LES Y£;«DÉ£NS
victimes royalistes. Qu'y a-t-il de vrai et de faux dans ces récits fantastiques, inspirés peut-ôtre par Tcnvie, je ne veux pas îe savoir. I.'hisloire ne descend pas dans ces bas- fonds de médisances anonymes et de calomnies venimeuses. Elle abaa* donne les auteurs de ces actes coupables, sll y en eut, au cbâtiment de leur consdence ; il lui faut autre chose que des commérages de voisins, pour (|u elle ait le droit d'ajouter de nouvelles tortures aux remords de Macbeth, essayant en vain de laver la tache accusatrice. Les actes accomplis au grand jour par des hommes revêtus d un caractère public, attesiés par les signatures de témoins, relèvent seuls de son tribunal, et elle ne s'abaisse pas jusqu'à tirer de la fange les difTamations haineuses donc s^alimcntent sans cesse les chroniques scandaleuses des désœuvrés.
Dormez donc en paix, contemporains de ce lugubre drame : l'histoire ne viendra pas troubler vos cendres ni épier Torigine et la provenance des trésors enfermés au fond de vos coifres-foris!
L'enquête que je vais ouvrir se composera de deux séries de témoignages : d'abord les témoignages connus, émanés de témoins ou de contempornins, divisés eux-mêmes en deux groupes, — les documents républicains,-— les documents royalistes; puis les témoignages inédits, venant pour la première fois à la lumière.
Les témoignages républicains publiés jusqu'à ce moment sont bien.rares. Le jour ou le lendemain de la bataille, les généraux marchant toujours à la poursuite des Vendéens, étaient pressés, et
n'avaiciU pas le temps de faire de longs rapports. Ceux qui plus tard ont écrit des mémoirrs auraient rougi pour eux et pour leurs soldats d étaler des
DAM LA SARTHE. 71
tueries qu'ils n'avaient point autorisées et dont ils étaient les premiers à gémir. Quant aux journaux, j*ai déjà fait remarquer que la guerre de Vendée tenait peu de place clans leurs colonnes. Voici du reste Tensemble de ces pièces :
D'abord les générnux : « Nos soldats, écrit Marceau, dans son rapport du 25 frimaire, firent de Tennemi une boucherie épouvanlablc dans la ville. « On ne saurait se figurer Thorrible carnage qui se fit ce jour-là, sans compter le grand nombre de prisonniers de tout ilge, de tout sexe et de tout éut, » a écrit Kléber, dans ses Mémoires (1). Joignez à cela ce que Savary a raconté lui-môme de ces journées « de fureurs et de carnage, n et vous aurez à peu près tout ce qui émane des généraux. Il faut encore y ajouter la lettre de radjudant général Delaage, du "25 frimaire, donnée par Grille, $i elle est authentique, fille parle, du reste, « de boucherie, » comme Marceau et Kléber, nais avec plus de détails (â).
Le fameux rapport des représentants du peuple
(1) Savary, t. U, p. 430 et 431.
(2) Grille, t. III, p. 370. — II y a des souvenirs d'ofaders q' i sont un mélange d'eireuts et de vérités. Tels sont ceux d'un aiicicji oflicier delà l-major aux armées de l'Ouest et de Brest, Robert i'aî.ié, qui a écrit Une année de la vie miliiaire de Marceau, Nanc*-, 1850, in-8', p. $71 , « li montre, le n au soir, les Uo\ alistes se relirant en bon ordre dans la partie occidenlale de la ville défendue par Une forte muraille et ^ar det ouvrages en demi-lune armés de batteries.
« te Jendemain ::23, dit-il. Le Mans est attaqué, les murs sont franchis, une bataille est livrée dans la ville. On se bat corps à corps, le carnage est atlrcux; cependant l'ennemi succombe et sa déroule est compléie. Plus de 10,000 Vendéens tués ou blessés, la prise du trésor, beaucoup d'artillerie, des magasins sont les trophées de celte victoire. Hareeaii et Kléber. . . versent des larmes sur ce théâtre de 4éiolatioiu »
72 LBS VBNdÉEUS'
à la suite do l'armée, Turreau, Bourbotte ei Prieur de la Marne, écrit le 23 frimaire à sept heures du
soir, est bien connu :
« Des chefs, des marquises, des comtesses, des prêtres h foison, des canons, des caissons, des caresses, des bagages de toute espèce, un nombre considérable de fusils, tout est tombé en noKc pouvoir, et des monceaux de cadavres sont les seuls obstacles que Tennemi oppose à la poursuite de nos troupes ; les rues, les maisons, les places publiques, les routes en sont jonchées, ei depuis quinze heures ce massacre dure encore* Toute Tarmée court après celle horde, notre cavalerie est sur elle, déjà presque tous ses canons, ses caissons, sont pris depuis qu^elle est sortie du Mans. Leur trésor, leurs bagages, leurs effets, leurs malles, tout est entre les mains de nos soldats, jusqu'aux croix d'argent, mitres, crosses, bannières, reliques de toute espèce, étendards, signes et instruments de fanatisme dont ils enivraient leur troupe insensée et féroce. Nous ramasserons tous ces signes de T imposture pour vous les envoyer, parce que nous pensons qu'il serait utile ■de les faire connaître au peuple, afin qull vît clairement avec quelle perfidie les prêtres ont jusqu'à présent cherché à égarer sa raison.
« Il est bien des détails oubliés et qui seraient intéressants ; maïs au comble de ia joie, excédés de fatigue, nous ne pouvons saisir rcnsemble de tous les faits et vous en transmettre avec ordre les détails. Parmi ceux 'lue nous ne vous tairons pas cependant, sont les traits de bravoure et de courage que nos troupes ont déployés, et particulièrement les deux régiments ci devant Aiinis et Armagnac; la gendarmerie nationale a pied, attachée à la colonne de Cherbourg, a beaucoup ajouté à la réputation que ce corps s'est acquise dans la Vendée.
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DANS LA SARTUË
« Les bataillons de Vkuhe et de laDordogne, et jîénôralenienl tons ceux aux ordres du général Tilly et dont nous n'avons encore pu nous procurer les noms, se sont disputés dlaudace et d inirépw dité ; chaque soldat était un béros dans ces légions républicaines. Marceau, général en cheft Tiily commandant la division de Cherbourg^ Westermann qui commandait la ravalerie depuis notre départ de Rennes, ont eu, par leur bravoure et leur valeur, grande part aux succès de celle journée. Ce dernier a eu deux chevaux lues sous lui, a reçu deux balles dans le corps et n'a pas voulu pour cela quitter son poste. Dans cet instant même* il est encore à la poursuite des brigands et son intrépide cavalerie Jonche la terre de leurs cadavres. Ce qu'il y a de bien satisfaisant, c'est qu'une victoire aussi décisive n\i par coûté trente défenseurs à la République; nous avons environ cent blessés parmi lesquels so trouvent Vadelingue et quelques autres officiers de 1 état-major de la division de Cherbourg. Nos canonniers ont continué & bien mériter de la patrie.
« Vous trouverez ci-joint une croix de Malte qui a été enlevée à un des chers par les grenadiers de Marat, qui en font hommage à la Convention.
« Le peuple du Mans a accueilli nos soldats comme des libéraieurs. Vive mille fois la République! Le triomphe de ses armes a été complet dans cette journée.
« Nous marchons kla poursuite des brigands et leur dernière heure est prête à sonner. .
« TuRREAu, Prieur (de la Marne)
et BOURBOIXE. »
 la lecture de cette leltre, la salle de la Convention retentit d'applaudissements.
Les Représentants du peuple et les citoyens pla* cés dans les tribunes se levèrent spontanémeot« agitant leurs chapeaux en Tair, et répétèrent avec te plus vif enthousiasme les cris de Vive laRépu-blique(i),
Barère proposa de décréter que rarmée avait bien mérité de la patrie ; cette proposition fut votée au milieu des plus vives acclamations. !! lut aussi une lettre mensongère, comme toujours, de Rouyer au ministre de la guerre, annonçant le succès de Tannée républicaine, et disant que La Rochejaquelein avait été fait prisonnier et transféré à Angers (2).
