Tome III
leur secours, et fil appel à lactémence pour faire oublier son passé.
Le 7 nivôse, il invita la Convention à faire jouir deTamnislie, concernant les rebelles de la Vendée, des femmes et des enfants, qui n'avaient été qu*égarés et qui, exceptés de la peine portée contre les Brigands, étaient encore détenus dans les oraisons d'arrêt du Mans et d'Alençon.
Il fut imité par Lequinio; ce conventionnel avait lui aussi sur la conscience le lourd poids de son passé. Il avait commencé, dès la veille de thermidor, à prendre, dans une certaine mesure, la défense des Vendéens. Le 28 nivôse, il demanda la mise en liberté des brigands laboureurs qu'il avait fait condamner aux bagnes de La Rochelle et de Rochefort.
Enfm arriva la loi du 29 nivôse, provoquée par Ruelle, appuyé par Bourdon de TOise, ancien ami de Philippeaux, Tadversaire des bourreaux de la Vendée, qui lui aussi fut réhabilité solennellement par la Convention dans les séances du 4 et du 15 pluviôse, grâce à Tiniliative de Merlin de Thionville (!).
Il n'y avait plus désormais, pour les autorités du Mans, de prétexte pour ajourner la mise en liberté des Vendéennes. Cependant ce ne fut pas la loi seule, mais bien Tintervcntion bienfaisante du représentant Henuau.si sincèrement animé du
(1) Le 4 plaviôse, Merlin recommandait à la Convention la malheureuse femme de Philippeaux : c Elle n'a qa*ane seule maison au Mans (rue des Défroqués, 40), on est sur le point de la vendre. » Le 15, considérant que Phil'ppeaux avait laissé une femme et un enfant dans la misère, la Convention leur accorda uo secours provisoire de 3,000 livres. Plus tard la mère obtint nn bureau de loterie en même temps que la veuve de Louvet. Le silence se fait ensuite sur la famille du conventionnel de la Sarthe,
DANS LA SAftTHE. 3S7
désir de la paix, qui ouvrit aux captives les portes de ieur prison (1).
Ce représentant, un do ceux <|ui avaient été délégués près les armées et dans les dépirtements de l^Ouest, était en station à Saumvr. il écrivit, le 1er pluviôse, au Comité révolutionnaire du Mans, pour réclamer plusieurs habitants de Cholet. 11 Tinvitaitau nom de Thumanitc à lui faire passer les noms des détenus et les motifs de leur détention, afin qu'il pût ordonner de suite leur sortie': « Vous veillerez aussi, dis^il-il, à ce que les corps constituée ne refusent aucun passeport aux réfugiés pour voyager ; parce qu'on m'apprend que plusieurs d'entre eux sont retenus, par force, dans des maisons où on avait paru les recevoir d'abord par humanité (2). »
Cette lettre fut lente à par^^enir,. Les officiers municipaux de Cholet qui l'avaient provoquée, surpris et peines de ces lenteurs, intervinrent à la fois, de nouveau, auprès du représentant du peuple et des autorités du Mans.
Ils vinrent rappeler à la Commune du Mans et au Comité de surveillance révohitionnaire que leur lettre était restée sans réponse, que le repré- ' sentant Menuau avait demandé vainement les
(l) Voir sar Menuaa, Booruiscaax, t. II, p. 330; de Beauchamp, t. lU, p. ISd.
(S) Cette invitation faite au Comité do Mans avait été provoquée auprès de Menoau par une lettre des ofiiciers municipani de Cholet, demandant que la liberté fût accordée de suite aux détenues du Mans, conformément au décret du 'J9 nivôse, qui ordonnait de mettre 'en liberté même tes condamnés â mort. Ils pensaient que le Comité les avait fait jouir des bienfaits de la loi ; s'il eu était encore autrement ils réclamaient leur élargissement. Ils citent au nombre des Vendéens réfugiés au Mans, Jeanne Rochard, de Ghoiet, orpheline de dix-sept ans, demeurant chezHnet, perruquier, rue de la Perle.
noms de tous ceux qui n'étaient pas encore sortis de captivité afin d'ordonner leur élargissement, a Si la loi avait eu son exécution*^ ces détenus seraient libres. Nous ignorons la cause d'un retard que tout condamne. » Us rappelaient aussi que la loi, non contente de donner aux détenus les bienfaits de la liberté, leur accordait à leur sortie des secours proportionnés à leurs besoins et les assimilait aux réfugiés, aipsi que ceux qui s*étaient soustraits aux recherches et dont le nombre était considérable. Ils réclamaient la sollicitude des autorités constituées du Mans envers ces trois catégories de Vendéens qui sie trouvaient dans la Sarthe.
Le représentant du peuple aposlilla cette réclamation des officiers municipaux de Gholel, encore réfugiés à Saumur, et invita de nouveau (le 5 pluviôse an Ilf) les membres composant le Comité de surveillance révolutionnaire, à mettre en liberté sans délai, au désir de la loi du 29 nivôse, tou&les détenus de la Vendée.
Le 11 pluviôse, la Municipalité du Mans, recevant ces dernières lettres, décidait qu'elles seraient transmises au Comité révolutionnaire chargé de l'exécution de la loi du 29 nivôse (1).
(1) Le il plaviôse, de son côté, radministration du département de la Sarthe ordonnait Timpression et la pablication d'une adresse d*an Vendéen rallié, « considérant qa'il faut employer tous les moyens de rendre à la grande famille des milliers de Français dont l'égarement et les malheurs, qui en ont été jusqu'à présent les suites, font gémir» depuis longtemps, les véritables amis de la Patrie et de l'humanité ; » moyen de pacification aussi platonique que la proclamation de la Convention ! Cette adresse, rédigée en style emphatique, n'offre d'intéressant qu'un éloge de Canclauxet des imputations malveillantes à l'égard de Tévêque d'Âgra. — Voir € ie citoyen Charles Bréchard^ ancien commissaire du Conseil supérieur de la Vendée j prés des armées^ rentré dans le sein
Le n\ôme jour, le Comité révolutionnaire et de surveillance du chef-lieu du district, sur le vu de l'ordre de Menuau de mettre les prisonniers en liberté, arrôia, après en avoir délibéré, que toutes les citoyennes détenues dans la maison d'arrêt des Ursule?, et les citoyens détenus dans la maison du ci-devant évôché, seraient mis en liberté dès le lendemain, 12 pluviôse.
Les portes de la prison allaient enfin s'ouvrir pour les Vendéennes, après quatorze mois d'une longue et douloureuse captivité.
Leurs rangs s'étaient bien éclaircis depuis leur première entrée à la Mission.
Soixante-sept femmes seules restaient alors aux Ursulines (1); leur âge variait de dix-huit à soixante ans. On se rappelle que toutes celles qui étaient moins âgées avaient été mises en liberté.
Ces captives de la dernière heure étaient de pauvres femmes, dont la condition n'avait rieri d'aristocratique, presque toutes fileuses, dévideuses couturières ou domestiques. Ou retrouve aussi parmi elles les religieuses dont j'ai parlé et qui sont charitablement. désignées comme lingères, brocheuses ou marchandes. Une femme de cinquante-huit ans, Perrine Métivier, veuve d'un journalier de Chalonnes, François Pasquier, a encore avec elle dans la prison ses deux filles.
de sa patrie : à ses anciens compagnons <Finfortune, » huit pages in-8«, aa Mans, Pivfon. En tète est ane curieuse vignette représentant deux mains unies au-dessous d'un bonnet phrygien^ et au-dessus d'un niveau égalitaire au milieu duquel est un œil ouvert* d*où sort une nuée de rayons qui entourent cette gravure emblématique. (Cabinet de i*aa> teur.)
(1) Depuis l'entrée des Vendéennes en cette prison on comptait environ douze évadées, trois mises en liberté et une morte.
