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284 I.ES VENaÉENS
à sept ou huit lieues de Châtillon, avait fui avec sa mère, morte de fatigue à La Flèche. Après la déroute, elle est dépouillée de ses vêlements de droguet bleu et blanc, par les hussards, sur la route de Laval, à environ trois lieues du Mans. Une femme de fermier lui a fait la charité d'un corset, d'un jupon d'indienne, d*un bonnet et d'un mouchoir. Depuis, elle est restée errante, couchant tantôt dans les bois, tantôt dans les maisons où on voulait bien la garder une nuit, sans lui donner plus longtemps Thospitalité, de peur de se compromettre. Elle revient en ville, le 11 pluviôse, toute couverte de fumier, cntrç dans la maison de la citoyenne Marthe Briffault, veuve Renée Dutertre (section de la Liberté), qui, ainsi que je Tai dit, voulut bien la garder après autorisation du Tribunal.
Renée Galon, domestique d'un tanneur de Beaupreau, qui avait quitté cette ville au moment où l'armée républicaine y entrait, et où le feu commençait à Tatteindre, s'était sauvée jusqu'aux environs de Coulans. Elle fut arrêtée par six ou sept citoyens , dont un oftlcier municipal , qui lui prirent une croix d'or, une jupe de flanelle, un tablier de môme étoffe à rayures bleues et rouges, un mouchoir de poche à fond bleu et à rayures rouges, et son portefeuille dans lequel il pouvait y avoir huit à neuf francs, reste de son numéraire dépensé à acheter ce qui lui était nécessaire pour vivre.
Françoise Dubillard, de Cholet, veuve de François Guinfolant {aliàs Guissoteau), âgée de vingtcinq ans, avait fui dans la déroule de Cholet, poursuivie si vivement qu'elle fit neuf lieues de suite. Elle est^ya, après la défaite du Mans, de gagner Laval, se réfugiant pendant trois ou quatre jours dans différentes fermes où elle demandait son pain. Elle se constitua enfin prisonnière à la
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municipalité de Saint-Denis-d'Orques, parce que deux volontaires lui firent observer qu^elle courait risque de perdre la vie. Huit jours après, elle fut transférée è, la Mission. Sa sœur, Perrine Dubiliard, âgée de vingt-six ans, femme de Malhurin Beaufreton, tisserand à Cbolet, avait également passé la Loire à Saint- Florent, à la suite de Tarmée, voyant le feu à toutes les métairies des environs de Cholet; elle s'était déterminée à fuir, dans la crainte aussi d'élre massacrée> Elle avait emmené avec elle ses deux petites filles, âgées Tune de dix ans, l'autre de sept ans. Le père fut perdu dans la déroute, et trouva la mort. Dieu seul sait dans quel lieu. La veuve, comme sa sœur, était au nombre des détenues de la Mission. La plus jeune de ses enfants était restée à La Flèche : une citoyenne du Mans, dont la mère ignorait le nom, se chargea de Tatnée vers le 15 nivôse. Un garçon de neuf ans, qui était resté à Cholet, vint retrouver sa mère au Mans avec les Réfugiés, et resta dans cette ville auprès d'elle après la paciûcation. Bien d'autres que moi ont dû connaître cette Vendéenne qui ne mourut qu'au bout d'une extrême vieillesse ; le fils existe encore au moment où j'écris ces lignes.
Plus d'une prisonnière compte parmi les membres de sa famille des victimes de la défaite et cite les morts qu'il lui faut pleurer : Michel Pannetier, de Cholet, fusillé au Mans; la famille Turpeau, un père, une mère et trois filles, fusillés sur la place de Jia Liberté ; Anne Letor, femme de Louis Pelletier, garde-chasse à Longeron, fusillée au Mans; Sourisse, taillandier, de Beaupreau, âgé de soixante ans, tué en ville, lors de la déroute ; la veuve Sourine, d'Andrezé, tuée au Mans, etc., etc.
Un certain nombre de Vendéennes se bornent à dire que leur père et leur mère ont péri dans la ville, sans indiquer leur genre de mort; d'autres les croient tués, d'autres ont vu leur mère, leur sœur
mourir k leurs côtés dans les chambres de la Mis^ sion. D'autres, surtout, disent leurs parents perdus dans la déroute.
Bien des pauvres enfants sont comme Jeanne Fontcnelle, jeune fille de onze ans, qui a perdu sa mère au Mans, et que son père, métayer à Mortagne, a abandonnée, dit-elle, à six lieues sur la route de Laval.
Quelques-uns savent, comme Jacques Durand, de Saint-André-de-la-Marche, que leurs ])arents ont été compris dans les fusillades judiciaires. Le 29 pluviôse, on voit la citoyenne Doin demander un extrailmortuaire de son mari, condamné à mort par le Tribunal criminel (1).
Heureuses les femmes qui peuvent encore garder sur le sort de leur famille une lueur d'espoir, présumer que leurs maris ont pu fuir assez vite pour éviter d'être sabrés par les chasseurs de Westermann, ou que leurs enfants ont été recueillis dans quelque charitable asile ! Il y eut plus tard, ainsi que je l'ai dit, des reconnaissances inattendues, comme à un cinquième acte de l'Ambigu ou de La Porte-Saint-Martin. Plus d'une mère eut
(1} Je ne trouve cependant pas ce nom parmi les condamnés. Je trouve, parmi les prisonniers, un enfant de treize ans, Jacques Gouin, de Cholet, flls (te feu Jacques Gouin, sabotier, mort au Mans. Sa mère, Marie Brard, vint dans la Saribe avec les réfugiés. Plus courageuse que son mari, elle était resiée dans ses foyers, et dit avoir été quitte poar le pillage total de ce qu'elle avait. .4u Mans, elle travaillait à la manufacture de toiles et moucboirs de Cholet de la maison Chevallier et Q« ; son enfant, depuis le 5 pluviôse, était employé comme tisserand chez Jean Deneau, fabricant de toiles, qui était content de son exactitude et de ses mœurs. Le 7 frimaire an III, il la veille de la pacilication, le Tribunal du Mans (dont c'est la dernière décision) autorisa l'enfant ài aller chez Gervais Chevallier, aûn d'avoir le bonheur d'être réuni à sa mère.
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le plaisir d*embrasser son enfant qu'elle croyait mort dans la défaite. Mais peu de femmes retrouvèrent leur mari; elles durent le pleurer à jamais, sans savoir sous quelle terre il reposait , ni quelles mains lui avaient donné la sépulture.
En voilà assez, je pense, pour donner une idée générale de l'ensemble des révélations que fournissent, pour Thistoire, les dépositions des Vendéennes et de leurs enfants. Il me faut encore cependant faire connaître, avec plus de détails, quelques catégories de prisonnières.
