‹ Les Vendéens dans la SartheChapitre 20 sur 49 · Tome 111. \t · texte numérisé non relu

Tome 111. \t

3d2 iSS VENDÉENS

positions otit été constatées par éorit, et qui, invités à raconter les épisodes du passa(ife des Vendéens, ont dit chacun ce qu'ils savaient.;

Et cette Enquête n'est ni le produit de Tinitiative privée, ni le seul résultat de la curiosité de meftnbres dune société savante, désireux de sau> ver de Toubli une des pages les plus marquantes dePhistoire locale.

C'est une pièce qui a, en quelque sorte, un caractère officiel : on va tout à Hieure en juger.

En 1798, le Gouvernement, voulant recueillir les événements de la guerre civile de la Vendée, s'adressa à l'administration centrale du département de la Sarlhe pour en obtenir des renseignements. Le département se d«^chargea sur la municipalité du soin de réunir les matériaux, et, le 36 mai, l'invita, comme ayant été mieux à la portée de bien voir ces événements, à lui en faire passer le tableau historique.

L'administration municipale, de son côté, pensa que le Bureau des arts lui offrait plus de ressources pour l'éclaircissement des faits, et lui renvoya le 28 mai la circulaire du département. Le Bureau des arts était une commission arlis* tique organisée et nommée par la commune du Mans le 5 germinal an 11, avec mission de présenter les plans des divers établissements utiles et agréables et des fêtes r*5publicaines. Après avoir par différentes adjonctions élargi ses attributions, il devint la Société centrale de corresf^ondance des artz près la municipalité du Mans. La Société des arts de la Sarthe, aujourd'hui connue sous le nom de Société d'agriculture, sciences et arts, en est l'héritière directe. -

Voici les pièces officielles qui ont saîsf le Bureau des arts de l'examen des événements relatifs à la prise du Mans par les Vendéens : « j

DANS LA SARTHÊ. âdâ

« Le Mans, 5 prairial an VI de la République française, une el indivisible.

« L'Adminislralion centrale du déparlement de la Sarttie, aux administrations municipales de^ son arrondissement.

« Lo Gouvernement s'occupe à recueillir les événemenls qui ont signalé la guerre civile dont ce département a été le théâtre. Cette recherche ne peut se faire avec succès que par linlermédiaire de ceux qui, à raison de leurç relations, de leurs connaissances locales ou de Texercice des fonctions publiques, se sont trouyé.s à portée de voir de près cl d'apprécier les causes, les effets, Tenchaînement des faits qui ont rendu trop célèbre cette époque désastreuse de notre Révolution. C'est à vous, citoyens, qu'il appartient, sous ces . rapports, de réunir les' premiers matériaux qui doivent servir à ce travail ; et, à cet effet, nous vous invitons à nous faire passer en bref délai le tableau historique des événements qui se sont passés dans votre arrondissement, pendant la lutte victorieuse des républicains contre les royalistes et les fanatiques.

« Quelques-uns de ces faits, sans doute (et ce sont les plus marquants), auront été consignés sur vos registres; d'autres, sans avoir eu le même éclat, se ^ conservent encore dans la mémoire de ceux qui ont été acteurs ou témoins dans ces scènes sanglantes.

<• Telles sont, citoyens, les sources où vous aurez à puiser pour nous transmettre : 1® les noms des généraux <ïui ont commandé successivement les troupes de la République, et cenx des chefs des rebelles ; 2» la description lopographique des lieux qui ont été occupés par les armées réciproques; 3Memontantapproxhnatif de leurs forces; 4» le

394 LES VËND^ENf;

nom et la composition des corps,, détachements et colonnes mis en mouvement; S^ les affaires générales et particulières, leur époque, leur issue, les pertes et les avantages de tout genre ; enQn toutes les actions marquantes qui ont mérité à leurs auteurs la reconnaissance de la patrie.

L'importance de ce travail est pour nous un sûr garant du zélé et de l'a^^tivité avec lesquels vous allez vous en occuper. Nous attendons incessamment les résultats.

• Salut et fraternité.

« Signé : Besnard, président, Marsag, Gautier, administrateurs, Théophile Le Clerc, substitut du Commissaire du Directoire exécutif, Housse AU, secrétaire général.

1 Pour copie conforme :

a Lepaoe.

« Lecture prise de la circulaire de rAdminislration centrale du département de la Sarlhe, dont copie est ci-dessus et des autres parts ;

« L'administration municipale, ouï le commissaire près d'elle, 'Charge son président d'envoyer ladite circulaire aux membres composant le Bureau des arts, avec invitation auxdils membres de faire passer à l'administration, le plus tôt possible, les , renseignements demandés.

« A la Maison commune du Mans , le 9 prairial an VI de la République.

« BussoN, officier municipal, Faribault, officier municipal, Livré, Lepage. »

La Société, jalouse de répondre à la conGancc de la commune, choisit le 21 juin quatre de ses membres comme commissaires pour procéder à une enquête. C'étaient HM. Chaubry et Deshour-

meatix, ingénieurs, dont Tun au moins, sinon les, deux, avait dirigé les travaux de défense de la ville, M. Chesneau- Desportes, ancien conseiller au présidial cl membre de la commission provisoire au lendemain de la fuite des Vendéens, et M. Berard, de Pontiieue, entouré de la sympathie de tous pour avoir fait soigner. indistinctement dans sa maison les blessés royalistes et républi* cains. Ces commissaires furent invités à s'adjoindre tous ceux qu'ils croiraient dans le cas de leur fournir quelques lumières.