âgées de vingl-sept et de vingt ans. Plus d'une mère i)ut enfin revoir les siens, telle que Magdcleine Rouiller, dont les quatre enfants avaient été placés à Pontvallain ou réclamés au Mans; telle encore que Perrine Dubillard, femme Mathurin Beaufrelon. âgée de vingt- six ans, qui avait deux filles de dix et de sept ans (cette dernière recueillie à La Flèche par une charitable famille), et un garçon de neuf ans au Mans(l). Jeanne Houdel, veuve de René Rochard, de Denét», avait aussi un enfant de dix ans avec elle et sept autres dont elle ne connaissait pas la demeure, etc. Le nom de cette dernière prisonnière ne figure pas parmi les interrogatoires, de même que ceux d'une vingtaine de ses compagnes de captivité (2).
Qn est réduit à ne savoir que le nom de ces prisonnières sans connaître aucune particularité
(1) J'ai déjà dit qu'il existe encore au moment oà J'écris ces .signe
(2) On trouve parmi ces prisonQièrcs non interrogées : Marie Vendée, femme Pierre Papin, vingt -sept ans, des Echaubrognes; Magdeleine Berger, veuve Etienne Morin, couturière de Cholet, âgée de quarante ans, ayant une fllle de vingt -six ans, réfugiée au Atans; Catherine Renaudin, ttleuse, de vingt-trois ans, de Saint-Sulpice en Bas-Poitou {0liàs de Mortagne); Françoise Grassal, quarante ans, conturière>dévl dense, de Clisson {aliàs Montaigu) ; Jeanne Bibard, trente ans, Journah'ëre k Cholet; Marie Bonneau, salariée à Bazoges, vingt-quatre ans; Marie Chevalier, veuve Pierre Levain, de Saint-Martin; Louise Tessier, flieuse, dixhuit ans, de Cholet; Marie Picherit, fileuse, de Manlévrier, trente ans ; Jeanne Gasseau, veuve de Pierre Denis, quarantesix ans, boulangère à Machecoul ; Marie Gasteau, veuve de Jean Baudri, armurier, âgée de quarante-sept ans; Renée Ghâtelet, trente*quatre ans, salariée ù Angers ; Marie Drouanlt, dix-huit ans, des Essarts; Marie Veaulo, vingt-six ans, flieuse k Beaupréau; Jacquine Routard, flieuse, soixante jms,.de Mozé; Jeanne Guilbeau, veuve Jean Barra, dévideuse^d Andrezé.
de leurs aventures, el à faire des conjoctares sur le silence des juges àleur égard.
Ces captives ne furent pas les seules à être mises en liberté, grâce à Tintervention de Menuau ; le môme jour vit sortir aussi de prison Perrine Sicard, femme de Pierre Bourgonneau, et son mari, réfugiés de la Vendée, arrêtés le 18 mars 1794 sur la dénonciation de réfugiés de La Ferté- Bernard, el prévenus d*avoir paru avec les àrigands vers la mi-maré (793 à Saint-Lambert, la femme étant armc^e d'une broche à rôtir. Furent encore élargies Catherine el knne Lahaye, Louise Hubert, sœurs hospitalières de La Flèche, captivtîs au Mans depuis le 3 février 1794 et prises à la suite de Tarméc des rebelles; Angélique Payan, Elisa})etH Flavard, Renée Pernet, Marie Dejeu, Sophie Baudot, sœurs volontaires de Sablé et du Mans; Marie Poujon, domestique de religieuses, du Mans, prise à la suite des rebelles, et captive depuis le 28 ventôse.
Restèrent prisonnières les religieuses qui avaient refusé de prêter serment. Leur nombre était alors dune cinquantaine; parmi ces courageuses femmes détenues depuis la fin de ventôse ou le commencement de germinal, il y en avait de parvenues à une extrême vieillesse et qui avaient cependant mieux aimé subir les douleurs de la captivité, si dure à cet âge, que de s'abaisser à prêter un serment en opposition avec la liberté de leur conscience et leur foi (l).
Les prêtres qui demeurèrent prisonniers à l'Evêché, pour la môme cause, étaient en plus grand nombre, quatre-vingts environ. C'étaient tous pour
(1) Ainsi, on trouve parmi elles Marie Parrain, âgée de qoatre-vingt^lix ans, da Mans; Françoise Desbois, quatre vîngt-un ans, de Mamers; Magdeleine Coarménil, d'Ëtival, aveugle, de soixante-treize ans; Anne Aiueslon,de qualrervingts ans, du Mans, etc., etc.
36â LBS VENDÉENS
la plupart des vieillards que leur grand âge avait exemptés de la déportation. On voit, parmi eux, un aliéné, quatre infirmes, un octogénaire, à qui ni Tâge, ni la maladie, ni môme la foli^ n'allaient encore ouvrir les portes de la prison (1).
La masse des captives vendéennes 9vait été mise en liberté le 12 pluviôse. Sans doute, la liberté était un grand ^ bienfait pour toutes ces pauvres femmes , mais à leur sortie de prison quels allaient être leurs moyens d'existence et leurs asiles ?
Le Comité comprit combien était douloureuse leur position, et le 13, il écrivit au nouveau représentant qui venait d'être envoyé en mission dans la Sarthe et dans l'Orne, pour l'inviter à se rendre sans retard dans le département, et à leur faire accorder des secours.
La pitié pénétrait en un largement dans le Comité. Du 12 au 20, il prononça de nombreux élargissements, et confirma définitivement en leur liberté plusieurs Vendéennes ou citoyens de la Vendée dont la liberté n'était auparavant <iue provisoire (2).
Le 17, le conventionnel Dubois-Dubais , plus favorable que Génissieu aux idées thermido-
(1) Voir ]e tableau des détenus par mesure de sûreté et de police dressé par le Comité révolutionnaire du district et l'agent national du district, en vertu des ordres de Goczno et Guermenr, pluviôse au III, Archives de la Sarthe.
(3) II y avait cependant encore des prisonniers pressés d'être élargis. Dans la nuit du 15 au 16 pluviôse, quatre détenus s'évadèrent delà maison des Ursules. — Le 13, sept détenues suspectes, les soeurs grises sans vœux, dont j'ai parlé, furent mises en liberté.
Voir le compte rendu que rend le Comité révolutionnaire du district, au comité de sûreté générale de la Convention et du district du Mans, de ce qui s'est passé pendant la deuxième décade de pluviôse an III, Archives de la Sarthe.
rienhes et qui avait été appelé à lui succéder dans notre département, répondait de Bélesme aux membres du Comité, que Thumanité exigeait qu*on donnât des secours aux prisonniers de la Vendée mis en liberté et privés de ressources; il allait en conséquence, disait-il, prendre en leur faveur l'arrêté que demandaient la justice el Thumanité.
Vu rétat de dénuement des détenus, Dubois- Dubais décidait, en effet, que des secours leur seraient accordés sur le pied de ceux des réfugiés, ainsi que quinze sous par lieue à ceux qui voudraient retourner dans leur pays (t).
Ce représentant vint enfin développer dans la Sarthe le germe réparateur de thermidor (2). Sa mission,, restée très-peu connue jusqu'à ce jour, mériJerait d'être mise en lumière, mais je ne saurais faire autre chose ici qu'en effleurer les tendances et les principaux résultats. Elle était des plus délicates et des plus difficiles : la disette se faisait cruellement sentir. En pluviôse, le pain valait au Mans dix sous la. livre. La chouannerie était pins redoutable que jamais, et toute mesure de modération pouvait être considérée comme une concession dangereuse. En présence même de cette nouvelle insurrection, les restes du parti rô-
(1) Voir aussi un arrêté (la i(istrict du Mans coDcernant les Vendéens incarcérés en cette commune comme suspects, et remis en liberté au désir de la loi du 29 nivôse an III. 11 leur sera fourni des subsistances jusqu'à ce que les chemins soient sûrs pour s'en retourner chez eux.