Parmi les captives, je Tai dit, assez peu appartenaient à de grandes familles. Le plus grand nombre était composé de domestiques (1), de devideuses, de fileuses, de brocheuses de Cholel et des environs, de femmes de journaliers, de vignerons, d'ouvriers. On trouve aussi parmi elles plusieurs femmes de cultivateurs, des métayères semblant avoir vécu dans Taisance. Mais le clan des dames nobles, desbourgeoises,dcs religieuses est assez restreint, du moins après les vides qu'y avait faits l'épidémie, ainsi qu'on se le rappelle sans doute. Ce qui vient encore le diminuer en apparence, c'est le soin que prennent les prisonnières pour dissimuler leur origine aristocratique ou même pour rabaisser leur condition. Plus d'une jeune fille se disant ouvrière ou lingère (c'est là généralement le déguisement auquel on a recours) semble, au contraire, ainsi que le font remarquer les juges, appartenir à une autre condition, et peut-être aussi se cacher sous un nom d'emprunt.
(1) Les domestiques avaient été forcément entraînées dans la fuite de leurs maîtres. Beaucoup furent prises dans la déroute, et donnent des renseignements sur les familles de leurs maîtres morts, ou qui, grâce à des chevaux et à des voitures^ avaient pu s'écbapper rapidement.
Parmi les prisonnières d'origine noble, j'ai déjà parlé de M™" de Saint-Georges et d'Escravayac, de la famille Boguais, de M^^^^ de Vaugirault (Renée-Louise Drouault, épouse de M. Harmand Volége Vaugirault) (l).
Voici encore quelques récits de Tiafortune de celles de leurs compagnes qui appartenaient, comme elles, à la noblesse.
M^*' de JoufTrion, née Madeleine Chevallier, âgée de quarante-deux ans, vivant de son revenu, était veuve de Pierre-François JoufTrion de Beauvais. Elle prétendait que son mari, cultivateur, d'après ses dires, au bourg de Bazoges en Pareds, au district de La Châtaigneraie, avait été tué pendant la guerre, vers la fin de juillet, en s'en revenant de « payer du suif à Chantonnay, »par des soldats de la République qui venaient de prendre cette ville. La victime était sans doute Tancien sénéchal de Bazoges, dont il est plus d'une fois question pendant la guerre. Saisie d'effroi à la nouvelle que l'armée avait ordre de tout égorger à Fontenay, ayant vu incendier deux de ses métairies. Tune au bourg de Bazoges, l'autre à trois portées de fusil, M>no de Jouffrion avait pris la fuite avec ses quatre entants, âgés .de dix-sept, quatorze ans et demi,sept et trois ans. Après avoir perdu son mari, la malheureuse veuve était destinée à voir tomber aussi à côté d'elle plusieurs de ses filles. Une d'elles était morte, paratt-il, à Baugé, une aulre à la Mission. La troisième avait été perdue dans la déroute, et
(I) D'autres membres de cette famille, moins henreox, avalent succombé ailleurs. Les Mémoires de M'^« de Sapinaudf p. 53, citent une dame de Vaugirault, conduite à Doué et morte de misère et de mauvais traitements. — D'après la dernière édition A' Une paroisse vendéenne sous la Terreur ^ p. 85, c'est J. Proast, d'Angers qui avait inscrit sur le registre de la geôle M»* Boguais et une de ses filles. (Y. cidessus, t. U, p. 904; t. lit, p. 26,)
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sa mère présumait qu'elle n'existait plus (1). Seule Victoire, âgée de quatorze ans et demi et née, disait-elle, à Bouileroux, restait détenue avec sa mère à la Mission. Elle fut remise le 34 floréal à une famille noble aussi, celle de M. Lhermile d'Oizé. Quant à M"»* de Jouffrion, elle s*èvada avec plusieurs de ses compagnes de captivité, dans la nuit du 28 au 29 thermidor an II. D'autres membres de celte famille aussi immolés ailleurs par les Commissions militaires. M. Jouffrion du Verger, commissaire de l'armée vendéenne, périssait alors sur l'échafaud à Fontenay-le- Peuple (2).
Jeanne-Louise Houllier (de Villedieu), se disant âgée de dix-sept ans, appartenait à une famille noble, originaire de Poitiers ; elle demeurait à Fontenay-le-Peuple, où elle vivait de son revenu. Depuis longtemps effrayée par le bruit des incendies allumés par les prétendus Hayençais» elle était cependant restée dans sa demeure, même lors de la déroute de Luçou, et jusqu'à rentrée de l'armée à Ghantonnay. 11 y eut des canons braqués sur sa maison qui fut incendiée. Le danger était pressant, tous fuyaient leurs propriétés livrées au pillage. Elle flt comme les autres et erra sans avoir pu trouver un asile depuis son départ. Elle disait ses père et mère morts, et dissimulait son origine nobiliaire, son nom de Villedieu, ainsi que sa qualité de femme mariée ; car je la suppose la môme que Jeanne-Louise Ingrand, femme de Maximilien Houllier de Villedieu, qu'on voit au Mans, le 29 plu viôse an III, faire inscrire le décès de plusieurs de
(1) Outre rinscription, sur les registres de Saiate-Croix» des décès de Marie-Madeleioe Jouffrioa et de Marie-Eugénie, âgée de trois ans, on trouve aussi celui de Henri-Constant Jouffrion, âgé de treize ans, mort le 7 janvier.
(S) M. Grétineau-Joly, la Vendée milHake, t. II, p. 7.
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ses compagnes. Dès le 22 ventôse an il, elle avait quille la Mission, réclamée par Marie Maudhui, dite Duclos, ci-devant inslilulrice, section de la Liberté.
Cette famille comptait d'autres membres dans rémigralion vendéenne; ou voit à la Mission Jeanne Hucber, femme de chambre de la dame de Villedieu, de La Réole, qui dit avoir fui avec sa maîtresse et trois enfants, dont Taînée avait quatorze ans. On lui avait rapporté que les enfants avaient élé placés au Mans. Elle ne savait ce qu'était devenue leur mère, qu'elle avait perdue à Laval. Les registres de décès nous ont montré parmi les mortes, Louise-Rose Houllier de Villedieu, âgée de quatorze ans, de Fontenay, et parmi les déclarantes Marie-Henriette, une de ses sœurs sans s doute.
Emilie Gorin cachait de môme sa condition et dissimulait de plus son âge, prétendant n'avoir que dix-sept ans et demi, alors que, d'après le Tribunal, sa figure en annonçait plus de trente. Elle habitait Puybelliard, près Chantonna y, et vivait de son revenu. Le feu avait été mis à sa maison par l'armée, qui avait pillé ses effets ; une de ses métairies avait été réduite en cendres. Elle avait fui à l'exemple de ses voisines. Son père, suivant elle, était de condition roturière et tenait des fermes. Mais on voit une autre prisonnière, Marie-Anne Couturier, qui décla'^e être la domestique de la dame Gorin, noble, de Chantonnay. La maison de sa maîtresse avait été incendiée, disait-elle, par les Bleus, qui détruisaient tout sur leur passage. Sans ressources, craignant d'être massacrée, elle était partie avec fH^^ Gorin, qui lui devait des gages. On lui avait assuré qu'elle serait guillotinée, si elle restait soit à Laval, soit ailleurs. Sa maîtresse était morte entre Laval et Sablé. C'était probablement la nière d^Émilie qui avait ^lé récl^-
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mée, dès le 7 pluviôse, par Colin, dessinaleur, rue Saint-Jean.