Le 26 juillet, MM. Darcy, Vauconay, Duverger, artiste, Lafoase, Desmaresii étrangers à la Société, mais présents à la séance, furent- invités à communiquer ce qu'ils savaient. M. Lafosse, qui, resté au Mans pendant le séjour des Vendéens, ainsi que M.Berârd, s'était trouvé dans le cas de voir les choses de plus près que bien d'autres, et s'était signalé par^son humanité, fit un rapport assez étendu. MM. Darcy, Vaucenay, Duverger rapportèrent ce dont ils avaient eu connaissance. M. Desmares, négociant, qui commandait l'artillerie de la garde nationale et, en cette qualité, avait combattu contre les Vendéens avec tant de courage à Tatlaque de Pontiieue , ayant été lui-même acteur dans ces événements, en fit un intéressant rapport. M. Berard, que sa demeure hors la ville avait placé sur le premier théâtre de la lutte, donna lecture d'un récit irès-détaillé, très-applaudi, qu'on rinvila à déposer sur le bureau.

Chacun fut également prié de mettre ses dires par écrit, de conférer avec les citoyens de sa connaissance qui sauraient quelques faits particuliers et d'en insérer le résultat dans ses communications. M. Chesneau-Desportes fut désigné pour former un compte rendu général de tous ces rapports particuliers. A la séance du'9 août, à laquelle avaient été convoqués tous ceux qui avaient çon«

89t LBS VENDÉEKS

coaro k l'enquéie, et à laquelle assistait M. Desmares, M. Chesneau donna lecture de son rapport analytique, à la satisfaction générale/Plusieurs personnes. ayant ajouté quelques, observations et quelques anecdotes, entre autres M. Berard, on pria M. Chesneau de les in$ére^ ilans son travail.

Outre les noms des commissaires que j'ai nommés, voici ceux des membres <iui assistèrent aux diverses séances de Tenquôte : MM. Livré, alors président de l'administration municipale du Mans, ancien constituant, Liberjre. médecin, Lepelletier de Femusson, Leprinco-Clairsfgny, Desportes- Gafi^nemont, de tournay, Véron, négociant-manufacturier, Ro:ou.-nég^ôeiant, Renouard, Renusaon d'Hauteville, Vautier, artiste, et Négrier de LaCrochardière.

Le 46 août, M. Chesneau-Desportes donna lecture définitive de son rapport dont on constata la clarté et la précision ; il fut décidé (]u'tl serait envoyé à la municipalité et déposé aux archives de la Commission. Il n'était pas destiné li une plus large publicité, la future Société des arts ne livrant alors aucun de ses travaux à rim pression.

Un des membres qui avaient assisté à sa confection, Renouard, Tulliisa dans ses Essais histO" riques sur le Maine^UU, p. 349-267. Quelques autres membres delà Société en tirèrent des copias; entre autres, un curieux, un laborieux collectionneur, M. Négrier de La Crochardiére, ancien conseiller au présidial du Mans, plus tard maire de la ville, dont les manuscrits offrent un grand intérêt pour riiisioire du Maine. En rinsérant dans son volumineux recueil de pièces manuscrites, La Crochardiére accompagna VEnquéte de quelques notes qui ne figurent pas dans le rapport de la Commission et dont la responsabilité incombe à lui seul. C*est dans ce recueil, entré à la Bibliothèque du Manç en 1842 (t. I«% p. 417-456), que nos caotem-

DANS LA iiSARTHE./

povainsont pris pour ia fdupart connaissance di9 ï Enquête (i).

C'est ce document rédigé dans de pareilles conditions, avec le concours et en présence des hommes de tous les partis qui avaient pris part o\i assisté à ces événements, c'est cette enquête destinée tant à la municipalité qu'au département où figuraient encoVe des témoins et des acteurs de ce lugubre drame, f^ite, ne Tôublions pas, sous le Directoire où siégeaient toujours les auteurs du 48 fructidor, c'est cette enquête qui n'a été contestée ni au lendemain de sa confection, ni pendant plus d'un demi-siècle, qu'on vient accuser, de notre temps, de contenir des inventions et des calomnies ! Quoi ! un corps savant, bien plus, des hommes choisis hors de son sein parmi toutes les opinions, invités ol'ticiellement par la muiyçipa-litéà ta rédaction d'une enquôle, consignent dans une pièce publique que deux individus ont proposé un massacre de suspects à la veille de l'invasion, que l'un d'eux a fait tuer des femmes vendéennes quelques jours après la déroute (2) ; ils écrivent cela, à la face de toute une ville, aux ofttciers municipaux de la commune, ou siègent encore des restes de la municipalité de 1793, dont le membre le plus tristement célèbre semble spé-

(1) Outre le manascrit de La Crochardiëre , j*ai ea entre les mains quatre copies anciennes de cette pièce ; les notes <jut les accompagnent varient légèrement, quant à leur nombre et quant à la forme de leur 'rédaction. J*ai déjà dit également qu'une autre note avait été bien postériourement ajoutée par un tiers au manuscrit de La Crochardiëre, aujourd'hui déposé Il la Bibliothèque du Mans. Il faut avoir soin de distinguer Y Enquête de toutes ces additions modernes.

