Tome III
ans, de la même commune ; Marie-Anne Boursier, vingt ans, d'A vrillé ; Renée Pitou, vingt-six ans, de Saint-Aubin-dc-Luigné, diliî absente ; Jeanne Gaultier, dix-huit ans eldemi, gouvernante denfanls au couvent de Luçon ; Perrine Gadiou, âgée de dix-neuf ans, etc.
Ge ne fureni là néanmoins, je le. répète, que des exceptions ; la grande majorité des Vendéennes au-dessus de dix- huit ans res(a en captivité. Un état des femmes au-dessus de cet âge, détenues à la Mission, contient quatrevingt-quinze noms. Elles étaient encore au nombre de plus de quatre-vingts à Tépoquc de leur entrée aux Ursules, ce qui, en tenant comp:e des évasions et de la mort de quelques prisonnières, réduit à un bien petit nombre les mises en liberté des détenues de cette catégorie (1). Bien que le nombre des captives fîlt ^lors fort réduit, leur entassement dans cette nouvelle prison ne laissa pas que d'inspirer de sérieuses inquiétudes pour la santé publique. Dès le 21. messidor, un membre du quatrième bureau, qui, avec le chirurgien Faribault, appartenant comme lui à la Municipalité, avait visité le nouveau local où avaient été transférées « les brigandes, » exposait au Comité de la Commune qu'ils avaient Cous deux reconnu que le peu d'air respiré par les prisonnières les avait déjà incommodées (2) : « S'il n'y est pas
(l) Les registres d'écrou, de môaie que ceux de la Municipalité, iadiquent quatre-vingt-quatre noms; mais parmi les prisonnières, dont plusieurs n'ont pas été iotcrrogéos, Marie Léger n'avait que quinze ans ; Renée Rochard, détenue avec sa mère, dix ans; André Bandin, rentré avec sa mère, n'était également qa'un enfant. Aussi Marie Léger fut-elle mise en liberté, et le 19 messidor André Baudin, qui n*était ims resté à La Fcrté, s'en allait i) Oizé.
(V) J)cs voisins leur enviaient le peu d'air qu'elles pouvaient rospirer. Le 19, le garde-mngasin des subsistances
(( promplement porté remède, disait-ii, les mala- « dies ne larderont pas h se déclarer. Il y a un « fîrand intérêt à écarter la contagion, qui a déjà « fait de grands ravages ; aucune mesure ne doit « être négligée. »
L'examen des moyens à prendre pour remédier au fléau fut renvoyé devant le Comité de santé, chargé de faire un rapport dans le plus bref délai, et de s'entendre avec les membres du quatrième bureau, les citoyens BriffauU, Faribaull, Michel Heurtebise et Rousseau.
Dès le 2:2, le Comité fit son rapport sur les moyens de prévenir les maladies, qui semblaient menacer les Ursules depuis la iranslation des insurgées,
« La plupart des chambres où elles sont renfermées, dii ce document, sont conlraires à leur santé, tant par leur température humide que par le trop grand raipprqchement des personnes. Cette insalubrité, venant à concourir avec la chaleur (H un commencement d'altération dans la masse des humeurs, peut di^venir un foyer d'infection. Déjà plusieurs détenues ont un caractère de corruption menaçante, boufQssures des extrémités, lassitudes, faiblesses, etc. 11 serait bien malheureux pour celles de ces femmes qui .conservent un reste de santé, de devenir victimes de la fatalité d'une approximation aussi pestilentielle, et il y aurait à craindre de voir la Commune exposée à de nouveaux malheurs. »
Le Comité demandait que les Vendéennes fussent retirées des chambres complètement insalubres, qu'elles fussent largement espacées, ja-
militaires demanda qu'on défendît aux brigandos transférées aux UrsDles de se peigner par les croisées donnant dans la cour des travaux, afin quMI ne tombât pas de cheveux dans le puiis, ainsi que cela était arrivé quand jelles y avaient été traduites une première fois.
