CHAPITRE m
A chacun d'apprécier les documents que j'ai cilés et de se faire à lui-même son opinion sur lensemble de ces funèbres journées. Il me faut néanmoins revenir sur les principales scènes, sur les points et tes témoignages contestés. Examinons d'abord le Rapport de IJenaben.
La négation la plus forte qui ait été opposée à ce récit d'un témoin oculaire, émane de Savary, l'honorable chef d'élat-major de l'armée républicaine. « J*ayoue, dit-il, dans son livre imprimé en 1824, que je n'avais jamais entendu parler de cette horrible scène, avant d avoir lu le rapport publié par M. Benabcn longtemps après sa mission (i).ll n'en était question ni dans sa correspondance avec son département, ni dans lespropos des soldats entre eux. Je ne crois point aux atrocités de réminiscence publiées à une époque où le souvenirde Robespierre jetait le délire dans toutes les imaginations. » Que Savary, qui sans dire toujours toute la vérité, n'avance ordinairiMnent que des faits vrais, se soit efforcé d'atténuer Tautorité du récit de Benaben, je le conçois facilement. L'émule en homanitè des Mareeau^ des Kléber avait peur de
(l) Le Rapport de Benaben a été écrit un au après la défoute du Maot», a la ilu de décemliie 1794.
voir riionneur de l'armée toui entière flétri par les horribles scènes « de ces journées de fureurs et de carnage, » et disait ne pas les avoir connues,
et ne pas y croire^ pour qa^efles ne fissent pas lâche sur le drapeau de la France. Je comprends et j'honore les réserves de Savary; mais, je le déclare aussi, son argumenlation n'est pas des plus décisives.
Que Savary n'ait pas entendu parler de ces faits dans les propos des soldais entre eux, c'est possible; les soldais qui commettaient de pareilles vilainies ne s'en vantaient pas devant les généraux. Ces meurtriers ce n'étaient pas à coup sûr les braves de Tarmée, c'étaient les pillards qui ne tuaient que pour s'enrichir, les pillards qui ne voient jamais le feu, a et cependant font le plus de butin, parce qu'ils emploient à piller le temps que les autres mettent à se battre (1). »
Savary s'étonne que fienaben,s iiavaitété léaioin de ces massacres, n*en ait pas parlé dans sa lettre à son département, du 13 décembre, jour même des événements, et n'ait pas témoigné son indignation. II n'y a cependant pas lieu d'en être surpris, quand on sait de quels hommes se composaient alors en Anjou les administrations agissant sous Tinspiratien de Francastel, quand on songe que précisément Beuaben avait pu être tout récemment témoin de scènes analogues à Angers, après le siège, voir les fusillades sans jugement du port de l'Ancre, et entendre parler de celles des Ponts-de-Cé (â).
(1) Le baron Ernouf a dit de même : Il y eut là d'horribles scëues dont il faut détourner les yeux^ en rappelant seulement qae les ^(^swldais ae flrent que traverser la ville au paxia course, poursuivant ceux des royalistes qui pouvaient encore se défendre {Kléùer, Revue contemporaine, 1866, p. 614).
(2) Grille» U lllf p. SU, 171; Blordier-Langlois, Angenet te dépariemm de Mtme^^Lime^ U i, p. 4û^-4ûa; àérme
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HAFTS LA SÀKTItE.
Benabe» en épanchant éSm son indignaiion, dans
une lettre onicielle adressée aux autorités d*une ville désormais habituée aux fusillades de prisonniers (le tout sexe, cûi été au contraire d'une naïveté vraiment étonnante.
Sa lettre, d'ailleurs, est déjà assez expressive : * « Toutes les rues sont couvertes de cadavres, p dit le texte cité dans Savary. « Tout est sanp, débris, cadavres,)) suivant le texte reproduit par M. (irille. «Je suis arrivé assez à temps pour \)roi'ïiev du pit" loge. Il y a des hussards et des dragons qui ont fait les prises les plus riches (1). » C'est en dire assez dans une missive tracée le soir même des événements. Quant & la citation de Renouard, que fait ensuite Savary et à laquelle il s'en rapporte plus volontiers, ainsi (jue M. Bonnemère, elle n'a rien à voir dans la discussion du récit de Benaben. £Ue a trait, et Savary le dit lui-même, aux suites de Vaffaire ; I humanité qu'elle loue n'est pas celle des soldats, mais bien celle des habitants envers les femmes échappées au carmuje, cl qui, comme nous le dirons, avaient presque toutes été prises hors du Mans et ramenées plus tard en ville.
Je ne vois donc, dans cette argumentation, aucune preuve décisive contre la véracité de Benai)en. D^ailleurs, pourquoi Benaben aurait-il inventé à plaisir ce lugubre tableau? On pourrait à la ri-
faiie à Ut Coiweuiian par les eif¥s eûmpasani tâ Sodiié paptMre d'Angers; M. GAdard-Faaltrier, le Champ des mar« tprs, S« édit., p. 118-198; M. Berriat-Salnt^Prlx, la Justice réeolutiwmmre en France, Cabmei hisiarifue^ 1864, p 313 et
SIllV» 6tCa
(l}*yoir Savary, t. Il, p. 440; Grille, 1. 111, p. Sd9. Je ré* pète de Doaveau que je regrette vivement de ne pas avoir va Toriginal de cette lettre, que j*al demandé en vain anx ArclilveiK de Ifaine-et-Leîre. Savary n*en eite qa*an extrait, Grille la cite eomplêle, trop complète même selon moi.
iââ LBS VfiKl>££IiS
ffiear aller jusqu'à faréauner une inventieii de ce genre, à eette époque^ ehes un éerivain royaliste inspiré par la passion el le resBentimeni; mais le
commissaire du département de Maine-et-Loire n'était rien moins que royaliste. Oui, dit-on, mais il écrivait après la cluiie de Eobespierre , à une époque de réaction ; sans doul/C il voulait faire ' oublier, se faire pardonner même ses anciens discours du club. C'est un thimnidorien; donc sa piume est sans valeur véridi que. A de tels procès de tendance, renouvelés de la loi des susi^ecls, à de pareils arguments lancés, mexlremis^ 1 histoire n'a rien h voir*
Je pourrais répondre qu'il y a encore des gens qui s'imaginent naïvement que le 9 thermidor noLivrit pas seulement les portes des prisons, mais qu'il délia les lan<,nies muettes et enclKunées depuis le 31 mai 1793, et brisa le joug de silence et de mensonge qui pesait sur la France. Mais je préfère dire tout simplement ce qu'était Benaben.
Les portraits de fantaisie que Durozoir dans le Diclioanaire de lu conversalion^ que les Biographies Miehaud et Didot tracent de Benaben, ont un léger défaut. Us s'appliquent à un autre personnage qu'au savant professeur de mathématiques d'Angers, ou du moins ils le confondent avec un homonyme. Ils attribuent à un seul individu des faits gui doivent être repartis entre deux vies bien distinctes. Il est bien clair que notre Benaben, Angevin d'adoption, mort en 1813, n'a pu prendre part aux polémiques de la Restauration, et remplir alors le rôle politique que Joua seul son homonyme toulousain.
Républicain sincère et enthousiaste comme un bon nombre de ses anciens collègues de TOraioire, homme de conciliation à la tribune des sociétés populaires, Benaben, sous la pression des circonstances, fit au régime dominant bien des conces^
MHS tk SÀRfRE.
tàùoSj on pool même i^outer tous tes sacrifices possibles. Hais tt mérita qu'on pôt dire de lui:
« La période néfasle de 93 et 94 se passa sans qu'aucune mauvaise action ail souillé la mémoire de cet oralorien* » EssentieUement homme du monde élégant, savant, très^spiriiuel, gai, aimant à £aire des mots, vantard comme un gascon qu'il était, jouant un peu pendant sa mission aux ar* mées le roie de mouche du coche, il a laissé à Angers une mémoire honorée « et la réputation d une rigoureuse probité et du phis noble désintéressement (1).» Hépoblicain avant comme après thermidor, Benaben est donc un témoin d'une rédle autorité, surtout lorsqu'on songe que son iiapport n'est nullement ccrii sur un lou d'indignation déclamatoire. 11 raconte simplement ce quMl a vu, laissant sortir le blâme ou l éloge des laits euxmêmes, sans se tailler le rôle d'bomme sensible, et sans verser des larmes rétrospectives. Pour dé* terminer Marceau à faire cesser les massacres du Mans, il lui représente le danger qu'il y a d'y corri|>reiidie des patriotes. Improuvant les fusillades de Savenay, dont il a fait aussi un portrait si lugubre, il les déclare seulement impolitiques* En un mot, il écrit sans phrases. A priori donc, « ce Rapport doit inspirer confiance (â), et il n'y a nulle raison de croire que Benaben, dans son ré( it des fusillades du Mans et de Savenay, ait voulu
(1) Voir dans Angm et le département de Meine^i^Loire, U It p. 19S, le témoignage de Blordier-Langlois, qui avait été son élève i M. le docteur Damont, l'Oratoire et le earêésiamême e» Anjou, 1864, p. 13G ^ 163; M. Boarcier, la Terreur en Anjou, Revue d'Anjou, 1870, p. 319, et 2* partie, p. U5. M. Grille a présenté sa charge plutôt gue son portrait, t. III, p. 386.
(^} Voir aussi Dumont, loeo eitalo, p. 119.
LBS VBKDÉBUS
broyer du rauge^ par esprit de yengeance politique ou pour flatter le parti dominant et fbîre oublier
la part qu'il avait prise à la Révolution.
Eu égard à certains nôtc^s moins honorables du caractère do raiitour des Lettres de Pfialaris, on pourrait aller seulement jusqu'à présumer que sou imagination a pn se complaire à certains détails de luxure, et inventer le mot flEusant tableau.
Toute celle lonpue dissertation crilique était nécessaire avant les lettres inédites que j'ai i)roduitessur la prise du Mans. EI!e devient oiseuse aujourd hui. Le récit de Benaben, le seul récit républicain autrefois connu sur ces faits (i), se trouve pleinement confirmé par les nouveaux témoignages que j'ai cités, et contre lesquels on ne peut élever aucuns reproches. Presque tous parlent des fusillades d'Iîomnies et de femmes après la bataille, de cadavres dépouillés» « de femmes promenées sur la place par les volontaires qui les tuaient lorsqulls en étaient las, » et il y a trop peu de lemps qu'on a lu ces lettres pour que j'aie besoin d'en donner des extraits f;2).
Le Bapport de Benaben est donc pleinement d^accord avec les dires des contemporains, ftu'on ne s'étonne pas de le voir entrer dans plus de détails que les autographes que j *ai pu retrouver. Lui seul a raconté les faits en témoin oculaire; les autres les ont rapporiés d'après le récit qu on leur en a présenté dans l'aprés-midi , et d'après rimpression qu'a produite sur eux la vue des cadavres.
On ne saurait trop rappeler en effet que dans
cette journée chaque heure a eu sa physionomie
(1) Je ne parle pas des liisloriens qui i'oDt admiS| el pami lesquels il faut placer M. Michelet^ t. VII, p. lOà. «8) Voir pages 97 à 158.
DAMS LA ^SAKiHË.
pariicuiière, quant au sort des prisonniers. Le ma^ tin, au petit jour, avant la délaite complèie des Vendéens, Marceau a fait évacuer les faubourgs de tout ce qui était au pouvoir des Bleus, et conduire les prisonniers de la nuit à Pontlieue (1).
C'est alors que Savary,se trouvant sur la chaussée de Ponllieue avec Marceau et Prieur, aperçoit à l'extrémité de cette chaussée la famille Boguais (et sans doute aussi Mesdames Goureau et de Jonchère, dont on peut remarquer qu'il ne dit mot). Il arniche Mesdames Boguais aux outrages de la troupe, avec l'assentiment de Prieur qui n'est pas encore entré en ville et n'a pas été grisé par l'odeur du sang. Mais cela n'absout pas ce conventionnel des événements du reste de la journée» comme voudrait le faire croire Mortonval. Savary fait conduire ses prisonnières à travers la colonne jusqu a Pontlieue (2). C'est également dans les faubourgs de ce village que Benaben, parti de Foulletourte à cinq heures du malin avec la division Muller, voit à son arrivée « une trentaine de lemmes que Ton conduisait sans doute à la mort, mais dont il ne vil tuer aucune. » Ce n'est que plus tard qu'a lieu la tuerie qu'il raconte, et qui se passait, d'après ses dires, « quatre ou cinq heures après que l'armée des brigands avait totale-
• (l) Voir Westermann , Campat/nc de la Vendée, p. 31, et YEîiqfi^teqm (!it:« A mesure qu'on trouvait, le vendredi nKitin, des femmes » des enfaats et des hommes » on les menait à Pontlieue. »
(5) Savary, t. lî, p. 436 ; M. de Quatrebarbes, une Commune vendéenne soia la Terreur, p. 149 et suiv. Le récit de M. de Quatrebarbes a ^té en partie reproduit par M. Pitre-Chevalier, Bretagne et Vendée, p. 489, la Mosaïque de l'Ouest, la Pro^ vinee du Maine, et a servi de thème au récit romantique de M»< Eugénie de la Roebère, dans ses épisodes des guerres de l'Ouest.