(2) C'est Négrier La Crochardière qui a désigné ces deux individus comme étant l'un maire de la ville, Tautre membre du tribunal révolutionnaire, c'est-à-dire de la Commission militaire instituée par Tbtrion.

398 LfiS VENOÉE»S

eUlement visé par oette accusation, et i*on peut croire que c'est là une calomnie que ces hommes ont eu l'audace de lancer ! Grille a beau dire que les maires pardonnent, qu'ils ne tuent pas ; que cette proposition de massacre et cette tuerie sont impossibles (i); je réponds, moi, que c'est celte calomnie qui ne se peut concevoir. On n'invente pas de ces faits-là dans un document rédigé dans de semblables conditions, et il ne se trouve pas une réunion d'hommes choisis parmi les personnes les plus honorables de toute une cité pour oser les avancer sans preuves.

Dans VEnquéte il y a de nombreux faits inexacts et plus d'une erreur. Oh! je ne le nie pas,, et je suis loin de surfaire la valeur de ce document. Mais on sait toute la différence qu'il y a en re une méprise de date, de chiffre, ou de nom, et l'imputation à un individu d'un fait faux qui l'exposerait au mépris et à la haine de ses concitoyens, d'un fait aussi horrible que celui dont il s'agit; une erreur sur un point de détail n'aulorise pas sur d'autres, qui sont capitaux, à conclure à une atroce calomnie.

Qu'il y ail des détails erronés dans VEnquéte, il ne faut pas s'en étonner. Il ne pouvait en être autrement. Parmi les événements qu'elle rapporte, il y en a qui, pour ainsi dire, n'ont pu avoir de t<^moins : les épisodes de la bataille livrée au milieu des ombres de la sanglante nuit du 13, décembre, ainsi que ceux de la poursuite des Vendéens hors de la ville du Mans* On n'avait pu, sans danger, ouvrir ni ses yeux, ni sa porte, pour regarder les épisodes de la lutte. La plupart des hommes avaient d'ailleurs quitté Le Mans, et les femmes étaient trop effrayées alors pour pouvoir conserver, net et précis, le souvenir des

(1) Grille, t. III, p. 338, 339, 855.

DA?<S LA SARTflE. 399

aetes soccessifis de ce lugubre drame. L*annèe républicaine qui avait pris part au combat n*avail fiiit que traverser la ville, et n*avait pu laisser de longs récits aux habitants. On conçoit donc facilement que des erreurs se soient glissées dans des souvenirs rédigés cinq ans après les événements. Ce qui caractérise V Enquête, c*est qu'elle est spécialement un recueil de souvenirs. Ce n'est pas une œuvre savante faite avec des pièces et des rapports officiels, avec des livres qui n'existaient pas alors, ou devaient être d'une excessive rareté et d'un abord assez difficile dans nos provinces (4). C'est une œuvre qui, à la fois, a l'intérêt et les .défauts des documents de ce genre. Elle reproduit l'impression laissée par les événeroenlâ aux contemporains, leur physionomie générale, mais ce n'est nullement une œuvre critique. C'est ainsi qu'avec tous les documents du temps elle appelle encore une grande partie de l'armée républicaine l'armée de Mayence, qu'elle nomme celle^ des côios de Cherbourg l'armée de Sépher ,• qu'elle attribue la plus grande part de la victoire à Wesiermann, le fougueux général de Favant-garde. Elle ne fait que citer en passant les autres géné-^ faux, dont le nom avait moins souvent frappé les oreilles des contemporains, ou qui, comme le jeune Marceau, n'avaient été appelés que tout récemment à commander l'armée. Ce qu'elle sait mieux, c'est ce que les témoins ont eu plus le loisir de constater, c'est- à*dire ce qui a trait au séjour des Vendéens au Mans, et à l'œuvre de la municipa^ lité provisoire après leur départ.

(1) On ne remarque, en effet, dans l'Enquête, aucune trace d'emprunts faits aux journaux du temps ou au Rapport de Benaben, aux écrits de Turreaa, de Danican, etc., ctc-, on même au Rapport det tKlmnUttralews du département, do 97frjmairean II,

400 LES VENDÉIMS

Que, cinq ans après les tristes événementa dont Le Mans a été lémoin en janvier 1871, on songe à rassembler les douloureux souvenirs laissés par rinvasion prussienne el malgré toute la différence des temps, la facilité plus grande de contrôle et le nombre des infurmalions provenant. des livres ou des journaux, on verra s'iJ ne se glisse pas dans ce recueil de souvenirs individuels autant d*erreurs que dans l'information de la Commission des arts do 1798.