de Mademoiselle Angélique des MesUers, dont j'ai le premier raconté les aventures vraies , en «yanl soin d'éliminer les épisodes romanesques, introduits dans son histoire par Timagiualion des romanciers, et la confusion qu'on a faite de sa vie si touchante avec celle de sa sœur, qui, prisonnière à Kantes, mais plus heureuse, eut lo bonheur de s'échapper de la prison de l'Entrepôt, grâc^ à une généreuse protection. Si Madame des Mesliers avait été inlerro^ée au Mans, il serait facile sans doute de mieux connaître les liens qui l'attachaient à la jeune captive que l'humanité de Marceau tâcha vainement d'arracher à la mort. Mais son nom seiL\ son âge, et sa présence à la Mission, au second colidoi\ chambre no 1, nous sont connus, ainsi que son évasion après son transfert aux Ursules.
On peut cependant être fondé à la considérer comme la mère que la jeune Vendéenne avait perdue dans la déroule. Un seul récit s'opposerait à celte identification, celui de M. Grétineau-Joly, adopté aussi par Pitre -Chevalier. L'auteiir de la Vendée milUaire a écrit en effet que le conventionnel Boursault, après avoir sauvé à Nantes Mesdemoiselles de Concise et des Mesliers, et levé leur écrou, avait en vain voulu délivrer le lendemain Mesdames des Mesliers et de Concise, mais qu'il n'était plus temps, les deux mères ayant été dans cette môme nuit livi*ées aux noyeurs (1) ! Mais ce récit n'est conforme ni à celui de Johannet, plus voisin des événements, qui ne parle que de Mademoiselle des Mesliers et de sa tante. Madame de Concise, ni à celui de M. Eugène Loudun, qui a
(1) M. Crétineau-Joly, t. II, p. 59; Pitre-Chevalier, Srf/agne et Vendée, p. 531.
reproduit les souvenirs de Mademoiselle des Mesliers olle-môme, devenue Madame du Dor6 (1). Du resle les assertions de M. Crétineaa-Joly prêtent encore à la critique, quant à Tinter^ vention de BoursauU au temps des noyades. En résumé, elles paraissent loin d'être bien solides, el ne s*opposent pas péremptoirement à ce qu'on puisse présumer qu'une des prisonnières évadées des Ursules était la mère d'Angélique des Mesliers.
Le concierge Jean Vilfëu , installé dans sa fonction le 2 floréaî (2\ et sa fille Geneviève furent traduits, comme complices de cette évasion, devant le tribunal criminel qui, le 3 brumaire, statua qu'il n'y avait pas à dresser d'acte d'accusation. Le tribunal reconnaissait que la plupart des portes des chambres n'avaient ni clefs, ni serrures ; que celles des corridors s'ouvraient aisément et sans bruit; qu'enfin, le 22 thermidor, le concierge avait demandé luimême des réparations et la clôture des croisées. Les juges se firent au contraire l'écho des plaintes de la Municipalité à l'égard de Vilfeu ; ils lui repro chèrent d'avoir traité les femmes avec trop de rudesse, et de n'avoir pas eu assez de ménagement dans les propos qu'il leur tenait, ainsi que sa tille. On voit, dans ces égards, l'influence de thermidor.
Les prisonnières que j'ai citées ne flirent pas les seules alors à s'enfuir des- Ursules ; le tribunal ajoute, après les noms de ces fugitives , « et autres femmes rebelles de la Vendée. » Les listes
(1) Auguste Jobannet, ta Vendée à trois époques, t. I, p. 363; Eugène Londuâ» la Vendée, 1849, in-8o, p. 71, e( ci-dessDS, t. Il, p., 300. MM. du Doré pourraient encore aujourd'hui mettre fin ii toutes ces Incertitudes.