136 LES VENDiENS
ment évacué la viHe^ » c*e8t-à-d!re de midi à une
heure environ (1). A ce moment là bien peu de gens envoyés en vedettes au Mans avaient encore osé pénétrer en ville, de sorte que cette boucherie, m masse si je puis dire^ n'eut guère de témoins» Savary avoue que les rues lui semblaient désertes, que toutes les portes des maisons étaient soigneusement fermées. Les habitants, c'est-à-dire les femmes, puis(iu il n'y avait guère qu'elles qui fussent restées au Mans, durent aussi se donner garde de franchir à ce moment le seuil de leur porte, de peur d'être confondues avec les Yen* déens, et comprises parmi les victimes (2).
(1) Gela peut servir aussi de réponse à M. DuchateUicr, disant (t« 111, p. 307) : « Nous ne pouvons comprendre qae des homiaes Umét de tier, accablés par les marches forcées et le manque de sommeil, se soient mèiéSp lorsque le combat te soutenait encore, b commettre toutes ces atrocités, ces amusements de cannibâles, etc. » C'est lii un raisonnemeat simplement spécieux, car il y avait quatre à cinq heures que le combat ne se soutenait plus, et les massacreurs étaîeat tout probablement des soldats qui n'y avaient pas pris part et n*é^ tai0Dt entrés eu lians que plus tard« Ni la diviaion de Kléber (sapf 500 a¥an^sarde), ni celle de Muller (sauf Garpenlierj, n'avaient pris part b la latte. Le gros delà division de Kléber resta à Pontlieue, pénétra dans Le Mans vers bnît b neuf heures du matin, et Muller plus tard encore.
(2) Cela peut expliquer jusqu*b un certain point comment VEnquéte ne dit explicitement rien de la scène racontée par Benaben; mais on peut croire aussi que ces nombreuses vie* times sont les Vendéens qui, selon elle» avaient fait retraite par erreur sur la toute de Paris» « et qui furent tués sur la place on livrés au trUianal criminel militaire qui suivait
l'armée , jugés et exécutés sur-le-dmmp » VEnquéte se
tiompe en faisant intervenir ici un tribunal militaire qui ne prononça au Mans que douze condamnations. Grille, à Angers, Idit de même. II dit que la commission militaire, après le siège, expédia, dans moins de trois jours, plus de cent brigands, alors qu'elle n'en condamna que neuf, il a confoiidu
DANS hk SARTHE«
Enfin, pour arrêter la boucherie et le pillage, et
rappeler les soldais au drapeau, Marceau fait battre la générale (1). Alors cesse le chaos et cet ensemble d'horreurs que présentent les villea prises d*assaul. Les Vendéens qu'en trouve sont toujours voués à la mort, maia rufilllés isolément ;
les ftisillades judîciairi^s uvec les fusillades sans jugement, peut are parce que plusieurs prisonniers étmut conduits à rhùiel des représentants, qui rendaient fort sommairement an arrêt de mort (Grille, t. lll, p. 215.216; Danican, ies Brigands démasqués, p. 205 et 206). V Enquête a peut-être fait ù même confusion par suite des mômes motifs.
[l) Dans une lettre citée par Grille, p. 374, soi-disant écrite lie La\Ml pat Segretain, le 36 frimaire, et rolative à mademoiselle des Alesliers, on lit : k Mareeau ordonne de battre la générale, afin de rallier la troupe et 4'arrêter le désordre, » ce qui semble confirmer encore le récit Benabeo; mais cette lettre, comme toujours, mo paraît fort suspecte quant d son authenticité.— A quelle division appartenaientees soldats? Savary dit que les divisions de Kléber et de Cherbourg avaient traversé la ville sans s*y arrêter; mais cette allégation semble manquer d*nne rigoureuse exactitude , d'après les données même de Savary, qui déclare qu> quatre beuies du soir les deux divisions ii*étaient encore qu*b la hauteur du ebileau de la Groyerie k, Trangé, c*est>à-dire à deux lieurs b peine du Mans, n'étant restées II Trangé que le temps nécessaire pour faire la distribution aux troupes. Savary veut simplement indiquer qu'elles n*ont pas fait étape au Mans. Benaben dit que, quelque temps après Westermann , qui ne s'est pas arrêté. Tilir se mît b la poursuite de fennemi pendant que h reste de l'armée, qui était b Pontliene, entrait au pas de charge [liappoTi, p. 78). Si les dires de Savary étaient scrupuleuse* ment exacts , les soldats massacreurs , au Mans vers midi, seraient donc seulement ceux deMuller, d'Âmey, de Carpenlier, c*es^<l-dîre en grande partie les fuyards de la veille, cachant mieux tuer un ennemi désarmé que It- i oiiibiUtre ; on serait heureux alors de pouvoir eti toiitc >ùrelé excepter Tarmée de Cherboaig, et surtout la division de Kléber, d)nt les soldats portaient plus spécialement encore le nom de AJayençais.
LfiS VENDÉENS
quant aux femmes, il y a sans doute ordre (1) ou permission de cesser de les tuer, et de les conduire dans les prisons. Sur la roule de Laval, le sort des femmes changea de même avec les beores du jour, ou plutôt selon Thumanité des chefs de corps et des soldats qu'elles rencontraient. J'ai vu des prisonnières ramenées au .Mans dans le cours de la journée du 23, d'après Tordre d'officiers ordonnant, disaient-elies, de cesser de tuer les femmes et les enfants. Dans la ville, Taprès-midi, une fois le pillage cessé, l*Ivresse de sang apaisée et les soldats contenus par les ordres humains de Marceau, les habitants qui n'avaient pas peur des cadavres piu eut sortir dans les rues sans danger, et les courriers commencèrent \k arriver, en quête de nouvelles; alors, mais à partir de ce moment seulement, les faits du 23 frimaire commencèrent à avoir de nombreux témoins oculaires.
Quant aux ordres dos conventionnels, ils portaient de ne pas faire de quartier aux hommes prisonniers, et nul doute qu'ils n'aient été môme dépassés a dans le premier moment de fureur.» Le représentant Sergent, dans ses Fragments inédits des Mémoires de la vie privée authentique de Marceau (2), va jusciu'à dire à ])ropos des cvénc- ' ments du Mans et de Mademoiselle dos Mcsiiors, qu'un décret ordonnait que les femmes prises les armes à la main sur le champ de bataille tussent fusillées sur le lieu et non faites prlsonniëri^ , à moins (|ireiles ne fussent prises sur les chariots parmi les équipages. II y eut cependant des prisonniers épargnés dans
(l) Voir, p. 190^ la lettre du correspondaut de Moadoubleaa, Lcbreton.
(-3) Maouscrît de la bibiioUièque de Cbartres, p. 3. .
DAiNS LA SAUiiiE.
cette journée, surtout vers le soir; j'ai vu moimême des femmes survivantes, et des enfants dont les mères ramenées au Mans, dans la soirée, liront succombé que plus tard à Tair délétère des prisons. Les quelques registres informes d'écrou qui subsistent encore, prouvent dès ce momenl 1 intervention bienfaisante de la municipalité provisoire envers les caplit's vendéens.
c< Le ^ (frimaire), ont été conduits par ordrede la muDicipalité provisoire en la prison (de la municipalité) du Mans, Catherine Guimard, Françoise Béncteau, Marie Prévost, Marguerite Roudard, Madeleine Cady, Anne Dureau, Marie Terrier, et (4uatre enfants : Pcrrine Cady, Marie et Jacques Bénéteau, Joseph Boidrand (1). »
« Idem^ Antoine Labory, Joseph Setiuile, René Porché, Mathurin Duval, René Grasse, RenéSechei, Jean-Ba[)liste Imberl, Maurillc Guiltière. » La i)lupart de ces prisonniers, dont Tàge varie de quarante à seize ans et demi, devaient plus tard trouver la mort; mais enfin ils furent condamnés par un tribunal et survécurent jusque vers la fia de nivôse (33 et 2 i nrvôse).
« Idem, Louise Boucaud, Emélle, Aimée, Louise VaugirauU, Catherine Breton » pour être gardées
(U Les sept femmes forent conduites à la Mission, le 1«' nivôse, et les quatre enfants, le S8 frimaire, à l'HiUel-Dieu. On sait combic.î de victimes compta dans son sein la famille
Cady, qui icpandit tant (ie son san;^ pour In cause vendéenne. Vo\x le Champ des mta Ujis^ édilîuu, p. 171, lij; la Hei ue d'Anjou, 187U, p. 370, cite, parmi les vichtiies d'Angers, •< la Cadi chirurgienne, prisonnière au Calvaire, fusillée. «Voir aussi sur M M . Cady , Grctineau-Joly, ///«/oïftf des généraux vendéens, p. 365; M. de Quatrebarbes, Une commune tfendéenner\).^^'3. — Cette insniption sur le registre d'écrou do la prison de l'ancien Palais, de mèaie que les suivantes, pas eu lieu toutefois à 3a date^ mais a été intercalée après coup.
140 LES VEKDIÊfiifS
suivcinl la loi (1). L'absence de presque tous les re^ristres (récrou empêche d'ea savoir davantage sur ies prisonniers du 23.
En voilà déjà lûeB long à propos du récU de Benabffli* Et cependant il me reste encore à établir sa vraisemblance.
Si l'on veut bien réfléchir au sort des prisonniers dans les autres villes, depuis la campagne d Outre-Loire, moment auquel la guerre accentua son caractère d'extermination, on verra que cette scène affreuse, loin d'être im fiiit unique, n'est ni plus ni moins horrible que bien d'autres, et <]u'avaiu de la nier il eût fallu mieux se pénétrer du caractère de ce temps.
Qu'on songe aux blessés de Thôpitalde Château- Goniier, jetés par les fenétreadans la Mayenne (2); qu on se rappelle le conventionnel La Planche, faisant fusilier blessés et les tratneurs d'Avranches, hommes et femmes, môme les malades tirés de l'hôpital (3); qu'on jette les yeux sur les horribles scènes de l'hôpital de Fougères, si connues par la lettre du chirurgien Gainon à Robespierre (4); qu'on lise ces lignes du Bulletin du département
il) Ces prisooDÎères furent transférées à la Mission le 6 nivôse. J'aurai à reparler de la famille Vaugiraud.
(2) Billard de Vaux, Brémaire du Vendéen, t. I, p. 88; ùifense de Carrier à la Convention, Moniteur ûïï S frimaire an lil et numéros spivants ; dom PioUn, V Eglise du Mous durant la Révolution, t. II, p« 498.
id) Grille, t. III, p. 53 et 60; Cahinel hitUorique, M. fierriat'Saint-Prli, la Justice rèvolulionnaire, n<» 20, p 4dtt lirage à part.
(4) Il faut aussi consulter une lettre inédite de Burbon, cavalier non soldé de Rennes (Orateur du peuple, de Fréron, n* S5), qui révèle bien d*autres horreurs. Cette lettre montre toutefois qu'il ne faut pas rendre toute Farméc solidaire de pareils actes.
DAT^S LA SâRTHE.
des Côtes-dU'Nordj 2a brumaire, sur \m fusillade sans jugement :
« Quatre brigands^ neuf hommes, trois femmes, deux enfants, sont amenés à Dinan. Ces monstres doivent être fusillés à midi, en présence de Prieur delà Marne qui vient d'arriver (1). »
Parloulnon-seulement le massacre des Iraîneurs, notammeut dans la 8arLhe,à Sablé et à La Flèche, aux deux passages des Bleus; partout la fusillade sans jugement des prisonniers, là surtout où il n'y a pas de commission militaire. Qu'on se rcporle en arrière de quelques jours seulement à Angers et qu'on contemple les scènes qui ont suivi la levée du siège de cette ville.
Ce sont les mêmes soldats républicains, les mêmes représentants du peuple. Ouvrons donc Grille (je choisis à dessein un historien local peu suspect de partialité envers les Vendéens), et nous y verrons le pendant du lugubre tableau dépeint par Benaben (2).
a Pour aller plus vite (que la guillotine), on fusilla au port de l'Ancre qui faisait face à la me du Canal, eu vue de tout le monde, au dedans de la ville.
« Tout ce qu'on prit dans la journée du S décembre (IS frimaire), petit ou grand, jeune ou vieux, bomme ou femme, tout sans rémission y passa.
« Dix nonnes furent tuées d'une seule dccharge, des femmes aussitôt les dépouillèrent, et leurs corps restèrent livrés aux sales insultes des passants.
(1) C*est un des mêmes représentants du peuple qu'au Mans; la Justice révolutionnaire^ ut supr<), p. 8.
(2) Grille, t. llf, p. 914 et m Voir aas3i Damcai), k$ Brigands démasqués^ p. â05.
L£S Y£ISDËENS
« Voici comment on procédait: si Ton fusillait des bomoies, les femmes n'y venaient qu'en speciBUriees, c'était aux maris qu'appartenait la dépouille. Si Von fusillait des femmes, les hommes regardaient, les femmes travaillaient.