(3) Voir: Le représeij^lant du peuple Dubois-Dubais, en mission dans les départements de l'Orne et de la Sarthe, aux citoyens : Discours prononcé dans une séance publique d Àlençon et dont il arrête l'impression, l'enwi, la publication el lecture dans toutes les communes des deux départements confiés à sa surveillance^ 37 pluviôse, 8 pages in«8«t Alençon, M'dassis.
ir
voluUonnaire avaient relevé la tête, et tentuent de retrouver leur ancienne organisation.
Le Mans avait revu, d'un côté, s'instajier dans ses murs une juridiction révolutionnaire, qui, le 6 prairial, condamnait à mort Julien Boire, général chouan, arrêté le 29 pluviôse an III et qui Ait passé par les armes (1). D'un autre côté, les anciens membres de la Société populaire, encouragés par les marques de sympathie de la garde nationale etdu conseil général de la Commune du 28 frimaire et du 12 nivôse, et regrettant les jours d'avant thermidor, avaient recommencé à recruter leurs partisans, à provoquer des attroupements et des pétitions collectives. Après une première pétition de la Société au district du 6 nivôse, Bazin» le 22 pluviôse, en rédigeait une autre contre les clo- ^ ches et le fanatisme religieux, demandant que les * églises fussent fermées le jour où les lois n'étaient pas lues et qu'on enlevât de leur enceinte tout signe religieux et féodal (2). L'intolérance révolutionnaire du tribun autoritaire, qui croyait être un apôtre de la liberté, était toujours restée la môme. Le club, pourvu d'un règlement le 15 pluviôse, avait repris une vie nouvelle ; son ancien chef se vantait lui-môme d'y avoir formé une réunion^ de six cents républicains « pour repousser les* provocations de la chouannerie. »•
(1) Cette commission militaire li ia saite de Tarmée des c6tes de Cherboarg, dont M. Berriat-Saint-Frix n'a pas parié, était venue s'établir au Mans vers la fln de vendémiaire. On voit alors, en effet, beaucoup d'arrestations ordonnées et de jugements rendus au nom de Courbet, officier de police, juge militaire de l'armée des côtes de Cherbourg.
(^) On voit sur cette ijétition, à côté de la signature de l'agent national de ia commune, Rouvain, bientôt dei>tilui^ le 6 germinal, le nom du futur auteur du Dictionnaire de la SartKey qui dans son livre a exhalé sa rancune contre Dubois- Dubais. ^
DANS LA SARTRE. 365
C'est en face de celte situation délicate, que se trouva Dubois-Dubais k son arrivée dans le département, où partout les Chouans avaient répandu une véritable terreur et étaient devenus une redoutable puissance. Serré entre «le royalisme et le terrorisme, » il ne crut pas cependant devoir renoncer aux mesures réparatrices de justice et d*humanité qui devaient caractériser sa mission.
Le 9 ventôse, à Alençon, i! prit un arrêté portant que les ex-prêtres non fonctionnaires publics et les ex-religieuses seraient mis en liberté, s'il n'existait contre eux aucunes dénonciations intéressant la chose publique.
Plus tard, la liberté fut donnée à tous les ecclésiastiques et à l'exercice du culte catholique. Le 26 prairial, Dubois-Dubais ayant pitié des vieux prêtres sortis de l'Evôché, et sans ressources, leur accorda môme des secours pécuniaires, à condition de rester exactement soumis aux lois. Il leva le séquestre, frappant lés biens de nombreux parents d'émigrés, et rappela dans leurs anciennes fonctions les prétendus fédéraliUes, victimes des suites du 31 mai.
Dès le 10 ventôse, par un arrêté pris à Alençon (imprimé par Pivron), il suspendait les séances de la Société populaire du Mans, la considérant comme une source de division et une faction anarchique tendant à la dissolution du gouvernement. Les autorités, y compris la garde nationale, furent réorganisées, de germinal à prairial, par le représentant qui avait de bonne heure écarté l'agent national de la commune et les autres partisans des Bàzinîstes.
Survinrent à Paris les événements de germinal et de prairial. La réaction qui se produisit contre ces insurrections fut partout des plus vives. D'un autre côté, des tentatives de pacification avec les Chouan? avaient commencé, plus apparentes que
réelles. Le 21 mars {i" germinal), avait eu lieu, au Mans, une curieuse mise en scène de réconciliation, pendant la' suspension d'armes, à la veille du congrès de Rennes, qui ^outit le 18 avril (29 germinal) à la signature de la paix, à la Mabilais. Cette paix, il est vrai, n'eut pas une longue durée et fut bientôt suivie de remprisonnement des chefs chouans qui n'avaient voulu, peut-être, que gagner du temps et amuser les délégués de la Convention.
Le 10 floréal, devancé même par les représentants Guezno et Guermeur, Dubois-Dubais avait une première fois autorisé, de Chartres, les autorités à procéder au désarmement des terroristes, conlormémcnt à la loi du 21 germinal. En vertu d'un nouvel arrêté du 24 prairial, vingt-deux citoyens durent être mis en arrestation au Sans, le 28, dans la prison de l'Evêché, d'après une délibération des conseils du district et de la commune, comme instigateurs de la terreur, et « comme ayant -participé au^ actes de la tyrannie sanguinaire exercée avant le 9 thermid(»r. » D'autres citoyens, considérés comme moins coul)ablcs e t comme simples instruments, furent seulement désarmés, sauf au déparlement à statuer sur leurs réclamations. Le représentant du peuple, à la veille d'être rappelé, annonçait, du Mans, cette nouvelle au Comité, le 19 juin, eu déclarant que la puissance des Chouans l'avait obligé jusque-là de ménager le terrorisme pour les contre-balancer (1).
(1) Plusieurs de ces révolutionnaires ne purent être mis en arrestation; un certain nombre avait prudemment quitté Le Mans, tels qae l'ancien maire de 1793 et son ami de la Commission militaire de Sablé, tels qae les citoyens Mulius^ Scosvola y Tell y Marat-Cincinnatm ^ etc. Plusieurs aussi n'étaient que des personnages de bas étage, dont trois cordonniers. On est étonné qu'un si petit nomJsre, qu'tM^ poignée d'iQ<Uvidu9 mn\ 8«fQ povrdoipiiiçr«( (airçtrçmbler ^Q^y^^
Dès la fin de ventôse, Fadministratioi^ de Saint- Cal»is avait déj^ procédé à Tarrestation des deux amis de Robespierre, Peys et Rompillon, le premier, marchand fripier, avant la Révolution, le second, ancien feudiste et maître d'école, prévenus Tun et l'autre d'avoir tenu les vrais patriotes sous le joug de la Terreur.
Plusieurs des détenus du Mans furent mis en liberté dès le 1 1 messidor ; huit seulement, parmi les principaux, restèrent emprisonnés. Survint la journée révolutionnaire du 13 vendémiaire an IV. Trois jours après, le 16, les prisonniers du Mans furent élargis sur une ordonnance du juge de paix, qui déclarait qu'il n'y avait pas lieu à renvoi devant le jury d'accusation. Le représentant Pérard, envoyé en mission au Mans le 22 vendémaire, dirigeait à son tour l'action de la justice contre les écrits royalistes, tant étaient promptes et fréquentes alors les vicissitudes des révolutions ! L'amnistie du 4 brumaire an IV vint du reste rendre partout à la liberté les agents de la Terreur qui s'étaient vus incarcérés (1).
département. Parmi les cioqaânte agents subalternes désarmés, on ne trouve guère qu'une dizaine de noms connus. A la suite du nom de chaque personne se trouvent les motifs de sa mise en arrestation ou de son désarmement. [Archives de ta Sarthe.)