Au Rapport de Bourbottc, Prieur et Turreau, était jointe une liste des reliques prises sur les brigands, que lut aussi BarèrCiClqui excitai ironie des journaux r(^publicains :
a 11 n*est pas un saint dans le Paradis dont ils n'eussent un petit morceau, » dit le Républicain français du 27 frimaire. Le Courrier républicain n<»47, 16 décembre, ënumérait le chef de saint Charles Borromée, Tos pubis de saint Laurent, le lait de la Vierge, la mâchoire inférieure de saint Sébastien, /
«Barère, dit le Journal de France d'Etienne Feuillant, 26 frimaire, n"449, fait lecture de Finventaire des différenls instruments de fanatisme que ics chefs des rebelles faisaient porter devant Tarmée
[1) Journal âu héhalÈ, ii»45S.
(9) Voir XeiiDébats, le Républicain Français, leCaurrier^ etc. -> Tont le tnoade, du reste» disait La Roebejaquelein tné oa pris* Benaben le prétendait mort et déclarali avoir son ehapeso comme trophée ; Gamier de Saintes annonçait sa mort d*Alençon. Pins tard, après le passage de la Loire, Carrier écrira qve StoCflet et La Rocliejaqaeleîa ont été tnés en passant. Les Jonmanx inséraient avidement ces aottfdles à sensation.
61 dontoa s'est emparé, entre autres une eùte de saint Julien, un morceau de la sainte Tunique, te saint crftne de saint Sébasiicn, du lait de la Vierge, etc. (I). »
Le journal d'Héberi, le Père Duchesne, fit luimême une curieuse paraphrase du rapport des Représentants. Klle est pour ainsi dire inconnue, et je pense qu'on me saura gré de ia reproduire. On la trouve dans le n<> aâ3 de cette feuille cynique:
Elle est inUtulëe :
La grande joie du Pkrb Duchesne,
A u sujet de la grande victoire remportée par les soldats de la Liberté dans la ville du Mans^ sur tes btigands de la Vendée^ qui ont été taillés en pièces^ et qui ont perdu leurs trésors^ leur artil" leriCy leurs saints et leurs reliques. Sa grande ribotle avec tous ses compères ci cvmnu rcs, en réjouissance de cette bonne nouvellCf qui donne le coup de grâce aux aristocrates, aux calotins et à tous les conspirateurs,
« On me reproche d être trop souvent en colère. On simagiue que je ne ris jamais que d'une joue ; les aristocrales me regardent comme un loup garou. On ne parle que de mes moustaches, de ma Toix de tonnerre, en un mot, Je suis un bougfre à faire trembler la volaille. Ceux qui me connaissent savent bien cependant que je nesuis [)as si diable
que je suis aoir... Les jean f ries des ai islocrales
me Ton l renverser mes ton rnoanx, les bonnes actions des sans culolles, les victoires des républicaius font sauter mes pintes.
(I) Voir siossi te Batope ûn S7 et le Journal des hommes Ukretf, même data, i[ni p«He 4e re)i«|ues de saint Vincent de la robe de Tenfant lésus.
« Ah ! r«.. quelle joie dans ma boutique quand on
est venu m'annoncer que les brigands de la Vendée avoieal dansé une si fameuse carmagnole dans la ville du Mans! Tous mes compères et conimères du voisinage sont accourus en m'enlendant crier: Vicloire, vive la République! Grande nouvelle, mes amis, leur ai-je dii; femmes, taisez**vouSy et écoutez. Alors j'ai pris mes bésicles et j^ai lu une lettre ci un brave canonnier de mes amis, conlenant lous les détails de la bataille.
« Réjouis-loi, brave marchand de fourneaux, i*armée du pape, qui pour la gloire du bon Dieu ravageoit depuis si longtemps plusieurs départements, qui égorgeoit les vieillards, les femmes et les enfants, dont la trace èloit plus funeste que la peste, qui a changé la Vendée dans un vaste cimolière, ces bandes de scélérats que l'Angleterre av oit vomis sur la terre de la liberté pour renverser son temple, sont enfin écrasées; le fanatisme a reçu son coup de grâce. Ces scélérats, depuis qu'ils avoient ëtè si bien étrillés k Granvitle, sachant combien pèse le bras des Républicains, n'osoient plus revenir à la charge et fuyoient comme des lièvres devant les soldais de la liberté.
« Enfin, nous leur avons si bien serré la botte qu'ils ont été forcés de faire volte-face ; comme ils éloient les plus forts en nombre, ils nous ont repoussés d'abord, et déjà ils crioient: Victoire! Les braves volontaires de Cherbourg arrivent et nous soutiennent, (:t nous les f... en déroute; mesj...f... se replient sur leurs retranchements et semblent défier à tous les diables de les débusquer. C'est alors que uotrq courage redouble ; ni retranchements» ni ponts, ni canons, rien ne peut arrêter des guerriers patriotes, ils taillenten pièces les brigands; cesl alors, f..., qu'il fait chaud; jamais on n'a vu un combat aussi terrible ; il dura jusqu'à neuf heures du soir, la nuit le fait cesser
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quelques instaQiSimais les Bépublicains, craignant de perdre Foccasion de purger la République de
CCS monstres, recommencent comme de plus belle, à leur f... le bal ; ils les pressent, ils gagnent le terrain pied à pied, ei les pourchassent à travers les rues jusqu'au beau milieu de îa gninde place du Mans. C'est là que se donne le grand coup de peigne. La mêlée aduré jusqu*à deux heures du matin. L'armée chrétienne voyant alors que ses reliques étoient sans venu et que le grand Dieu, le Dieu Tout- Puissant, celui auquel on nesauroil résister, c'est celui qui veut que les hommes soient libres, commence à jouer des jambes, et à vanner à la faveur de la nuit, et ils s'éclipsent petit à petit de la ville.
« A la pointe du jour, nos chasseurs les ont poursuivis l'épée dans les reins, et les ont mis en pièces par milliers.
a Toutes les routes sont couvertes de leurs cadavres , depuis quinze heures nous en avons fait une boucherie, et le combat dure encore. Nous leur avons pris tous leurs canons, leur trésor, leurs tmgages, leurs malles, tous leurs effets, les caresses qui étoient ^ leur suite pour conduire les princesses, duchesses, marquises, comtesses, et toutes les muscadines que les chefs mènent à leur suite; des croix d'or et d'argent, des mitres cl d'autres prétentailles; les reliques que des prêtres scélérats porloient avec eux pour embêter les habitants des campagnes.
« Les principales étoient un crâne pourri de saint Charles Borromée, car les vers mangent aussi bien les reliques des saints que les os des hérétiques, une dent de la mâchoire de saint Vincent, une côte de saint Julien, un morceau du crâne de saint Sébastien, et une peiilc liolc du lait delà vierge Marie, qui, par parenthèse, devoit en avoir
LES VEMDÉBNS
à elle seule ije ^aéuis) (aSXXov icoéymv Qom t5v "EX6y)TTa>v, sî tous les fourbes qui se vantent
d'en posséder sont crus sur parole. Voilà, mon vieux, une grande nonvoîlo qui va faire gueuler dans tous les cœurs de Paris, la grande joie du père Ducbesne
a Salul et fraternité, M Sans quartier f canonnier de Paris.
« Ah ! père Duchesne ! la bonne aubaine, s'écriè* rent nos commères en réjouissance de ces heureuses nouvelles, il faut nous en f une pille. —
Volontiers, mes enfants; allons, Jacqueline, une table, des verres, va vite à la cave, et prends derrière les fagots de vieilles bouteilles de Bourgogne
« Vive la liberté, vive la République, T »
Ces lignes cyniques ne sont autre chose, on a pli s*en convaincre, que la traduction fidèle, en
st\ieordarier,du Happorldes trois CoiivcnLionnels.