« Comment appelait-oa cela tout bas ? Le partage des tigres. «
Rappellerai-je aussi l'arrêté des représentants du 6 décembre, au matin, ordonnant de couper les têtes des brigands, de les disséquer (il y avait un
représentant cbirurgien parmi les signataires de cet horrible arrêté) et de les exposer au bout des piques sur les remparts.
tt Dans les cours et les écuries, dit encore Grîilei sons la paille, sous le foin, on découvrait à cba* que instant des reliipeuses et des pauvres femmes tremblantes, qui se jetaient aux pieds du vain* queur les mains jointes. Il y en eut de sauvées, il y en eut de perdues. Il se vil là des traiis admirables de compassion, et aussi (que ne le puis-je taire!) il se commit des actes d'une brutalité Hideuse et de la plus atroce barbarie (1). »
Voilà ce qui a précédé d'une semaine la prise du Mans; voyons les faits qui Pont suivie.
Oiron se rappelle la fusiiiaile en masse de Savenay, deux cent quatre-vingt-huit prisonniers mis à mort après uo jugement militaire bien sommaire^ se bornant à prendre les noms des victimes, dès le soir même du combat (2). Qu'on se représente le sort des prisonniers à Nantes après Savenay, les fusillades et les sabrades sans juge-
(1) Voir aussi Lettre des représentants, du 16 frimaire.
(2) Cabinet historique, t. XI , p. 147; Benaben, Rapport, p. 61 à 92. Carpentier, a qui il était fait des représentations sur cette Aisillade, rcpondji que c*était Tordre exprès de Turreau.
DANS LÀ SÂUTHE.
ment (où des enfants môme forent compris), englobant des prisonniers qui s'étaient volonlairement rendus, le tout inspiré par Carrier» qui ne voulut même pas tout d'ai>ord condescendre aux avis de Prieur de la Marne, Ilnvitant à attendre la commission militaire encore à Savenay(l).
Qu'on songe à la fusillade des quinze cents prisonniers vendéens aux poi tes d'Angers, dans la prairie de Sainte-Gemmes, moins de quinze jours après la déroute du Mans, prisonniers dont un iion nombre s'étaient rendus et avaient ûes passeports du général Moulin (2),
Et si Ton veut des détails, on peut voir qu ils sont conformes aux scènes du Mans :
« Rendus au lieu de leur supplice, dit labbé Gruget, à propos de ces dernières vieiimes, on les fit dépouiller après que Ton se fut emparé de tout ce qu'ils pouvaient avoir. Dans cet état de nature qui fait horreur à tout homme raisonnable (3), on les fusillait, et comme il arrivait qu'ils ne tombaient pas tous au coup, les bourreaux les hachaient et les coupaient par morceaux pour achever de leur ôter le reste de ce qu'ils avalent (4)« i> Dans ces fusillades, au dire de l'adresse des citoyens comyosanl La sociclé populaire d'Angers à la Conventiony du 5 IVimaire an 111, les fem-
(1) Voir, au milieu des témoignages qui abondent, M Cahù
jiei historique, l. XI Y, p. 95, 154 et suiv.; Noyades et fu-siilades ou Réponse au Rapport de Carrier, par Philippib de Truujolly. Paris, in-S», 100 pages, p. 22 et 65. Voir aussi, pour la période antérieure de ki guerre, Vie et Cunespon^ dance de Merlin de Thionville, par sou geadie Jeau Reyiiaud, Correspondance f p. 32.
(2) Voir, entre autres, le Champ des martyrs, p. liïû et suiv.
(3) Tri's-souvent aussi les victimes ne furent dépouillées de leuLs vêtements qu'après leur supplice.
(4) Ut suprà, p. lâl.
Di
mes étaient indistinctement comprises avec les hommes, d'apr6.s tordre des représentants, et des enfante fareai égorgés sur le sein de lenr mère (1). fies cadavres furent écorchés et des peaux humaines furent tannées (2). A Nantes comme à Angers, les femmes elles-mêmes étaient dépouillées après l'exécution et Ton vit, deux ou trois jours, les corps de soixante-quinze à quatrevingts jeunes femmes entassés nus, le dos en ralr.
« Au commencement des novades, les victimes étaient jetées à Teau avec leurs habits ; plus tard, Lamberty et des Marat cédant à la cupidité, elles furent dépouillées. C'était un moyen de s emparer des bourses et des montres sans fouiller dans les poches, comme font les voleurs. Une fois des femmes furent mises à nu, et ii fallut les réclamations énergiques des mariniers pour qu'on leur rendît seulement leurs chemises f^).»
Si l'on veut suivre encore plus loin la marche des rqirésentants et d'une partie des trouf>es qui -étaient au Mans, qu'on aille jusqu'à Noirmoutiers, on y verra les mêmes scènes de carnage. Turreau et Bourbotte racontent eux-mêmes, dans leur lettre du 19 nivôse à la Convention, qu'ils ont créé une commission militaire pour faire justice de ces traîtres, qu*ils ont fouillé Tile comme dans une chasse aux lapins^ que celte battue a Ait sortir un déluge de prêtres, de femmes émt-
• (1) Voir Cette Adresse^ 28 pngcs ia-4», Marne, p. 2-15 ; Précis historique de /a guerre, rédigé par h Société potulaire d'Angers, et Adresse à la Convention, Ul fructidor an 1I« in 4». 18 p:iges, p. 16 à 18.
, (2) Voir Grille, 1. 111, p. 258.
(3) M. Berriat-Saint-Prix,Cfl^/nr/ historiquCy la Jusiice révolutionnaire en France, t. XIY, p. 38.
ùAm LA SARTUE. 445
grées; que la commission les a tous condamnés, fusillés au pied de Tarbre de la liberté (1).
On comprend que j'aie hâte d'^happer à toutes ces scènes de carnage; je m'arrête, sans aller jœ-
qu aux massacres comiiiandcs par les généraux des Colonnes infernales^ parmi lesquels on retrouve des noms qui ligurèrent au Mans.
On voit doQ^c bien qu'on n est pas embarrassé pour rencontrer des peuplants an tableau • de Benaben^On trouve les 'mêmes massacres tolérés, pour ne pas dire ordonnés, par les niêiiies représentants cl accomplis par les mômes soldats. Turreau, Bourbolte et Prieur de la Marne n'étaient rien moins que tendres. Danican assure ' que Tnrreau lui avait donné i'ordre de tuer les mator des dam leurs Uls^ à J*aml (^2). On peut lire les j)roclamations do ces conventionnels et leurslettres avant et après Savenay : ce qu'ils veulent c'est ' une extermination sans merci. Turreau cl Prieur écrivent eux-mêmes le 29 frimaire, à Francastel : 41 Ce ne sont plus des ennemis à combattre, mais des brigands k assommer <3). » A Nantes, Bourbotte et Prieur avec Carrier n'exceptèrent pas des sentences de mort les femmes, mais, seulement les enfants de douze à seize ans (4).
(1) Voir aussi Mémoires inèdifs sUr la guerre de Vendée, par Tadjudant j^énéral Auberliii, 1822, p. 70 a b3. Voir encore, p. 95, la conduite de Carpcatier k Machecoul.
(2) Danican, les Brigands démasqués, p. 205.
(3) Rapport de Hentz et Francastel, p. 32. Voir aussi ce que dit do représentant Turreau M. Carré de Busseroles, /« Colonnes injernales, 1865, in-12, p. 21,
(1) Rapport de C;irrier, p. 24; l!u£f^ne Loudun, la Vendre, cl M. Alfred Laliit\ Passage de laLoire par l'armée vendéenne, p. 25-18, etc. On a môme reproché îi Bourbotte (mais sans preuves) d'avoir écrit à Carrier : » Il faut que ia foudre dévore
U6 L£S VMfiliBNS
Ses propres panégyristes oui été les première a reconnaître la violence du caractère de Bonrfioue, dont la pbysionomie n'a?ait cependant rien du saosrcaloUe et dont on a dit, en faisani aliumn à sa bravoure incontestable, que le casijue do guerrier couvrait chez lui les turpitudes du bonnet rouge(t). Prieur de la Marne, queBenaben ne nomme pas à côté de ses deux coUègoes, un des derniers Mootsgaards comme Bourboite et on des proscrite de prairial, était-il plus humain ? Daowui lui assigne à Angers un rôle analogue à «eltii du Mans (-2) ; du moins il avait la pudeur de réclamer dos fusillades judiciaires^ des Cornnussious militaires qu'il établit en si grand nombre dans l'Ouest. Comme Bourbotte et Turreau, il brûlait de U lièvre révolutionnaire et les dépassa peutêtre m «xaUation. Corps de fer, âme de braise, il était fccile à griser, ne fût-ce que par l'odeur de la poudre. On sait que ce représentant mélomane
les coupables et q«e le eanon remplace la «ttillotioe, » et d a-
r,i^l' £''!!'■ l"^^" ««"te complicité dans les novades;
J P"^ du (eu et non pas de l'eaa, c'est bien différent. ,
(1) V. Jules OateUe, UsDenia-sHoiHagnùrdt. M. Wiche ct t. yi, peint aussi le compagnon déplaisir de Rossignol. Vial qui s 7 connaissait, appelle Bourbotte « nn des quatre nins grands monstres qui aient Jamais «listé sur la surface de la terre. » Cmm» ée tu purre ëe» fendten» ci de, avouant Angers, an III, p. »3 et 114.
iSJ Hvàaa UiBriganit iimasqués, p. 205. . Toute la
TZVJt^T ^ barre j
ta Convenuon. U» du siège d'Angers, il cvova à la mort
une qnantité prodigieuse de femmes et de iiiles prises Tn"
ïp|lî."^t"î!f L?'"^' interrogées et s'être moqué
deUes, a iM faisait conduire, disait-il, àl'hûpiiai et on les
ÎSlî^"îr2t* • ^«'"-"^ «« «éeimt ï teUoidie8,etdéponillaientlcs morts. .^ Grille i m p «15
DANS hk SABTHB* 147
voolant populariser la République et éleclriser les cœurs par les chants palriotiques, Iratnait lou-
joLu s à sa suite une Ircntaine de ménétriers jouant ta Carmagnole ou l'Hymne clos Marseillais que chaînaient, lu las ! les vnlonlaireh en couduiaautà la mort les prisooaiers de Savenay (i).
Voilà pour les représentants. On retrouvera de même ailleurs les soldats de Legros, d*Amey, de Carpenlier, cVsl-à-dire de Tancienne division Muller, se comportant comme au Mans.
Les généraux et les soldats eux-mêmes, du resteront été les premiers à proclamer Thorrible caractère d'exteimination de celte période de la guerre.
Westermann écrit au Comité de salut public, après Savenay : ce II n'y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes el ses enfants... Suivant les ordres que vous m'aviez donnéSt j'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour cetles-Ià n'enfanteront plus de brigands!.... Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher : y^x tout exterminé!... Les roules sont semées de cadavres ; il y en a tant, que sur plusieurs endroits Us font pyramide. On fusille sans cesse à Savenay; car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. Klâber et Marceau ne sont pas là. Nous ne faisons pas de prisonniers; il faudrait leur donner le pain de la liberté, la pitié n'est pas révolutionnaire (2). »
Quand TAtlila de la Vendée vint à la barre de la Convention, il r^éta de même : a Chefs, officiers, soldats, évôques, comtesses, princesses et mar-
(1) Grille, t. III, p. 3d j fieoabeu, Happort, p. 98^ Bucha^ tellier, t. lll, p. 333.
(S) Crétiaeau-Joljr^ L II, p.3f Ductataliier, t. III, p. 337.
quises, tout a péri par le for, les flammes et les flots, w Et Ton sait à quel chiffre gigantesque il évaluait los ûéhvh (lo rémiGfration vendéenne (1). Les oliiciersde l'armée qui vont donner immédia-* lemeut à l'Assemblée, après Savenay, des nouvelles de la défaite des Vendéens, disent : <x Trois maux incurables poursuivent les brigands : la Loire, la guillotine et l'armée de Marceau. Nous ne faisons plus de prisonniers. »
On lit, dans l'adresse rédigée par les armées réunies, qu'elles n'ont fait aucune grâce aux ennemis delà République:» hommes, f^mme$, marquis, comtesses, tout est tombé sous le glaive que vous nous avez remis (2j. »
(1) Voir aussi des tettrêi< de Carrier du 25 frimaire; /MffmU fies BéhaU, 457, du 30; Journal de France^ dO 7 olfôse, et Journal des Dààûts, n« 467. Celle du 30 rend compte de la boncberie épouvantable d'Anceois et du viUage des Touches par Westermaiin, l'adjudant général Hector (Legros) et (a cavalerie de la légion du Nord. Wesiermapn^ à Nort, s'abstint de tout tuer pour des raisons particulières. Carrier dit dans ceue lettre : <- Â Nort^ il a fait cent prisonniers potir des raisons qn*il m*a confiées* v il ajoute : « La gdllotfne ne peut j^nfflre, j'ai pris le parti de les faire ftisiller : ils se rendent à Anoents et ici par centaine; j'assnce k ceox>cl le même sort qa'aui autres. J*invite mon coUègne Francastei b ne pas s*écarter de cette salutaire et espéditive métbode. C'est par principe d'humanité que je purge la terre de la II-, bel té de ces monstres. ^Yoîr encore la lettre de Carrier du* 4 nivôse, après Savenay. Dans une lettre du S9 frimaire, an général Butrujr, commandant de la division des Sables fproba* btement inédite), il dit de même: cOn en amène par centaine à liantes : la gnillotlne ne peut nnfflre. On prend ie parti de
les fusiller. Vive! vive la République! F , comme ça va
bien » (Ms. 833 de la Biblîotlièque d'Angers, Autographes).
