CHAPITRE VIII
Ces interrogatoires, commencés le 2 pluviôse an II , s'étaient continués jusqu'au 7 frimaire an IH, c'est-à-dire jusqu'à la veille de l'amnistie. Leur nombre s'élève à deux cent quatre-vingt-un, et comprend environ deux cents femmes ou filles au-dessus de quinze ans et quatre-vingts enfants au-dessous de cet âge. Fréquents surtout pendant les mois de pluviôse, ventôse et germinal (deux cents environ), ils deviennent plus rares à partir de celle époque, et s'adressent surtout alors à des enfants restés à Sainte-Croix.
Les captives les premières interrogées furent naturellement les jeunes filles au-dessous de dix-huit ans, qui pouvaient être aulorisées à quitter la Mission et réclamées par les patriotes. Les femmes plus âgées, moins heureuses que leurs compagnes protégées par leur jeunesse, ne virent pas s'ouvrir pour elles alors les portes de la prison et restèrent détenues jusqu'après l'amnistie. C'est à elles que se rapporte plus particulièrement la description, qui nous reste à faire, du sort des prisonnièras depuis germinal an II, moment auquel nous l'avons interrompue, jusqu'au jour heureux de leur mise en liberté.
La chute, au commencement de germinal, des
révolutionnaires exaltés du Mans (1) qui poursuivaient plus ardemment de leur haine les débris de la Vendée, amena, je Tai dit, pour les captives une situation plus exempte d'alarmes et les dél)arrassa des craintes d'une mise en jugement que certains administrateurs eux-mêmes n'avaient cessé de réclamer.
Elles n'en restaient pas moins en prison. Bien que désormais moins entassées dans les chambres de la Mission, moins exposées aux atteintes du typhus, et revivifiées par la température plus douce du printemps, elles avaient encore en partage une vie bien misérable.
La famine, celte inséparable compagne de la Révolution, continuait de faire subir durement ses i^lteintes aux habitants, et plus rudement encore aux Vendéennes. La disette était toujours à son comble et les subsistances mesurées pour chaque famille. Vers la fin de floréal, la municipalité du Mans s'était vue forcée de réduire la quantité de pain accordée à chaque habitant. Le 19 prairial, des député.^ de la Société populaire, exposant les plaintes des citoyens, demandaient vainement à la Commune (qui avait le regret de ne pouvoir faire droit aux cris de la faim) que chaque ouvrier pût recevoir une livre et demie de pain. Quelques localités des environs du Mans, où l'aridité du sol venait accroître la misère, souffraient encore plus cruellement ; Parigné, ci-devant l'Évoque, en était réduit à se nourrir de racines de fougère.
Au milieu de celte pénurie exiréme, le sort des prisonniers était toujours bien précaire dans
(I) J'ai réaai de nombreux renseignements inédits sur cet événement dans un travail sur Gamier de Saintes et la Société populaire du JUatis, que je compte trëa-procbainement publier. On peut, du reste, consulter la notice de dom Pioliu sur La eêtutpiration d0s Bazinistes.
toutes les maisons d'arrêt. Le 15 floréal, le concierge de la Visitation, Montanger, demandait en vain à ta Municipalité un supplément de pain {K)ur les suspects qui étaient détenus dans cette maison, une livre n'étant pas suffisante pour eux. Les prisonniers du Mans en avaient d'abord reçu deux livres, et avaient ensuite été réduits à une livre et demie, après le passage des Vendéens. Enfin la rareté des subsistances avait fait diminuer jusqu'à une livre cette ration des captifs, seule nourriture qu'ils reçussent de la prison. Aussi voit-on les détenus de toutes les maisons d*arrôt réclamer alors du pain avec les plus grandes instances.
Ce ne fut que le 23 thermidor, alors que rapproche d'une récolte abondante diminuait les inquiétudes occasionnées par le défaut de subsistances, que la Municipalité demanda au district Tautorisation d'augmenter la portion de pain accordée à chaque citoyen. Le même jour, sur les plaintes réitérées des prisonnières vendéennes, il fut enfin arrêté qu'on en donnerait provisoirement à chacune d'elles une livre et demie.
La Municipalité et les autres administrations étaient cependant arrivées à prendre des mesures plus humaines que par le passé à l'égard des Vendéennes et des autres détenus, dont il est juste de dire un mot en passant.
Dans là première décade de germinal, une infirmerie avait été établie à la Visitation, et les prisonniers en ressentirent promptement l'heureuse influence sur leur santé (1). Le médecin Mallet écrivait, le 7 prairial, qu'il présenterait à la Municipalité un tableau consolant des avantages de l'infirmerie, qui permettrait de comparer la mor-
(1) Le concierge de cette prison, Gautier, fat alors destitué et remplacé par Montanger.