(3) Un guichetier des Ursules avait aussi été nommé le 13 thermidor, avec 30 soqs de paye par jour.
indiquent encore en efTet comme évadées : Renée Mengot» âgée de vingt-deux ans, gouvernante des deux enfants de la famille Boucli, bourgeois de Clisson, qui avaient fui à la hâte, la nuit, lors de la prise et de l'incendie de cette ville; Marie Goussault, de Cholet, couturière, âgée de vingt six ans, que la vue des flammes avaii effrayée ainsi que sa famille ; Marie Pineau, de Nantes, âgée de vingt-cinq ans, domestique de Madame veuve Rodais, bourgeoise du Loroux- Botlereau, qui avait fui (ivcc sa maîtresse, morte à Noël , à la Mission ; Suzanne Bureau , de Mortagne, dévideuse, âgée de vingt-trois ans, qui avait quitté ses foyers avec sa sœur Modeste, couturière, qu'elle avait perdue au Mans, le surlendemain de rentrée des Vendéens; Jeanne Gasté, de Cbolet, veuve de Mathurin Boisneau, tisserand, âgée de vingt-quatre ans; Françoise Bonnault, de Cholet, âgée de vingt-huit ans, domestique d'une des évadées, Mademoiselle Lehoux; Marie Boucher, de Saint-Christophe, plus difficile à reconnaître parmi les prisonnières dont aucune ne répond précisément à cette indication, mais qui était sans doute, elle aussi, une ancienne domestique, de famille vendéenne.
Les évasions étaient d'ailleurs fréquentes dans toutes les prisons ; la plupart des concierges furent cités, comme prévenus de les avoir facilitées, devant le tribunal criminel qui déclara qu'il n'y avait pas lieu à dresser acte d'accusation. On voit comparaître successivement, en brumaire an m, Pierre Durand, concierge de la maison d'arrêt de l'Evéché ; à la fin de frimaire, Montanger fils, concierge de la maison d'arrêt de la Visitation, que son immense étendue rendait difficile à surveiller (1); en pluviôse, Pierre
{1) Il avait demandé un guichetier le 17 thermidor. Ar-
Bignon, concierge de la maison d^arrét des Ursulines, où étaient encore pçisonnières les Vendéennes, et Paumier, garde de service.
L'ennui rongeait les détenus de toute sorte encore renfermés dans les prisons, et excitait plus vivement chez eux le désir de s'évader.
Le concierge de la maison de justice, Ambroise Turpin, le 3 fructidor, demandait des factionnaires pour la garder, et donnait sa démission» le 17^ à Texemple d'un des Monlanger, de peur, sans doute, de so voir à son tour accusé de complicité avec les évadés. Après l'évasion des prisonnières nobles des Ursules, des gardes avaient été placés, le 2& thermidor, pour surveiller celle prison.
L'humanité à l'égard des détenus s'accentuait chaque jour davantage depuis la chute de Robespierre. Précédemment, les commissaires de la Municipalité, chargés de la surveillance des prisons et des maisons de détention, avaient empoché que la soupe fût donnée journellement aux prisonniers, croyant que la loi n'accordait que le pain et l'eau, et que la soupe ne devait être distribuée qu'après avis des officiers de santé. Les détenus de la maison de justice et les concierges tirent une pétition à la Municipalité, pour faire rétablir ce. secours. Le district, le 13 thermidor, ne crui pas devoir accéder à celte demande d'une façon immédiate ; mais il déclarait que les malheureux détenus étaient fondés k demander du travail, ce qui les empocherait de se livrer par désœuvrement à des dégradations et à des tentatives d'évasion, et leur permettrait d'adoucir l'amertume de leur position en leur donnant
rêté le 39 vendémiaire, il fut remplacé provisoirement par son père.
le moyen de se procurer une meilleure nourri-, ture. Bientôt après,- le 25 fructidor, on proclamait qiie la justice et Thumanité exip^eaient que les détenus eussent une soupe maigre.