Ci) Lettres dans \e Moniteur du 8 nivôse an 11 ; du 10, p. 403; dn Id, p. 409; Journal des Débats et décrets, p. 466; le Républicain du 10 nivôse; le Cabinet historique, t. XIV, Carrier b Nantes ; nappofi de Eentz ei Ptimcastel^ 38 pages in-Q,
Un des oITiciers supérieur^ âoat ie mm est le plus mêlé, k cette époqw» a^ux scènes de meurtre de tout genre, faisant deux ans plus lard son apologie, a parlé lui-même de son repentir et de ses remords. Il n'a pas nié ces orgies sanglantes, il les a présentées comme étant la peine du talion, la vengeance des actes commis p^r les Vendéens à MacbecouU à Hontaigu et à Clisson (1). » Rien d'étonnant, dit-il, que nous ayons usé de représailles, que nous ayons cherché à les exterminer, à couvrir leurs corps de blessures plus cruelles que la mort; que nous ayons oublié la bienfaisance, la douceur, Taménité, porté la dévastation au delà des bornes prescrites, jonché les champs de bataille de morts. Il n'y avait plus de pitié* Nous étions ivres de combat.
« Il me seml)ie moi-même voir à mon aspect les hommes me fuir avec horreur en secriant : C'est un Jt>arbar€ comme les autres, il n'est humain que dans ses écrits et mille fois plus criminel encore.. . Mes ordres portaient indistinctement de ne faire , aucun prisonnier (2). »
vendémiaire an III , p. 33; l'Orateur du peuple, de Fréron, no? J8, 26, p. 203, n° du 28 vendémiaire. En un mot, des documents tîc toute sorte, écrits alors k Nantes, à Angers, etc., prouvent que tous les prisonniers étaient fusiUés sans distinction.
(1) C'est aussi ce que disent dans leurs Rapports justificaiifs. Carrier, Hentz et Francastel. « Les mânes de nos frères sont satififeitSfc » écrit en parlant de ceUe « exécrable }:fuerre> Bcaupaji dans sa lettre à Merlin deXhionviUe, du 4 nivôse. Voir aussi le tome I« de cet ouvrage, p. 176 et 3Cl, et le maouscrit inédit de Mocquereau-la-Barrie, dont j'ai parlé, t. M'', p. $1» et qui eontient de curieuses révélations sur le séjour des priaonniers répuiblicains à Gbolet.
(S) Mei Béves dans Vexil, oavrage dédié à la Conv( nlion par le oKeyen Hector UgroSp adjudant général, chef de brigade, eHoveni profeçaeor de matttématiqaea eus colifi^ea: de
En un mot, et pour en finir, tons tes documents qui parlent du sort des Vendéens, en décembre 1793, sont unanimes à proclamer la vraisemManee
delà scène dont Le Mans fut le théâtre le 13^ d'après le Rapport de Benaben. J ai dit anlérieurement toutes les raisons qui pouvaient contribuer à en établir la vérité. Il est grand temps de passer à d*autres épisodes.
Je ne dirai que quelques mots de U mise à mort des blessés de rhôpital.Ce que j ai rapporté du sort des blessés des hôpitaux de Château- Gonlier, de Mayenne, d'Avranches,de Fongéres rend fort vraisemblable également Timmolation des malades au Mans- VEnquÔte dit : « Les hôpitaux des villes où passaient les blessés étaient sans ressources. Quatre cents qui restèrent au Mans lors de leur retraite, y furent massacrés. » Et plus bas : « Excepté les blessés de VhÔpitaL, lés Vendéens perdirent peu de bons soldats an Mans, mais une très-grande quantité dans leur déroute (1). » Des lettres que j'ai citées, une seule, celle de Blavette, contient une allusion à ce fait. Blavette qui, dans la journée du a passé deux heures au Mans, qu'il a quitté vers quatre heures au phis tard, écrit le lendemain 24, rendant compte de ce quil a vu la veille : « Quatre cents malades et blessés qu'ils ont laissés à Thopital vont être fusillés (â). » Cette
France, 3« année répabilcaiiie, 88 pages iii-4% Btois; voir pages 79 81. Voir aussi les dépositions de cet officier dans le procès de Carrier. Il ne fm pas le confondra avec lé générai de brigade Leîrros.
(1) Madame de La Rociiejaqueleltt ( Jrémofrst, p* 809) a sim*plement dit : « D'autres, blessés et malades, lestèieot dans les maisons et furent massacrés. »
(S) G est-à-dire qu'ils allaient Tètre, qaaaid Blavette t quitté Le Maas. Le nombre est le même que dans V Enquête.
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DANS LA mttm. iM
irmtiolfttion figurait donc pàs eu \îfgfÊ dans te premier moment du carnage. Elle fut retardée, soit qu'on ne voulût pas que la lumière du jour éclairât un pareil forrait, soit qu'on ne s'y fût décidé qud tard après des bésitations, pour épanmer le pain de la liberté^tomme ûii Wesienmm, soit que l'tamVée dans ta ville é*nn nouveau flot de soldais de Muller, voulant avoir leur part de pillage, après le départ de Marceau, eût déterminé cet acte de sauvagerie. Un Vendéen encore survivant aujourd'hui m'a dit : « Ha mère et ma sœur(l),ramaiiée5 au Mans de la route de Laval dans la journée du vaidredi 48 décembre el conduites à rtiôpitaU ont été les seules à échapper au massacre des blessés de rHôlel-Dieu. Ma mère a dû ce bonheur unique à ce qu'une des sœurs l'avait coiffée d'une bonnette d'hospitalière (S). Le massacre eut lieu de nuit. Le lendemaiii, lorsque le Jour se leva, il y ^ait du sang dans la satle jusqu'à la cheville du pied ; quant aux cadavres, ils avaient été traînés dans les cours et amassés en monceaux, »
Voilà ce que je sais de ce lugubre événement qui, en làce du nombre immaise des morts dans la déroule, est resté presque inaperçu. Les détails font défhut sur les cffoonstonces de cette bécalombe de blessés, qui n'étaient peut-être pas tous restés au Mans le i2 au soir, et dont un certain nombre y lut peut-être ramené. Néanmoins, il n'y a malheureusement guère lieu de douter qu'au . . Mans, eomme ailleurs, ils n'aient été compris daûs les victimes de cette sanglante journée.
(1) J'ai trouvé, en effet, leurs noms sar les listes des prisonnières vendéennes.
(21 IJ y avait encore des sœurs à l'hôpital; car, sur les regisires d'écron dé la prison de la municipalité, je lis à la date du nivôse : « Sœur Lacroix, de l'hôpital, écrouée par ordre du comité de saraillaoce. > Ëlle ne tarda pas k succomber.
B'aprt» ieftdfl|f»iiie9te 411e f^f cités, et la discussion critli^e qui vîeni de les suivret d'après
des anecdoles bien conmtes. on est à même de voir que les femmes ne furenl pas épargnées dans ces fusillades (in 13 décembre fâ3 frimaire^, et (jue de plus ce jour ne lut pas le $eul qui vît des iusiiladessans joffemeQt Si^ dans la Sanihe, le nombre dei ooacteÂiiKpilièas judiciairet M reknivemeoi minime^ c'est que le nombre des Aisilladcs arbi- Iraires lui ^^rand (1).
Depuis le 23 frimaire jusqu'au 1^^ nivôse environ, le sûlul des prisonniers^ dans la Sarlhe, dépeniail de rhumanité des individus qui s'en einpayaient :ia leitoa l'a vn, c'était taaiort; s'il y en eut d'épargnés, c'est grâce à rhutnanilé de quel* ques municipalités et de quelques citoyens. Mais, je le répète, il y eut dans le dépariemcnt des fusillades de brigands^ $ans jugement, jusqu'au mvâse. En général, les femmes* après le pre^ miar moment de Aireur passé, y furent sousirai* tes, mais on ne saurait préciser le moment où, dans la campagne, on cessa de tuer isolément.
On tuait pour dépouiller. Le pillage est la principale raison de ces meurtres, et les bngands qui semIMieiit, soit par ieiura eastuoies, soit par tears atturesy malgré leurs déguîsenieiilSi offrir mie plus riche proie- à l'avidité des soldats ou des gardes nationaux, durent ôtre plus paniculièrenienl in^molés.
. A càlé de ces grenadiers d'Armagnac aussi hu-» mains que braves» deoi fienabea a fait un juste
(L) Le SS4 àa ii#$te, il mil pss de commlssiaQ militaire au Mans. Le 94 aettlementjl en sîéi^ea une. La noa^telle eosMnlsllou «inî arriva lé S6 ne siégoa que le Teiidis qoe la ndmmlssioa créée an Ifem la SA ae conilanuia ce joor^ qse floMEe Veadéent, elle ea coidaimait dent ceot quatre- \ingt-liBti k fiaimiay , le B niféie, le aolp isAna de cembet.
DANS LA SAUTHE.
éloge, à côté de ce régiment qui valait à lui seul une armée, il y avait sous les drapeaux des pillards éhontés, il faut bien le dire, des débris de l'armée de Saumur, fai^anl surtout partie de la division de MuUor; U y avait drs volontaires pari-siens, stigmatisés par tous depuis le commencement de la lutte. On sait comment Philippeaux a dépeint en traits ineffaçables ce que d'autres ont appelé la lâcheté pîllardiue de ces soldats (I).
Celte ardeur de pillage est prouvée au Mans par tous les témoignages que j'ai cités, et qui parlent des cadavres (bleua et blancs) indistinctement dépouillés, et par les dires des habitants, qui déclarent avoir acheté les dépouilles des brigands des solfints mayençais. Au rosie, elle est proclamée hautement^par Westcrmann et Heuaben, constat tée par Marceau et par d'au très documents officiel^» Westermann dit de ses soldats,, que « tous, pour ainsi dire, ont amassé des trésors des dépouilles des ennemis de la ftépubliijue (:2). »
Ces pillages ont indii;né jus<prà Babœuf qui appelle Westermann, collaboraleur de CarrUr:
ic Quant au pillage effréné, dit-il, et autres horreurs dea soldats, tout cela est présenté comme tout simple et absolument dans l'ordre, tellement que les î^éiiéraux eux-mêmes caumèrent, parmi leurs trophées, l'article du vol scandaleux qu exerçait sans bo^te et indistinctement toute Tarmée républicaine, dépouillant inhumainement et le patriote et Taristocrate (3). n
(1) Voir les Rapports et les factums de Philippeaux sur la guerre de Vendée, les volontaires de M Camille Roussel.
(2) Westerinann, Campagne de la Vendée, p. 41.
(3) Babœuf, du Système de dépopulation , ou la vie et les crimes de Camer,..^ avec des recherches sur les vues (/eueraies du dàcemirat dqns i'invenUon de ce système, sur sa
BenabGTi, qui laisse échapper lui-même le mot de « pillage, » dit (( que les hussards qui, dans celte occasion, ne perdent jamais la léte, y firent les pias riches prises (1). » Marceau, répondant au général Turroau qui réclame ces prises pour la République, se borne à déclarer, lui qui en a les mains nettes : « L'argent, les montres et les bijoux que les soldats ont enlevés à Tennenii leur appartiennent sans doute, puisque les représentants du peuple qui étaient avec nous, les en ont vus nantis, sans que cela leur* ait paru extraordinaire. Il est d*usage, tf*aî1leurs, que celui qui triomphe de son ennemi en ailla dépouille (2;. »
Dans les communes traversées par les Vendéens et Tarmée républicaine, on dressa des états des pertes éprouvées par les habitants dans ces deux passages, dans la pensée, jamais réalisée, de les indemniser. Quclqueîis-UBS de ces états m'élit passé sous les yeux, tels qu ' ceux des communes de Parigné-le-Pôlin, où séjourna la division de Kléber, de Chassillé, Longne, Saînt-Dcnis-d'Orques ; ils montrent que les habitants souiïrirent autant des Bleus que des Vendéens, et fârent éçorchés pur les soldats des deux camps. Les besoins des deux armées, du reste, étaient semblables; et les soldats républicains, affamés comme leurs ennemis, étaient eux m^mes dans le plus misérable état, quasi sans souliers comme on le verra plus tard (3). Je
combinamn principale avec la guerre de la Vendée, Paris, au III, in-S», p. 1:33, 135 h 141.
(1) Rapporl, p. 79. Voir aussi sa lettre dans Grille, t. lit, p. 301. prétendue lettre do Delani,'c, citée dans Grille, dit aussi : « Tous mes soldats sont cousus d'or, d argent, de papier, > p. 371.
(5> Lettre du 9 janvier 1794, Savary, t. III, p. 12.