Emilie était probablement parente d*EulaIie Ponsay, âgée de dix-huit ans, de Saint-Uars-des- Prés, près La Châtaigneraie, qui se disait couturière, avait fui devant les incendies, à Mortagne d'abord, puis à Saint-Florent, et avait perJu au Mans son vieux père, âgé de soixanle-dix ans, mort d'infirmités et de fatigues. Eulalie avait été recueillie le 3 germinal chez Fouquet, cordonnier au Mans. On la voit, après sa captivité, paraître toujours à côté de demoiselles ou de dames nobles. Dans les actes de notoriété, où elle dépose comme témoin, elle figure sous les noms d'Eulalie Gmiri- Ponsay; les registres des décès nous ont donné les noms des nombreux membres de cette famille morts au Mans.
Bien d'autres encore avaient dissimulé leur condition. Eléonore Ménard, âgée de dix-sept ans, de Saint-Fulgent, affligée d'un rhumatisme violent dans tous les mombres et qui déclarait sa mère morte deux ou trois jours après le passage de la Loire, se disait ouvrière en dentelles et appartenait sans doute, au contraire, à une des familles les plus connues de la Vendée. On la voit, après l'amnislie, figurer à côté des dames nobles de la Vendée et du Mans. On trouve aussi, parmi les personnes de marque mortes à la Mission, la veuve Ménard, de Montaigu, âgée de soixante-cinq ans. Marie Bertrand, une des détenues, de Mesnard-la- Barotière, se dit également domestique de la citoyenne Ménard, ^oz/rg^oisé, qui avait pris la fuite avant elle ; mais ce qui achève de prouver que M»« Ménard était d'une origine plus relevée qu'elle ne le disait, c'est la condition réelle d'une de ses compagnes et de ses amies, Françoise La Roche, également de Saint-Fulgeat, qui se disait aussi lingère. Cette jeune fille racontait que sa maison avait
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été une des premières incendiées par l'armée de Mayence, et qu'elle avait fui avec sa mère morte àDol.
Les deux jeunes captives, Ëléonore Ménard et Françoise La Roche, Turent accordées le 9 pluviôse à Elisabeth Louct, veuve d'un tonnelier, rue de Gourdaine, alors rue Ça ira, pour les employer à raison de leurs talents. Cette femme charitable avait réclamé trois Vendéennes dès le 3 pluviôse ; mais la Société populaire, alors consultée sur le civisme des réclamants, avait émis un avis contraire à sa demande, la considérant comme aristocrate. Heureusement, cet obstacle n'avait pas été de longue durée et les deux nobles Vendéennes avaient été bientôt recueillies dans sa maison, avec Françoise Hugueron, de Montaigu, âgée de dixsept ans et demi, qui se disait aussi lingèrc. Une autre déposition vient, en elïet, révéler la condition noble de M"«de La Roche. Jeanne Boucher, femme de chambre de cette demoiselle (on voit que ce sont les domestiques qui nous mettent au courant de ces subterfuges), dit sa maîtresse noble et déclare qu'elle ne sait pas ce qu'elle est devenue, « réclamée, à ce qu'elle croit, par quelqu'un, ne l'ayant pas vue depuis deux mois qu'elle est sortie de la Mission. » Elles avaient fui ensemble de Montaigu, en septembre, disait-elle, avec une tante qui servait de mère à M"e de La Roche, orpheline, et qui avait disparu même avant le passage de la Loire (1).
(1) Grille ajonguemeot raconté comment Delaâge sauva da déshonneur et de la mort, sur la route de Laval, l'une des fllles du comte de Ménard (t. IjF, p. 373). M. de Quatrebarbes, 5« édition, Une paroisse vendéenne^ p. 311, parle aussi de M"« de Ménard, fiancée du malheureux baron de Vasselot, conduit aux Herbiers et fusillé dans la cour du château de Ménard, sous les yeux de celle qu'il aimait.
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D'autres prisonnières peuvent encore, peutrétre, cacher leur véritable condition, telles que Marguerite Palarin et son amie Geneviève Savary, vivant de leur revenu, à Luçon; Pélagie Ran;;eard, lingère àDenée; Marie Buat,deSaint-Jean-du-Corquoy, recueillie par le dessinateur Colin, et Marguerite Fradin, de Saint-Georges, près Montaigu, qui se diseut toutes les deux ouvrières ou lingères, et ont une domestique, sans parler de Tinstruction que révèlent les réponses de Marguerite Fradin.
On peut faire les mêmes suppositions pour Marguerite Morais, de Saint- Georges , près Montaigu; les demoiselles Hervouet, de Montaigu; Gilbert, des Herbiers ; Baudry, de BoufTeré ; Jeanne Aubry, de Montaigu ; Jacquine Blanchet^ de Martigné-Briaud, etc.
Les noms d'autres dames nobles sont indiqués par leurs domestiques.
Deux prisonnières. Glaire Coussaut et Marie Breman, des Herbiers , se disent, Tune gouvernante des enfants de la dame Quercher , noble; Taulre, domestique de la citoyenne Rivault, noble, qu'elle a aperçue pour la dernière fois entre La Flèche et Le Mans.
On voit, en somme, que les captives appartenant ou pouvant appartenir à la noblesse sont en trèspetite minorité. Il est vrai que la mort avait fait de nombreux vides parmi ces prisonnières, et Ton sait que les familles de Barbarin, de Béjary (1), du
Oo connaît, dans les guerres des Vendéens, les faits et gestes des La Roche, de Saint- André, de Montreail, de TEpinay, etc.
(I) On a va inscrites, au 18 nivôse, ia mort de Marie- Renée-Benigne de Barbarin, d'Aizenay. âgée de douze il treize an$, et au 29 janvier, celle de Désirée Béjary, âgée de viogt-buit ans, de Saintr-Vincent, district de La Roche-sur-
GhafTault, de Chevigné, et d^aulres du môme rang, comptaient bien des leurs qui avaient succombé dans les prisons du Mans.
Parmi les Vendée nnes de marque, groupées dans les chambres de la Mission avec les femmes nobles, et appartenant elles-mêmes à la noblesse ou à la haute bourgeoisie, je trouve encore à citer Marie Verleuil, femme Germain des Roches, de Saint- Hilaire-sur-Autise, district de Fontenay, jeune femme de dix>huitans, portantun nom bien connu parmi les officiers vendéens ; elle disait son père cultivateur. Affolée de terreur en entendant rapporter que les Mayençais égorgeaient les femmes enceintes, n'épargnaient personne et portaient même la cruauté jusqu à mettre les enfants au bout des baïonnettes, Marie Verteuil, qui était à la veille d'être mère, avait voulu sauver sa vie et celle de son enfant. Elle s'était déterminée à abandonner son mari, qui Tavait conduite jusqu'à Saint- Florent, et que, terrible incertitude, elle présumait égorgé. La malheureuse fugitive devint mère à la Mission, et, quelque temps plus lard, eut le bonheur de s'évader.