(l) U réaction contre eux avait été plus vive dans la Mayenne et dans Maine-et-Loire, où la Terreur avait eu un règne sanglant. Le représentant de la Mayenne, Es nue- La vallée, dénoncé plusieurs fois k la Convention par les citoyens de Laval (voir leurs curieuses dénonciations, pétitions et adresses à l'Assemblée, du 11 pluviôse au 18 thermidor an Ul), ainsi que Volcer et autres terroristes de ce département, avait été décrété d'arrestation en même ti-mps que Rossignol, le 5 prairial ; plusieurs membres de la commissioli militaire avaient aussi été emprisonnés dans la ville de Laval, où le représentant Baudrand vint succéder à fioursanlt. — A Angers, la Société populaire avait de bowie heure
Ce résumé rapide suffit pour indiquer quel fut dans la Sarthe, après thermidor, le sort de ceux qui avaient poursuivi avec le plus d'acliamement les débris des Vendéens.
Depuis longtemps, les captives avait quitté la prison des Ursules, plus douce pour elles que celle de la Mission. Au lendemain de leur élargissement, elles avaient consacré les premiers jours de leur liberté à faire constater pieusement les décès de celles de leurs compagnes qui avaient succombé, en grand nombre, pendant la captivité si meurtrière des- premiers mois de 1794. Elles firent dresser, devant le juge de paix ou devant un notaire, des actes de notoriété certifiant ces décès, qui furent inscrits ensuite sur les registres de l'état civil de la paroisse de Sainte-Croix, dans les limites de laquelle était située la Mission. On voit de ces actes dressés, sur la demande des Vendéennes sorties de captivité ou de discrets asiles , depuis le ^ pluviôse jusqu'au 14 prairial.
La plupart étaient restées au Mans jusqu'à la pacification complète de l'Anjou, où Stofflet avait tardé à déposer les armes ; elles avaient trouvé un refuge et un abri dans de charitables maisons. Les familles qui étaient sympathiques à leurs malheurs, et qui ne tremblaient plus de le révéler, avaient pu les accueillir alors avec empressement. On trouve les noms des Neveu, de
dénoncé la commission militaire et les représentants Hentz, Francastel et Cboudieu. Les factams de Vial a?aient servi d'appoint à ses adresses. Merlin de Thibnville lai-mème dénonça Hentz à la Convention. Le SO germinal an IH, ane instruction fut commencée contre les juges et les recenseurs de la Commission et du Comité, la plupart en fuite. Quelquesuns, acrusésde fusillades sans jugement, pillages et jugements par F, furent renvoyés devant le tribunal criminel de Maineet-Loire. L'amnistie qui suivit le 13 vendémiaire vint comme ailleurs les me tire en liberté.
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Mtno Arnoult et bien d'autres, auprès de ceux des Vendéennes, dans la rédaction des actes, de ndtoriété (1).
Après cette dernière date du 14 prairial, le silence se fait sur le sort des Vendéennes dans la Sarthe (â). Les prisonnières de distinction, celles qui avaient encore vivants des membres de leur famille, ou conservaient quelques ressources, retournèrent dans la triste Vendée semée de ruines. Plus d'une, parmi elles, put rechercher en vain le toit qui l'abritait naguère et qu'avaient dévoré les flammes allumées par les colonnes incendiaires des Huche et des Turreau.
Les plus pauvres restèrent dans le Maine, soit dans les familles qui les avaient repueillies comme domestiques, soit dans les ateliers des manufactures nouvellement établies, où l'on avait fort apprécié le savoir-faire des ouvrières de Cholet.
Le Mans renferme encore dans ses murs des fils, des fdles de ces pauvres Vendéennes échappées aux. massacres, et à qui leurs mères ont légué intact le souvenir de leurs souffrances et de leurs misères, avec plus de soin que d'autres ne laissent purs et sans tache à leurs enfants leur blason et leurs titres de noblesse r
(1) Parmi les noms de ceux qui avaient réclamé des Vendéennes, j ai déjà cité le nom de Madame Moulé-LaRaitrie, dont le mari et le Ois prirent ane large part à rinsurrection, et celui de M. Pierre l'Hermite, d'Oizé, ci-devant noble, ayant flguré dans l'armée des côtes de Cherbourg, pendant rinsurrection fc'déraliste de Caen. Ce dernier est-il le même personnage que celui du même nom, qui ftit un des principaux chefs de la chouannerie dans la Sarthe, figura dans la pacification de germinalan ITI, et fut tué à Saint-Oeuis-d'Orques, «n floréal an lil (avril 1795} ?
' (3) Les réfugies seuls y figurent encore II cause des se- ^ours qui leur sont accordés ou des appels qui leur sont faits pour retourner dans leur pays ; parmi eux on retrouve plusieurs prisonnières ros'.^js (\aï\9 le Maine. — Voir V Appendice.
J'ai fait appel pins d'une fois à leur mémoire, pour interpréter les données fournies par les pièces contemporaines, et j'ai été heuroux de joindre à bien d'aufres cette précieuse source de renseignements.
Peu de ces tils de Vendéennes sont sortis de la modeste condition de leurs mères, et ont vu leur nom tiré de Tobscurité. Il n'en a pas été de môme de tous ceux des réfugiés^ dont quelquesuns, à Taide du commerce, de l'industrie ou de leurs connaissances, ont pu se créer dans le Maine une position avantageuse. Un réfugié de Bouzillé (près de Saint-Florent) est mônae allé s'asseoir au Conseil général de la Sarthe et son fils a gravi, comme député de ce département, les marches de l'Assemblée législative.
J'en ai fini, enfin, avec jcette longue et laborieuse enquête sur l'invasion des Vendéens dans la Sarthe; je-tne suis attaché surtout à retracer la période de la guerre de Vendée, qui suit le passage de la Loire et le retour de Granville. L'esquisse que j'ai faite à grands traits de la partie antérieure de la lutte, en ce qu'elle a trait au Maine ou à ses Volontaires chargés d'y prendre part, n'est qu'une entrée en matière, un préliminaire indispensable, mais moins étudié et trop rapide pour ne pas avoir, la sécheresse d'un résumé.
Ce n'est qu'à partir de l'apparition des Vendéens sur la rive droite de la Loire, que j'ai cité à foison les documents inédits de toute espèce, correspondances officielles ou intimes, arrêtés des représentants du peuple, des généraux et des différentes administrations, registres des Commissions militaires et des tribunaux criminels, extraits des journaux du temps et de brochures rarissimes. Tous les documents ^manuscrits que
j'Sii produits ou analysés proviennent de dépôts d'arcliives publiques, du Mans surtout, de Paris, de Blois, de Laval et d'Alençon, des greffes de lacour d'Angers , des tribunaux du Mans et de Nantes. C'est dire qu'ils sont tous authentiques, à la différence d'un trop grand nombre de ceux dont M. Grille, en 1852, a rempli ses trois volumes sur la Vendée.
Grâce à celte masse de pièces restées inconnues jusqu'ici, j'ai éclairé d'un jour nouveau l'histoire du Maine au temps de l'invasion vendéenne, et surtout celle de la prise et de la déroute du Mans : lugubres événements dont nous pouvons, hélas ! mieux comprendre le caractère, depuis que, dans la triste journée du 12 janvier 1871, la vieille cité mancelle a été le douloureux théâtre d'une nouvelle invasion, qui est venue
ajouter une page de deuil à ses annales
Une part plus grande de lumière rejaillira aussi de ce livre sur l'histoire de la Vetidée, et sur le caractère de cette guerre d'extermination à outrance dans laquelle, après le combat, les représentants du peuple et la justice révolutionnaire ne savaient pas même épargner la vie de pauvres femmes, coupables seulement d'avoir quitté le sol natal pour fuir le pillage, Tincendie, le déshonneur et parfois même la mort. Les renseignements que j'ai tirés des trois cents interrogatoires des captives et des enfants vendéens, après la déroute du Mans, ne sont pas la partie la moins neuve de ces études. Plus d'une grande famille de la Vendée retrouvera les souffrances des siens inscrites dans ce martyrologe, qui est aussi une preuve toujours vivante de la pitié du tribunal criminel du Mans, plus humain envers les Yendéennes que les Commissions militaires et le représentant du peuple Gamier de Saintes. On .est heureux^ au milieu de tant de sang répandu, de
voir briller un éclair d'humanité et de pQuvoir échapper un instant aux fureurs des Ronsin, des ' Félix, des Francastel, des Esnue-Lavaliée et des Carrier.