(3) Aussi îï Saint-Denis vort-on ^ une paire de souliers donnée à un soldat de la Hépubiif^ue ({Ui était pieds nus. > ~
ne parle donc pas des provisions consommées par les soldais de Wcstermann, par les armées de Mayence et de Céfers^ le 24 et le iâ, comme parlent les déclarants, aussi bien que par ceux de La Rcchejaque*ein> tels que beurre, pain, cidre, pom** mes, lard, oies, etc. On pourrait dire que la nécessité d'en fournir était une dette des habitants envers leurs libérateurs, mais j'ai en vue les objets, autres que ceux de consomma tiou, liage, vais^. selle, que Dosfioldats auraient dû respecter diezies patriotes, et qui sont nësnmoinsenIevé8.0n 8eeroi« rait transporté au temps de la Fronde, où l'on était pillé par les iroupes de tous les partis, et où l'on redoutait ses défenseurs autant que ses ennemis.
Les habitants essayaient de se rattraper en dépouillant à leur tour les morts, et en fouillant avidement les poches des cadaTres avant de les inhumer. Déplorons tous cette soif de pillage, qui était la plaie, la vraie lèpre de Tarmée, car bien peu en étaient exempts. Benabcndit que sur vin^^t mille bomo'.es de Tarmée, il n'y en avait pas dix sur lesquels on pût compter, le reste étant occupé à boire dans les cabarets ou à marauder dans les fermes, ayant des jambes pour fuir, et ne voyant jamais le feu ; « et cependant ce sont eux qui font le plus de bulin, parce qu'ils emploient à piller le l»'mps que les autres mettent à se battre (1). »
Savary,de son coté (t. V, p. 43 et U), parlant rétrospectivement, en 179%, de la composition des troupes, déclare que Tarméie, à Texception des colonnes de UrcsL et de Luçon, n'était qu'un amas confus de tous les vices réunis.
(1) Rapport, p. 94.— l\ faut s'en tenir, en résumé, au témoignage de V Enquête: « En général, tons les braves des deux armées étoic t honnêtes et humains; mais en revanche les triiioeurs étoienl lûeheSi crueis et pillards, »
i86 LK VBI«IIÉeMS *
Les généraux ée rarméé de Saumiir avaient donne Tcxemple qui était devenu contagieux, même pour les purs de Tarmèe, pour los braves qui savaient mettre le courage et la victoire avant le tlésir du butin
On â pu voir par tes scènes, dé Coulans et de Saint-Aubin quel cas les pillards faisaient de la vie liumaine; ils ont tué un homme pour un gWcU trois hommes pour vendre leurs dépouilles qui leur oni procuré quinze francs, ceci sous par vietime^'^ll y a encore de cette époque des .aneedotes qui en disent plUs long que bien despbrsfôcs. Dans ta translation ' dès prisonniers d<* Saiimur à Chinon, du 3 décembre 1703, « un paysan tle Candes, en regardant un de ces malheureux qui étaient attacbés deux à deux, dit à un soldat: tt En voici im qui a une bonne' re(jingote. ~ Oui, ditie srtdat, venx-tu <pfle Je le la vende ? » Le marché se conclut. Le paysan paye. Le soldat coupe la corde qui attachait ce malheureux à un autre, tue cet homme, dans une ruelle qui était à côté, en iui donnant un coup de £usil, et le paysan le dépeuiiie (2>« »
(1) Il (lut y avoir âe riches prises, comme dit Benaben; car, mlf^ré leur délilbremem, un ccrtaîD nombre de Yendé^s, qui portaient avec (>ux toute leartortane, avaient en effet plus d*or que ne semblait l^nnencer leuMriste état et le déguisement auqnel ils avaient recours poirr cacher leor condition. On parle de riabes familles (celle du comte de Maillet) déguisées en paysans dont le& vitemeats étaient deo* blés en feuilles d'assignats et les poches pleines de bijoax en or et garnis de diamants. I*ai déjà cité Nougaret, Histoire de la guerre cimle en France^ fS03, t* II, p. 335, et tine Ifitire de Benaben- dans ^îlle, t* II» p. 874.
(9) Relation du transfert, des prisonniers par IHin d*eiitre eux, U. Lemercier de la Bivlère» insérée dans le Bàpertmre arehéùhçiquei dfi l'àniim, 186^» p« 377. •
Dm LA SABTHB. Ië7
Il n'y eut pis queles soldftls, dàDsIa Sarthe, je
lai dit, a convoiter ces dépouilles des vaincus. Les habiianls des campaj^nes qui firent la chasse à l'homme eurent aussi leur part de ces ardentes convoitises ; nous aurons à citer plus d'une bis* loîre de prisonnières dépouillées de leur argeut, ainsi que de leurs vêtements, et à raconter des querelles amenées par U] partage du buiin. Au Wans môme, cette l^rulale cupidité s*empara de l'esprit des gens dos bas quartiers. Le jour de la défaite, c'étaient surtout les soldats qui avaient dè^ vaysé les cadavres. Les gens de la ville n*avaianl eu ces déponiUes que de seconde main, les ayant achetées à vil prix des pillards.
lis voulaient, eux aussi, avoir leur part de butfn. Où la trouver? il y avait en ville, dispersées un peu parlout, les prisonnières vendéennes, beau^ OQup plus BonriMreuses que les bommes, « 911*011 ne mettait pas de cdM;» elles avaient été ramenées de la roule de Laval ou des communes voi~ sines. Ce fut là la proie que convoitèrent les habitants des bas quartiers.
Dans le premier moment, les prisonniers avaieni été renfermés indistinctement un peu par*tout, à rOratoire, à la Mission, 3i Salme-*Croix, à rnoj)iUii, à la prison de la municipalité et de l'ancien évéché. Les Vendéens en brisant les fermeturcs des prisons du Mans, de mi^me qu'ils avaient mis la guillotine en pièces^ avaient rendu leur séjour piresque impossible; des femmes et des enfaats iaveni déposés jusque dans des habita*^ lions particulières. Quand on voulut régulariser ce' désordre des prisons, élablir des catégories de détenus, et grouper dans un petit nombre de maisons de détention toutes ces Vendéennes que dévorait la contagion, on procéda au transfert d'un certain nombre de captives. I( fallut les montrer au grand jour et leur faire traverser les
ISS LES V£NftÉ£lCS
puesdu JtoM. Là elles pwiccmtrtreiit sur leur passage les mégères qui étaient en quéle de mm. Elles marchèrent au milieu des menaces de mort, que vomissaient contre elles de véritables harpies, en butte à des outrages ei à des sévices conire lesquels les soldats, plus humaiiis que la foule, avaient peine A les protéger. On les dépouillait violemment d'une partie de leurs vêlements, on leur prenait leurs tabliers, leurs mouchoirs de cou, c'est-à-dire ce qu'on pouvait leur arracher. J'ai encore vu deux de ces prisonnières qui m'ont dit, dans leur transfert, avoir failli être massacrées et avoir été dépouillées tfune nanie de leurs habits (i). ^
Ici se place un des épisodes les plus lugubres et les plus contestés de ces funèbres journées. Dans un de ces transferts, des prisonnières turent immolées; terrible était Tenvie, immense était la haine contre les Vendéensqui, pendant deux jours avaient occupé la ville en maîtres exigeants, qui avaient séparé les femmes de leurs m.aris, et surtout consommé les dernières provisions; terrible, il faut bien le dire, était la faim, cette éternelle mauvaise conseillère, réveillant dans les bas^onds de i homme les instincts bestiaux qui le raonrochent de la brute.
Elle voyait d'un mauvais œil, oculo torvo, ces Vendéennes entassées dans les prisons qu'il allait falloir nourrir, et qui venaient diminuer encore le morceau de pain, déjà bien petit, resUpt i chacun pour l'empécber de tomber dinanitîon. Pour justifier ses effroyables désirs, elle rappelait le danger qull y avait à entretenir dans la ville ce
(i) L'une d'elles, après sa «ortie de prison lors de la nacifleation, recoDiint «on tablier porté par une femme du Mans et se le fit rendre* '
DANS LA SARTRE*
foyer de eonUi^on. Terrible enfin était la misère
que le peuple avait seule trouvée, depuis un an, au lieu de la République de Cocagne qu'avait rêvée pour lui Camille Desmoulîns.
La vie d*ators, surtout pour Le Mans» depuis prés d*un mots, n*était qu'une fièvre, surexcitant tontes les passions ; on vivait dans une véritable fournaise. Je dis tout cela à la décharge de ccs misérables femmes, un instant transformées en hyènes, et pour expliquer comment, après l'apaisement de la lutte, Le Mans vit de nouveau ses pavés tachés du sang des Vendéennes.
Il y a plusieurs versions de ce loffiibrc épisode.
UEîiqucle dit qu'un individu (ju'ellc a déjà cité avec horreur «par un nouveau Irait de barbarie fil tirer des maisons d arrêt et conduire au haut de la place des Jacobins, vingl-lrois à vingt-quatre fenrimes, qu'il fit de sang-froid désIiabiUer en sa présence et assommer à coups de bdton et de sabre, quelques jours après le départ des Vendéens (1). »
Renouard raconte ce fait d'une autre fncon :
oc Pendant la sanglante bataille du Mans, vingtdeux Vendéennes, dont quelques-unes avaient leurs enftints, s'enfbirent tout effrayées par la grande route de Bonnclabie. La municipalité de cette ville les fit reconduire dans une charrette au Mans. Le bruit de leur arrivée avait rassemblé des furies de Saint- Gilles, de Gourdaine et du Pré, sur la place des Jacobins, où ces infortunées ne sont pas plutôt arrivées qu'elles sont fusillées
{\] Un de ceax qui participèrent II la confeotioa de VÊn-» quête a désigné ce personntige coroine étant le Maire da Mans et son nom flgore dans toutes les histoires. Voir l*£»^/^, dans les mantiscrits de M. Négiiec de la Croeliaidière» Il la
Bibliothèque liu Maus.
LES VENMBSIS •
ei^ aai^rées w groupe; leur ^dépouiUe, e3t Omdonnée à cminCftines harpies qui avaient, dit-on, sollicité les hussards à les massacrer... Deux personna<îes trop marquants alors étaient spectateurs iram^uilles du massacre de ces femmes qu'ils auraient pu empêcher par l'autorité de leurs pteces et l inOuence cpi^ils avaient sur le peuple ; ils ' n*efi firent rien, fie là le soupçon qui a toujours plané sur eux, d'avoir été les conseiilei s secrets et les complices de celte action barbare. Au re&Le^ 1$ mal qu on )i empêche pas, lorsqu'on le peut et qu'on le doit^ rend aussi coupable que si on le faisait soi-niôn;^e (i). »
Une troisième version, provenant d'une note ajoutée à un manuscrit de YEnquêie par un de ses possesseurs, d'après le récit que lui fit, en 1839, M. F.... membre d'une des ramilles les plus honorables (ile la ville, rapparteainsi.ee massacre: «Le maire rentrant au Uans après la s^tiedesroyalistes, rencontra sur la place des Jacobins une soixantaine d*hommes, femmes, enfants que l'on conduisait dans réglise de l'Oratoire devenue maison d'arrêt. « Qu'est-ce que c'est que ces gens-là? dit-il. — Des Yejidéeas, lui répondirent ceux qui tes dirigeaient. — Fusillez- moi ça, » répondit-il d*un 'ton Taroucbe. L*ordre fut immédiatement eaéenté sur le Heu même (â). »
Des écrivains, d'après des motifs différents, oui
(1) Rcnouard, mm mr U Mme, t. Ut p. aet.
(2) Si je cite cette version» c'est qoe, consignée dans un manoscrit placé depaîs longtemps dans nn dépôt pnbUc (Bibliothèqoe du Mans), elle a trouvé place dans plusieurs histoires. Maïs cUe n*â nullement i'aniocité htstoriqBe des denx anttes : elle ne vaut qfle eomme simple témoignage veilial; la personne même <]oi Ta lûoniée en notes^ an bas da teite de V Enquête^ 9^ eontesté depnis t'exactitode des sonvenlrs de M*
DAl^ U SARTHE. 161
regardé ces trois récits comme autant de massacres distincts (1). Je les considère au contraire comme trois ven-ioiis d'un fait uniqu(\
Toutes les ir4Md placent le li6u de la scène sur le^ Vaccinas» Dac^ l'Enquête el dams Renounrd, le& victimes sont toutes des.femnies et le nombre est presque le .même : vingt-deux à vingt- quatre. La troisième version, recueillie lon^tem[)s après les faits, porte seule à un chiffro pius élevé le nombre des prisonniers massacrés d'après les mêmes ordres wavee la même complieilé.
Eh bien l que me semble-t^il le plus judieieox de conclnre de tout cela î 0*est qu'il y eut en présence, et avec la complicité morale au moins de Potier, un massacre de Vendéennes, sur la placedes Jacobins. VoiUî le fond de la tradition. Avec le temps, des diHails erronés sont venus s'y joint* dre. Trois versions difl'érentes d'un fait qui a dû être unicpie, voilà, selon moi, Tœuvre du temps qui à la longue défigure tout.
Deriouarcî, qui assistait à la n'daction do VEnquête et qui a voulu, notez-ie bien, corriger le récit de ce document d'après des détails plus exacts eet i^us circoiialaiiGîés^ s'esi probablement trompé en Faisant venir ces femmes de Bonnétablc, tandis que c'était Potier qui en arrivait (2).