Ce document, d*ailieurs, ne vaut que comme eo- Quète, que comme témoignage sur des faits dont les déposants ont pu parler de visu. C'est indiquer une autre cause des défauts de sa composition. Son rédacteur a voulu faire une sorte de récit d'ensemble de la guerre de Vendée, et donner de la sorte à son œuvre une valeur littéraire. Aussi a-t-il parlé des Vendéens avant leur entrée dans te Maine et les a4-il suivis hors des murs du Mans. Mal lui en a pris, car cette parttô du récit (surtout la dernière) renferme de graves inexactitudes. C'est, je le répèle, pour les seuls événements qui ont Le Mans ou Pontiieue pour théâtre, que l'Enquête a de la valeur et mérite d'être consultée, en étant rapprochée des autres documents. Elle ne f^iitpas preuve à elle seule, même pour ces faits, mais elle est un puissant instrument de contrôle. Quand son témoignage est d'accord avec les pièces du temps, ou les dires des auteurs de mémoires et des premiers historiens de la Vendée, on peut dire que la preuve est surabondamment établie.

Il me reste à parler du principal rédacteur de Y Enquête qui, en lui communiquant le dernier défaut dont je viens de parler, lui a également imprimé le cacljet de son opinion. Le rédacteur de cette pièce, M. Chesneau-Desportes, appartenait à l'ancienne société et n'était rien moins que

révolutionnaire. Ses sympathies, comme cettes de la ^ande majorité de la société polie et lettrée en 1798, étaient en faveur d'un ordre de choses tout à fait différent. De là son antipathie bien légitime contre les œuvres de la Terreur ; de la ce que Grille appelle un avant-goût de réaction, et la sympathie qui perce à travers son récit en faveur des Vendéens et surtout en faveur de La Rochejaqueleiu. à qui il n'a pas su ménager ses dange* reuses hyperboles.

Voici d'ali leurs une courte esquisse de la vie de M. Mathieu -Gui-Jean-René Chesneau- Desportes.

Il était né le 1 1 novembre 1737, paroissede Notre- Dame de Saint- Vincent, et descendait par les femmes du célèbre jurisconsulte Bodereau, dont la fille Marie avait épousé un de ses ancêtres, Mathieu Ghesncau. Après avoir obtenu le grade de licencié en droit, il avait prêté le serment d^avocal au Parlement, le 4»' avril 1762. Le 26 janvier 1763, il fut pourvu de l'office de conseiller au présidial du Mans, charge qu'occupait avant lui son père, Mathieu-Gui Ghesneau- Desportes, conseiller depuis 1730. A la différence de quelques-uns de ses collègues, il ne se montra pas empressé à défendre tes prérogatives parlementaires dans la célèhre lutte de 178B. Aussi se vit-il reprocher par certain d'entre eux d'être dans le présidial Thomme de l'intendant et du garde des sceaux (1). 11 était plus particulièrement l'ami de MM. Belin de Beru et de i'Estang, dont le souvenir n'est pas encore

(1) C^cstson collègue, Négrier de Lj Crochardière, qui lui a fait ce reproche ^ la veille de 1789. Il détestait alors cor^ dialemeni M. ChesD»au-Desportes. Pour qu'il ait donné Tbospilalité dans ses manuscrits Ji V Enquête rédigée par son ancien ennemi, et quMI Tait qnasi faite ùenne par ses notes et les nombreuses copies qu'il en répandit, îl fait donc qu'il ait été bien sûr lui-même de sa véracité.

aujourd'hui effacé parmi les amis des arts et de I*bis(oire dans la Sarlhe. Le â8 juillet 1787, il avait été appelé à faire partie de l'Assemblée provinciale du Maim% et, le 13 octobre, nommé un des représentants à l'AssembléQ générale des trois provinces, qui l'élut membre de la Commission intermédiaire ( i). ' '

Ses opinions le tirent comprendre dans la large arrestation des suspects du 30 septembre 1793, qui comprit aussi de ses anciens adversaires du présidial du Mans. Il resta emprisonné jusqu'à l'arrivée des Vendéens ; il faisait partie des détenus de la Visitation que leur âge et leurs inlirmitës empêchèrent d'être transférés à Chartres^ et * qui furent mis en liberté, ainsi que les femmes, à l'entrée de l'armée royaliste (il avait alors cinquantesix ans). Trois jours après, il faisait partie de la Commission provisoire, chargée de remplacer la municipalité absente; c'est grâce à lui seul, on peut le dire, qu'on a quelques renseignements sur l'œuvre de dévouement de ces commissaires improvisés.

Nommé membre de la Commission des arts lors de sa création, le i5 mars 1794, puis de la Commission bibliographique et du Musée, devenues bientôt la Société centrale de correspondance des arts, il fut lin membre actif et très-souvent le président de cette société. 11 contribua en cette qualité à sauver de la destruction notre magnifique cathédrale, peu de temps après la rédaction de ï Enquête, dont ses collègues l'avaient chargé de rassembler et de mettre en œuvre les matériaux.

