‹ Les Vendéens dans la Sarthe (volume 2)Chapitre 8 sur 17 · LES VRNDÉBNS · texte numérisé non relu

LES VRNDÉBNS

encore eu le temps de percer. Cela est si vrai que, quand les ulTicicrs de l'armée de Cher])uurg revendi^iuèrent pour lui la j^loirc du succès dont on parait indûment Rossignol, son nom fui outrageusement défiguré par Timprimeur, comme le : sont généralement les noms obscurs, qui ne sont pas encore venus à l'oreille de la fouie. « Ce qu'il y a de certain, lil-on, c'est que Rossignol n'a pas contribué au succès de celte heureuse affaire, puisqu'il était destitué depuis quinze jours et qu'il a été remplacé par le général Mursant (i).

Marceau trouvait même trop lourd pour lui et pour sa jeunesse ce fardeau du commandement en chef. El frayé de sa rcspunsabililé, il écrivait à son beau-frère Sergent et à sa sœur Emii a, de solliciter le Comité de lui retirer ce conimandement, qui ne convenait pas à son ^ge et à son peu d'expérience: a La patrie est en danger; croit-on un adolescent de vingt-trois ans capable de la sauver? »

« Sa lettre, dit Sergent, avec le ton dédaniaioire qui lui est habituel, portoil de nombreuses marques des larmes qu'il versoit. Au Salut public elle vînt trop tard, il a voit vaincu (2). »

Ce qui affligeait aussi Marceau, aussi brave qu'humain, c'était Taffreux caractère de cette guerre. Il disait plus lard à un ami : « Toutes les

(1) Voir les Àfflehes du Mans, du 10 nivôse. J ai déjà mua* lté, 1 1*^ p. 315, comment le nom inc(»nnu de Marceau élait effroyablement éeorehé dans les journaux

(2) Fragment des Mémoires de la vie privée auihcniique de JftffCtftftt, par Sergent, M»i inédit de la Biblioihèque de Chartres, p. 3. Voir aussi la lettre qu'écrivait en couséquence de celte prière Sergent ii llobespiei re, le U liiiiiaire (xM. Haiiiel, Hisioire de Robespierre, t. III, i). Les conséquences que lire de celte lettre M. Haaiel en faveur de Robespierre, ne sont nullement fondées.

fois que je me réveille eo songeant aux horreurs de la Vendée, ces affreux souvenirs me déchirent ; il n'y a plus de sommeil pour moi (1). »— oll me

répu^me trop de combattre des Fiançais, je n'y restcrois pas, je veux porter mes armes contre Vétranger. C'est là où est riionneur et la gloire,» écrivait-il encore à sa sœur (2).

Je regrette de ne pas connaître d'autre preuve authentique de son humanité, au Mans, que la part qu'il prit dans le salut de Mademoiselle des Mesliers, ciuiu je parlerai plus loin.

Le témoignage de Bonaben montre Ijien cependant qu'en faisant battre la générale, pour rappeler les soldats au drapeau et les lancer hors du Mans, il contribua h diminuer la durée des scènes sanglantes qu'il désapprouvait certes hautement. Il savait respecter les jours d'un ennemi vaincu : ses mains étaient pures du sang des caplifs.

tt Klëber et Marceau ne sont plus là; nous ne faisons pins de prisonniers»» écrivait Westermann, qui laissait échapper de la sorte le plus bel éloge de ses compagnons d'armes, de ses rivaux de gloire, mais non d'inhumanité (3).

Aussi Marceau était-il suspect aux conventionnels, qui ne savaient pas l'apprécier comme avaient fait Merlin de Thionville et Goupilleau, et devait-il

(1) Lebouvier-Dasmortiers, Supplément à la Vie de Cha^ rette, p. 53.

(2) lyolices sur Marceau, par Sergent, p. 71. Hector Legros, qai tait Téloge de Marceau {Rêves, p. 18], dit aussi qu*il échappa aux cyprès de la Ven lie, pour aller cueiUir de véritables lauriers dans les armées du Nord.

(3) Robert Taliié, une Aimée de la vie de Marceau, a écrit : € Marceaa et Kléber parconrent le champ de baiaiUe; ils dé* plorent la perte de lant de Français , dignes d'un meilleur sort, et persenl des larmes sur ee théâtre de désolation, p. S8.>

bientôt après être disgraeié par son successeur, le générai Turreau (1).

Si sa part dans le succès du Mans, si son rôle

milUaiie oui éLo Irop peu connus des contemporains, Savary s'est en revanclic chargé de les met- Ire en lumière, ainsi que pour ce qui regarde - Kléber, dont Texpérience servait de soutien et de conseil à son jeune ami.

Aucun document du temps n'avait dit un seul mot de Klébcr au Mans. Le i^énéral mayençais a avait d'ailleurs pris part au succès que par son avant-garde, 11 n'avait contribué a la bataille qu'en arrivant bien à point au secours de Marceau» pour tomber sur les débris harassés des Vendéens.