(l) Les uos^pour présenter comme pies bocribles les scènes de MaD8,déjii trep affieases dans lear sombre réaltité; les SQires , poar attaquer an 4sontraire ces difréremes Yeisions isol^meot ^ se prévaloir contre le témoignage de VBnquél€ du prétendu i^ileoije de Benooard» et âmrie Heotsard de sant silence deT^ngte^/^»
(3j J'âi déj^ parlé du sort des qaatre prisonniers qui furent ramenés le 95 de Boiinétable. (Registres d'écrou de la prison de la municipalité.) £n tous cas, ces femmes, eussent-elles été ramenées de Bonnélable, ce que je crnis inexact, n^auraicQi pu letre le sa, ain&i qu'on u voulu le iaiie croire.
162 LM VBNDiBIfS
Un tiers a ajotitè une note à rBnquête, sans s'apercevoir qu elle faisait douWe emploi, et il a | grossi le chiffre des morts. Le nombre, voilà ce i que la tradition respecte le moins; pour elle, quant aux chiffres, la iKHite de neige devient Tite une avalanche (1). Pour ce qui <$t du massacre en taHméme^ d^près les témoignages venus de Benouard et de VEnquête, ii me semble indnbîla- We. Quand se passa-t-il? quelques jours après le départ des Vendéens, dit VEnquête. Probablement le dimanche jour où la fouie devait être en pins grand nombre dans les rues, jour de la rentrée des autorités. Etait-il possible cette jonraéel*î Qu'on songe à la scène de Saint-Aubin, du 25 frimaire, que j'ai racontée.
Est-il vraisemblable? Après tout ce qu'on a lu, on n'en saurait douter {%.
Cette commune ne connul la vjctoire de Tarmée répablicaiiie que le 23 vers quatre heures; et, avant d'en avoir une connaissance certaine, ce n'est pas vers Le Mans qu'elle tti dirigé les prisonniers, mais bien probablement sur Mamers, où elle en expédia deux en effet, le SS sa aiatlo. (Voir les Begîstros du district de Mamer^»)
(1) Je ne sais pourquoi M. Crétineau-4oiy élève ^ vifist* sept le chiffre des victimes donné par Renonard.
(2) Voir les raisons par lesquelles M. Miehelet explique racharnement contre les femmes vendéennes an Mans, t. Vif, p. 103-103. ^ Pest^re panst ees tîetimes^ f eif avaît-ii qui excltai«it davantags ia haine on la eonvoHiae de la papnlace. Des prisonnières» qoi m*ont déelaré avoir yii , lors de lenr transfert) des cadavres detemmes «oncbés par terre; an haat des. Jacobins, av pied' dés murs de l'OmtoIre, m'ont dit, sans rien affirmer toutefois, qu'elles eroyafent quil pouvait se trouver, parmi elles, des religieuses. --^ Ce ne furent pas II, pantt*ll« les seules femmes immolées auprès de rOratoire. J*al plusieurs fois entendu raoonter an Mans l*lfistoire d'une Vendéenne qui, ayant demandé asile dans une maison de Cou> laines» avait été traftreosement eondnlte le lendemain au Mans
DiUlIft LA SARTHE. 168
Les vMitim on^eltes élé empiétement dé->
pouillccs avant ou seulement après la mort ?
Daus les circonstances où se passait ce massacre, sollicUé par la populace pour s'approprier les vêtements des morts, il n est nullement impos-* sible qu'on les ait fait déshabiller à Favance. Ailleurs le fait eut lieu pour le même motif, et la même envie salanique dut produire au Mans les mômes horreurs qu'aux Ponls-de-Cé !
Quelle fut la participation de Potier et d'un ancien membre de la commission militaire de Sablé, dans ce massacre? 11 me parait difficile de ne pas admetire quils y aient assisté et quil dolte en rejaillir sur eux une pari de complicité morale. Nouveaux Pilâtes, ils auront laissé faire pour ne pas compromcilre, à leur retour, leur popularité déjà compromise par leur ftiite. Je relis ftenouard, ooniemporain dont en pareille matière on ne peut pas suspecter rimpartiali lé, et j'yIrouYe: «Deux personnages trop marquants alors étaient speeta-^ leurs tranquilles du massacre de ces femmes (îirils auraient pu empêcher par l'autorité de leurs places et par l'influence qu'ils avaient sur le peuple; ils n*en firent rien* J>e là le soupçon qui a
par son hôte, après avoir passé la nuit sons son toit ; on entendait les eriSi les harlements de cette panvre femme, \ la montée dn tertre Sainl-Lanrent. Aoprès des murs de POra* toire, on loi fmeaasa la tète. Il est de tradition constante, an Mans, qn'il f ent également des fusillades de prisonniers vendéens dans la vallée de Misère> auprès des Gordeliers, en faee roiatolre, (Voir aossi M« Lepelletier, t 11, p Quant an pttits des laeoliins, oft des eadavres fbient Jetés, dit-on. Je ne eonnais rien de précis ) eel égard. Le 11 pluviôse, le citoyen PMger reçnt d» la eomttiane IS livres ponr avoir nettoyé l'église de rOratotre et hpuiU des Jacobins. Il avait été requis ponr cette liesogne par les eomtnfssaires de quartier Meman et Lorcet*
toujow$ pkmé mi" eux d'avoir été ie» cm$eiUm secrels H ta emplices de cette action boat^ bare (1). Renouanl n'a pas voulu être aussi afflr*
roatif qu6 VEnquête ; faisons conia^e lui, et disons que rhisloire devra s'en tenir à cette appréciation.ûueV/in<7W^ic n'ait i)as eu la môme réserve, on leconQoil : la plupart deceuKqui avaient coairibué à sa confedioD avaieul vu Palier à rouvre, aa Mans. Ils avaient été indignés dosa proposition du massacre des suspects, acte cent lois plus barbare et plus atroce que la mise a mort de prisonniers vendéens, puisque les uns étaient ses coucitoycns et de simples suspects, et que les autres étaient dea reîbeUes, coupables dés lors d'après les leÂs du- temps»
llien d'étonnant donc que ce qui était pour d'autres un soupçon leur ait paru une réalité. On est toiyours disposé à prêter aux riches (â). Sontils all^ trop loin dans cette voie ? On n'a pas te droit de le dire, quand on songe an caractère quasi offîciel de celle fn^ti^te que je ferai longuement ressortir ; mais l'histoire, qui doit toujours se montrer réservée sur le terrain des persouna-
(1) Voir plus bas ce que je fiirai de la lisle des femmes épargnées par la commibbion militaire du Mans.
(2) Potier, comme bon nombre de membres du département, du district et de !a municipalité, dut rentrer au Mans le 25. Mal{?ré l'absence des rcîristres de la municipalité, qui siégea le 25 au soir, j'ai consuiU; sa présence le 26, d'après les regisues d'érrou. Les arguments par lesquels M. Grille et ses imilaleurs ont voulu repousser les accusations dirigées contre Potier, n'ont rien de concluant ni de précis. Voir l. III, p. 339 et 355. Il faudrait un chapitre entier pour discuter par le menu tout ce qu*on a pu écrire ii ce propos; mais oq eemprendKa que nous aydos hâus a*aiNia<loiuier ane pareille qaestiou.
DANS LA fîiARTHE.
lilés,peut ne pas aller au delà du soupçon et s'en tenir au verdicL si judicieux de Renouard.
Quelciues faits isolés achèveront de mettre en lumière tout Tacharnement, toute Tenvle dont
cerlaincs gens étaient alors animés contre les Vendéens (1).
L'un est bien connu, c'est le fait d'un charroyeur de cadavres, de Pontiieue, Louis Bouteil- 1er. Il les embrochait avec une fourche de fer et les entassait dans sa charrette comme des bottes de paille, avec son affreuse lemcUe qui accompagnai l son horrible besogne d'obscènes plaisanteries, ce 11 fui prouvé qu'il en chari^^cait ainsi qui n'étaient pas encore morts.» Le lendemain, la Providence avait frappé ces deux monstres. La terrible et mortelle contagion qui se dégageait des cada-vres, était la peine du talion dont elle s'était servie pour chûtier tant d'inhumanité (2).
L'autre fait est presque inédit.
Un mois environ après la reprise du Mans, le 22 nivôse an soir, le tribunal criminel du Mans, après avoir condamné i mon treize prisonniers vendéens, amenés dans là sialle de la Bibliothèque de la Mission où il teiiait Ses séances, allait descendre dans la cour, pour interroger un autre détenu, qui était dans llmpossibilitô d'être transporté dans celte âalle, m son état d'extrême fai^ blesse. Plusieurs citoyens vinrent lui dénoncer « un trait de barbarie et d'inhumanité exercé envers ce malheureux par le nommé Pierre Blossier^ journalier, marciiand de balais» demeurant
(1) raitrii trefnreusôment à mettreen lumière, cônime contrefHirtie, lies Actes de la plus noLle humanité.
(3) Mannscrit de VSnquéte à h Bibliothèque du Mans et Grille, t. III, p. 353.
166 LES VENDlÉBnS
rue Baaae^ tqiii^ ie voyant agooiaant, a eu Tindignité et la scélératesse de le dépouiller des mauvais habiis qui le couvrent, par Fatrocc cupidité d'en profiter, sans égard pour iï Lalde cet homme ai h Texlréme rigueur du froid qu'il fait. » Sur ceLle dênonciaiion, le iril^unal lit amener le marchaad de balais» qui ne put nier^ le condamna à gar* der prison par forme de correction pendant huit jours , lui fil dérense de récidiver sous plus grande peine et le déclara indigne d'être désormais préposé à la garde et à la surveillance des détenus de la Mission. Le doigt de Dieu, plus sévère, devait aussi y mettre iDon ordre ; il avait touché cet infâme gardien, qui, le 8 pluviôse^.à onze heures du matin, était emporté par la contagioa (1).
Le séjour des Vendéens et les meurtres qu'ils avaient commis avaient sans doute allumé contre eux bien des colères, pour qu'on se livrât sur leurs débris à de si terribles représailles. Aux noms des victimes républicaines que j*ai citées, tuées avant ou après le comb.it, il faut en efTel eu ajouter d'autres encore. Au lieu de morts innommés, ou de faits restés douteux^ voici les déclarations officielles que j'ai relevées sur les registres de FEtat civil :
(1) Regisn'e du tribunal criminel du Mans, 52 nivôse an U. Registres de i*étât civil du Mans, section de l'Égalité^ déciAration du 9 pluviôse, et Affiches du Mans, da 15 pluviôse. <^ Les enfants de certains quartiers étaient eux-mêmes cruels envers les orphelins vendéens. Une petite iille de dix ans, Françoise Olillon, avait été retirée de l'hôpital par de braves muTckands d'aribus de la me de Gourdaine, les éponx Boutier, qui en prirent le plus grand soin. Ils furent forcés de réintégrer l'enfant k rbôpital» « à eaose des insultes qu'elle éprouvait journellement de la part des enfonts du quartier* » (luterregatoiies des euDaiits vendéeas. ^ Begistres da trilia-* nal crimineL)
DANS iiA SARÏHË. 167
Registres de PonUieue*^ René Legeay, jardinier» ftgé de soixante-trois ans« tué le 30, pair les insurgés (déclaration du 35 frimaire).
René Martin, tailleur de pierres, vingi-huit ans, tué par les insurgés, le mardi 20.
Joseph Blin, bordager, Irenle-cinq ans, tué par les l>rigands, le merci^edi 21, sur les onze heures du matin (déclaration du 8 nivôse).
Jacques Lallier, garde-cbasse, tué par les brigands dans cette commune, le 20.
Noël Bélanger, bordager, tué par les brigands, le 20, dans celle Commune (déclaralioûs du 10 et du 16 nivôse).
Registres de Sainte^roix.— Pierre-Jacques Rotasol» qaaranle-trois ans» cordonnier et tambour du bataillon de la Couture, ftisilié par un brigand de la Vendée, le 21, sur les quatre heures après midi, dans le carrefour du Bourg-d*Anguy (déclaration du 24 frimaire).
Registres du Mans. Section de 1 Egalité , ancienne paroisse de la Couture. Décès du iO frimaire» inscrits ledit jour» sans indication du genre de mort:
Anloiae-Picrre Poiloup, aubergiste, au Soleild'Or, âgé de cinquante ans (1 ).
Charles-Marie Jaillard» garçon cirier» quaranteneuf ans (3).
Le 19 nivôse, on inscrit la mort du citoyen Jean Daudin, charpentier, ^igé de cinquanle-deux ans, tué le 18 frimaire au conQji)at qui a eu lieu avec les rebelles à La Flèche.
Le 31 nivôse» on inscrit celle de Jacques Cahaureau» quarante-cinq ans» fermier de la métairie de Lantonniére, paroisse de Degré, qui aurait été
(1) Voir ci-desso8, U I» p. mo.
(9) Voir V Enquête.
LES VËN0ÉBNS
assassin^ le ^ frimaire par les brigands^ ei ce attesté par Thôtesse du Chevat-Blanc.
Section de Maral (Saint-Benott), Lotris Robînas, i|iiamnte^ quatre ans, a^anl été tué le âl frimaire à la Halle, par les brigands.
îiené Boiirclillon, décédé îe 20 sur les quatre heures du soir, par les mains des brigandîs (déclarations des 18 elSS Bivôse) (1).