S'il faut s'en rapporter à Grille, les mêmes représentants Turreau, Bourbotte et Prieur écrivirent le même soir une nouvelle lettre à leur col* lègue Francastel, qu'ils venaient de quitter à Angers.
« Victoire! ami, victoire complète! Depuis la guerre de la Vendée on ne vit jamais boucherie pareille. Les brigands morts couvrent toutes les rues. On ne sait où mettre le pied ; on ne fait pas un pas sans marcher sur leurs cadavres, etc. (i). d
Cette lettre est fort vraisemblable, mais on peut craindre qu'elle soit apocryphe, comme tant d^aup
(1) Griiie, t. IIL p. m.
DAI^S LÂ SAHTM
(res autographes, dont Grille aurait été bien em-^ toarrassé de fournir les originaux.
Dans une lettre insérée dans un autre de ses recueils (1) et écrite d'Angers à la fin de frimaire, on lit aussi : « Au Mans, le carnage a duré plus de dix heures sans discontinuer. » Dix heures ! c'est la durée complète du jour & cette époque.
Dans les Mémoires iun administrateur mili^ taire (2) on parle de mémo ^iiïhorvible boucherie.»
Les témoignages émanés d'autres représentants du peuple et d'autres généraux du lem[)s sont du reste conformes à ceux des Conventionnels et des oHlciers qui marchaient avec l'armée.
« Au Mans, dit Carrier, dans son Rapport (3)^ toute Tarmée catholique fut mise en déroute ; les prêtres, presque toutes les femmes, presque tous les enfants tombèrent sous les coups des Bépubti* cains. »
« J'ai appris à Chartres, déclare Thirîon à la Convculion le 1^»* nivôse, que la ville du Mans avait été reprise par nos troupes, que 4,000 brigands avaient été tués dans cette attaque, et que 1Q|000 avaient péri sur la route du Mans à Laval (4). i»
Selon le général Turreau, cousin du Conventionnel (5), aies Vendéens eurent à raffaire du Mans 5,000 morts, parmi lesquels il y avait beaucoup de femmes.» Le général Danican, dont toutes les assertions, je l'avoue, n'inspirent pas une entière
fl) Miettes, i. 1, p. 70.
(Q) P. 107. Je ne connais pas les Mémoires de Decaea cités par M. Jean Kcyn^ind.
(a) Suite, p. 5. Voir cncma les lettres de Carrier de la fln de frimaire, an II, citées dans les joaniaux du temps, 27, 29
et 30 frimiiire.
(4) Journal de France, d'Ëtienne FeoilUot, du 9 nivôse an I(, no 455.
(5) Mémoires, p. édit. Baudouin.
confiance, va jusqu'à dire: <( Au Mans, on tua toutes les femmes qu*on trouva (i). i>
Plus loin on verra r(^anies toutes les lettres de Gamier de Saintes, relatives à ces journées de deuil.
Un lémoîn, administrateur du département de Maine-et-Loire, commissaire à la suite des armées, rex-oratorienBenaben, en a tracé de m$u un lugubre tableau, dans le Rapport qu'il adressa à son département un an plus lard (2).
Parti de Foulletourte à cinq heures du matin, Benaben arriva assez à temps au Mans pour assister aux scènes qui suivirent la fin du combat.
« Je fus témoin, dit-il, de toutes les horreurs que peut présenter une ville prise d'assant. Los soldats s*étant répandus dans les maisons et en ayant retiré les femmes et les filles des brigands, qui n'a voient pas eu le temps d'en sortir et de prendre la fuite, les emmenoient dans les places ou dans les rues, où elles étoient entassées et égorgées sur-le-champ à cou[)s de baïonnette ou de sabre; on les déshabilloit ensuite loules nues et on les étendoitsur le dos dans une posture indécente. On appeloit cela : mettre en batterie,
« Quoique dès mon entrée au Mansj'eusse vu dans le faubourg dePontlieue, entre les mains 4es Volontaires, une trentaine de femmes que Ton conduisoit sans doute à la mort, je n'en vis néanmoins tuer aucune qu'après Tarrivée des représentants du
(1) Les brigands démasqués t 3« édit., 1796, p. 207 et 169.
(i) Rapport du citoyen Benaben, commissaire du départemens de Maine -ei-Loire, prés des armées destinées à comhattre iee reheUea de ta Vendée, aux administrateurs du même iépartement oa réeii exact des épénemenfs tes ptus renmrquubtes, qui se sont passés sur les deux rives de ta Loire dans cette guerre désastreuse^ Angers, Marne, an Ilf, ZVII et Ui p. ia-8«, p. 78 et sviv.
DA>iS LA SARTIIE.
. peuple Turrcau ei Bourbolle, c'est-à-dire quatre ou cinq heures aprôs que larniéc des brigands avoil tolaiemeni évacué la ville. Le principal massacre se laisoit a la porte même de la maison qu'avoionl choisie les BeprésenianU. G'étoil une vérilahle boucherie. Les femmes y ëloient eniassées par trentaine; on fatsoii sur elles des feux de peloton qtt*ll AiUoit redoubler, parée que ces femmes se jclant les unes sur les autres pour éviter la mon, il n'y avoil guère que celles tpii ètoienl à la surface, qui reçussent les premiers coups de feu. J'étois passé plusieurs fois devant celte rmiison sans pouvoir deviner la cause d une pareille préférence; je ne fus instruit que c'éloit celle des Représentants que par un brave officier de l'armée, qui me témoigna son indignation de ce qu*on déshonoroit ainsi la représentation nationale. Ayant été obligé d'aller chez le générai en chef, je lui fis pari de ce qui se passoit et du danger qu*il y avoil que dans un pareil massacre fait avec si peu de discernement, on immolât beaucoup de patriotes. Leî;énéral ne trouva pas d*aulre moyen d arréler le carnage que de faire battre la générale (1).
* « Si on respecta peu dans ce siège la jeunesse et la beauté, on y eut encore moins d'égards, com me vou s pouvez bien le penser, pour les titres de
(1) On trouvera plas loin TtXiïmen critique de ce Rapport Je Bcnaben. Outre ce Rapport, dès le soir ou le lendemain de • la prise du Mans, Bcnaben en écrivit on court récit dans une lettre dont Sa va r y a cité un extrait, et qu'on trouve plus au long dans Grille, peut-être même avec quelques fourrures suspectes. — Comment, si cette lettre e^t écrite le 23 au soir, Benaben pcut-il parler de Tilly, |)assaut à Cliassillé les der^^^res heures de la nuit, et de C.irpenlier campant six lieues au delà, lui qui, dans son Rapport, place le dépari de Car» pentler le 34, k onze heures du malin ?
LES VENDÉBlfS
ces grandes dames dont les cadavres palpitants rouloient dans la boue. Les hussards, qui, dans ces occasions, ne perdent jamais la tête» y firent
les plus riches prises. »
Benabcn racoiile ensuite \e pillage des voitures, mitres, calices, croix et oslonsoirs. Parti le lendemain du Mans à onze heures, avec le générai Carpentier, il dit que toute la route, jusqu'à cinq ou six lieues de Laval, était couverte de cadavres de brigands... « Les paysans de ces cantons avoient fait une battue générale dans les bois et dans les Termes, et en avoient massacré plus que nous n'en avions tué nous-mêmes. J'en aperçus, sur le bord du chemin, à côté du prieuré de Chassillé, qui est à cinq lieues du Mans, une centaine qui étoieni tous nuds et entassés les uns sur les autres, h peu prés comme des cochons qu'on auroit voulu saler. » Benaben coucha àChassillé avec Tétalrmajor* Douze enfantSi (iont le plus âgé n'avait pas dix ans, douze petiU brigands^ deuenus orphelins^ mourant de froid et de faim, furent conduits devant Carpentier, qui les renvoya à la municipalité. « Nous emmenions avec nous les hommes et les femmes suspe( is.... Mais, malheur a ceux qui ne pouvoient pas marcher, ils étoient aussitôt fu-t sillés. »
Benaben termine eufm ce récit eHrayant de la déroute en parlant des grandes dames, qui mendiaient un regard de protection des soldats, et en vantant l'humanité des grenadiers d'Armagnac et d'Aunis envers leurs prisonnières qui, bien que plusieurs d'entre elles fussent d'une ligure inlcressanlc, furent respectées en route par leurs vainqueurs (1).