N'étant entré au Mans qu'après la victoire, il n'avait fait que passer dans la ville, poursuivant Tenneini, à qui il devait bientôt donner le coup de mort à Savenav f5\

La division à qui revient la gloire la plus large et la plus juste dans ia bataille du Mans, c'est Farmëe de Cherbourg, de Tilly ou de Sépber, comme disent les contemporains qui ignoraient encore la destitution de cet inepte géiiéral. Les officiers do l'armée de Cherbourg ont grand soin de revendiquer cet honneur pour eux. « L'armée de Cherbourg seule à défait les brigands, et il ne tenoit point à d'autres corps de pouvoir s'en attribuer la gloire, » disent-ils quelques jours après le

(1) Â !*égard de la suspicion des représentants envers Marceau, ajouter aux preuves connues le témoignage de Robert, ui supra, p. 98. La lettre de l'officier commandant général de Tannée de TOuest 1) Merlin, dout il fut question dans la séance du 25 frimaire k la Convention, doit être de Marceaa [JattrmU des Débats , n» 453).

' (2) Sur les relations de Kléber et de Mareeau aa Man«» voir outre Savary, V Éloge de Kléber et deDesaix, par Gant, et Kiéber^ par le baron Ërnouf.

DAMS LA SARTRE. 185

combat (1). Mais leurs Trères d*armes des axilres divisions sont d'aecord pour ne pas leur disputer

CCS lauriers. L'adjudant général Hcclor Legros écrivait en 179j : « Le brave Tilly a été suspendu de ses fonctions, lui qui a sauvé la patrie à l'affaire du Mans (2). »

J'aurais été heureux de trouver, dans la bataille du Mans, un fait personnel à ce brave général, que ses services ne surent pas proléger contre les exclusions du sans-culotisme.

En Voilà assez sur les principaux généraux (3) ; passons aux ropréscnLants Tuureau, Bourbotte et Prieur de la Warne.

Les lettres que j'ai citées ne parlent nullement de leur rôle au Mans; sans leur Rapport du â3 au soir, et les révélations de' V Enquête^ nous ne saurions presque rien de leur passage dans la Sarihe (4). L'absence des imprimeurs qui avaient fui du Mans comme leurs concitoyens, les empêcha de donner une large publicité aux arrêtés qu'ils purent prendre. Le ils écrivaient eux-mêmes de Laval :

(1) Affiches du Mans, du 10 nivôse. Cette lettre, dont j'ai cité de nombreux extraits, signée de Vacbot et de Vidal, doit plutôt être de ce dernier uniquement, si ce qoeDanicao dit de rignorance de Vacbot est exact.

(2) McH Rêves, p. 23.

(3) J*ai parlé deMoller. Voir, dans Savary, ce qui le concerne, /tfi, personnellement; on trouve aussi dans ses Mimoires, et dans Robert, quelques fdits relatifs à Denibarrère, k de Billy, b Bucqaet. Benaben parle de Garpentier; Grille, de Delaage, etc.

(4) Voir, dans M. BerrIatrSaint-Prîx, la JuBiice révoluiion^ noire en France, Maison des représentants en mission, rélat somptueux de la maison de « ces trois Spartiates, ou pIntM de ces trois pacbas. »

a Nous n'avons pu fiiire de proclamation au Mans»

faute d'imprimeur; mais nous avons envoyé cent honriines et cini^uanlc chevaux du pays dans toutes les campagnes (1). »

S'ils n'avaient pas de presse à leur service» il leur restait, hélas! une plume avec laquelle ils tracèrent un arrêté qui est une preuve à jamais fiimeusc de leur passage, arrêté qui fit couler bien des flols de sang, qui créa la commission militaire trop célèbre du Mans, Tinslrument le plus meurtrier de la justice révolutionnaire en France ! Ces représentants avaient déjà largement contribué à établir ou réorganiser les instruments de celle justice dans les lieux où ils passaient. Le 10 juillet, Bourbotte avait coopéré à Tordre d'établissement de la première commission militaire d'Angers. Le 15 brumaire, irrité de la tiédeur du tribunal criminel de Vannes , Prieur de la Marne ravait recomposé.

Mais c'est surtout depuis leur réunion à la téte des armées réunies de TOuest et des côtes de Brest, que les trois proconsuls avaient créé force commissions. Le 27 brumaire, ils instituèrent la commission militaire de Saint-Malo, pour juger les prisonniers vendéens après les journées de Dol et de Pontorson. Le frimaire, à Antrain, ils créaient la seconde commission militaire de Rennes (dite Brutus-Magnier), avec pouvoir de juger les délits militaires, de prononcer sur le sort des brigands faits prisonniers et des espions, et de connaître de tous les faits attentatoires à la Liberté. Le 3 frimaire, ils rautorlsalent h prendre toutes les mesures de sûreté générale propres à sauver la patrie, telles que d'incarcérer ceux qu'elle juge-

(1) Buiieim de ia Convettiian, séance du S8 frimaire.

vaii suspects et d'adresser ses réquisitions à toutes les autorités (1).

Le if frimaire, au lendemain du sii'ge d'Angers, avec le concours de leurs collègues, et dans Fabsence de la sanguinaire commission Félix, ils créaient la seconde commission militaîred*Angers, ({ui resta plus longtemps eux en Anjou. Nous la verrons bientôt fonctionner au Mans et nous en parlerons alors en détail.