Section de la Hontagne (le Pré), Mathurin Bonhomet, demeurant près Beaulieu, né à Trangé, tue près la Croix-d'Or, le 23, en VacLion qui eut lieu, iedil jour, à la poursuite des brio-ands (déclaration du 10 nivôse, qui relate son inhumation par deoi citoyens).
Citaient ces victimes^ les seules qui aient été dèclaréesÀ l'état civil, je ne dis pas les Seules qui aient succombé, car aucune inscription sur les registres ne fui faite d'oliiee, c'étaient ces victimes, sans doute, dont le sang criait vengeance, et dont les mânes durent être plus que satisfiiits par ie massacre accompU, longtemps après Tapai* sèment de la lutte^ par les femmes des bas quartiers du Mans.
En voila assez, sinon trop, pour bien comprendre le caractère des convoitises de ces longues jouraées de deuil»
Je ne puis m'arrêter à élucider tous les points un peu obscurs, sur lesquels j'aurais voulu faire pénétrer plus de lumière. J'ai hâte de reprendre le lil du récit; il me faut dire cependant quelques mots encore d'un événement discuté et fort discutable
(1) L'iiiscri|itioa du décès d'Âmbroise Pelouard, soixante ans, décédé en sa demeure, le âD frimaire, rae Ça ira, ne permet en rien de concJure à une mort violente, de même que pour Louis Gosme, mort le 31, section de i'Égalilé*
Dàr«S LA SARTH£
en effet : une lulle à Panneli^res. VEnquête et ceux qui ont reproduit son témoignâge, se sont manifestetnent trompés sur ce combat» son imporlancef son issue, ses auteurs, etc. (i). Mais si ce récit est inexact, il ne s'ensuit point qu'il n'y ait pas eu d'engagement à Pannetières. Intcirogeons les témoignages contemporains, et voyons si à leur aide nous ne pourrons pas recounaitre la vérité*
De nombreuses lettres parlent de combat à cet endroit. Le 23, à minuit, Rochelle écrit de Locé : * Huit cents de celte bonne armée caUiolique, enveloppés dans le bois de Pannetières, à deux lieues du Mans, ne peuvent nous échapper. » Legrand écrit le 24 du Mans : a On rapporte que quatre cents de ces brigands ont succombé dans un second combat livré à Pannetières. Le même jour, un correspondant de Montoir(î arrivant de la ville du Mans, écrit aussi : « J'ai appris par un officier de Mayence qui revenait du comhaiy que Tennemi venait d'être débusqué d un bois distant d'une Iie, et qu'on lui avait prisdeux pièces de canon. » Le citoyen H..., ancien vicaire constitutionnel de Saint-Benoît, secrétaire de la Société populaire, assurait le 25 au matin, a Cliàteau-du-Loir, a que l'ennemi était dans la déroute la plus coïiipiète sur la route de Laval; qu'à l'arrivée d'un bois où il avait été fait des abatis> il avait perdu quinze cents hommes. »
Après de pareils témoignages, on ne peut nier
(1) Voir ï Enquête et M. Chesneau-Desportes, Manuscrit des Archives de la Sarthe, reproduits par bien des hisioiinis locaux; M. Grétineau Joly, la Vendée militaire. V Enquête, daos ce combat, parle de La Rocliejaqueiein; M. Ghesneau, qui s^st corrigé lai-même, en 1817, parle de Talmont. M. Crétineau-Joly place le ( oiubat au del^ do Pannetières, aux. Mai* ons-Rouges, coimuuue de Cbaufiour.
LES VEiNDÉENS
qu'il y ait eu à Panrietières un véritable combat, autre chose qu'une de ces luttes corps à corps et quasi individuelles, qu'il y eut par centaines sur la route de Lavai entre des combattants isolés. Le lieu était propice pour la défensive, surtout pour des tirailleurs; de plus, il avait été fait pour la défense de la ville des abats de bois qui, demeurés sur le terrain, n avaient pas été iraiisportos au Mans, ainsi que le prouvent des documents officiels postérieurs k la défaite des Vendéens.
Reste à examine^r quand la lutte eut lieu»
Eh bien ! en compsu^aut entre elles toutes les mentions de ces différentes lettres, il me parait en résulter que le combat eut lieu dans la soireo du 23 seulement, entre un des corps vendéens qui avaient pris par erreur la route d'Alençon et cherchaient à se rapprocher de la route de Laval, et un des nombreux détachements républicains qui quitlèreiU Le Mans dans l après-midi du 23.
Je songe à une des lettres qui dit : a La canonnade redouble à sept heures du soir sur la route de Laval ; » à un récit de M. Crétineau-Joly, probablement tiré des papiers de Pabbé Jagauli, dont il parle dans sa préfaoe, et racontant me lutte de nuit engagée à la prière du bénédictin, pour sauver plus de soixante femmes qu'il avait ralliées. Par un heureux hasard, Tabbé Jagault survécut seul à cette lutte et, au point du jouft abandonna ce lieu fatal < ,
Engagé de nuit k Pannetières» ee combat du 93 au soir ne put donc avoir pour principal acteur Westermann, qui était fort, loin en avant à cette heure. Il ne fut pas non plus soutenu contre
(1) Je ne veux pas dire toutefois que ce combat soit celai de Pannetières, mais montrer qu'(>n comliâtuit encore dans la soirée du S3 et la nuit du 24.
le gros des divisions de Tilly et de Klcbcr, qui, apr^s avoir campé à la hauteur du château de la Groierie, quiltaient a quatre heures du soir celte position située au delà du bois de Paiinetiëres. 11 ne put rétre que contre l'arrière-garde de cette armée ou d'autres bataillons ; s'il avait eu lieu le 24 seulement dans la matinée, ce serai l à coup sûr avec une partie de la division Muller. Ces corps, du reste, durent faire comme Westermann qui laissait, dit-il, de petits détachements dans les principaux passages, pour traquer avec Faide des municipalités les brigands dispersés et égarés dans les bois (1). Dans l'absence de renseignements précis sur le moment des départs successifs des cbiférents corps, il est impossible d'arriver sur ce point i une certitude absolue.
Benaben prétend, dans son Rapport (2), qu'il partit le 24 frimaire, à onze heures du matin, avec Carpcntier, commandant une brigade de la division Mullor, et (lui se trouvait pour ainsi dire p^énéral divisionnaire. La lettre de Legrand parie smssidu départ des troupes vers Laval, du et notamment de rarriére-garde oomposée de trois bataillons.
On sait que Marceau, au Mans, scinda la division Wuller, prit à cette division trois bataillons de la Haute-Saône (de la brigade Carpeniier) qu*ii joignit à la réserve de Klingler, le bataillon du Jura et celui des Vosges, qu'il annexa à la division de Tilly, et tandis que ces troupes étaient chargées
(1) Wfstermann à Cauihon, in-8°, 8 pages, p. 2.
(2) Rapport de Benaben, p. 80; je rappel que snr ee point, il n'est pas conforme k sa lettre qu'on trouve dans Grille, p. 301, ei qui fait partir Carpcntier, c'est-à-dire une part de Muller, liés le 23. — Voir ci-dessus, p. 118, une lettre qui parle de i 'armée de Muller quittant Le Mans le sept heures du soir.
LES VEJSDÉEMS
de marcher à la f)Oursuite des Vendéens, ii donna Tordre à Muller, reslc au Mans, après sa déroule d'Arnage, de partir avec le reste de sa division pour se porter à Angers sa?i$ s arrêler^ hfiB, û'wh pêcher reanemi de passer la Loire (I).
Muller aceomplit-il avec promptitude Tordre de Marceau? La part que purent prendre les soldais de sa division au combat de Pannetières, les l'vénements qui ont accompagné son retarda quitter Le Mans, n'ont-ils pas aussi donné lieu au récit erroné de ÏHnquêle^ qui Ta confoDdu sur tous ces points avec Westermann (2)? dégénérai, dont les soldats^savaient mieux fuir et piller, que se battre, et qu'on peut appeler la lèpre de l'armée, ne semble pas s être empressé d'obéir aux ordres qu'il avait reçus. Je lis dans une lettre de La Flècbe du 27 frimaire: ci II a passé bîer soir (96) une colonne de trois mille républicains, qui sera au}ourd*hui avant la nuit à Angers (3). »
Ainsi Muller devait être encore au Mans pendant une grande parlie de la journ(^e du 25. Comment s'y ètait-il comporté ï Une des lettres que j'ai citées fait à oe sujet une bien importante révélation. c< Muller, vraisemblablement pour se venger de cette ville scélérate, n'a point fait de patrouille, et
Cl) Savarj', t. Il, p, 447. Le reste de la difislon Muller devait se composer des brigades Amey et Legros, qu'oa voit en elTet bientôt après fn Anjou.
(Ô) Je dirai an reste tont k Theare combien les contemporains ont peu connu la part de chaque général dans la bataiUe du Mans, et se sont tîrossièremeiit tronapés sur leurs noms. Si le combat de pLniiictieres eut lieu avec une fraction de la division Muller, ces soldats, bien que victorieux, purent se débander, et une partie «revenir au Mans itu lieu du combat.»
(3) L'oflicier du nom de B obéit qui a écrit une Année de la vie militaire de Marceau devait faire partie de ce coi ps ; il parle du passade de 1 armée par La FJèche et Durtai pour couvrir Angers, p. i^b.
DAPiS LA SAHi.HË. 173
j'ai vu piller plusieurs maisons épargpé^ par les apôtres du fanatisme (1). »
C'est à ces événemeuts, c'est 4 ces soldats dis* posés à piller au Bîansi comme partoiit aUlairs, ei à qui il était impossible de fournir de subsistances) que VEnquélô et Chesneau-Desporles font allusion quand ils disent que la ville fut sauvée du pillage par deux hommes dévoués : <( Chardon, bon-. Qéte marchand/ et L'Héritier, confiseur, qui set réunirent pour donner quinze sous« en forme d'é« tape, à chaque soldat, afin qu'il pût se procurer des vivres à la campagne. » 32,000 livres en assignats de petite valeur auraient été de la sorte distribuées auxtroiipes, par les mains du iils du premier de oes deux citoyens, encore chef de bureau à la préfecture au moment où écrivait M. Ghesneau^ Desportes, en 1817. Tous les habitants lui eu té^ moignèrenl leur reconnaissance.
Je n'ai vu constatées de preuves écrites de celle reconnaissanr^e qu'à Téi^ard de L'Héritier, dan^ les circonstances que voici :
L'Héritier était au nombre des.suspecta détenus avant l'arrivée des Vendéens et qui avaient dû leur mise en liberté à Tinvasiom *
Tous les suspects durent en nivôse réintégrer leur prison ; mais L'Héritier, disent les registres du comité révolutionnaire du 7 pluviôse, s'élant montré vrai patriote à l'arrivée des brigands et ayant rendu des services importants à la ville pour subsister, fut provisoirement mis en liberté (2).
(l) VEnquéle dit : < Le pillage commençait déjà k s'effectuer dans diUéfentes maisons, entre autres celles de la citoyenne V« Cureau, Tabbé Pérou, ci-devant chanoine, Duhail et Leprince de Clairsigny, négociant. > Les livies de M, Gureau étaient jetés pnr îrs fenêtres.
(9) Le 15, on voit encore une pétition de L'Héritier, détenu,
^ la Visitatioa comme très-suspect, qui est mis en liberto p^o*;
Que les soldats de Muller, indisciplinés et g&tès par 1 exemple de leurs chefs, trouvant aux environs dQ Mans des Vendéens à immoler, et profitant de leora dèpouflles, niaient pas été pressés d'abandonner promplement une pareille chasse, et de renoncer à pareil butin, on le conçoit. Ce put être là une de.-^ causes du départ tardif de Muiler, qui, s il était parti plus t^t, eût pu être rendu à Saint-Florent assez à temps pour s'opposer au passage dequel(|ues désespérés (1).
Ainsi donc il y eut combat à Pannctières, il y eut au Mans séjour prolongé des troupes de Muller (2). C'est ainsi qu'au milieu des confusions de VEnquête il est cependant possible ûe découvrir la vérité. Le devoir de la pritigue, dans Texamen de tout document, est de chercher à faire la part de la vérité et de Terreur, et de reconnaître ce qui a pu donner naissance et servir de germe à d'inévitables confusions. J'espère en cet endroit avoir rempli ma tâche et avoir vérifié une fois de plus Texactitude du provert)e : « Il n*y a pas de flmiée sans feu. » ^
Un point sur lequel je dois aussi appeler un
visoire, à charge de se présenter au Comité deux fois par décade.— L*Uériiier était probablement membre de la commission provisoire.
(1) Savary, t. H, p. 477, 478, 491.
(2) Parmi les soldats écroués en prison da 24 au 26, sur Tordre de la commission provisoire, du tribunal révolutionnaire et de quelques chefs, je trouve des volontaires du bafaillon de Paris, du bataillon de la Réunion, des chasseurs do 14« régiment, des chasseurs de l'Oise, des soldats du 11* bataillon de la formation d'Angers, plus tard des chasseurs de h U^'ioï] de Mayence (Registres d'écrou). Je ne parle pas des régiii}ents auxquels appartenaient les blessés restés dans les bôpîtaux.