D'avides etd'éhontés spéculateurs voulaient la détruire; M. Chesneau,;au nom de la Société, dans

(1) Da»& son manascrit de 1817, dont je parlerai plus bas, M. Cbesneau-Desportes a iqi-même retracé H rAte dç ces assemblées,

DAMS LA SARTHE. 403

un rapport du 13 fructidor an VI, fll valoir Tintérôt qu'il y avait à conserver ce splendide monument , dont on pourrait utiliser la nef, comme temple destiné aux fôtes annuelles décadaires. « On ne supposera jamais, dit-il, qu'en prêtant l'oreille aux suggestions de quelques spéculateurs avides sur le gain à espérer de sa démolition, les corps administratifs voulussent consentir à lades- Iructit^h d'un- des plus superbes monuments qui existent, le seul que notre cité possède aujourd'hui, qui est si cher à tous leurs concitoyens et qui a coûté tant de travail à leurs pères. » Le jury des arts ayant exprimé sa préférence en faveur de la Couture comme temple décadaire, le bureau de la Société, «juge de son devoir, » s'îidressa au ministre de rinlérieur, au comité d'instruction publique, au conservateur du musée des monuments français, « pour obtenir que ce superbe monument, unique dans son genre, ne fût pas livré au vandalisme, toujours aux aguels, » et que des secours fussent accordés atln de le réparer. M. Ghesneau fut encore choisi comme un des commissaires chargés de remplir cette mission.

Il tâcha de sauver aussi le jubé des Jacobins, et. le 16 juin 1807, il protégeait de môme les Saints dé Solesmes, dont M. Lenoir de Chanlelou, acquéreur de réglise, prétendait s>:tnparer; il rappelait que les objets d'art avaient été exceptés de toutes les ventes nationales, et fit ressortir plus tard Timporlance artistique de ces célèbres statues.

Sous la période réparatrice du Consulat, le 23 avril 1800, il avait été nommé conseiller de préfecture. Il continua à remplir ces fonctions sous la Restauration, qui fut son gouvernement de prédilection ; il accentua dès lors les preuves de son royalisme, soit dans ses actes, soit dans ses écrit», ainsi que les témoignages de son dévouement et de se$ attaches à la caM3e vendéenne,

Lorsque le duc d'Angoiiléme vint au Mans, le 11 août 1814, Tarc^de-triomphe dressé à rentrée de la ville , surmonté de la statue équestre d Henri IV, qui existe encore aujourd'hui, avait été construit sous la direction de M. Chesneau-^ Desportes. On trouve même, dans les journaux d'alors, de ses poésies royalistes écrites dans le goût du temps, et qui semblent inspirées par une verve toute juvénile. ^

liO 6 octobre 1814, il chantait le Berceau d'Henri IV au cri de Vive Henri^ charmante Gabrielle, et conseillait de la sorte un pèlerinage d'un nouveau genre aux lieux qui avaient vu naître le roi Vert- Galant :

Mais serait bien que cbaqae joavcnceaa, Avant de conclore hyménée.

Tenant en main sa Dulcinée, Ftt vœn de visiter le préeieox be rcéao.

Le 13 novembre 1814, il fut nommé chevalier de la Légion d^honneur. Ce fut comme secrétaire général de la préfecture qu'en 1817 et en 1818, déjà bien avancé en âge, et devenu octogénaire, il procéda à la première organisation dudèpétdes archives départementales de la Sarthe, dont il dressa un inventaire bien sommaire. En tête de ce ma< nuscrit, il raconta les vicissitudes par lesquelles avaient passé toutes ces pièces pendant la Révolution. A propos du transfert des papiers des administrations à Chartres, en décembre 1793, à la veille de Tinvasion vendéenne, il est revenu sur les principaux épisodes de cette invasion, et a fait, pour ainsi dire, une seconde édition de son rapport, vingt ans après la première.

Mais, comme tous les vieillards, il s'est borné à se copier, k reproduire son œuvre pri lâlive et même à y ajouter des erreurs. Je me contenterai de placer en note les quelques reose^naemenls

DANS LA SAfit'AK. 40S

nouveaux que contieni cette rédaction, d*un caractère purement individuel, à la diiïérence de celle de 1798.

Dix ans plus tard, en avril 1828, s'achevait le cours de la longue carrière de M. Chesneau-Desporles, mort nonogénaire ; son goût pour les artset les belles-lettres, k défaut d'une fermeté de caractère bien rare chez les hommes qui, comme lui, avaient vu tant de gouvernements, lui a fait occuper une. place distinguée parmi ses contemporains. Plusieurs Manceaux d'aujourd'hui ne Tout pas encore oublié et gardent le souvenir de cet émule de Brillât-Savarin, commensal émérite de M. de Bizeul (1).

La Société des arts avait été reconnaissante de la bonne volonté qu'avait apportée M. Ghesneau- Desportes à la rédaction de YEnquête sur les Vendéens. Lorsque, quelques années plus lard, le 39 brumaire an VIU, elle voulut aussi f^ire Ihistorique de la prise du Mans par les Chouans, c'est encore H.'Ghesneau, son président, qu'elle choisit pour en recueillir les faits.

Quelques années plus tard, un des membres de la Société qui faisaieni partie de la Commission chargée de procéder à cette dernière enquête, M. Ledru, Tancien curé constitutionnel du Pré, qui, sans doute, n'avait pas pleinement approuvé la rédaction du rapport de M. Ghesneau, écrivit, de son côté, pour la Société des arts,,« uqe histoire de la prise du Mans par les Chouans, le 15 octobre 1799, avec le détail des crimes et des malheurs qui accompagnèrent cet événement funeste. »

Ledru était absent du Mans en 1798, lors de la

• 1) Oa conserve encore de lai.qaatre Ubleaox de st com- )>08ilioo, qui donnent différents points de vue de la ville dn Mans, pris çn 1796, tels qn'ils étaient h cette époqu9^

rédaction de V Enquête sur les Vendéens, et ne participa aux travaux de la Société qu'au commencement de 1799; il effectuait alors son voyage aux îles de Ténériffe, la Trinité, Saint-Thomas, Sainte-Croix et Porlo-Rico, voyage auquel il consacra son temps de 1796 à 1798, et dont il publia plus tard le récit. (Paris, 1810, 2 vol. in-8o.) Il ne prit donc aucune part à la rédaction de cette Enquête; il n'en a pas non plus soumis ultérieurement une critique manuscrite à la Société des arts, ainsi qu'on peut s'en convaincre dans VAnalyse des travaux de cette Société, rédigée par Ledru lui-môme. (1 vol. în-8«, 1820.)