Le 13 thermidor, la Municipalité se préoccupait de l'achat de douze charretées de paille avant rhiverpour les maisons de détention, et demandait au district douze lits, de Sahit-Vincent». pour deux salles de l'infirmerie. Plus humaine que cette administration, à la fin du môme mois, elle requérait aussi du beurre pour les maisons d'arrêt.
Le 9 fructidor, elle émettait Tavis d'apporter un prompt soulagement aux détenus de la maison de justice croupissant dans la malpropreté faute d'être blanchis.
Bientôt l'approche de Thiver, qui fut d'une rigueur extrême, vint raviver les souffrances des Vendéennes. Aussi les prisonnières de la maison des Ursules, où Ton avait aussi transféré d'autres détenues, demandèrent-elles du bois pour se réchauffer (23 vendémiaire), sans parler des demandes d'ouvrage qu'elles réitéraient avec instances, pour remédier à l'ennui, et se procurer quelques soulagements 'a l'aide des profits de leurs travaux. M. de Vaugirault, toujours détenu à la Visitation, priait môme qu'on lui axîcordàt du bois à ses frais. Le concierge* de l'infirmerie de cette prison en avait sollicité dès le 3 fructidor. Tous les concierges d'alors, plus humains que Marçonnay à Alençon, que Chassebcçuf à Laval, avaient pitié eux-mêmes des prisonniers, et demandaient pour eux des bas et des chemises. Celui de la maison brigantine des Ursules, Tripier, exposait encore, à la veille de la mise en liberté des Vendéennes, que les prisonnières ne pou valent obtenir le pain qui leur était nécessaire.
Bien que moins rigoureux que l'année précédente à pareille époque, le sort des détenues était donc toujours fort précaire.
La mort avait aussi continué à faire quelques vicies parmi les Vendéennes, dont beaucoup étaient toujours atteintes par les maladies, ainsi que rindiquent différentes listes. Je trouve parmi les mortes de la Nission, à Tépoque qui précède le transport des prisonnières : Perrine Pitou, , àgëé de vingt ans, domestique de Coffln, horloger à Cholet ; Jeanne Yvon, d'Ardelay, dix-huit ans ; Renée Hérault, trente ans, de Saint-Christophe ; Jacquine Cartron, vingtneuf ans, de Salanbry ; Marie Logereau, quarante ans, de Saint-Florent; Françoise Grimault, de Mortagne. Ces cinq dernières prisonnières ne figurent pas dans les interrogatoires. D*autres captifs moururent aussi, après leur mise en liberté provisoire, tels que Marie-Anne Bursier, femme de chambre de Madame du ChafTault, d'Avrillé, près les' Sables; le jeune Etienne Pasquereau, mort à Château-FErmitage, le 7 fructidor, etc. Après l'entrée 'des prisonnières aux Ursules, quelques-unes succombèrent encore, telles que la jeune religieuse hospitalière de Cholet, Marie Desprès, et Perrine Boisineau, de Mortagne, morte à Tintirmerie le 19 brumaire. L'inventaire de la morte est constaté sur les registres de la prison. « Elle a. laissé différents effets, consistant dans deux bonoettes piquées, huit bonnettes de jour et de nuit, tant bonnes que mauvaises, une chemise, un mauvais jupon de flanelle rayée, avec camisole dlndiemie, une paire de mauvais bas de laine, une paire de poches de toile barrée, deux mauvais mouchoirs de poche. » Le tout fut déposé au quatrième bureau, par Guilmin, un des concierges de ladite maison (1^ .
(1) Registres d'écrou de la prison des Ursules, aux arrbives municipales du Mans.
Le temps' n'était plus où la dépouille des Vendéennes était la proie du premier occupant, et excitait Tenvie des mégères des bas quartiers. L'humanité avait repris ses droits. L'ère de la Terreur était presque close depuis le 9 thermidor ; la pitié n'avait plus besoin de se cacher, et rheure de la délivrance avait enfin sonné poui" les Vendéennes elles-mêmes, dont il ne nous reste plus à raconter que la mise en liberté.