Au lendemain de la prise du Mans, il n'y avait pas de con)mission militaire en cette ville. La commission militaire de Sablé, créée par Thirion, et qui avait transporté au Mans le théâtre d<^es condamnations à rapproche des Vendéens dans la Mayenne, avMït fui cuinme les autres autorités, lors de rentrée de l'ennemi, le 20 frimaire au soir. Une commission coûtait pra# créer aux représentants du peuple et ils en avaient les éléments dans les bas-fonds de l'armée. En conséquence, pour en avoir toujours une sous la main, le^ i frimaire ils créèrent la commission militaire dite du Mans, établie à la suite des années réunies (2). Elle était attachée au quartier général. Les municipalités

(1) Sur cette eommîssioii qoi, jasqu*att 17 prairial» pro* nooça 1268 eoadâmnatîons. voir Compte que renient de leurs opérations les membres de la enlevant commission militaire révolutionnaire séante à Rennes, 2(7 prairial an 11, 66 pages iii'i* non paginées, Impr. à Renne» chez Vatar fils ; et anssi M. Berriat-Saiiit-Prix, h qui j*ai communiqué cette pièce iné-' dite, la Justice révolutionnaire, XXi; Duerest de Vil!e« neuve, Histoire de Rennes; M. DucbatelHer, Histoire de la Révolution dans les cinq départements de Bretagne, U IV, p. 89 à 103; M. Crétineau Joly« la Vendée militaire; Danican, les Brigands démasqués; M. Glaretie, les Dermers Monta^ ffnards; Em. Sonvestre, Souvenirs d'un Bas^Breton*

(3} Montée comme Tannée, suivant le langage de Tépoque, elle marchait précédée de cavailm, le sabre au poing.

devment lui fournir un local commode pour ses séances. Elle avait qualité pour connaître de tous

les délits tendant au renversement de ladis|ipline militaire, à rcmpéchement du progrès de respril public et du maintien de la liberté. Six membres la composaient.

Quatres juges :

Gonchon ;

François Bignon, capitaine au bataillon de Paris ;

Louis-François-Antoine CbantrcUe»* lieutenant au â« bataillon de Paris ; R^iiiilon, gendarme.

Un accusateur militaire : David Vaugeois, âgé de vincft-sept ans.

Un greffier : Collet Valdnmpicrre, caporal (i).

Chaque juge recevait éNize francs d'indemnité par jour, lea frais de bureau étaient de mille francs.

Le jour môme de sa création, le 24 frimaire, celle commission militaire tint une séance et condamna à mort douze Vendéens de condition obscure, prononça un sursis à l'égard d'un treizième et ordonna que quinze enfants de râge de

(1) Ce personnel changea toutefois postérieurement, voir ie Château d'Àux en 1794, par M. DuR.ist Matifeux, Société acO' démique de Nantes, 1857, p. 117. Gooclion, qui présidait au Mans et mourut le 17 pluviôse, fut remplacé comme président par BIgnon, Les noms de Gonchon, Blgtion, Vaugeois, et d'an autre membre, Mutius Scevola Lalouct, sont surtout connus, grâce h leur retentissement dans le fumeux procès de Carrier. Bigoon et Vaugeois, tout impitoyables qu*îls étaient, firent quelques elTorts pour s*opposer aux fureurs ho* micides de Carrier. Les volontaires parisiens fournirent partout de nombreux membres aux commissions militaires. Voir» sur cette commission, M. Berriat«8aint>PrfX, la Juatiae ripo* iHtionmtire en Fronce,

DAi^S LA SAlViliE. 189

quatre ans jusqa*à quinze seraient élcv(^s au Mans, dans une maison d'arrêt, aux frais de la République.

Le lendemain 25, elle quiUait la ville, décidant qu'il serait sursis, ju$qu*& des ordres ultérieurs de

la Convention, au jugement de vingt-huil femmes, dont voici les noms et dont Tàge varie entre seize et vingt-sept ans.

LiBhRTÉ. Égalité»

La Commission mililaire révolutionnaire établie à la suite des armées réunies contre les

rebelles.

Noms des femmes, au jugement des(|uelles il a été sursis^ en attendant des ordres ultérieurs delà Convention :

Charlotte Cuéry, âgée de 24 ans.

Perine Guimuse, femme Jérôme Brésilien. ..• âgée de 27 —

Joséphine Saint-Marc — 21

Harie Reinnéton — 23 —

Rose Reinnéton, sa sœur — 22 —

Mathurine Boussiant — 2o —

Renée Soulet --^ 19 —

Marie-Victoire Soulet — 20 —

Mario Heurchin — 22 —

Marie Le Roy — 20 —

Pélagie Raugein — 20 —

Jeanne Déroueite — 21 —

Jeanne Pacquiet — 23 —

Louise Patesout — 25 —

Jeanne-Louise Moma — 20 —

Noton Ceoifard — 17 —

Anne Lambert — 23 —

Marie BcUu — 22 —

Page 1