Quand j'ai pris la plume pour retracer cette histoire, j'osais espérer, pour l'honneur de la nature humaine et de nos contemporains, que nous ne reverrions jamais de pareilles horreurs. Hélas ! les instincts de la bote reparaissent toujours dans l'homme, quand, dominé par les appétits brutaux, surexcité par les passions révolutionnaires, il se débarrasse du frein des lois divines et humaines. Les odieux événements de mai 1871 à Paris sont venus me donner un cruel démenti. Nous avons vu les successeurs des Hébertistes, des Ronsin et des Turreau, employer de nouveau, comme système de leur guerre; l'incendie^ la fusillade des prisonniers sans juge^nent, et immoler sans pitié les plus nobles et les plus augustes victimes Ces assassins étaient les descendants directs des bourreaux de la Vendée, de ces hommes de sang que reniait Philippeaux, tout ardent qu'il était lui-môme. Leurs chefs se réclamaient hautement des Hébertistes et du PèreDuchesne, à qui ils consacraient sans vergogne les plus chaudes apologies (1).
C'étaient cependant les généraux et les conventionnels de cette école du Père Duchesne qui avaient éternisé cette funèbre guerre de la Vendée, non pas tant par leur ineptie que par leurs mesures sauvages, qui poussaient au désespoir et à la lutte un pays livré tout entier à la destruction. Heureusement pour l'honneur de l'armée et de la France, à côté des chefs qui ne voyaient dans cette guerre qu'une source intarissable de pillage,
(I) Voir les Hébertistes, par G. Tridon, membre de la Gommane de Paris de 1871 ; 1871, in 8% deuxième édition.
DANS LA SARTHB. 373
CDrichissaAt l'écume de l'armée révolutionnaire, à côté de (^» représentants qui ne savaient pas, au lendemain d'une bataille, respecter la vie d'un ennemi vaincu, ou d'une pauvre femme, il y avait des généraux, comme Ganclaux, Marceau, Kléber, Savary, Aubert-Dubayet, Dumas, s'honorant de protéger les personnes et les propriétés, heureux et fiers d'arracher la vie d'une jeune dlle au bour* reau, et de sauver de petits et fiiibles enfants; il y avait des représentants» comme les Goupiileau ou Philippeaux lui-même, qui paya de sa léio sa généreuse audace, désireux de réduire et de concentrer autant que possible la somme de maux qu'entraînent toujours avec elles ces luttes fratricides. Car, hélas ! c'e»t le destin des guerres civiles de surexciter toutes les mauvaises passions et de vouloir exiler l'humanité.
Quant à Tinsurrection vendéenne, je l'ai dit déjà, sa naissance était pour ainsi dire inévitable; elle mit en présence deux mondes différents, qui s^entrechoquèrent violemment. Pour l'éviter, il eût fallu, dans la Convention, un esprit de mesure et un tempérament politique qui firent toujours défaut au milieu des ardeurs inouïes et du délire de cette assemblée. La Vendée aurait pu imposer silence à sa foi politique, et en faire un instant, bien qu'à regret, le sacrifice; mais elle tenait à sa foi religieuse, et voulait continuer à prier Dieu avec ses vieux prêtres, à qui la mesure si fatale et si impoli tique du serment à la Constitution civile du clergé était venue donnercomme une auréole du martyre.
Une /ois la lutte engagée, elle amena, de part et d'autre, les actes les plus regrettables. Chaque parti a, dans son histoire, des pages tachée^ de sang. Le souvenir des meurtres de Machecoul, de Cholet, dès le début de Tinsurrection , cqux de Noirmoutier et bien d'autres, pèse sur la causé
vendéenne, et je les flétris avec aulant d'indignation que ceux qui furent commis par ses adversaires. Car je hais les Souchu, les Sîx-Sous. ies Barbotin, aulant que ies Félix, les Francastel et leurs pareils. Je ne demande pas à un homme de sang quel est son parti pour le flétrir. jTe déplore toutes les guerres civiles, surtout quand elles ont ce caractère de farouche extermination, et je n'oublie pas que ce qu'il y avait de plus cruel et de pluâ affligeant dans cette lutte, c'est que, de quelque côté que penchât la victoire, c'était toujours le sang français qui coulait. Mais, pesant dans la balance de l'histoire le système général de guerre des deux partis, et non plus tel ou tel incident de la lutte, je crois pouvoir résumer mon opinion sur lensemble des procédés de chacun d'eux, en disant que je préfère l'humanité d'un Bonchamps ou d'un Lescure à la cruauté d'un Turreau ou d'un Carrier!
APPENDICE [i;
Bnlletlii dv département de la Sarthe.
•J'ai dil combien étaient rares les numéros de ce journal imprimé en forme de placard, dont j'ai cependant fait connaître plusieurs fouilles rarissimes. J'ai avancé que dans le principe c'était un simple bulletin de la guerre de la Vendée.
En \oici la preuve dans un des premiers numéros qui aient paru. 11 se borne à la lettre qu'on va lire :
BULLETIN DU OéPÂRTEMENT DE LA SARTHE.
Extrait de la lettre écrite par les administrateurs du déparlement de Maine-et-Loire aux administrateurs du département de la Sarthe,
« Angers, 23 mars 1793, Tan second de la
République française.
« Frères et amis,
« Nous vous apprenons avec la plus grande satisfaction que nos frères de Nantes ont complètement battu les insurgenS^ délivré les habitants d'Ancenis bloqués depuis plus de dix jours et rétabli les communications entre nos deux villes. La colonne des
(1) J'aurais encore à faire connaître plus d'une pièce que j'ai découverte chemin faisant ; mais je me bornerai ici à insérer, soit quelques documents trop long:s pour qu'ils aient po prendre place dans le texte, soit quelques particolarités locales, carieoses à différents titres.
« II est donc utile que vous avisiez aux moyens de leur procurer des armes, lorsqu'ils devront arriver à Sedan. Il en partira sans doutQ un ^and nombre la semaine prochaine.
, « Nous, sommes avec fraternité,
cf Les commissaires de la Convention nationale dans les départements de Maine-et-Loir^ et de la Sarthe,
« Pierre Choudieo, Richard (i). »
Uoèaineiite sur la prise da Mans par les Vendéens et la reprise de cette ville par Farmée républicaine.
Je me borne à reproduire ici deux pièces que leur étendue ne me permettait pas d'insérer dans le corps de cet ouvrage : l'une est V Adresse (fes administrateurs du département de la Sarthe à leurs concitoyens, du 27 frimaire an II; Tautre est un rapport rédigé par la Commission des arts du Mans en 1798 el connu sous le nom d'Enquête,
Bien qu'officiel et rédigé au lendemain même de la reprise du Mans, le premier de ces deux documents ne saurait inspirer une confiance absolue. Son rédacteur, Roustel, ne parlait pas de visu des Vendéens, puisqu'il s'était replié, à l'exemple des autres membres des administrations. Aussi un extrait en ayant été reproduit dans les Affiches du Mans du 3 nivôse, la partie qui avait trait à la reprise du Mans par l'armée républicaine fut-elle
(1) Âatogcaphe du cabinet de Tauteur. . .
immédiatement l'objet d'une demande de rectiflcation adressée au rédacteur des Affiches par deux officiers de l'armée, Vidal et Vachot (1). J'avais toujours pensé que Vidal était seul l'auteur de cette rectification insérée dans les Affiches du 10 nivôse, que Vachot n'était pas capable de ravoir rédigée, et qu'il avait dû se borner à y apposer sa signature.