Catherine Guimard, jeune femme de vingt-deux ans, était originaire d'Hennebon, en basse Bretagne. Son mari. François Carreau, appartenait à la marine. Ils habitaient tous deux la campagne, a Saint-Julien, à deux lieues de Nantes et à une demi-lieue de Vertou. Le feu fut mis à ce bourg, par trois fois, par Tarmée des soi-disant Mayen-
Yoo. D'aatres membres de cette famille, dont il n'est pas question sur les listes des prisonnières, apparaissent an lendemain de la pacification, telles que Marie de Barbarin et Aimée de Béjary. Cette dernière famille est encore aujourd'hui représentée dans la Vendée par un de ses membres, qui connaît, dans tous ses détails, cette guerre si dramatique, véritabl« histoire dt ses ancêtres, M. Amédée de Béjary.
çais. A la quatrième, M»* Carreau s'entuit avec son mari, qui servit comme fusilier parmi les Vendéens. Elle espérait rentrer, « les Mayençais étant détruits. » Hélas ! elle abordait une vie de misères sans nom ! Son mari mourait à La Flèche, et la Mission la comptait au nombre de ses prisonnières. Echappée de cette prison le id thermidor, elle resta cachée quelque temps au Mans et aux environs. Après son évasion, son existence fut si misérable, qu'elle priait à Sablé, le 19 frimaire an UI, le conventionnel Génissieu « de lui accorder des secours, ou de la faire fusiller pour la délivrer de la vie. »
Flore-Julie Leboux, âgée de vingt-huit ans, était une bourgeoise de Cholet, ville qu'elle habilail avec sa mère et ses trois sœurs. Le bruit des massacres de Ghîltillon avait effrayé la mère ei ses enfants. Elles étaient cependant restées chez çlles jusqu'à rentrée des Bleus à Cholet, jusqu'au combat, et s'étaient rendues alors à une métairie située à un quart de lieue; elles la quittaient dès le lendemain malin, et la voyaient bientôt dévorée par rincendie. Depuis ce temps, elles avaient suivi la marche errante de Tarmée, n'ayant pu rester à ingrandes, suivant leurdésir. Hélas! la plus grande partie de cette famille ne devait plus revoir la Vendée. M"»» Lehoux et trois de ses filles moururent à la Mission. Plus heureuse. Flore survécut ainsi qu'une domestique, Françoise Bonneau, qui les avait accompagnées dans leur fuite. Sa maîtresse, comme la plupart des prisonnières riches, qui purent à prix d'argent se ménager des intelligences, s'enfuit de la Mission (1).
(1) On troave d«ins les interrogatoires beaucoup d'autres noms qui, bien que n'appartenant pas k la noblesse, sont aussi céiëbres dans les guerres de la Vendée, où les Galbelineau, les Forestier, les Forest, les Tranquille, portant les
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Cette vie de cruelles épreuves n'avait, certes, été plus dure pour personne que pour les religieuses, qui s'étaient retirées dans le cloître pour fuir les embarras et les soucis du monde, et qui, après avoir été expulsées do leurs pieux asiles par la loi, s'étaient vues .ensuite jetées au milieu des armées et forcées d*errer sur les grands chemins.
Sept religieuses, moins malheureuses que beaucoup de leurs compagnes qui avaient succombé aux fatigues, à la misère et k Tair délétère des prisons, se trouvaient à la Mission : deux sœurs du Rouceray d'Angers, une de Notre-Dame de Fonlenay, une de Tordre de Fontevrault, et trois hospitalières de Gholet et de Yezins.
Madeleine Surel et Louise Courçon, religieuses du Rouceray, âgées toutes deux de trente-six ans, avaient accompagné d'abord à Beaupreau leur abbesse et protectrice, M™e d'Aubeterre, qui s'y était retirée dans sa famille, chez sa belle-sœur, , M«n« la maréchale d'Aubeterre (1). La crainte de l'armée de Mayence, qui tuait tout, disait-on, leur avait fait passer la Loire.
Plus robustes que leur vieille abbesse et que plusieurs de leurs amies mortes captives au Mans,
noms Us plas connus de l'armée. Au Mans, on rencontie à la Mission ceux des Pineau, des Bureau, des Gurreau, des P^ipin, des Martin, des Mercier, etc. Les Morna, les Cadi, qu'on trouve parmi les prisonnières au lendemain de la défaite, n'apparaissent plus dans les interrogatoires. Un voit aussi une masse de noms qu'on retrouve parmi les victimes d'Angers, do Nantes, d'AIençon, de Laval, etc. Quelques interrogatoires sont signés des prisonnières. Peutêtre l'une d'entre elles a-t-elle laissé par écrit les souvenirs de sa captivité du Mans. encore inédits aujourd'hui, à l'exemple des Mémoires de Miou de la Bouëre, de Donissan, de Cambourg, etc., dont MM.Crétineau-Joly et de Quatrebarbes ont fait seulement connaître des fragments.
(1) V. Le collège de Beaupreau, par l'abbé Bernier {Revue d'Anjou, 1S53], et ci-Klessus, t. II, p. 309.
elles résistèrent à Tépidémie. Madeleine Surel était originaire des environs du Puy, en Velay ; elle avait fait profession en 1780, n'avait pas été astreinte à la prestation du serment, et avait, disait-elle, été payée de sa pension. Louise Courçon, religieuse professe, était entrée au Ronceray à dix-neuf ans, protés^ée par M"»© d'Aubeterre, et l'avait suivie outre-Loire, avec cinq religieuses.
Anne Segond, sœur d'hôpital, à Vezins, sans être religieuse eflsans avoir prononcé de vœux de clôture, appartenait à une famille de Nantes; ses frères étaient marins et armateurs à la Guadeloupe. Elle était entrée à vingt-trois ans au noviciat de Saint-Laurent-siir-Sèvre , où elle était restée pendant une année. Après avoir passé buit ans dans la môme congrégation à Poitiers, clic était venue à Ai$;refeuillc, puis à Vezins. Elle y serait demeurée, disait-elle, si le feu n'y avait été mis par Tarmée soi-disant de Mayence, qui avait égorgé une des sœurs. Les religieus 's avaient pris la fuite, et les Brigands les avaient ensuite forcées à les suivre pour panser leurs blessés.
C'est ce que déposait aussi Marie Després, hospitalière k Cholet, qui, d'après le Tribunal, dépassait Tâge de dix-sept ans et demi qu'elle se donnait. Elle racontait que, lors de la prise de Cholet, les chefs vendéens avaient fait évacuer les sœurs et les malades sur Beaupreau, puis sur Montrevault, et leur avaient enfin fait passer la Loire. Après quoi, elle avait conliuué à soigner les malades. Marie Després succomba dans les prisons du Mans, après son interrogatoire.
Sa compagne, la sœur Marie Guiet, âgée de trente ans, faisait une semblable déposition. Les commandants, qui les avaient contraintes de soigner les malades vendéens, les avaient aussi forcées d'évacuer et de passer la Loire, en leur répétant qu'elles seraient massacrées par l'armée de
Mayence. Quelques-unes, disait-elle, avaient essayé de rester k Dol ou à Laval, et avaient été massa crées. Il ne restait que trois hospitalières et elle, dont deux à la Mission, la troisième ayant été réclamée un mois auparavant. (Interro^^atoire du 11 germinal.)