Le savant collectionneur (1) mentionne le rapport de M. Chesncau sur l'invasion vendéenne, et son travail k lui sur la prise du Mans en 1804; mais il ne fait allusion à aucune notice émanant de sa plume sur les Vendéens. On n'en trouve pas trace non plus dans les procès-verbaux de la Société.

J'en ai fini avec ce long préambule. Après tous les éclaircissements que j'ai donnés dans le courant de cet ouvrage, je ne puis m'arréler à accompagner de notes les divers passages de VEnquête qui demandent à être reclifiés, éclairés, interprétés, confirmés, etc. Elles seraient autant de redites et de doubles emplois. Je me contenterai donc le plus souvent de renvoyer aux pages du livre qui ont trait aux points principaux.

Je laisse la parole aux enquêteurs :

« La formation de l'armée vendéenne, sa course

(1) Il avait rassemblé * une colleetion de huit mille quatre cents pièces, manuscrites ou imprimées, » en soixante-quatre poitefiUilles, sur rhistoire de la Révolution dans la Sartlie. On n'en conoaît que de rares épaves. Qu'est (ttveQU le QO^au de eei\9 eoUection II jamais regrettable ?

DANS LA SARÏHE. 407

rapide dans tes départemens de FOuesl, sa traversée dans celui de la Sarthe, son arrivée et son séjour dans la ville du ftians, sont de ces événemens qui resteront gravés dans la mémoire de nos contemporains et feront époque dans les annales de la République françoise et du pays que nous habitons.

« Nous devons à la bravoure des troupes républicaines, à la position lopographiquc de la ville du Mans, de n'avoir pas été longtemps exposés aux ho'rreurs qu'entraîne ordinairement là guerre civile, et si nous n'avions à gémir sur quelques actes baibares de certains hommes exaltés dans leur opinion, et exaspérés par la vue de Iturs propriétés dévastées, nous pourrions dire que celte armée a été la principale victime de son entreprise, et qu'elle a trouvé la mort et presque sa défaite toi aie dans les lieux où, enhardie par des succès éphémères, elle s'était crue cerlaine de la victoire.

« La Commission centrale de correspondance des artSf chargée par l'administration municipale de remplir les vues du département, en recueillant les faits relatifs à cet événement, n'a pas cru pouvoir mieux seconder le but que se propose le gouvernement, qu'en invitant ceux de ses concitoyens qui ont pu être témoins des faits, soit par leur service dans la garde nationale, soit par la situation de leur domicile, de vouloir bien faire passer, à celui des membres de la Commission chargé de les recueillir, les notes particulières de ce qui étoit parvenu à leur connoissance. Ce sont ces notes qui, fondues les unes avec les autres,^ forment Tensemble du récit, au fond duquel la Commission n'a rien prétendu ajouter ni diminuer; les collaborateurs ont été invités de se réunir pour en entendre la lecture, afin que chacun d'eux reconnoisse que les événemens

' 408 iËS Y£QipÉ6»S

ont éié tous rapportés avec la plus grande- exao titude.

« Elle a cru ne devoif conserver deg anecdotes particulières que ce qui peut être uUle pour faire connoître le m<itif de cette armée, signaler le caractère de ses chefs, les espérances qu'ils fondoient sur l'insurrection et les moyens dont ils. ont usé pour l'exciter, la propager et parvenir à leurs fins ; elle nommera ceux des généraux républicains qui ont le plus contribué à détruire cette armée par leurs soins et constance infatigable à la poursuivre.

«Tous les fail s attestés par des hommes dignes de foi doivent passer à la postérité revêtus du sceau de la vérité, et considérés comme authentiques par les écrivains qui consacrent leur temps et leurs veilles à réunir les matériaux pour l'histoire.

Origine du souUvemenL — « Le soulèvement de la Vendée avoit commencé en mars 1793, àToccasion du recrutement de trois cent mille hommes qui fut ordonné dans toute la France; il y eut des mouvemens en divers lieux qui furent comprimés de suite. Celui de la Bretagne dura quelques mois ; les insurgcns succombèrent sous de grandes forces. L'armée de la Vendée, quoique dénuée de munilions, d'armes et de canons, trouva le moyen de s'en procurer dans diverses rencontres et attaques qu'elle fit aux républicains. Les Vendéens, armés de bâtons triangulaires par une de leurs extrémités, s'étoieni exercés à une espèce de tactifjue qui leur avoit été enseignée pour s'emparer des canons : elle leur réussit parfaitement. Ils firent des conquêtes qui les enhardirent et exaltèrent leurs opinions. Au mois de juin, ils prirent la ville de Saumur dont la déroute rellua jusqu'au Mans et répandit l'alarme, l'évacuèrent peu de jours après, passèrent par Angers, se portèrent sur Nantes ou ils furent repoussés et contraints à di-

DfiSis LA sarthg;. 409

verses époques <3e se jeter dans des marais. Ce fut ainsi que se passa tout l'été; le gouvernement avoit fait taire contre les insurgés des levées en masse qui ftjrent repoussées avec des pertes considérables, il se détermina à envoyer des forces militaires. L'armée de Mayence, dont la garnison de cette ville formoit une partie, fut employée contre eux ; ce ftU elle qui eut le plus grand succès^ mais il en pArit une grande quantité.