(1) Benabea, qaej*abrcgek regret, a écrit aassi alUéars : « PendJiat le pea de joars qae Je restai k Nantes, il s*y
On irouve peu de détails dans les journaux du
temps qui, jusqu^à ce jour il est vrai, n'ont guère
clé explorés par les historiens. En voici cependant quelques extraits :
<( Les rebelles ont été presque entièrement détruits dans la coinniune et dans les environs du Mans. L'artillerie est presque tout enliére en notre pouvoir. Les héros les plus fiers de ces brigands sonl couchés sur le carreau. Une partie des béguines ont été fusillées» Les belles voitures des princesses onl éprouvé le même sort (!)•
(( Enfin la ville et ses alentours sont jonchés de corps de ces brigands. 11 ii était pas possible de faire un pas, sans marcher sur Tun ou l'autre de ces monstres. 11 n'en est resté le matin que sept ou huit cents à combattre, qui ont pris la fuite après que les autres ont été mis en déroulu. Une armée fraîche les poursuit sans relâche. Le reste de cette horde prend le chemin d'Alengon et de Laval.
«I La Trémouille, le prince de Talmont son fils, sa femme (I) et autres font parlie des morls (1). »
Le manuscrit 831 de la Bibliothèque d'Augers, qui contient un récit de la guerre de la Vendée, sans nom d'auteur, mais qui n'émane pas d m
passa (les choses qui m'aurnieni paru inrroy.ibles, si je n'eusse é\é témoin celles qui s'étoienl passé4\s sous mes yeui au Mans et à Savenay. » Revue d'Anjou, 1870, p. 319
(l) Courrier rèpublicain^w » 55. — Une leUre de Tours du 95, iDsérée dans le JaurutU de ia Montagne du 3 nivôse, parle aussi de Tiirrestation de La Trémouille et de sa femme : < Ils ont été fusillés ainsi qu'une très«grande partie des scélérats que ces coquins appellent leurs bons prêtres , et une înOnité de femmes ^ là suite de Tarmée. » Les ariicles de joarnaui ne sont, du reste, que la reproducrion ou la paraphrase de lettres qu'on veria plus loin. Les journaux du temps conttenneiit également des extraits de la correspondance de Gamîer de Saintes,
LES YErSDÉiflINS
royaliste, dit (p. 43 verso) que les Vendéens laissèrent au Mans, sur In carreau, un nombre incroyable des leurs, cl perdirent dans la déroule leur artillerie, excepté cinq canons. « Presque toutes les femmes elles enfants y périrent: le reste fut enfermé dans les prisons et fusillé. L^auteur évalue à dix* huit mille le nombre des morts étendus sur quatorze lieues de terrain.
On s'étonnera pcut-ôtrc de ne pas me voir citer des documents locaux ; j'ai déjà expliqué leur ra^ reté. Le seul qui soit conu niporain des faits et qui ait été publié jusquMci, le Rapport des administrateurs du département de laSarUie du 27 frimaire, s'exprime ainsi : «Plus de cinq mille de ces monstres sont restés sur le carreau; nos places et nos rues étalent encombrées de leurs cadavres infects ; plus de dix mille ont mordu la poussière le long de la rnule du Mans à Laval. On leur a pris plus de quinze pièces de canon et plus de moitié de leurs caissons, do leurs bagages, avec un immense butin, fruit de leur piîla2fo ; on leur a fait un grand nombre de prisonniers de tout sexe; à chaque instant on en amène dans nos prisons ; souvent on en (bsille ; les patriotes des communes circonvoisines les arrêtent par bandes (i). »
En dehors de cette proclamation, la seule pièce originale connue, composée sur les lieux (2), est VEnquêle rédigée sur ces événements en 1798 par la Société des Arts^ du Mans, pièce qu'on trouvera
(1) Cette pièce, de 8 pages in-4«, a été reproduite par
W. Lepreajr, Becherches sur Aubigné^ p. 233-249.
(2) Renouard, t* II, p. 260, avait eu à sa disposition d'autres renseignements^ manuscrits, aujourd'hui perdus conine bien des pièces du cabinet Ledru. Il est facile de comprendre pourquoi f!cs contemporains, Renouard, Gauvii^ et Poscbe (contemporains, m iis non ténioins),ontélési sobres de détails sur tous ces faits.
aussi plus loin, tout au long, avec un examen critique, niais dont je vais faire connaître ici les extrails relatifs aux faits d'immolation des Vendéens (t) :
o Quatre cents blessés qui restèrent au Mans, lors de leur retraite, y furent massacrés.,,
a La ville du Mans offroit dans Je moment du combat et de la retraite un tabiean bien déchirant dont on voudroit dérober la connaissance à la postérité; maïs riîîstoîre veut la vérité, toute la vérité, rien (jue Ja vûriLc.
« Dans le premier moment on ne connaissoit point de bornes, tout étoit dans le chaos ; à mesure qu'on trou voit, le vendredi matin, des femmes et des hommes, on les menoit à Poniiieue pour les fusiller, et le samedi on y enterra les morts au nombre de trois à quatre cents, non compris les combattants vainqueurs ou vaincus, lesquels Airent tués sur celle avenue de la commune et qu'on ne pouvoit reconnaître, car ils avoient été sur-lcciiaiii|) dépouillés. »
Parlant ensuite de ceux qui avaient, par erreur, fait rctraile sur la route de Paris, et qui avaient bientôt rétrogradé, Y Enquête ajoute : « Etant tombés entre les mains de l'armée républicaine, ils furent tous ou la plus grande partie tués sur la place ou livrés au tribunal militaire qui suivoit Farmée, jugés et exécutés sur-le-champ. Ce spectacle cruel se passoit sous les yeux des citoyens (lui criaient à rhorreur. »
VEnquête dit également que ceux qui avaient pris la route d'Alençon « tombèrent entre les mains de gens partis du Mans, pour aller à leur
(1) VEnqttétC 'A été publiée par Giille, t. III, p. 325-363; par Dom Pioliu, l'Église du Hansdevanl la Révolution, t. lll, p. 4G9-48S.
LES VKKDÉEKS
poursuite, SOUS les ordres d'un chef de la garde nationale, qui les Ht flustlier et massacrer de son aulorilé privée, avec une barbarie qui n*a pas d'exemple. H Ces gens, dit-elle plus loin, cLaienL encouragés par Tespérance du pillage.
(( Excepté les blessés de rhôpilaU les Vendéens perdirent peu de bons soldats au Mans, mais une très-grande quantité dans leur déroule...
aX..M par un nouvean trait de barbarie, fit tirer des maisons d'arrêt et conduire au haut de la place des Jacobins vingt-deux à vingt-quatre femmes et enfants, qu'il flt de sang-froid déshabiller en sa présence et assommer à coups de bâton et de sabre quelques jours après le dépari des Vendéens (I). »
Ducôté des Royalistes, les témoignages sont encore plus rares que chez leurs adversaires. Bien peu d'entre eux Airent témoins de ce que fut au Mans la journée du ffî frimaire. Bien peu de ceux qui
étaient restés en ville survécurent aux fusillades et aux condamnations judiciaires ; MM . d'Aulichamp et de Bernés eurent quasi un bonheur unique. Parmi les femmes même qui furent épargnées par le tri-
(1) U fout encore ajouter k ces pièces locales le curieux tableau du Mans, an leodemain de la déroute des Vendéens, et surtout de la .prison de rOratoire, tracé par un témoin îrréeusabie, ruuteur des Leitres philosophiques qwi ne rentra dans la ville du Mans que le S5 frimaire. On Uouveia ce précieux et pittoresque récit au chapitre de Prisonmers vendéens. Qu*it me suffise de dire ici que l*auteur y parlé de fusillade deux et même trois jours après la déroute, et d'un brave offlcier qui eut le bonheur d'arrarber à la mort un grand nombre de femmes vendéennes que la furenr du soldat était près d*immoIer.. . ; d'un grand nombre de femmes ayant péri dans la latale journée ; de la mort qui attend les Yen» déens et ceux qui leur donnent asile» etc.
