 206 ; III, 268, 30»; De BeaaebaMi|», Hisi. de ia guerre de la Vendée, 1. 1 1 , p. 238 et soi v. ; - Jobaa* nel, La Vendée à trois èpoquat, l. I, p. 239elsuiv. ; — Créliueau-joly, Hist. delà Vendée militaire, 1. 1, p. 889 T. Maret, • Uist, des guerres de l'Ouest, t. I , p. 419 ; — De Quatrebarbcs, Une commune vendéenne sous la Terreur, p. 1*23; — Chateaubriand, 44« livraison du Conservateur ; - Y'* Walsh, Lettres vendéennes, l. II, p. 2ir>et suiv. ; — M. Uu( h;itcliicr, Ww/. de ta Révolution dans le."! dcpariements de Brcfagne^ t. lll, P.30G;— Eug. Luuduii,/i2 iV//^/^^édit. in-8\ 18i9, p. 308 ; — iid. Ourlinr, Contes du Bocage, et dans les Français peints pur eux mêmes, \c Poilcvin ; — Pilre Glievalicr, Bretagne et Ven^ dée, p. 413-193 ; — Pala-Deshautschamps, Dix un^ de guerre intestine, 1840, ia-8«; — Jomini, Hist. des guerres de
LES VENDëëMS dans LA SARTHE. 67
Cependant quelques voix discordantes se sont fliit enlendre aa milieu de ce concert d'aveux presque unanimes* Aux réserves timides de Savary et de H. Ducbatellier, sont venu^ se Joindre des tenlalives d'atténuation des faits et des dénégations, de Morlonval (ou du moins du compilateur revêtu de ce pseudonyme), de Grille, de M. Bonnemère et de leurs plus récents imitateurs (!)• De noire temps, où tous les faits historiques ont été remis en question, on ne peut jamais se dire sûr de poi^éder la vérité à moins de remonter jusqu^à la source des premiers témoignages, et de s'enquérir à nouveau de leur degré
la Révolution, !. IV, p. 344, etc. ; — Renouinî, Exxah his- (oriques sur ie Naine, t. II, p. 261 ; — Caiivin, Slaùslique de f arrondissement du Mans y p. 194 ; - Pcsche, Dictionnaire de la SarthcA, 1, CCCXXIIlà CCCXLIV; — M. Lepellelier, Hist, de la province du Sîaine^ t. II, p- ; — Doiu Piolin,
l'Église du Mans devant la Révolution, t. Il, p. -ISJ-lOl; — Pcrrin, Les Martyrs du Haine, t. 1, p. 303-32 1 ; t. 11, p. 374, 3T9 ; — Blordier-Langlois, Angers et le département de Maine* et'loîre de 1T89 Si ISao, t. IL p.l4;— If. Bonrdor, U Terreur en Anjou^ Retm d^Ànlou, âéc 186S« p. 388; — M. Albert Leaitivhand, i/itoin vewiéen; ^ nolaure, Esquisse de la Beealuthn françaûe^ 1. 111, p. 164; ^ Beaolieu, Eetau 1^ ieriquesMur la B/èitêlulian^ 1803, t. Yl, p. 8t ; Les fftftoires de la Béeolution ûe Bertrand de McUeville» de Lacre<telle, La Commllon, t. If, p. 166; Préd^^ t. 11, p» 78 ; — M. TItiers, 1866» Farae, m-4^ p. 734; UIctaetet, 1853, t. Vil, p. 103 ; - Louis Bltne, iQ-4%1869, t. Il, p. 636 ; — 11. Quinet, lii*lS,a« édit., t. Il, p. 84; — Léonard Galloîs, de la Convention, in-8', t. V, p. 411; -- Viltiaumé, .1' (^it.. IS&l.p. 2C9; —Vivien, t. III. 1842, p. 145 ; — De Barante, fl'r.v/. de la Convention, in-8% t. lU, 18ôl, p. 516; — Gabourd, llist, de la Révolution, 1847, t. IV, p. 96; — MM. Erckoiana Chatrian, 1793, in-12, Heuel, p. 36t.