Marie Betinger était une religieuse de vingt-six ans, de l'ordre de Fontevrault, maison de Montaigu ; après la ferm^ure de son couvent, elle s'était retirée à Nantes, chez ses frères, tanneurs, paroisse de Ghantenay. Etant allée à Montaigu pour toucher sa pension, elle avait trouvé la roule interceptée, pour le retour, par les Brigands, qu'elle n'avait suivis outre-Loire que pour conserver sa vie, pensant s'arrêter à Ancenis dans la famille d'une de ses amies. Un certificat de la muni-, cipalité de Ghantenay, du 2i nivôse, donnait des preuves de son palriotisme.
Le récit le plus émouvant est celui d'Anne Laine, religieuse à Notre-Dame de Fontenay-le-Peuple, âgée de trente-six ans, vouée à l'instruction de la jeunesse. Elle était restée à Fontenay, après avoir été forcée de sortir du couvent, où elle avait prononcé ses vœux six ans auparavant. S'étant trouvée malade après Pâques 1793, elle était allée prendre Tair à Bazoges-en-Pareds, chez son amie Mme (le Jouffrion, dont j'ai aussi raconté les misères.
Elle y demeura jusqu'au mois de septembre.
L'armée s'avance alors, apportant avec elle l'incendie et la panique. La religieuse s'enfuit avec Mine (Je Jouffrion et plusieurs autres compagnes d'infortune.
Elles s'arrêtent à trois lieues, à Pouzaùges, dans une auberge, espérant retourner dans leurs foyers, aussitôt le calme rétabli, et envoient à Bazoges un messager, qui leur rapporte que tout est en cendres, qu'on n'a pas même fait grâce aux femmes»
Alors elles vont à La Pommeraie, et y restent toutes huit jours. Le bruit se répand que l'armée est prête à mettre le feu à une forêt voisine, il faut encore s'en aller plus loin. La religieuse part seule avec une fille, se rend à Saint-Lfturent-sur-Sèvre, s'y met en pension, et y demeure trois semaines. Le feu est mis dans le voisinage. Affolée de terreur, elle s'enfuit dans les rochers. Mais «avertie que Tarmée avait des dogues, afin de chasser ceux qui se retireraient dans les bois ou les rochers, » elle abandonne son projet. Sans réfléchir si la chose était possible, tant sa frayeur était grande, elle se rend àCholet, où on lui permet à peine de passer la nuit. Elle marche jusqu'au May, où les Mayençais lui prennent tout son numéraire et un couvert. L'un d'evrn l'avertit de fuir : « Vous ignorez ce qui va vous arriver, » lui dit-il. Elle comprit que ce devait être la mort, parce que ceux qui l'avaient volée, lui avaient crié : o Ton affaire se fera demain. » Elle fuit à Beaupreau, où arrive avec elle la nouvelle que Ten^ nemi et le feu sont au May. Elle parvient enfin à Saint-Florent à minuit, croyant pouvoir y rester et terminer là sa course errante. Mais c'était impossible. Elle dut passer la Loire le lendemain malin, et suivre l'armée dans ses marches, pour sauver son honneur et sa vie. Deux de ses frères disait-elle, étaient au service de la patrie (1).
A côté de ces misères si navrantes, il en est cependant de plus poignantes encore. Il y a des souffrances auxquelles personne ne saurait rester insensible, et qui tirèrent des larmes des yeux des
(1) On retrouve encore ces six religieuses (irisonnières lors de la pacification.— Voir dans dom Gbamard, les vies de» saints personnages de VAniou^ t. III, p. 513 et suiv., le sort de plosieurs antres religieuses de CbQiet et deVezina>
juges : celles des enfants, jetés par les nécessités de cette affreuse guerre au milieu des malheurs de rémigration vendéenne. Le poëie a beau dire :
< Gais enfants ! chantez, dansez, Voire âge Échappe à l'orage, »
hélas! Torage vint fondre sur ces petits êtres eux-mêmes, innocents de nos discordes civiles. Non contente de frapper à côté d'eux leurs pères, leurs mères, tous les membres de leurs familles, et de couvrir d'un sombre deuil les premiers pas dans la vie de bien des jeunes orphelins, celte horrible' guerre les enveloppa plus étroitement encore dans ses douleurs.
L'enfance, presque toujours, reste étrangère à la rude et âpre vie des combats, et n'en ressent que les contre-coups, déjà bien douloureux.
Les pauvres enfants vendéens, hélas ! traînés à la suite de l'armée, et n'ayant pu trouver d'asile, partagèrent, au contraire, toutes les plus dures souffrances de leurs familles. On a peine à croire que de si faibles êtres aient pu résister à des fatigues auxquelles succombèrent les corps les plus robustes.
Oh! vous, heureux enfants, si joyeux des caresses de vos mères, enfants au-devant de qui tous s'empressent et tout sourit, vous qui avez, pour vous proléger contre les vents et les frimas de l'hiver, la douce chaleur du foyer de la famille, et celle de vos moelleux berceaux, songez parfois pour apprécier combien est grand votre bonheur, songez aux misères de vos frères, de vos sœurs de la Vendée, qui ne trouvaient souvent pour oreiller que les pierres du chemin ou la terre glacée, et n'avaient qu'un blanc lit de neige pour reposer et réchauffer leurs petits corps endoloris. Lisez, pour faire envoler vos chagrins
d'un instant, ce récit de la vie d'épreuves et de misères sans fiu des petits Vendéens, pendant la campagne d'outre -Loire.
Voici d'abord la série d'infortunes des jeunes pensionnaires de l'Union-C h rétienne de Luçon.
Là, étaient de jeunes enfants éloignées de leurs parents, et confiées aux bons soins des sœurs de Luçon ; quand vint le décret qui ordonnait la prestation du serment, les religieuses abandonnèrent leur couvent. La sœur de Chevigné, appartenant aune noble famille de la Vendée, se retira avec deux de ses compagnes, chez son frère et sa belle-sœur, à Chavagnes,à deux lieues de Montaigu, et emmena avec elle, dans cette maison hospitalière, quinze k seize des petites pensionnaires, que les terribles circonstances l'empêchaient de remettre à leurs familles.
Les jeunes réfugiées purent goûter dtx-hult mois de tranquillité, qui furent employés à continuer leur éducation. Mais les malheurs de la guerre vinrent bientôt les chasser de leur asile.
En septembre, l'armée de Mayence commençait dans la Vendée sa marche victorieuse et semait partout la terreur.On répandait le bruit qu'elle apportait avec elle le meurtre et l'incendie. La crainte des flammes déjà allumées sur plusieurs points du voisinage, le souci de leur honneur, de leur vie et de celle des jeunes filles à qui elles servaient de mère3,déterminèrent les religieuses à fuir avec leur petit troupeau, ainsi que la famille de Chevigné, qui les avait recueillies sous son toit. Quand elles quittèrent cette maison, le bruit courait que le feu était mis au château de la Ghardière,en la commune deChavagneSjà une demi-lieue de la demeure de M«n« de Chevigné (1). Dès lors commença la vie errante de ces pauvres enfants; on les voit tour à
(1; S«r cet incendie da 3 octobre, voir Savary, t. U, p. 909-
tour dans les communes des Landes, de La Romaine, du May, où elles rencontrèrent Tarmëe vendéenne, restant de courtes journées dans ces différents endroits, espérant retourner dans leur asile quand le calme serait rétabli. Vain espoir, l'armée républicaine les poussait toujours devant elle, et les rapprochait chaque jour des bords de la Loire. Elles passèrent enfin le fleuve à Ancenis avec les autres fugitifs.