DANS L\ SABTHE.
bnmV criminel et les eommissions militaires, la plupart avaient été prises sur la roule cL ramenées au Mans dans la soirée, ou gardées môme quelques jours par les communes voisines , de (elle sorte qu'un bien pelit nombre put élrc témoin des scènes du Alans dans la matinée, à la difTérence de celles qui suivirent ou qui avaient eu lieu sur la route de Laval.
H>ne de La Rochejaquelein n'a consacré que quelques lignes à ce triste dënoûment de la défaite «où Tarméo vendéenne reçut le coup mortel (i). » «CeUc déroute du Mans, dit-elle, coûta la vie à plus ûi) quinze mille personnes. Ce ne fui pus au combat qu il en mqurul le plus; beaucoup furent écrasés dans les rues du Mans; d'autres, blessés et inalades^ restèrent dans les maisons ei furent massacrés; il en mourut dans les fossés et dans les champs voisins de la route ; une assez grande quantité suivit le chemin d^Alençon et là ils furent pris et conduits à Féchafaud. » Ces ilf^ moires^ connus de tout le monde, se bornent ensuite à parler de la mort des principaux officiers vendéens, tombés victimes de leur courage, puis du sort plus heureux de Î\ÎM. d'Autichamp, de Bernés et de Solilhac qui, a pris, déposé dans une église pour être fusillé le lendemain» parvint à s'é* chapper (2). »
Kme de Bonchamps, qui, comme Vl^^ de La Rochejaquelein, avait quitté Le Mans dans la soirée et passa la nuil avec clic dans une maison de
(ï) Mémoires f p. 339.
(2) C'est cette phrase de M»* deLaRochejaquqIein, relative îi Solilhac, qui a sans doate fourni ^ Grille (p. 866} te motif de la lettre qall attribue ^ ce ebef vendéen, et qu jl lui fait écrire de Laval, le 14 décembre. Cette lettre sue ia contrefor çan par tuus les pores. Il y aurait un joli article de critique b faire pour dévoiler une b une la faMque de chaque phrase.
SaînI-Denis-d'Orques, sur la roule de Laval, parle uniquement de la rclraite. Comme la vcave de Lesrnrc, elle dit que Duhoiix-d Hauterivc mourut pendant la bataille «en se précipitant au milieu des ennemis, après en avoir immolé un grand nombre (1). »
Renée Bordereau prétend au contraire qu*aprës avoir quitté le combat à quatre heures du matin,
elle rejoignit, à trois li''ucs du Mans, Duhoux resté là avec les blessés; (t on lui dit que l'armée républicaine suivait de près, mais il ne voulut pas abandonner les siens, et fut massacré avec les blessés et les femmes (i). »
Françoise Desprcs est encore plus sobre de détails (( sur cette fatale nuit, » et se borne presque à dire (p. 36] qu'à Laval Parmée se trouva réduite à environ 20,000» de 40,000 qu elle était en arrivant au Mans.
Jusqu'ici les aulours de Mémoires quej*ai cilés sont tous (les femmes; voici enfin venir le témoignage d'un homme (|ui a combattu au Mans dans les rangs vendéens, et que, malgré le caractère souvent inexact et par trop fantaisiste de ses souvenirs, sa qualité de Manceau m' empêche d'omettre dans cette galerie de témoins, Billard de Vaux, dont le Bréviaire du Vendéen^ composé vers la fin du régne de Charles X, est devenu rare aujourd'hui :
«Les Vendéens, culbutés et successivement chassés de toutes les positions, se battirent en déterminés à rentrée de la ville, se retranchèrent dans
(1) Mémoires de M"** de Bonchanips, collection Baudouin, p. 65.
Mémoires de Renétï Bordercnu dite Langevin, p. Renée Bordereau donne encore quelques particularités iiilé- Fessantes sur le sort des Vendéens dans la Sarthe. V. p. 30 Il 83.
DAIHS LA SARTRE.
toutes les rues, dans toutes les maisons el notamment dans Tauberge du CbevaKBlanc (place inférieure des Halles)» oà la résistance fut plus qu'héroïque, puisqu'il fallut du canon pour en déloger
les assiégés, ou pour être plus exact, les réduire...
« Les iDodornes Bavards, enfermés dans Taubcrf^e du Cheval I^hinc, y furent presque tous victimes de leur couraj-^i\ Ceux qui n'y reçurent pas le coup de mort» fureni massacrés à coups de baïonnettes ou Jetés par les fenêtres à d'autres qui les achevaient par terre ; ce n'était plus un combat, c'était une boucherie.
« Dans cette nuit de carnage et d'épouvantable mémoire, comme le lendemain et jours suivants, les Vendéens n'ayant plus de sang à répandre pour Dieu et pour le roi, reçurent héroïquement la mort sur le corps les uns des autres; un pére sur son fils, celui-ci sur son frère; une mère sur son époux, sur sa fille et sur sa sœur. (Voir les mes de Pontlicue, les rues Basses, en un mot, toutes les rues de cette ville depuis une extrémité Jusqu*à Tautre, el notamment le carrefour Saint- Nicolas où les cadavres entassés les uns sur les autres obstruaient le passage d'une manière effrayante.)
«t.... Je ne dis rien du carnage qui se lit dans la ville pendant toute la nuit, non plus que des massacrés des prisonniers blessés ou malades le lendemain et jours suivants, ce qui sauva pour le moment les débris fuyant vers LavaU
a Une colonne dinfortunés prisonniers, vieillards^ femmes, enfants et prêtres, était conduite ou plutôt traînée vers Pontlieuo pour être fusillée, lorsqu'un de ces derniers, vieux et infirme, ne pouvant suivre, reçut un coup de baïonnette, au milieu du dos, par derrière, d'un soldat, criant à son camarade : « Prends le bout,» et ils le portèrent ainsi jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir. Rap*
LES VËi>iDÉËN.$
port d'un négociant du Mans, M. le M..., témoin oculaire, qui en frissonnait encore en me le ra* contant l'année dernière (1). »
A part cela, le reste des témoignages vendéens fait connaître bien peu de feits noaveaux, et n^esl guère que la paraphrase mélodramatique du récit de M">« de La Rochejaquclcin. On en jugera par cet cxlrail (le VEloge funèbre des V^ftidéens, par Jaunety prêtre de la Gaubretière^ ancien secrétaire général de Varm(^e catholique et royale du centre (Angers, Marne, 1816. 95 pages in-8") :
ic G*est la ville du Mans qui devait être le tom* beau de ces mêmes Vendéens que la victoire avait introduits dans ses murs. Le Mans a vu ses maisons, ses rues, ses lieux publies, ses champs, ses fossés, jonchés de nos cadavres. Le Mans a vu le sang des Vendéens couler par ruisseaux; là, rcnfance et la vieillesse, la venu, la bcaulé, la jeunesse, la force, la ff/iblesse, loui fut impitoyablement naoissonné par le glaive ètincelant d'une soldatesque féroce et sanglante ; là périt, à côté du vertueux Uerbault, Le Meignan, vieillard septuagénaire, après avoir montré l'intrépidité d'un jeune guerrier; là périt Duhoux, là périt rinfernat, là périt Couty, là périt Verteuil, là périt un grand nombre de braves qui moururenL en criant : 11 vaut mieux mourir que de passer sous le joug des méchants : Melius est morù
«Voyez-vous ces pyramides de morts icllcs qu'on n'en avait jamais vu de semblables, ces pyramides bâties de la main des hommes avec les corps entiers ou mutilés de leurs semblables qu'ils se plaisaient à entasser les uns au*4essus des autres..., déplorable trophée des fureurs révolutionnaires qui attesteront à tous les ûges à venir
(1) Brèviwredu Vendéen, p. 146*
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DANS tA SÂHTHE.
les maux des victimes,. avec la dégradation des bourreaux qui, en outrageant les morts, ont outragé en même temps tous les êtres vivants fi)!»