DANS LÀ SAUTUE.
instant l'attention, c'est le nombre des moris dans ces lugubres journées. Je commence par déclarer quMI est impossible d'arriver à une évaluation un
peu précise. On devra se borner aux diflérents chiures donnes par les lettres inédites que j'ai citées. Quant aux historiens, ou aux auteurs de Memoires^ ils n'ont point distingué les viclimes du Mans de celles qui périrent dans la déroule jusqu'à Laval. On conçoit aussi qu'il est impossible de séparer les morts du combat de ceux qui furenl tués après la cessation de la lutte.
Los morts du combat furenl-ils fort nombreux? Je ne le pense pas : les luttes de nuit sont toujours moins meurtrières que celles où les coups, mieux dirigés, sont éclairés et guidés pour ainsi dire par la lumière dn jour. Des témoins n^ont remarqué que trente cadavres à la batterie du Puils-de- Quatrc-Roues, dix-huit à la batterie du pont de Ponllieue ; seulela dernière charge à la baïonnette des chasseurs des Francs et de Cassel, sur les der* Biers restes des Royalistes restés en ville, dut être horriblement meurtrière. Sauf dans ce dernier en<* j:agemenl, les Républicains durent perdre plus de monde (jue les Vendéens, couverts par les palissades de la rue Basse, ou abrités dans les maisons, dont il fallait faire le siège et où à la Un cependant la mitraille dut faire tomber plus d*une victime.
Savary dit que dans les rues Basses, parmi les morts, il distingua à leur habit un plus grand nombre de cadavres républicains que de Vendéens. Et cependant lesBleus prétendent avoir perdu fort peu de monde. Je ne parle pas de la phrase du rapport des représentants : « Une victoire aussi décisive n'a pas coûté trente défenseurs à la République. » Billard de Vaux s'est moque à plaisir de ces bulletins de généraux, de ces rapports des représentants OÙ les pertes d'bommes étaient toujours
LES vi*;rîjuj^Ë;fis
dissimulées (i). Mais quelques-unes des leUres que j*ai citées disent également que les Républicains perdirent peu de monde dans leurs ran$ss(2)« Il dut donc en être de même pour les V<mdéens,
excepté dans le combat du 23, à sept heures du malin, sur lequel on n'a malheureusement pas assez de détails, mais dont tous les témoignages s'accordent à faire ressortir le caractère de carnage et de boucherie.
Essayer de faire le dénombrement de ceux qui périrent dans le combat, tombèrcnL écrasés ou étouffés dans la retraite, et de ceux enfin qui moururent fusillés après l'apaisement de la iutte^ serait tenter Tim possible.
Chesneaù-^BesporteSt' en 1817, rendant compte de co que fit Tadministralion provisoire (dont il était un des membres), pour débarrasser la ville des cadavres qui Fencombraicnt, rapporte que deux mille deux cents cadavres, transportés dans quatre-vingtrquinze tombereaux, furent enterrés dans de grandes fosses sur la nouvelle place des. Jacobins (3). On a voul'i limiter à peu prés à ce
(1) Billard de Vaux, Bréviaire du Vendéen^ l, I, p. xxix, 3, 90, 115. Il cite, à propos de ces exagérations, 1 anecdote du marquis de Muritcalm qui, au Canada, atlaqué par deux raille Anglais, lit si bonne eontenancc que^^ dans sa retraite, il eu tua, dit>on, quatre mille.
(2) Parmi les ofliciers républicains morts, je ne trouve à citer que les noms de Joseph Mauminé, commandant des tirailleurs de roise, tué en combattant contre les rebelles (déclaration du 25 frimaire, section de l'Égalité) ; Frnnçois Lemarchand, lieutenant de la 33« division de P;<ns, mort le 27 h l'Hôtel- Dieu. L'inscription des décès des soldats îi î'HAtel Dieu semble complète, tandis qu'il ifen estimas de même pour l'hôpital militaire de Tessé.
f.'^) Rcnouard, t. !!, p. 264, et Cauvin disent deux milleje parlerai ioagaeme nt de ces (osses et de leur empiècement
DÀ>S U SARTHE
nombre celui des morts de toute nature au Mans. Je crois que ce n'est peut-êire pas fort exact. Ces deux mille deux cents sont ceux qui furent inhmnéft ofBcielleineut par la municipatité dms les Jacobins; mais en dehors de ces fosses, il y en eut d'autres sur différents points de la vilic, dans les jardins de rhospice, dans les terrains de rancîonne Visitation, vers le haut de la rue du Port aciuclle. Il y eut bien des victimes qui n'eurent pour liAceul que les eaux de la Sarthe et de l'Hluisne, quelques* unes même le lit du Grenouillet. Les cadavres qui obstruaient le pont Saint-J( an furent jetés à. la rivière immédiatement, dès le 23 frimaire au. matin. D'autres furent jetés, dit-on, dans le puits des Jacobins. Je doute que du 14 au 16 décembre (24 au 36 frimaire), on ait eu le temps de retirer, ces cadavres de Teau pour tous les mettre en terre» Renouard, en effet, ajoute : « Je ne puis énumérer' ceux qu'on relira un peu plus tard des deux rivières de la Sarthe et de THuisne, ni beaucoup d'autres que les habitants tirent transportai: au grand cinietière, ».
VEnquSte dit aussi : que le samedi on enterra ces victimes (les fusillés) menées à Ponllieue «au nombre de trois à quatre cents, non compris les combattants vainqueurs ou vaincus^ lesquels furent tués sur cette avenue de la commune et qu*on ne pouvait reconnaître, car ils avaient été sur-le-diamp dépouillés (1). i» Néanmoins, ce calcul de deux mille cinq cents à deux mille six cents morts, fourni [lar ces chiffres, ne me semble pas loin de la réalité ; que cbacun en défalque ce qui
(11 V.Benouard, t. H, p. 2G4. VEnquête, qui ne donne aucun chiffre des inhumations, semble au contraire présenter le déblaiement (i€s rivières comme immédiat. £lld parle d& fosses creusées co idivers endroits. .
LES VENDtENS
lu! plaira pour les morts de la bataille et de la retraite, il en restera encore un nombre coDsidérable pour les victimes qui ont été rusiilées après l'apaisement de la fièvre du combat.
Je me suis assez appesanti sur les scènes lugubres qui ensanglantèrent la ville, pour ne plus y revenir et parler maintenant d'autre cbose. Voyons ce qui concerne le$ généraux et les représentants du peuple.
De tous les généraux républicains qui ont contribué à la victoire du Mans, Weslermann seul est resté dans la mémoire du peuple. C'est le seul aussi dont le nom remplisse les journaux et les lettres du temps. Il ne faut pas s'en étonner. Depuis longtemps le nom de Wester man n le Ven déen ( 1 ) résonnait aux oreilles du peuple. Son bouillant courage, son activité audacieuse et brillante, ses hardis coups de main, sa forfanterie lui avaient fait une renommée populaire qui éclipsait celle de ses rivaux. II était à la fols aimé de la foule et des soldats, « qu'il clcctrisait par son courage, les menant au feu comme s'ils eussent été au bal, se montrant toujours à leur tête et toujours là où il y avait du danger, et surtout ayant imprimé à Tarmée catholique une si forte terreur que son nom seul la fttisait frémir» et qu'il n'était connu que
(1) Il figure avec ce surnom en vedeUe dans on placard inédit du Comité révolutionnaire de Poitiers, où se Usent ces vers :
J'ai toujours regardé guerre de politique, CeUe guerrt» où vingt chefs t iiercljenl n s'onrichiri Se gardant bien de TaincrCf elaul payes pour fuir. Au péntt «le ma via i'al brtvè «etie clique.
^Arcaivc8 de i 'Empire, W. 341.)
DA^S LX SARTRE.
SOUS le BOiii du f&roee Westermann (!)•.. » Plus
que tout aulre au Mans, il paya de sa personne, et la foule prodigue toujours plus ses faveurs au sai>reur qu^au slralégisle. Au Mans, plus qu^ailleurs, il fut le fléau des Vendéens. Ailleurs, Biilard de Vaui le peint se battant, Tbabit sur rarconi de sa selle et la chemise retroussée comme dans un assaut d'armes (2). Au Mans, il eut encore plus rcffrayanle allure de boucher. C'est la, dit [ Adresse que je viens de citer, « que blessé en deux endroits et par un mouvement passionné trempant ses deux mains dans le sang qui coule de ses blessures, il les montre toutes sanglantes à ses braves frères d'armes, ;i les rcmi)lil du feu dont il brûle, il les entraîne par col élan sublime, il se précipite avec eux dan»; les murs du Mans et détermine le succès de celte nuit fameuse qui fut peut-être le premier présage de la destruction prochaine des brigands. » Sa victoire le fit considérer comme le sauveur de la patrie. Dans la Sarlhe môme, à Mayel, le 20 nivôse, dans la fête en l'honneur de la prise de Toulon, on alla prendre à réglise la statue du ci-devant saint Martin « qu*on a considéré comme le généreux imitateur de Westermann qui nous a débarrassés des brigands (3). »
Dans cette fameuse nuit du 23 frimaire, las de carnage, :>uccombanl à la fatigue, épuisé par ses ^ blessures, il sétait endormi un instant au bruit du canon, presque à la barbe de Tennemi, pour pouvoir recommencer la boucherie avec de nouvelles forces.
(l) Extrait d*une adresse inédite de la Socicié populaire de Niort au Comité de salut public du 30 pluviôse au il, eu fa« veur de Westermann, ut suprà.
{'2) Bréuiaive, t. I,p. 113.
(3) M, Legeay, Hecherches sur Hay^t, t. p. B9«
Ces blessures de Weslermann, qui n'étaîenl pas ] encore guéries lorsqu'il fut traînr à rôchafaiid, le i 16 germinal, ne paraissent pas toutefois avoir i été fort graves. Voilà le oerlifîcat inédit que lui ' donna Marceau pour lui permettre d'aller chercher sa guérisoil à Paris. Je le cite, parce que Savary s'est trompé en disant, au contraire, que l'arceau avait refusé ce congé à Westermann :
Liberté, Égalitr.
Armjée de l'Ouest^
« Sur le vu du certificat dWicicr de santé à uou» produit par le général de brigade Westermann, par lequel il conste que cet officier est attaqué de deux hernies^ qui le menacent de Testropier pour toujours, s'il ne cesse de monter à cheval, et ne commence im régime suivi, en conséquence, sous le bon plaisir des Représentants du peuple, nous lui avons permis et lui permettons de se retirer dans un endroit, où il pourra trouver des gens de Tart habiles pour sa prompte guérison, et lui ordonnons de nous donner, de quinzaine en quinzaine, des nouvelles de son rétablissement et de rejoindre son poste te plusprompiement que sa santé le lui permettra.
a A Nantes, le 9 nivôse. Tan H de la République une et indivisible.
« Le général en clief par intérim de V armée
de Cûuestt
« Mârceau. »
Le même jour. Carrier approuvait, et permettait à Westermann de se rendre à Paris pour opérer sa guéi ison, a charge d'en faire part au ministre
DANS LA SARTHË.
el au Comité, qui apposa son visa à ce certiticai de Marceau, ie ib nivôse (1).
En joignant à celte leilre le certificat de Marceau, relatif h Mademoiselle des Mesliers, que j'ai
(Jc'jà publié ailleurs el qu'on retrouvera plus loin, cela fait deux autographes inédits de ce jeune général que j ai été assez heureux pour rencon* trer.
Malheureusement, je n*ai pas découvert une
seule ligne de lui tracée au Mans (2).
Marceau n'a pas laisse plus de traces de son passage dans les souvenirs du peuple. Les lettres et les journaux du temps ne prononcent pas son nom. Garnier de Saintes et les adminisirateursdu département de la Sarthe eux-mêmes ne connais-^ sent, hélas! comme général do l'armée que Rossignol, qui ne la commandait plus el a'avaiL pas mis les pieds au Mans.
La renommée du jeune ofticier créé tout nouvellement divisionnaire, el depuis quelques jours seulement général en chef par intérim, n'avait pas
U) Sur les blessures et le congé de Weslermanii, voir M. Duchatellicr, t. IH, p 314; Savary, t. II, p. 4G5; t. III, p. 35. Heclor Legros, Mes lleves dans l'exil, p. prétend qu'il (lit à ses bourreiiix, en montant li l'échafaud : < Mais n'cussiez-vous pas pu aUendre que mes blessures fussent guériefî, avant de me faire mourir? » Voir aussi l'éloge que Merlin fit de lui à la Convention, le 18 nivôse, Journal des Dchats, p. 263 ; « II a f:nt les cent diables pemiant la bataille, il était partout. » Contrairement aux pané;^yristes de Westermanu , voir les Mémoires de Turreau, ceux de Levasseur, et les dis* cours de ce dernier à la Convention.
(2) Je rappelle toutefois que son Rapport du 23, que Savary n'a pas elle (je ne sais pourquoi), doit être au dépôt de la gaerre« 11 doit exister aussi une lettre de Marceau à Sergent, lue au conseil général de la commune de Chartres, qui vota ane Adresse à Marceau le 19 décembre (39 frimaire) •