« Les Vendéens qui avoient battu avec facilité les levées en masse, furent serrés par des colonnçs en divers points, et forcés au mois d'octobre de passer la Loire à Ancenis ; ils allèrent à Craon, gagnèrent la célèbre bataille d'Entrames, près Laval, qu'ils traversèrent en vainqueurs ; la terreur les précédoit, ils se portèrent par une marche rapide du côté de GranviHe, prirent en passant, sans coup férir, Mayeniie, Ernée, Fougères, se portèrent devant GranviUe, comptant sur des secours par mer de la part de TAngleterre, lesquels n'arrivèrent point ; ils furent obligés de lever Tespèce de siège quils avoient formé, firent retraite, revinrent par Fougères, Ernée, Mayenne, Laval, Sablé, La Fiëohe, et allèrent attaquer Angers. Ils ne furent pas plus heureux dans celte ville qu'ils ne Ta voient été à Granville ; Tarmée vendéenne se trouva forcée de l'abandonner ; un quart d'heure de patience de plus, ils s'en emparoient, le commandant organisoit la dérouté ; il a été guillotiné quelque temps après (4).

«La gi*ande armée vendéenne étoit sous les ordres du prince de Taliemoirt, La Roche-Jaquelin,

(1) Ceci se rapporte II Daniea», qni n'a pas été guillotiné ; il fut un des chefs des sectionnaires dans la journée du 13 vendémiaire an IV, et écrivit ensuite plus d'une curieuse bro-^ chure sur Pbistoire du temps.

iiO LES VENDÉENS

StofHet, et la petite arm^e, qui n'avort pas passé ta Loire, sous les ordres de Charclte.

o La retraite d'Angers fut l'époque d*un commencement de division qui s*éleva entre les Chefs de la grande armée. Le prince de Tallemoiit, Ton d'eux, vouloit marcher sur Paris, prétendant que plusieurs de leur parti se réuniroienl.à cox dans les plaines de la Beauce : La Roche-Jaquelin au contraire avoil très à cœur de repasser la Loire, et vouloit tout tenter pour suivre son plan ; pour cela il proposoitdd retourner par La Flèche, Sablé, gagner Châtcau-Gontier, de là à Varade où Charette, qui avoit quitté l'isle de Noirmoulier, devoil les attendre et faciliter leur passage.

« Pendant cette contestation Tarmée défiloit et gagnoit Baugè, de \h à La Flèche dont on avoit coupé le pont. Dans sa route elle eut quelques petits combats à essuyer de la part des troupes républicaines : jusque-là le parti La Roche-Jaquelin Temporloit. Mais les .tirailleurs ayant instruit Tarmée qu'il étoit parth du Mans une colonne qui marchoit sur elle et avoît établi une batterie de canons à Glermont, village à trois quartsde lieuede La Flèche, sur la route du Mans, cet avis donna cœur au parti Tallemontqui se renforça par l'espérance de vaincre. L'armée s'avança, mit en déroute complète quinze à seize cents hommes commandés par Chapelain -Renaudin, chef alors de la garde na* tionale. Ils avoient été envoyés du Mans par Garnier de Saintes et le général Chabot ; le bataillon de Valenciennes, qui éloit en garnison au Mans, faisoil partie de cette armée (1). Le trioihphe momentané que les Vendéens obtinrent en cette circonstance fortifia le parti Tallemont dans son

(1) Sur les forces de l'armée républicaine qai prirent pari il ce combat, et sur le rôle de Chabot et de Gamier, voir t. l*', p. 318 et saiv., et p. 358.999.

DANS LA SABTfiE. 411

projet de se porter sur Paris, el, malgré les repnésenlations de La Roche-Jaquelin, l'armée vendéenne se mil en marche pour Le Mans, le mardi matin 10 décembre 1793.

Marche de l'armée vendéenne sur L e Mans. — ce Sur les huii heures du matin, le général Chabot reçut avis de celte marche ; il savoit que les déhrisde l'armée de Mayençe, commandés parWestermann, étoient à la poursuite des Vendéens ; mais ceux-ci, par une marche forcée et assez rapide, av oient pris une avance considérable. Cependant la nourriture malsaine qu'ils avolent prise en Bretagne, où ils n avoient vécu que de racines et de blé noir, les mauvais chemins, l'intempérie de la saison, leur avoient donné une maladie mortelle dont ils laissoient le germe partout où ils passoient. Cette maladie, qui étoit une espèce de dysscnierie, avoit attaqué presque toute Tarmée ; sans elle la marche eût été encore plus rapide, et on n'en eût peutêtre pas été instruit au Mans ; il n'y eût point eu de poste établi à Clermonl, et les Vendéens eusseut à La Flèche pris la route de Sablé (1).