Voilà les seuls auteurs do Mémoires royalistes qui, à ma connaissance, aient parlé de la déroute du Mans. Les historiens qui ont aussi retracé ces douloureux événements, MM. de Beauchamp, Johannet, Crétineau-Joly, Théodore Muret, et ceux qui leurrent emprunté leurs matériaux, ne me paraissent pas les avoir décrits d'après d'autres documents particuliers» Beauchamp a composé son récit à Taide de Benaben et de Westermann ; H. Grétineau-Joly' a mis à contribution des souvenirs locaux, mais, si ce n'est dans quelques lignes extraites sans doute des papiers de l'abbé Jagault, il ne me paraît pas avoir tiré grand profit des Mémoires inédits qu'il annonce, dans sa Préface^ avoir eus à . sa disposition. Deux historiens me semblent toutefois pouvoir être rangés dans une catégorie spéciale : d'abord M. de Quatrebarbes qui, dans sa Commune vendéenne sous la Terreur, n'a guère fait, dil-il, que rédiger par écrit les souvenirs des débris de la paroisse de Ch(inseaux, ainsi que ceux de la famille Boguais (2) ; puis plus particulièrement encore Berthe de Bourniseau^i,
(1) V. p. 51 à 56. L*abbé Jaunct pariant en témoin de rétat déplorable de Tarméc, dit qa*il a vu les Vendéens mon*» rant dans les fossés» snr les fomiers, consumés par la fièvre, U fainit la douleur, entnssés dans des chariots, implorant en Tain une gouUe d'eau.
A ces témoignages il faut joindre aussi quelques particularités relatives ii Tabbé Jagault. remeitties par M« CréUneau- Joly ; k la famille Boguais et Gourreau, recueillies par M. de Quatrebarbes ; b M"* des Mesliers ; b M. deBijary {Mémoires de de Sapinand, p. 100), etc.
(3} Voir Une commune sou» la Terreur.
doul le récit est, pour ain$i dire, autant celui d'un
auteur de Mémoires que d'un historien. Méié aux survivants de celte grande lutte, dont il a toutes les passions, enfant du pays, Boiirniseaiix, comme il le fait ressortir dans sa Préface, n'a pas, ainsi que d'autres auteurs étrangers aux événements, écrit son histoire avec des livres, mais d'après des renseignements puisés de vive voix à leur source primitive, « d aj)rcs ce qu il a vu lui-même et ce qu*il a appris de témoins oculaires. » Cela, je le répèto, donne en quoique sorte à son livre, semé d'anecdotes, les qualités et les défauts de véritables Mémoires. De plus, M. de Bourniseaux, loin d'être un historien de seconde main, est vraiment le premier auteur qui ait composé un ouvrage d'ensemble sur les guerres de la Vendée. Ecrit en 1802, sous le Consulat, son Précis historique est an((^n>ur h Tœuvre de M. de Beauchamp, Considérablement étendu par son auteur, en 1819, époque à laquelle la liberté d'écrire, surtout sur ces événements, était devenue plus grande, c^t ouvrage se transforma en Histoire de la guerre des Vendéens et des Chouans.
En 1802, relativement à la déroute vendéenne, M. de Bourniseaux se bornait à dire : «Le plus sanglant carnage ajouta de nouveaux ruisseaux de sang à ceux qui coulaient déjà dans les rues... Je iirerai le rideau sur toutes les horreurs qui s'y commirent[\), » Il évaluait la perte des Vendéens dans la déroute à 18,000, puis il se taisait sur les circonstances et les épisodes de la mort do ce nombre immense de victimes. En 1819, ii n*a plus la même discrétion ; je rapporterai ici les diverses pages qu'il a écrites sur la déroute, afin que chacun puisse apprécier s'il n*a été, comnie on Ta
(l) Précis historique, p. 154.
DANS LA SARTHË.
dit, qu'un éciio tardif de Benaben (1), ou bien si le récit dramatisé qu'il fail de ce péle-mêie d orgie et de tuerie n'a pas aussi son caciiet d'originalité :
« Les Républicains usèrent de leur victoire en cannibales. Après avoir rassemblé dans la grande place leurs prisonniers, les femmes, les blessés, les dames les plus qualifiées, ils les accablèrent d'outrages, les égorgèrent ensuite, déchirèrent leurs membres palpitants, les dépouillèrent et entassèrent leurs corps nus dans la posture la plus indécente, en s'écriant : « Admirez les batteries nationales. » Les généraux Marceau, Kléber et quelques officiers voulurent en vain s'opposer à ces horreurs, qui étaient conseillées par un représentant. Deux ou trois Royalistes furent sauvés par leurs hôtes qui leur procurèrcnL des babils biens. On cite entre autres un ofiicicr qui, déguisé en garçon perruquier, alla couper les cheveux à uu proconsul (2). »
Dans ses Anecdotes^ U III, p. 200, Bourniseaux a reproduit avec des couleurs plus violentes encore cet affreux tableau : «Le sang coulait par ruisseaux dans les rues ; des chariots renversés, des canons démontes, des cadavres entassés, des femmes échcvelées et éperdues , des bœuts et chevaux mourants, étendus péle-mélc; les rugissements des vainqueurs, les cris plaintifs des victimes, tout présentait aux yeux l'iuxage du chaos et de l'enfer.
« Après avoir violé et égorgé un grand nombre de femmes, les Bleus s'acharnèrent sur leurs ca-
(1) Dans quelques endroits {Voir t. 111, p. 371), Bourniseaux n'est qu'an, écbo amplifié de M^* de La Rocliejaquelein.
(a> Bouraiseaux^ U 11, p. âû6.
davres, ils les dépouillèrent, les traînèrent nus dans les rues, les mutilèrent, les coupèrent en morceaux. Quelques-uns de ces cannibales, dans
Vivresse la plus coruplète^ prirent plusieurs de CCS cadavres nus, les entassèrent par couple de deux sexes dans la posture la plus indécente, eu sVcriant : Voilà des batteries nationales. La populace applaudit ; les ûmes honiir^tes frémirent: des généraux voulureut faire cesser cet horrible spectacle et n'en purent venir à bout que lorsque rivresse populaire fut amortie. »
a A TalTaire du Mans, H*»» de**% désespérée de se voir en proie à la brutalité des vainqueurs, ra* masse un sabrt\ s'élance sur un cavalier et lui fait une i)rorundc blessure; frappée à son tour, elle tombe aux f)ieds de M. Allard qui la relève, la défend contre le lUcu et la fait rétrograder avec lui sur la route de Laval (1), »
« La bataille du Mans coûta aux Vendéens cinq mille soldats et douze mille vieillards, femmes, enfants» infirmes et blessés, presciue tous pris hors la ville, sur la route d*Alençon ou cachés dans des ravins ou des fossés (2). »
« Au milieu des horreurs qui se commirent à la bataille du Mans, on aime à citer un trait d'humanité. M^ne de *** était avec plusieurs Vendéennes dans une maison : un détachement bleu se présente; elles deviennent la proie d'une foule de brutaux, qui les égorgent après les avoir vio* lées. H»^* de se jette aux genoux dMn capitaine et lui demande la mort comme une grâce. Le brave militaire la prend par la main, lire son sabre cL jure de fendre la tête au premier brutal (jui s'approclicra de cette femme. Après lui avoir
(1) Voy. t. nr, p. 368.
;2) Voy. t. lî, p. S07.
DANS U SARTHE. 95
conservé Thonneur, il sut trouver les moyens de mettre sa vie en sûreté (1). »
Voilà les documents plus ou moins connus, républicains et royalistes, avec lesquels on a décrit, ou pu décrire jusqu'à ce jour, fa déroute ven*
déenne.