Qu'on songe à ce que durent être désormais les souffrances de ces petites émigrées de la Vendée» partageant les marches de Tarmée, épuisées par la fatigue, le froid, la faim, la maladie, en proie à des misères trop fortes pour les hommes eux-mêmes ! Heureusement la Providence,qui mesure le vent à la brebis tondue, veillait sur ces infortunées et épargna leurs jeunes ans, tandis qu'elle coucha dans la tombe leurs maîtresses, et la plus grande partie de la famille qui leur avait donné Thospitalité.
J'ai déjà longuement parlé des nombreuses victimes que compta la famille de Chevigné.
Quant aux religieuses, la sœur Augustine-Pélagie de Chevigné mourut naturellement, soit à La Flèche, suivant la plupart des dépositions, soit au Mans, d'après l'acte de notoriété inséré dans les registres de l'état civil. Les deux autres religieuses succombèrent aussi dans cette dernière ville, à la Mission et à l'hôpital. La gouvernante des enfants, Jeanne Gaultier, âgée de dix-huit ans et demi, survécut seule, et quitta la Mission le 23 pluviôse, pour s'en aller à Saint-Ouen-en-Belin (1). Les jeunes Ven-
(1) J*ai dit aassi qae des domestiques de la famille de Gbevigoé avaient survécu. On trouve k la Mission, Jeanne Bochard, de Montaigu, femme de chambre de M"* de Chevigné de l'Ecorce, qui dit que le feu fut mis au château de sa maîtresse et à trois maisons de Montaigu ; Jeanne Lefebvre, cuisinière» de La Boissi^re de Montaigo; on domestique
DANS LA sarthe:. 303
déennes avaient eu le bonheur d'arriver au Mans, sans qu'aucun vide se fûl fait dans leurs rangs. Deux seulement moururent dans cet t(^ ville. Douze ' furent réclamées par de charitables familles, et voici» plus au long, le sort de quelques-unes des petites fugitives.
Une des plus intéressantes d'entre elles, la jeune Pélagie Audren de Kerdrel, âgée de quatorze ans, née le 2) mars 1779, ainsi que le constate son acte de baptême, appartenait à une famille noble du Finistère, aujourd'hui encore si dignement représentée.
Elle était tille de Vincent-Marie Audren de Kerdrel, ci-devant capitaine de cavalerie, et de Marie-Louise-Corentin deGueugrcffierde Trémarec, habitant à Lanilis, non loin de Brest. Depuis rage de sept ans, elle était pensionnaire à l'Union- Chrétienne de Luçon. Son sort avait été celui de ses compagnes, que je viens dé décrire. Déposée d'abord à la maison de la Mission, elle fut bientôt confiée aux soins de M. Laporte Saint-James, au Greffier, de l'agrément des officiers municipaux, puis remise à ceux de Mm« Desson (Claire-Célesle-Louise Heaussier), sa parente. Les juges eux-mêmes disent qu'il n'est pa» possible de calculer les maux qu'elle a soufferts pendant son séjour à l'armée, « dont le moindre était de passer quelquefois cinq à six jours sans trouver où se coucher, ainsi que les autres malheureuses de sa compagnie. » M™« Desson avait pris un vif intérêt au sort de Tinforlunée. Elle avait écrit en Bretagne, li sa famille, afin de réunir les pièces nécessaires pour pouvoir la réclamer et procurer sa mise en liberté définitive. Une tante de Mi'«» de Kerdrel s'occupa chaleureusement, de
des filles Marin f ex-nobUSf de Boaffèré ; une domestique de la dame de La Girardière, originairu des Herbiers, etc.
soi LES VENDÉEISS
son côté, de sa jeune nièce, ainsi que, d'après ses ordres, le citoyen Logris, homme de loi.
M"»* Desson avait adressé, le tO germinal, une pélî^ lion à Garnier de Saintes, pour obtenir de la renvoyer à sa famille qui la réclamait. Le proconsul décida qu'il en serait référé au Tribunal criminel. Les jujres s'empressèrent de proclamer Tacquittement définitif de M»» de Kerdrel, le 12 germinal, et autorisèrent M™e Desson à la confier aux mains du domestique Goulvent Cornon, que la famille avait envoyé exprès au Mans pour la ramener en Bretagne.
Louise-Renée- Jacquelte Foucher-Brandois était une des onze autres pensionnaires que M»* de Kerdrel disait dispersées en ville, sans savoir en quelles maisons. Comme sa compagne d'infortune, elle avait quatorze ans. Elle était née à La Motte-Achard, à, trois lieues des Sables. Placée très-jeune au couvent, à neuf ans, elle n'avait pas revu depuis lors la maison paternelle. Luçon était à douze lieues de La Motte-Achard ; de plus ses parents, Calixte-Charles-Gilles- Julien Foucher- Brandois et sa mère, avaient quitté la Vendée pour se fixer à Paris, où ils habitaient rue des Grands-Augustins. Ils apprirent, sans doute par un habitant du Mans, que leur fille devait se trouver chez un citoyen dudit lieu. Ils donnèrent pouvoir à la citoyenne Anne-Catherine Moulé dite La Raitrie, demeurant section de la Liberté, de la réclamer, et le Tribunal tout entier fit droit le 8 floréal à cette réclamation. La jeune fille a signé sur le registre Louise Brandois ; c'était ainsi, disait-elle, qu'elle croyait se nommer, ne se rappelant pas tous ses noms debapiême (i).
( 1) Cette jeune Glle est la seule ^ parler, « de deux ou trois pensionnaires qui ont été massacrées an Mans, à ce qu'on lui a rapporté. >
Ann e-Maric-Emilie Parent, qui a signé de ses Irois prénoms, était encore une des pauvres cnfanls soumises à ces effroyables misères. Elle n'rivait que dix ans. Heureusement pour elle, la citoyenne Coudray, rue Saint-Vincent, Pavait reçue de Tagrément de la Municipalité. Sa mère^ Anne-Julie Brumault, qui était veuve et cultivatrice à Poitiers, la fit réclamer par un notable de la commune d'Aventon (Vienne), le citoyen Violas, habitant autrefois Le Mans, et le 19 floréal, le Tribunal la remit au mandataire de sa famille.
Outre ces jeunes pensionnaires de Luçon, bien d'autres enfants avaient eu part aux dures souffrances de rémigration des tribus de la Vendée et méritent de voir quelques lignes consacrées à leurs tristes aventures.