J'étais, en effet, bon prophète. J'ai trouvé l'original de la lettre au rédacteur des Affiches, rédigée en enUer par Vidal, tout blessé qu'il était.
Vachot n'a fait que la signer. Mais ce qui est aussi curieux, c'est que cette réclamation est précédée, dans la lettre autographe de Vidal, d'un préambule très-peu respectueux pour les représentants du peuple et que l'imprimeur jugea prudent de supprimer. Je rétablis ici celte partie de la lettre qui n'a pas été imprimée ;
« Citoyen,
« La relation injuste et fausse sur l'affaire qui s'est passée au Mans le 22 frimaire, que j'ai vue tout au long dans voire numéro 50, nous force (2) de vous faire des observations dures et désagréables et qui répugnent à des républicains tels que nous, qui désirons trouver des frères qui n'ayent d'autre ambition que celle de coopérer au bonheur de tous. Pour être républicain il faut des mœurs et dés vertus, et malheureusement encore nous voyons une infinité de gens qui sont bien éloignés de chercher à se pénétrer de ces principes, sans lesquels nous ne pouvons goûter de bonheur.
« La relation que vous avez faite a sans doute été calquée sur celle des représentants du peuple
(1) Voir tome II, p. 14.
(S) Vidal avait d'abord écrit me force, et de même dans le reste de la lettre, qui se troave aax Atohives mtouetpalei du Mans.
et envoyée à la Convenlioii par eux. Comme elle n'est pas^ plus vraie que la vostre et que des faits de celte importance mériloicntd'ôtre exposés d'une manière fidèle, nous nous sommes empressés d'en écrire au Comité de salut public et de la démentir formellement. Falloit-ii du moins que l'on prît des renseignements de nous, puisque nous seuls avons eu l'honneur de battre et de vaincre nos ennemis avec les braves troupes ({uc nous avions Tavantage de commander, telles que je vous les désignerai ci-après. Notre sang, de mesnie, ayant coulé pour le salut de la patrie, nous méritoit cette déférence (1). »>
Voici maintenant Tadrc^se des administrateurs du départemcntà laquelle s'adressait la rectification de Vidal :
« Les administrateurs du département de la Sarthe à leurs concitoyens :
« Citoyens,
« Vous connoissez tous le fléau qui a désolé deux districts et le chef-lieu de ce département. Déjà
(1) J'di inséré par fragiuents toutes les principales parties (le cette lettre, qu'on trouve reproiluite dans Grille avec trop (le modillcations (t. III,. p- 307). Kile se termine ainsi : < Ce qu'il y a dr certain, c'est qne Rossignol n'a pas contribué au succès de cette heureuse affaire, puisqu'il était destitué depuis quinze joi^rs et qu'il a été remplacé par le général Marsaut. (L'imprimeur a lu irtfr.9a«/.) Veuillez bien observer aussi, dans la confection de la relation que la Justice et l'équité vous imposent de faire, que l'armée Ue Cherbourg seule a défait les Brigands et qu'il ne tenait point il d'autres corps de pouvoir s'en attribuer la gloire. Nous sommes avec frateraité vos dévoués concitoyens.
< Tb£odorb Vidal, « Lientenant-eolonel du 9* régiment é'èMssards. « L'a4fudant général, oêmmatutani l' avant-garde,
€ Vachot, »
DANS LA SARTHE. 38l
aussi la renommée vous a appris la victoire signalée remportée par les armées de la République, sur la horde de brigands qui a souillé un moment notre territoire ; mais il est important de vous donner quelques détails succincls qui vous intéresseront. Ces détails vous apprendront à connaître encore la scélératesse de la bande Tanaiique , à apprécier la conduite des patriotes du Mans, celle de vos Magistrats et de vos administrateurs, le courage des soldats de la liberté, et Ja force invincible des armées glorieuses de la République. Voyons d'abord de quelle manière les brigands se sont emparés du Mans. Depuis longtemps ils menaçoienl cette comfnune. Les représentants Thirion et Garnier, les administrateurs du déparlement, toutes les autorités constituées réunies avec les membres de la Société populaire du Mans, pressentant le danger qui nous menaçoit, n'ont cessé de dépêcher des courriers, d'envoyer des commissaires à Paris, pour solliciter auprès de la Convention, du Comité de salut public et des ministres, de prompts secours en troupes, armes, munitions et subsistances. Mais soit qu'on ne crùi pas le danger si éminent pour nous, parce qu'on pensoit que les brigands ne se porteroient pas sur le chef-lieu de notre département; soit qu'on le destinât à devenir leur tombeau, nous avons été presque abandonnés à nos propres ressources* excepté quelques munitions et quelques forces peu considérables, dont la majeure partie a été emmenée du côté de Rennes, par le général Moulins.
« Le jour de l'attaque du Mans, nous n'avions pas plus de trois à quatre mille hommes, dont les deux tiers au moins étoient de la garde nationale du Mans et des jeunes gens de première réquisition : le reste consistoit en une centaine de hussards et chasseurs, un détachement de trois cents
383 , LES VENDÉERS
' hommes de la garnison de Valenciennes, un autre du 4« bataillon de la Sarthe, une cinquantaine de gendarmes de Paris et deux compagnies de canonniers de Tarmèe révolutionnaire de Paris. Nous n'avions en tout que treize ou quatorze pièces de canon de quatre, et peu de munitions. Quelques jours avant le combat, on avoit élevé des retranchemens à Pontlieue et dans tous les passages par où on crut que Pennemi pouvoit pénétrer.
C'est avec «ces dispositions et ce peu de forces qu'on se présenta pour repousser une masse de 40,000 hommes ou femmes, sur laquelle on pouvoit compter îÉO,000 combaitans, avec plus de trentecinq pièces de canon de tout calibre.
« Nos forces étoient encore affaiblies, parce qu'il falloit les disséminer sur une grande étendue pour garder les différeus postes.
« Les premiers coups de canon se firent entendre sur la route de La Flèche, vers 1 1 heures du matin. A une heure, les armées rapprochées se canonnèrent vivement. L'affaire fut chaude. On en vint à la Aisillade : enfin, au bout de trois heures et demie d'un combat violent, nous commencions à manquer de munitions; des jeunes gens de première réquisition donnèrent le signai de la déroute, en jetant leurs armes et en abandonnant leur rang. Le représentant Garnier (de Saintes), qui avoit tout animé par son énergie et par sa présence, le général de brigade Chabot, qui donna partout l'exemple du courage, en se portant avec intrépidité au milieu du feu, dans les endroits les plus périlleux, plusieurs autres braves essayèrent eu vain d'arrêter les fuyards : prières, menaces, coups de sabre, tout fut inutile. Le désordre ne fit qu^augmenter. Alors le général, pour ne pas exposer nos canons à être pris, et nos troupes à être taillées en pièces, ordonna la retraite et parvint à remettre un peu d'ordre. On
battit donc en retraite, mais encore avec précîpitation. Les brigands alors entroient de toutes parts dans nos murs et nous poursuivirent plus d'une lieue sur la route de Bonnétable. Malgré cette déroule, notre perte n'a pas été considérable.
«t Les canonniers du Mans, la garde nationale et surtout le bataillon de Saint-Denis-d*Orques, commandé par Fontaine, lieutenant de la gendarmerie parisienne, et faisant les fonctions d'adjudant général, se sont bien montrés. Le citoyen Desmares, capitaine des canonniers, bravant tous les dan-' gers, a eu un cheval tué sous lui. L'adjudant général Lacroix et son détachement, placés au poste de la Croix- Georgette, se sont comportés avec bravoure et intelligence : il a résisté quelque temps à une troupe de brigands, et a fait une retraite honorable sur la route d'Alençon.