Voici maintenant de ces témoignages dont les lecteurs ne sont pas moins avides que les historiens, témoignages restés inédits pendant plus de trois quarts de siècle, et qui étant produits pour la première fois au grand jour, permettraient à eux seuls de recomposer à neuf l'histoire des événements qui curent Le Mans pour théâtre, le 23 frimaire et les jours qui suivirent. Leur valeur est d'autant plus grande, qulls échappent aux différentes accusations qu'on oppose, comme moyen de récusation, aux récits des autres témoins»
Les rapports des représentants, dés généraux sont, dit-on, empreints d'une exagération commandée par les circonstances. Le commissî^irc angevin, Benaben, écrit « sousTinspiralion deTiicrmidor, « à une époque où le souvenir de Robespierre jetait le délire dans toutes les imaginations, » et VEnquSte respire «un avant-goût de réaction» (2). Enfin les histoires royalistes sont écrites longtemps
(1) Voy. T. m, p. 308. Ce trait n'est pas isolé. On peut eonsalter i'Enqucie, Benaben lui-même. Grille, Benouard, les bistoriens de des Mesliers, etc. J'apporterai moimême des faits nouveau à Tappui.
(2) Voir sur ces motifs de récusation, Savary, Grille, |IM. Bonnemère, DucbâteUier. M* de Barante, t. lil, p. 516^ a écrit lai-même à propos du Rapport des Conventionnels : c La Joie dtt triomphe portait les représentants k TexagéradOD. Les généraux et les soldats ne méritaient pas d*êure flétris par de tels éloges. La vérité était déjii asses cruelle. »
après les événements, ei avec une partialité qui ne recule pas devant Terreur. En un mot, on ne trouve pas que les moyens d^jnformaUon, rassemblés jusqu'à ce jour sur la déroule du Nans, proviennent de sources assez pures, où i on puisse puiser en toute conliance.
Eh bien, je ne sais trop quels reproches on pourrait adresser aux témoius que je vais produire. Ils ont écrit au Mans le jour ou le lendemain même des faits. Ce ne sont pas des royalistes, ob non ! certes non. Ce sont des Républicains ; mais n ayant pas participé à la furie du combat, ils n'en ont pas rexallation qui grossit les objets. Ce sont des témoins de sang-froid, de sang rastsis. Pour la plupart ce sont des commissaires envoyés au Mans par les districts ou les communes du voisinage, ou de simples vedettes, des courriers, qui écrivent ce qu'ils ont vu ou le rapportent à ceux qui tiennent la plume. Leurs dires sont des informations de la première heure; ils ont la valeur de ces documents écrits à la bâte^ sans parti pris, sans réticence; ils gardent les inexactitudes inséparables des bruits de rues répanrius dans une ville. Tout en eux reproduit la couleur véritable, la physionomie réelle et générale des événements.
Voici la série de ces lettres inédites, relatives à la déroute du Mans, toutes puisées à des dépôts • officiels ; c'est dire à la fois qu'elles sont authentiques et que chacun pourra contrôler Texactitude minutieuse de la reproduction intégrale ou de l'analyse que je vais donner de ces nombreux documents.
Le premier autographe qu'on va lire émane d un correspondant dont on a déjà lu de nombreuses lettres, de l'infatigable Blavette, commissaire de la ville de Sainl-Galais, qui, le 22, à dix heures du soir, écrivait à Changé au bruit et quasi
à la lueur du canon. Le 23, dans Taprès-midi, il entra au Mans, n y fit qu'un court séjour, tant il élail pressé de faire parvenir à Saint-Calais la bonne nouvelle, retourna le soir à Bouloire, d'où il écrivit Immédiaiemeni un court billet 'a l'adrc^^se du comité défensif de son district, billet qu'il fit suivre le lendemain :2i d'une lettre plus détaillée, maïs qui, elle aussi, n'a trait qu'aux événements accomplis au Mans la veille. Il ne faut pas Toublier, si Ton veut bien, comprendre Blavette, qui s'y exprime comme sll était encore au 23 frimaire :
« Bouloire, ce 23 frimaire, Fan H.
« Victoire, l'ennemi est complètement battu.
J'arrive du Mans oii je suis resté deux heures, pour examiner la marche de Tennemî et mMnrormer des circonstances qui ont accompagné cette grande affaire. Je ne vous donnerai que demain tous ces détails; car je crois que vous êtes inquiets, et je n'ai que le temps de vous dire qu'après un combat des plus opiniâtres Tcnnemi a été chassé du Mans, à huit heures du matin, et s'est porté sur l.aval où notre armée le suit & grands coups de canon.
« J'ai compté six cents cadavres brigantins dans les rues que j'ai parcounies; on en tient presque autant qu on est occupé à fusiller, a Salut et fraternité.
« BLÂYk:.TTË. »
« Près de deux cents femmes ont été prises, six
pièces de canon, des caissons et de superbes caresses.
« Le citoyen Legrand a changé les dispositions de la correspondance et va au Mans (1). »
(l) Cette lettre arriva à Saînt^-Galais à neuf beares et demie da soir. Ou ne savait encore aucune nouvelle de la victoire h
98 LES VENDÉBMS
c< Aux citoyens composant le comité défensif
à Saint-Caiais.
c< Botdoire^ 24 frimaire, l an //« de la République^ une et indivisible*
0 Le sans-culolie Blavette aux citoyens composant le comité défeasif de Saint-Caiais,
*i Citoyens,
« Je m'empresse de vous donner les détails que je vous ai promis hier de Taffaire du Mans, que j'ai été dans le cas d'observer autant que possible, étaul à portéé de voir le feu du canon et d*cn
suivre les mouvements.
« Notre armée, composée de dix mille Mayençais, a attaqué le ^2:2 frimaire l'armée des brigands au Tertre-Rouge, sur la route d Angers, à une lieue du Mans ; l'ennemi a tenu ferme et notre armée, trop peu nombreuse pour résister aux effort^ des brigands, s'est repliée jusqu'au camp de la Fédération. Lîi, elle s'est raii;,^cc en bataille et a attendu de pied ferme l'ennemi, sur lequel elle est tombée à Tarme blanclie. Il n'y a pas de doute qu'elle auroitsucombô sous le nombre, s'il n'éloit arrivé à son secours six mille hommes de troupes fraîches avec deux grosses pièces de canon» qui parloient aussi haut que la fameuse Harie-Jeanne.
Bottloire Si quatre heures da soir, ainsi que le constate une lettre do eîtojed Legrand-Foucaudière au comité de Saint- Calais.
Un royaliste, Gbaries-Bené Thenaîsie, fat arrêté à Bouloire le 83, mis en prison poar être conduit devant la Commission militaire 2i VendOme on à Blois en cas qu^elie s'y fût retirée. Il fut condamné li mort par la 2« Commission militaire, établie à Tours par Gnimberteau le S6 brumaire an II, et exécuté le 4 janvier 1794.