Flavie-Joséphine-Anastasie Goulonnier, âgée de dix ans (née le 21 juillet 1783), fille d'Olivier-Pierre Goulonnier, notaire et juge à Gholet, « avait eu aussi le malheur de se trouver à la suite des Brigands. »
Son père était mort le U mars 1793, «m combattant avec les républicains contre les Brigands, »
Depuis son âge de deux ans, la jeune tiUe demeurait avec sa grandHanlc, la veuve Mondin, dans la commune du May, à une lieue de Gholet. Frappée de terreur, par suite des incendies et des massacres que commettaient les patriotes « sans égards pour le sexe, » celte dame s'était enfuie avec sa nièce jusqu'à Saint-Florent. La mort Pavait enlevée à Dol. La jeune enfant, sans parents, avait continué la funèbre retraite sous la protectiop d'une domestique de sa tante et d'un prêtre de la commune du May. La domestique était restre malade à La Flèche, le prêtre avait disparu dans la déroule du Mans. La jeune Vendéenne, en fuyant, vit ouverte la maison de la citoyenne Marie
Boucher, près l'auberge de la Croix-d*Or, section de Marat, y entra et pria celle fille de lui sauver la vie, en la recevant par charité. Restée désormais dans cet asile, après déclaration faite à la Municipalité, elle fut enfin réclamée par sa mère et par son oncle Coulonnier, ex-avoué au tribunal du district d'Angers, demeurant dans la rue Boisnet, no 7.
Son sort, dit ce dernier, avait causé les plus vives alarmes à sa famille, qui craignait qu'elle n'eût perdu la vie, soit par les fatigues de la marche et toutes les misères qu'elle avait éprouvées, soit par une infinité d'autres moyens, ce dont elle n'a été préservée, déclare le Tribunal, « que par une espèce do. miracle, «grâce à l'asile qu'elle a trouvé et qui lui a permis « d'échapper à la mort. » Le 18 floréal, la jeune enfant fut remise à ses parents (1).
Madeleine Pageot, âgée de treize ans, était fille de feu Jacques, fermier, de Nantes, et de feue Mathurine Gohau. Entendant dire que le feu était aux environs de Nantes, elle avait fui comme les autres, sans savoir où elle allait, ni ce qu'elle deviendrait.
Elle avait passé la Loire avec ses camarades. Arrêtée à quatre lieues du Mans, la jeune orpheline fut déposée à l'hôpital, où elle eut le bonheur
(1) La famille Coalonnier était une des famUtes paMotes des plus connues de l'Anjou. La signature de Toncle, administrateur du département de Maine-et-Loire, en fan III, se voit au bas de nombreuses pièces admiiistratives et au bas du Précis historique de la guerre de la Vendée^ adressé à 1« GOuvenlion^ le 37 fructidor an II, par la Société populaire d'Angers. Voir aussi une nouvelle réclamation de cinq autres enfants, ses neveux et nièces, adressée au Comité révolutionnaire d'Angers, le 3 pluviôse an II ; M. Bourcier, La Terreur en Anjou, p. 343. On trouve de même un «rand nombre de fugitives appartenant ii des familles patriotes.
(le rester jusqu'à ce qu-elle fût réclamée. Ses deux sœurs Julie et Jeanne, femmes de secours chez les citoyens Scheult, négociants et architectes k Nantes, rue Crébillon, la tirent réclamer par leur mandataire le sieur Dubois, ancien notaire au Mans. Un cerliticat constatait que cette enfant de treize ans était bonne patriote^ et qu'elle n'avait passé la Loire que par crainte et sans intention au mal. Le 8 fructidor, le Tribunal du Mans la mit en liberté.
Deux autres jeunes sœurs, Anne-Eulalie et Ëulalie Maignan, âgées de treize et quatorze ans, filles de feu Charles Maignan, négociant à Nantes, « trouvées aussi parmi les Brigands, » avaient été plus malheureuses encore. Elles demeuraient avec leur mère, Françoise Emery, au Corquoy, à six lieues de Nantes, route des Sables. La mère et les deux tilles avaient fui devant l'incendie de leur maison, n'ayant que le temps de se sauver. Elles avaient passé six semaines à Gholet, puis s'étaient rendues à Saint-Baud, à une lieue et demie de Saint-Florent ; au bout de deux jours, Parmée de Mayence les forçait à suivre les rebelles. Prise dans la déroute du Mans, la pauvre mère était morte à la Mission; les enfants furent recueillis par les époux Pocheton, hôtes du Dauphin, qui en prirent soin de l'agrément de la Municipalité. Le maire du Mans, M. Menard-Lagroye, tâcha de retrouver à Nantes la famille des deux orphelines : bientôt, le citoyen André Bourdais, de Nantes (rue Girardon, 10), tuteur et oncle des demoiselles Maignan, lui répondait le 27 floréal :
« Citoyen maire,
a J'ai reçu ta lettre du 20 floréal avec bien de la reconnaissance, elle fait honneur à l'humanité et je t'en remercie de tout mon cœur. »
Peu de temps aprôs, ce parent donnait pouvoir à rtiôte du Dauphin de réclamer ses nièces, et de les lui faire conduire. Le 2 prairial, le Tribunal prononçait Pacquittement des deux jeunes Nantaises.
Leur malheureuse mère avait été la cause innocente de la mort de Pierre Perrier-Dubijnion, de Laval. Cet honnête négociant avait reçu chez lui M<n« Maignan pendant son séjour dans cette ville, lors du passage des VenJéens. Cette dame exprima, dans une lettre, ses remercîments pour le service généreux qu'il lui avait rendu, et dont elle lui témoignait la plus vive reconnaissance. Son hôte fui trouvé nanti de cette lettre, <» signée de la femme Maignan, qui suivait cette bande sous Téicndard de la révolte la plus effrénée. » Emmené de Laval, à la suite de la Commission Félix et d'Esnue-Lavallée, il fut condamné à mort à Doué, le 20 frimaire, à cause de cette correspondance, et pour être allé, « suivant son propre aveu, rendre visite à La Trémouille, chef des Brigands. » Il eut pour compagnon d'échafaud, son compatriote Jean-Jacques Dumans de Chalais, ci-devant noble, accusé d'intelligences avec les rebelles, d'enrôlements pour les émigrés, suivant la déclaration des administrateurs de la Mayenne ; de complicité avec les traîtres Bailly et Lafayelte, d'avoir fait déployer le drapeau de la Loi martiale contre le peuple, et d'être l'ennemi de la Révolution.
Tous deux furent exécutés sur la place du Champde-Mars de Doué, k quatre heures de relevée ; la Commission avait délégué pour être présents à rexéculion son vice-président François Laporte et le greflBer Loisillon (1).
Je n'en finirais pas si je citais dans tous leurs
(1) Extraits inédits du premier registre de la Commission Félix, aa greffe de la Cour d'Angers. < Pour surcroU de sa suspicion, le dénoncé possède en propriétés foncières, mobi-
DA?iS LA SARTHE. 309
détails les misères de tous ces enfants ; il faut en condenser le récit dans quelques lignes (1).