« Des canonniers de Tarmée révolutionnaire, des gendarmes de Paris, des soldats de Valenciennes et du 4fi bataillon de la Sarthe, quelques chasseurs et hussards, un bataillon de première réquisition de Fresnay, ont montré cette valeur qui doit caractériser des hommes libres.
a Dans ces circonstances périlleuses, qu'ont fait vos administrateurs et les autorités constituées du Mans? Tous sont restés à leur poste. Ils ont veillé jour et nuit jusqu'au dernier moment: penîlant le combat, les uns étoient au feu, mêlés parmi nos défenseurs; les autres étoient occupés aux affaires relatives au service militaire, à visiter les postes, ou à faire enlever beaucoujp d'effets précieux à la / République, qui restoient encore et qui seroient devenus la proie des brigands, auxquels ils n'ont laissé ni munitions, ni armes, ni vétemens, n subsistances ; ils ne sont sortis que des derniers, lorsque, après Tordre de la retraite donné, les bagages, les canons, les caissons et un grand nombre de troupes étoient déjà en avant.
384 LBS VBNDÉBNS
a Le citoyen Gaullier, administrateur du département, et deux de ses collègues ont été arrêtés par des cavaliers ennemis : mais heureusement ils ont trouvé le moyen de s'échapper des mains de CCS scélérats qui, après les avoir volés, désarmés et frappés de coups de plat de sabre, les ont laissés pour courir après d'autres citoyens qu'ils vouloient dévaliser. Le citoyen Rousiel, procureur général, et quelques autres membres des autorités constituées, étant à ])ied, seroient infailliblement lombes au pouvoir des brigands, s'ils eussent tardé à sortir seulement de quelques minutes.
ce Forcés d'abandonner nos malheureux foyers devenus l'asile des brij^ands, nous nous rendîmes, les uns à Alençon, auprès du réprésentant Garnier, les autres à Belléme, pour ordonner la translation des archives à Chartres ; mais déjà elles étoient parties. Ceux qui s'étoient rendus à Belléme, se mirent en route le 22 pour se réunir à leurs collègues à Alençon : mais arrivés à Mortagne, ils reçurent l'ordre du représentant de se fixer provisoirement à Belléme, jusqu'à ce que les choses eussent changé de face. Tous se rendirent dans cette dernière commune, au lieu des séances de l'administration du district et de la municipalité réunis; là nous trouvâmes, comme à Bonnétable, à Alençon et à Mamers, des frères qui nous ac- v cueillirent avec cette cordialité qui annonce des républicains généreux et sensibles aux malhoirs /l'aulrui. Ces bons procédés ne sortiront point de notre mémoire. Nous devons aussi un juste tribut de reconnoissance à nos frères de Chartres qui ont reçu avec une fraternité touchante nos concitoyens réfugiés chez eux à la suite de nos archives. Nous regrettons de ne pouvoir rendre le même témoignage du Comité de surveillance de la municipalité, e( de quelques meneurs de la Société
populaire de Mortegne. A peine élions-nous ras* semblés à Belléme, que dans la nuit un courrier que nous avions envoyé à Bonnélable, vient nous apporter l'heureuse nouvelle de la délivrance de la commune du Mans, par les armées de TOuest et des côtes de Brest réunies. La victoire éclatante remportée sur les brigands par les soldais de la République, changea subitement notre affliction en la joie la plus vive. Aussitôt nous préparâmes notre départ pour nous rendre au Mans, où nous sommes arrivés le 25 au matin. Depuis ce moment, nous sommes rendus à notre poste pour reprendre le cours de nos fonctions. Nous avons donné nos premiers soins à réparer quelques désordres du brigandage, à consoler nos infortunés concitoyens, et à tâcher de remédier â notre pénurie de subsistances. A notre arrivée dans Le Mans, au milieu de la douleur qu'inspire le spectacle d'une foule de citoyens réduits à Tindigence par le pillage, ou plongés dans Tafiliction par la perte de personnes qui leur étoient chères, nous avons éprouvé une jouissance bien douce en voyant nos concitoyens s*empresser autour de nous, nous faire part affectueusement de leurs malheurs et de nos triomphes, nous témoigner les inquiétudes quMls avoient eues sur notro sort, sur celui de nos femmes et de nos enfans, et nous donner les marques de Testime la mieux sentie, de rafTection la plus sincère ! nos concitoyens, vous parmi lesquels nous vivons, vous qui nous connoissez, vous qui êtes à la portée de nous apprécier, qu'elles noifs sont chères ces marques d'intérêt que vous nous avez données dans ces momens où le cœur s'épanche naturellement sans aucune crainte, où il est prêt à prononcer la proscription et la mort contre les traîties et les lâches, et les témoignages de sa confiance â ceux qui Tout méritée! Nous avons reçu dans cet instant la plus belle récompense de nos tra
vaux el de nos peines. Bons Sans-Culottes du département de la Sarthe, voulez-vous nous connaître ? ce seul trait doit vous suffire pour nous juger.
« Voilà quelle a été notre conduite. Elle fera la honte de nos détracteurs.
« Malveillans, amis des brigands, vils calomniateurs qui n'avez cessé par vos propos séditieux de chercher à décrier des administrateurs fldièlcs, vous vouliez leur arracher la confiance, les rendre odieux, et profiter d*un moment de confusion et de désordre pour les faire déchirer par les propres mains de leurs concitoyens égarés. Mais vous voilà cojfifondus; leur conduite ferme et courageuse doit vous forcer au silence et vous rendre l'exécration de ceux que vous avez voulu tromper par vos discours empoisonnés. Tremblez, scélérats : le jour des vengeances nationales est arrivé: le glaive terrible des lois est prêt à vous frapper : *car il faut enfin purger le solde la liberté de tous les monstres qui le souillent.
« Venons maintenant au récit abrégé de notre victoire. La horde fanatique entrée au Mans le 20 de ce mois, à cinq heures du soir, a commencé dès le lendemain malin à exercer ses brigandages ordinaires; ils ont fusillé plusieurs bons citoyens; lout cassé, brisé, dévasté cfans les édifices publics ; pillé indistinctement les républicains et les aristocrates. Ces derniers ne peuvent plus révoquer en doute la scélératesse des soldats de l'armée chréllemie : ils en sont maintenant convaincus par leur propre expérience.