a Ces six mille bonnnes s'annoncèreni par un gros coup de caDOD« Le3 cris de Vive la République d'un côté et Vive le Roi de Tautre se firent entendre
au loin dans les airs; notre armée se retira sous le canon dans le meilleur ordre, rennemi en lU de même. Des tirailleurs scmparèrcnt de part et d'autre des sapinières voisines de la roule ; la fameuse Marie-Jeanne se fit alors entendre, mais nos pièces chantoient aussi haut, et la faisoient reculer.Sur la butte du Ter trc-Rouge^renneml, dans une position avantageuse, résista longtemps, mats enfin il fut obligé de céder à Tardeur des Républicains. Débusqués de ce poste, les rebelles descendirent promplement vers Pontlieue et toujours en bon ordre. Là s'engagea un combal terrible et meurtrier. L'ennemi avoit pour lui les travaux faits pour la défense du Mans ; il s'y défendit, mais les cris de Vive la République, aidés de réloquence du canon, le débu.squèrcnt de là àciuq beures du soir, après un combat de huit heures. Une quarantaine de brigands ont laissé là leurs chapelets et leurs sabots. De Pontlieue à la Mission on les a fait galoper un peu. J'ai vu là leurs cadavres pestiférés mordre la terre quiéloit couverte de leurs sabots, chapeaux, bonnets et gucnillons de toute espèce ; ils sont rentrés en ville par la rue Basse sans discontinuer le feu. Ar« rivés k la rue de la Couture, une division de leur, armée s*en est emparée tandis que l'autre faisoit sa retraite par la rue de Quatre-Roues. Notre armée s*est également divisée et a continué de les foudroyer dans ces deux rues. A dix heures du soir, ilséloient repoussés jusque sur la place des Malles; le combat a duré là pendant quatre à cinq heures avec un acharnement incroyable; Tennemi occupoit encore la place des Halles, la place de TËperon et les rues adjacentes, lorsque un détachement de rarmée patriote, qui avoit fait diver-
siOD, fit ronfler le canon sur la place des Jacobins et coupa retraite de ce côté à Tennemi, et le battant dans la rue Marchande et la rue de la Barillerie, le resserra du cAté des llaTiPs et de la
place de l'Eperon. Vers minuit la canonnade se lit entendre de ce côté, et je crus que Pennemi (^loît poussé vers iionnêiable ; à trois heures du matin la canonnade ainsi (luc la fusillade 3e sont ralenties jusqu'à sept heures du matin, se ranimant cependant de temps en temps« Alors un rappel a batta de part et d'antre, l'ennemi battoit encore le rappel lorsque les patriotes battoient la charge ; une fusillade des mieux nourries s*est fett entendre de tous côtés. J ai cru alors qu'un nouveau combat, plus vif que le premier, alloit s'engager, mais je me suis trompé, le feu du fanatisme ne peut durer si longtemps que le feu du patriotisme; en vain les généraux ennemis encourageoient leurs soldats exténués au combat, en vain leurs rappe* loieot-ils les victoires quMIs avofent remportées, la gloire dont ils s'étoient couverts, en vain les prêtres ertoient aux soldats : <i Votre cause est celle de Dieu, combattez, vous serez invincibles.»)— Les catholiques manquoient de foi ; ils crièrent : « Nous ne voulons plus nous battre, nous voulons nous en aller chez nous. Où est la route de Laval? cri{ renl-ils de toutes parts. Point de combat, nous voulons partir.» J'entendis alors la retraite d'un côté et la charge de l'autre. L'ennemi ne rèpondoit plus que faiblement. Les cris de Vive la Nation, Vive la République, ëtoufTèrent les cris de Vive le Roi, Vivent les prêtres. MarieJeanne reculoit bien fort du côté de Laval; une de nos grosses pièces la poursuivoiL grand train et parloit beaucoup plus haut qu'elle : elle Ta chassée nu loin sur la route de Laval. L\nrmée briganline a été poursuivie au pas de charge par la brave armée de Mayence, qui a juré de ne se
DANS LA 5ARTHE.
reposer que quand les brigands seroient tous exterminés.
« J'at compté dans les rues près de six cents cadavres, une quarantaine de chevaux, cl je n'ai pas eu le temps de parcourir la ville pour voir lout; hier toute la journée on en a fusillé qu'on dénichoit des greniers et des maisons, on en amenoit par toutes les routes qu on avoit arrêtés dans les campagnes; je n'ai compté parmi les morts que quatre volontaires, un canonnier et un gendarme. Quatre cents malades et blessés qu'ils ont laissés à rhOpital vont être ftisiilés.
« J'estime la perle de Fennemi à quatre mille hommes tués en combattant ou fusiliers après le coinbaU Je n'ai encore pu m'assurer du nombre des pièces de c^non qu'il a laissées, on m'a dit qu il en avoit abandonné sept dont une est crevée; j ai vu beaucoup de caresses à armoiries qu'ils ont abandonnés aux Sans-Culottes.
^ Il arrive continuellement des troupes au Mans.
« Salut et (ralemiU^
(( BlAV£1TE. »
Ce ne fut que tard dans la soirée du 23 qu'on apprit dans tout le département la victoire complète de l'armée républicaine. Jusqne-là on ne
savait que des bruits vagues» plutôt des nouvelles se rapportant aux événements de la nuit qu'à ceux du malin. C'est d*a[)rès ces bruits que, dans la matinée du 23, Ruclielle, correspondant de Saint- Calais, écrivait de Lucé :
c( Le Grand-Lucé, 23 frimaire.
« Nos vedettes arrivées à Lucé nous annoncent que les brigands ont été forcés par nos troupes républicaines, fortes de trente mille hommes, commandées
par Westermann, de quitter Le Mans, en déroule : ils Tont évacué celle nuit, et nos vedettes nous ont rapporté que les brigands se sont partagés sur trois colonnes. Tune sur la roule d'Aionçon, Tautre sur Yvré, et nous ignorons leur troisième. Ils ont perdu beaucoup de monde dans le combat. Tenezvous sur vos gardes, et faites allention de n cire pas surpris, parce (^ue si une colonne se portait surConnci ré, il [)ourrait venir quelques délacliemcnts de ces brigands surSaint-Calais. Le détachemeiu de nos hussards qui élait à Parigné est parii celte nuit, à deux heures, pour Le Mans. Le canon ronûe toujours. Envoyez des courriers sur la route de Gonnerré et même jusqu'auprès du Mans, pour savoir s'ils ne se porteront pas sur Saint- Calais. C'est ce que je ne croîs pas, mais il faut toujourssetenîr sur ses gardes. Nous avons appris parunelellrcque Tennemi voulait se portcrsurVendônae par Chàteau-du-Loir, et prendre ensuite la route de Chàleaudun pour se rendre à Chartres; mais il paraît par la déroule qu ils ont essuyée qu'ils ne savent où se porter ; nos ëclaireurs nous instruiront aujourd'hui, et nous vous ferons passer les nouvelles certaines.
iiochelle, »
Celte Icitre, ccrilc le matin par le correspondant de Saint-Calais, jela l'alarme dans celle vîlle, qui pensa que l'ennemi pouvait se porter sur sou territoire. Le soir, à cinq heures, Uochclle écrivait qu'il éuit de son devoir de dire la vérité. « Bon- . nés ou mauvaises nouvelles, vous ^urez tout de ma part. »
Il n'avait pas encore reçu alors de rensei^^nen:ents plus récents que ceux du maliii. Les vedeltcs n étaient pas arrivées et avaient voulu sans doute aller jusqu'au Mans. « Nous savons cependant indirectement que Tennemi a évacué celte nuit la
Digiiizuu uy
DAMS LA SARTUË.
ville ei qu'il a pris la route de Laval, c'est toul ce que nous savons pour le momeol. » 11 prometlaii d'instruire les administrateurs de tout, durant la nuit, par un exprès.
Eûtin, à six heures du soir, on eut U Lucé des détails sur les événemeuls de la jo .inicc, et à ce moment, Rochelle put transmettre à Saint-Calais des nouvelles plus certaines :
Rapport du citoyen Louzard^le 23 frimaire^ A six heures du soir.
« Le citoyen Louzard nous a rapporté qu'étant arrivé au Mans aujourd'hui sur les onze heures du matin» il n*avait été que jusciu au puits de Qualre-Roues ; (juc le chemin de Ponilieue jiiS(ju'au [)uits de QuaUc-P»oues était jonché de cadavres, sans avoir pu distinguer si c'étaient les brigands où les nôtres, car ils étaient tout nuds. Il n'en sait pas le nombre, car il [jaraît qu'il a eu peur des corps morts. L'ennemi a réellement évacué la ville du Mans» et s'était porté sur la route de LavaL
<x 11 a dit que nos soldats avaient fusillé f^rand
nombre d hommes et de femmes des rebelles.
Voilà tout ce que nous a rapporté ce citoyen : il a eu peur, à ce rîu'il[)araît, parce qu'il voyait de nos soldats dépouiller les morts.
« Salut et fraternité, u Rochelle. »
Un billet d*Ardenay, â3 frimaire, trois heures et
demie après midi, arrivait aussi à Saint-Calais à sept heures et demie du soir.
« Frères et Amis, «> Nous vononad'apprendre avec joie par deux par^