J'ai déjà parlé du jeune Berthome, de quinze ans, Dis d'un capitaine de navire de Nantes, arrêté avec son précepteur, Boutand, et dépouillé par la municipalité d'Ëcommoy, ècroué à la prison de l^véché, réclamé le 24 fructidor par Pierre Durand, concierge de cette maison d'arrêt, et do prisonnier devenant aide- guichetier; du jeune Benjamin Turpeau, de Montaigu, âgé de treize ans, qui, le vendredi, jour de la déroute, avait vu tuer sur la place de la Liber ié, ci -de vaut des Halles, son père, sa mère Victoire Jaunay et ses trois sœurs. Son père, marchand d'étoffes, était boiteux ; il avait fui devant lincendie de sa maison, et ne portait pas d'armes. Ses trois frères étaient aux frontières au service de la patrie. Le jeune orphelin avait été conduit à i'hôpital, de là à Sainte-Croix. Il fut réclamé le 28 vendémiaire an III seulement, par Jean Rojou, pour travailler à la manufacture de mouchoirs, siamoises et autres cotonnades, que cet industriel avait établie dans la maison de Te&sé. A rinstant où le père avait reçu le coup mortel, il avait remis 465 livres en assignats à son fîls, qui les enferma dans son mouchoir. A Thôpitai, le
lièrcs et commerciales, au moins 40,000 livres de rentes, » disaient de Perrier-Dabignnon les administra tears sanscalottes da département delà Mayenne, séanre da 13 frimaire an II, à Angers. Damans- Chalais est aussi accasé d'en posséder 30.000 livres; an autre habitant de Lavai, 40,000 livres, égoïste par conséquent. Voy. M. Bourcier, La Terreur en^Anjou, p. 79, et aussi D. Piolin, V Eglise du Mans durant la Révolution, t . 1 1 , p . 343.
(1) Comparera ces récits. Copie des enquêtes de la Demoiselle Clémentine (recueillies par H. Colombet), Angers, 1817, in-8«. Ces curieuses dépositions concernent une petite fllle sauvée dans la Vendée, en 1793, par un officier républicain, devenu sous l'Empire le comte Lepic
310 LES VBMDÉENS
mouchoir tomba et fut déroulé par quelques hommes qui prirent le trésor, et le portèrent aux citoyennes chargées du gouvernement des malades. L'enfant le réclama, on lui dit qu*il lui serait rendu quand il partirait pour son pays. Gomme il quittait rhôpj^l pour entrer en apprentissage à Tessé, il invita le Tribunal à donner ses soins pour que le legs paternel pût lui être restitué ; mais je doute fort qu'il ait pu être retrouvé.
J'ai aussi déjà fait connaître en partie le sort de Françoise Olillon. Cette pauvre enfant de dix ans ignorait le prénom de son père et ne se rappelait que celui de sa mère, Françoise. Les Brigands, à Gholet, avaient emmené de force sa mère malade au lit et le père de sa mère, qui était mort de souffrances à Baugé. Déposée à l'hôpital du Mans, où elle resta longtemps en danger de mort, elle en avait été retirée par lu citoyenne Boutier, marchande d'oribus^ rue de Gourdaine, qui en prit le plus grand soin. Elle aurait continué à rester sous ce toit hospitalier, sans les insultes qu'elle éprouvait journellement de la part des enfants du quartier, ce qui contraignit la femme Boutier à la réintégrer à l'hôpital, le 23 prairial.
Pierre Lalné, de Hontrelais, âgé de treize ans et demi, avait fui devant la déroute avec sa mère, du côté de Laval; il la croyait fusillée dans un bois voisin de la route. Fait prisonnier, il avait été ramené de suite a Thôpital, puis transféré à Sainte- Groix, enfin à Tessé.
Pierre Pelletier, âgé de onze ans, fils d'un garde • chasse de Longeron, était parti avec son père, sa mère et un frère de huit ans. Gelui-ci mourut le premier à La Flèche. Le père succomba à la dyssenterie à Angers, la mère fut fusillée au Mans. L'enfant, arrêté à moitié chemin de Laval, fut ramené dans la ville, où, au commencement de messidor, il se trouvait à la maison de Tessé.
DANS LA SAfiTHE. 311
Thérèse Gumbretière, âgée de neuf ans, fille de tisserands de Sainl-Christophe, avait perdu son père pendant la campagne. Elle fut arrêtée à quatre ou cinq lieues du Mans et perdit sa mère, morte dans les prisons de Brûlon.
Jacques Betin, âgé de douze ans, fils de tisserands de Cholct, avait fui avec toute sa famille. Un frère de quatorze ans * avait été perdu k mayenne, au retour de Granville ; sa mère avait été tuée à La Flèche, et son père à trois lieues du Mans. L'enfant; arrêté à cinq lieues de la ville, y fut ramené, déposé à Sainte-Croix, puis à Tassé. Il retrouva au Mans une jeune sœur de treize ans, qui avait été recueillie par de charitables habitants.
Jean Durand, de treize ans, de Saint- André-dela-Marche, près Gholet, avait été conduit à Sainte- Croix avec sa mère, qui y était morte. Son père fut condamné à mort par le Tribunal criminel; deux frères, partis avec lui, avaient été perdus dans la déroute.
Alexis Girard, de Gholet, âgé de quatorze ans, avait vu son curateur fbsillé auprès de lui au Mans. Pierre Amiot, âgé de six ans, fils d'un laboureur de Mortagne, avait perdu son père, mort en combattant, sa mère à la Mission, son frère à Laval. Le 25 germinal, un charpentier de Vimarcé, qui était venu réclamer deux jeunes Vendéennes de quatorze ans, déclara qu'il était disposé à se charger, à litre d'humanité et de charité, de ce jeune orphelin, dont on lui fit la remise.
Jeanne Vivant, de Beaupreau, âgée de quatorze ans, était parvenue â suivre dans la déroute son frère jusqu'à six lieues entre La Flèche et Le Mans ; là, son frère était monté derrière un cavalier, et la jeune fille avait été arrêtée.
François Hérault, âgé de huit ans, de Saint- Georges, près Monlaigu, avait aussi à pleurer sa
mère, morte ^ cinq ou six lieues du Mans (i). D'autres enfants, de dix ans, de onze ans, ont perdu père, mère, frère et sœur entre La Flèche et Le Blans. L'hôpital était rempli de ces orphelins. Louise Guitlon, de la Verrie, âgée de douze ans, Jacques Gouin, de treize, eurent seuls le bonheur d^ôtre réclamés par leurs parents réfugiés. Jacques fut réclamé par sa mère, ainsi que je Tai dit, et I«ouise, par son frère Louis, tailleur, réfugié à Youtré, qui vint chercher sa sœur le 17 brumaire an III. Elle fut reconnue par quatre réfugiés de Morlagne, alors au Mans.
Je m'arrête, car il y a plus de quatre-vingts enfants dont Tâge varie entre six et quatorze ans, et dont les réponses présentent le même intérêt. Les analyser toutes ici, ce serait désormais fatiguer inutilement Tattention, sans apporter à Thistoire aucun fait nouveau. Déjà je crains d'avoir cité à satiété ces interrogatoires des femmes et des jeunes Vendéens. Mais ils étaient enfouis depuis si longtemps dans la poussière, d'où je les ai exhumés, que je n'ai pu résister au plaisir d'étaler ma découverte, heureux si j'ai pu, nonobstant cette froide analyse, faire partager à tous ceux qui se préoccupent de ce douloureux passé, l'intérêt que j'ai ressenti en lisant ces récits émouvants des souffrances des mères et des enfants de la Vendée.
(1) On a les interrogatoires d'autres enfants du même âge : Françoise Jdourat, sept ans et demi; Jacques Crenottilleau, sept ans ; Victoire Gourdon, huit ans, ete.