« Cependant les armées de la République s'avançoient par la route de La Flèche. Le 22, sur les dix heures du malin, on entendit une canonnade qui se prolongea lentement jusque sur les quatre heures du soir. Cette canonnade, qui partbil des hauteurs d'Arnage, près Pontlieue, jette l'épouvante parmi
les femmes et les malades des brigands qui crient à la déroute et disposent précipitamment leurs chariots pour partir. L'attaque recommença avec chaleur dans la nuit; et à sept heures du matin, Tavant-garde de Mayence commandée par Westermann et le corps de notre armée aux ordres de Rossignol entrèrent dans nos murs en criant: Vive la nation 1 vive la République ! et en canonnant vivement les rebelles. Les soldats de la liberté se déployèrent sur la place des Halles, tandis que les meilleures troupes des rebelles vouloient encore tenir sur la place de TÉperon : là s'engagea le combat le plus sanglant à coup de fusil et à la bayonnette. Le désordre et. la terreur se mêlèrent dans les rangs ennemis. Les défenseurs de la République en firent un grand carnage dans nos murs, chassèrent le reste et le poursuivirent avec acharnement sur la route de Laval. Plus de 5,0^0 de ces monstres sont restés sur le carreau ; nos places et nos rues étoient encombrées de leurs cadavres infects ; plus de 10,000 ont mordu la poussière le long de- la roule du Mans à Laval. On leur a pris plus de quinze pièces de canon et plus de la moitié de leurs caissons, de leurs l>agages, avec un immense butin, fruit de leur pillage ; on leur a fait un grand nombre de prisonniers de tout sexe ; à chaque instant on en amène dans nos prisons ; souvent on en fusille ; les patriotes des communes ci rcon voisines les arrêtent par bandes. C'en est fait de ces scélérats : nos armées triomphantes les poursuivent sans relâche, et ne cesseront que lorsqu'ils auront exterminé jusqu'au dernier. Voilà un exemple bie^ terrible pour les conspirateurs! qu'ils apprennent par là à connoitre la force des homipes libres : qu'ils sachent donc enfin que ia puissance de la République est itivincible, et que quiconque osera s'élever contre elle, sera infailliblement anéanti ; parce que la force de la raison,
888 LES VENI^ÉEMS
réunie à la force d'un (çrand peuple, doit nécessairemeni triompher de tous les obstacles. Sans- Gulotles du département de la Sarlhe, l'heure de la victoire est sonnée pour nous. Volons sur ses pas: secondons nos défenseurs : concourons au salut de la patrie, à la conservation de nos propriétés, de nos femmes, de nos enfans, de ce que nous avons de plus cher; aux armes! Soyons sur pied jour et nuit, que dans toutes les communes on fasse la chasse dans les bois, dans les champs, dans les cavernes ; c'est là que se réfugient les brigands dispersés et épouvantés. Que celui qui leur douneroit asyle soit regardé comme leur complice et traité de même!
« Arrêtez ces scélérats, mâles ou femelles, partout où vous les trouverez. Arrêtez tous les étrangers sans aveu et sans passeports. Surveillez: armez-vous de courage pour détruire ces monstres qui tenteroient encore de rallier autour d*eux les partisans de la tyrannie et du brigandage, pour reporter au milieu devons la dévastation, le carnage et rineendie. Qu'il sera beau ! qu'il ser^i glorieux pour nous de pouvoir dire aux générations présentes et futures : Le département de la Sar-
TBE FUT LE TOMBEAU DES BRIGANDS DE LA VeNDÉB !
Ce seul souvenir ne suffit-il pas pour nous dédommager des peines que nous avons endurées, des sacrifices que nous avons faits, des fatigues et des pertes que nous avons essuyées? Mais tout cela ne se compte point, quand la République triomphe. Le salut de la patrie : voilà ce qui doit nous occuper : voilà Tunique but où nous devons tous tendre d'un concert unanime ; parce que c'est de là que dépend notre félicité commune, celle de nos descendans et dejlous les peuples.
a Sans- Culottes, unissons-nous plus que jamais : ne nous laissons poi^t diviser par les intrigans qui cherchent à semer la discorde parmi nous, et qui
DANS LA SARTHB. 389
veulent détruire les hommes purs et révolutionnaires, en les poihti]iant sur des pieds de mouche, et en cherchant à élever pervcrsement contre eux des soupçons sur des motifs vains et frivoles qui ne peuvent en imposer qu'aux simples et aux hommes légers qui jugent sans examen et sans - connoissance.
« Continuez d'écouter la voix de vos administrateurs, ils ne vous tromperont point ; ils vous parleront le langage de la loi et de la fraternité. Ce n'est pas on vain que vous leur avez montré de la confiance par la satisfaction que vous avez témoignée à leur entrée dans l'adminisiration. Ils ont fait leurs efforts pour la mériter, celte confiance ; et ils s'efforceront encore de s'en rendre dignes, tant qu'ils seront conservés à leurs postes et même dans quelque position qu'ils se trouvent. Ils déjoueront tous les efforts de l'aristocratie et de la malveillance, par une surveillance active, par un zèle infatigable, par une énergie digne de la Montagne dont ils sont les enfans, et par cette justice impartiale qui, faisant taire les passions, les haines, les vengeances, caractérise l'homme probe, le vrai républicain. Si la calomnie veut encore distiller sur eux ses poisons, ils pourront vous dire avec franchise : Voilà ce que nous avons fait pour la chose publique, voilà ce que nous avons fait pour vous : soyez nos juges. Si nous vous tenons ce langage, c'est que nous voulous opérer le bien et que nous avons besoin de votre confiance pour le faire. Soyons donc toujours unis, consolidons notre triomphe; et ne songeons qu'à réparer, autant qu'il sera possible, les maux inévitables que la guerre traîne à sa suite, et qu'à affermir, par l'exécution des lois, le règne de la liberté et de Fégalité.
(( EXTRAIT DES DÉLIBÉRATfONS DU CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DE LA SARTHE.
« Séance du 27 frimaire, Van //« de la République
française»
« Le citoyen Maral-Roustel, procureur généra! syndic, a donné lecture de Fadresse ci -dessus, qu'il avoit éié chargé, dans la séance d'hier soir, de rédiger au nom de l'administration . Le conseil général Ta adoptée, et a arrêté qu'elle seroit imprimée en placard in-4o, envoyée et affichée dans toutes les municipalités du département. Fait en conseil général, lesdits jour et an que dessus. Signé ': Goué, président, Nouet, secrétaire pour absence (1). »
Rapport de la Commission centrale de correspondance des Arts, près la municipalité du Mans, sur les événements relatifs à Varmée vendéenne dans le déparlement de la Sarthe au mois de décembre 1793.
Ce document, jusqu'à ces derniers temps, a été la base de tous les récits, publiés dans le Maine, sur la prise du Mans. Renouard, Pescbe, M. Le Pelletier et d'autres encore en ont inséré de nombreux fragments dans leurs livres. Ce n'est qu'en 185â, toutefois, ^u'il a été imprimé intégralement, dans la Vendée en 1793 de M. Grille. Depuis, il a été également reproduit dans les colonnes d'un journal du Mans, et tout récemment par Dom Piolin, dans les pièces justificatives de son troisième volume de VHistoire de VÉglise du Mans durant
(1) Imp. Monnoyer, 8 pages-in-4«.
DANS LA SARTRE. 391
la Révolution : ii est assez généralement connu sous le nom tf Enquête,
Tout en la mettant en pleine lumière, Grille a fait de nombreuses réserves relativement aux assertions les plus capitales de VEnquête, qu'il repousse omme des inventions et des calofnnies (1), et ii a trouvé après lui des imitateurs, qui ont également dirigé leurs attaques les plus vives contre la véracité de ce document. C'est rtiabiiude des historiens de parti pris de se mettre à Taisu avec les documents écrits; quand une pièce les contrarie dans leurs vues, ils la récusent en en contestant l'autorité. L'Enquêle les gène, ils nient sa véracité. C'est bientôt t'ait. Disons donc une bonne fois, puisqu'il le faut, malgré la minutie de longs détails, ce qu*est en somme cette Enquête^ antipathique à M. Grille, sinon dajis son ensemble, du moins dans ses détails les plus importants. 11 y a longtemps qu'on la cite, qu'on la copie sans la citer, qu'on fait cle Thistoire avec elle sans connaître les conditions qui ont présidé à sa naissance et à sa confection. Il est temps enfin de porter la lumière sur ce point.
Qu'est-ce donc que V Enquête?
Ce n'est pas un document composé par un seul écrivain, dans le silence du cabinet, avec rinsuffisance des renseignements individuels, avec la partialité et la passion que chacun, livré uniquement à lui-môme, porte davantage avec soi; ce n'est pas un document émané d'un auteur de mémoires, un recueil de souvenirs intimes, destiné d'abord à la discrète publicité du foyer domestique .et ne devant subir que tardivement le contrôle de la critique. C'est une information des plus. authentiques, c'est le résultat d'une audition de témoins dont les dé-
(1) T. m, p. 338etd88«