(1) Satary, t. Il, p. 439; — M. Duchatellier, t. III, p. 807 ; — Mortonval, ïïisî. de la Vendée, p. 436 ; — Grille, t. Itl, p. 839; Boonenëre, La Vendée en 1793, p. 310.
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de pureté et d'imparliaiitc. Faisons donc taolo rase de tout ce qu'ont écrit les historiens. Recherchons ce qu*ont dit les témoins, les auteurs de Mémoires; voyons surtout s'il n'existe pas des documents inédits, des pièces contemporaines des faits eux-mêmes^ demeurés dans Pombre jiKsqii'à ce jour, et qui partant n'ont pu ni peser sur les appréciations des historiens, ni être modifi(^s avec le lenjps, dans leur caractère, par la passion polilique.
Celte enquête révélera bien des Taits nouveaux restés inconnus, surtout des habitants du Mans. Et qu*on n'ait garde de s*en étonner! On peut dire, sans crainte de paradoxe, que nulle part les faits sanglants de la déroute vendéenne ne sont plus ignorés, aujourd'hui, que dans la ville qui en fut le théâtre, il y a trois quarts de siècle.
Chaque famille y a bien conservé les souvenirs que lui ont légués les siens, et qu'on raconte le soir, au coin du feu, les portes closes ; mais sont précisément ces souvenirs qui ont empêché au Mans d'étudier bien à fond ces funèbres jour* nées. Savez-vous ce qui a surnagé de Toubli dans la ville, parmi les phases de ce drame sanglant? Des commérages de voisins, des btstoires de va lises abandonnées par les fuyards, de femmes chass(''cs par leurs hôtes pour s'approprier leurs dépouilles, de trésors de Mille et une nuits acquis au prix du sang de vieillards livrés aux soldats et à la mort.
Interrogez le peuple; voilà presque uniquement ce «qui est resté dans sa mémoire. Pesche luimême a écrit ces lignes, où,, tout en se Korvant d'euphémisme, il se fait Técho des bruits populaires : « Les Vendéens laissèrent dans celte ville beaucoup dor, dargciU ci d'effets précieux; rinvasion de cette cité, loin d'avoir été, en résultat, une calamité pour ses habitants, a été, dit-on,
la source de celte richesse commerciale qui s'y est développée depuis cette ép(>que d'une manière très-prononc'.''e (1).))Lc jicuple n'est pns aussi discret que M. Pesche ; il cite des noms, il montre du doigt des maisons; mais, disons-le bien haut, il ne rend pas la ville entière, complice de l'avidité ou de rinhumanité de quelques-uns de ses faabitanis. S11 y en eut que livrèrent leurs bdles, pour s'approprier leurs dépouilles, d'autres firent les plus nobles efforts, tentèrent même Fimpossible pour les sauver; s'il y en eut qui couvoiLèrcnl les bourses des victimes, d'autres refusèreat noblement celles que leur offraient, en quittant les maisons, de pauvres Vendéennes trop sûres du sort qui les altendait dans la rue, et qui eussent préféré laisser ce legs à leurs hôtes plutôt qu*à leurs meurtriers (3).
Mais toujours est-il que ces histoires de .bourses êt de valises grossies par Timagination populaire, ont empêché au Mans jusqu'ici d eclaircir tous les épisodes de la déroute vendéenne.
Le silence s'est fait comme en vertu d une convention tacite, pour ensevelir dans l'oubli des ■souvenirs importuns. Des gens avaient peur, an nom des Vendéens, de voir se lever des ombres, comme celles de Banque, venant réclamer les valises laissées en ville, et de trouver des taches de sang imprimées sur les louis d*or des
(1) Dictionnaire de laSarihe, t. I, CGCLXII.
(3) M. Bourcier, ancien procureur du roi au Mans, disait hier éplcmeut : « On cite de nombreux uu*s d'aJmiriibie générosiu^ envers des femmes, des enfants recueillis, cachés et sauvés, mais aussi quelques actes cruels d'égoismc et de peur. Le droit d'asile, inviolable auttefois, aurnit Hé refusé h des enfants abandonnés on (égarés, à des blessés sans secours. > ^ La Terreur en Anjou, Hetwe d'Ai^ou^ 1Ô69,