(1) Voir t. I«r, p. 329. VBnquéU explique que le désir de se débarrasser de la petite année républicaine de Clermonl engagea l'armée vendéenne t^ur la route du Mans, conforniéuientau désir deTallemont. Ce détacliement ne s'était porté sur Clermonl que le 9 au matin ; de sorte qu'on peut 1resbien comprendre que si les Vendéens, au lieu d'être forcés par la m'^ladie de prolonger leur séjour â La Flëcbe, en éfÉîtfot partis immédiatement dès le 18, ils n'auraient pas ea alors îi se préoccuper de l'armée républicaine de Chabot, et n'auraient pas été entratués loin de la route de Sablé, ^ contrairement aux vues de La Rochejaquelein, les seules ^\ï\ fassent raisonnables alors. On sait, au reste, qu'il fallait bien peu de chose pour décider de la marche des Vendéens. C'est ainsi qu'après la prise de Laval, l'armée avait prî& tout d'abord la route de Bretagne, et qu'une erreur des têtes de colonnes, suivies bientôt de toules les bandes fc qui il n'était guère possible de faire rebrousser chemin.

«Gafnier de Saintes^ représentamidu peuple» qui étoil alors au Mans, avec le générai Chabot, sur la nouvelle qui leur parvint, firent faire avec précipitation quelques retranchemens sur la route de La Flèche avec une redoute et quatre pièces de canon, Tautre au pont de Pontlieue où ils avoicnt établi un poste de cinquante hommes* des chevaux de tWse ; un autre avec un canon masqué fut placé à cent toises du pont sur la levt'c de la Mission ; ils firent faire des fortifications et abats de bois à riilpau, placèrentun autre poste au gué de Maulny avec un retranchement et firent couper deux arches du vieux pont de Ponllieue. Ils senloient euxmêmes, d'après les rapports qui leur arrivoi«ît à chaque instant, que ceS précautions étoient insuffisantes, mais ils lis prcnoient eu vue du bien public et pour celui particulier de la ville ; un décret avoit ordonné que toute ville qui ne se deffeuderoit pas seroit déclarée rebelle et razée; on se mit donc en dcffense autant qu'il fut possible.

« Les forces ne consistoiont qu'en deux cents hussards, la garde nationale de la ville, un bataillon de jeunes gens de réquisition quin'avoient jamais vu le feu ; ils n'avoient, ainsi- que la garde nationale, que des piques et quelques mauvais fusils. Le bataillon de Valenciennes fut placé au gué de Maulny; rarlilleric de la villcf à Ponllieue étoil commandée par le citoyen Desmarres, négociant, qui eut un cheval lue sous lui par un boulet de canon. Ce brave citoyen eut le courage d'enlever de dessus son cheval ses pistolets d'arçon, pour qu'ils ne devinssent pas la proye de l'ennemi,

lui fît prendre la route de Normandie. ~ Déjii La Rochejaquelein n'avait po faire adopter l'Hée de marcher sur Angers uprës le passage de la Loire, ei plus tard, après i'écbec de Granville, celle d'entrer dans le Calvados où on refusa de le suivre.

DANS LA SARTfle. il 3

îl s'éloil porté au retranchement du pont le plus périlleux ; d^où il fut tiré îepremier coup de canon par le citoyen Le Blanc, alors officier de la compagnie -de canoniers. Ce premier coup de canon chargé à mitraille tua deux Vendéens et un cheval; bientôt il fut riposté par rariillerie vendéenne qui éloit considérable. L'armée arriva sur le pont au pas de charge ; le citoyen Desmarres fit approcher les ayant-trains des canons pour les soustraire k Tennemi, dans Timpossibilité où éloient les /épublicains de tenir plus longtemps. Cne des pièces ne put être tirée du retranchement oiS elle éloit et fut prise par Tarmée vendéenne.

Déroute de Varmée républicaine, — « Ce fut à celle époque que là déroute devint générale, chacun gagna la ville ou se dispersa dans les campagnes avec précipitation. Pendant ce temps-là le bataillon de Valenciennes, ou ce qui en restoil, fit sa retraite sur Beaumonl-le-Vicomte, étant dans rimpossibilité de tenir au gué de Maulny. La garde de TEpau, composée de vétérans, se rendit à la première sommation d'un faible parli de Vendéens qui les laissa en ville. La seule résistance quMls éprouvèrent fut à Pontlieue, mais elle ne fut pas longue; il étoit aisé aux moins clairvoyans de pénétrer la pensée de Garnier de Saintes; iljugeoit la résistance inutile et la deffense de toute imposslbiliié. Aussi resta-t-il en ville avec Chabot (1).

« Sept k huit Vendéens furent blessés au pont de Pontlieue et un tué par le canon masqué ; ils tuèrent

(1) Le Rapport d€ Roastel est en désaccord sur ce dernier point avec V Enquête ; mais les astres documents sont unanimes pour établir que la défense eut surtout pour bot de sauver les apparences, et que la déroute des jeunes gens de ia première réquisition fut bien réelle. La facilita avec laquelle ils francbirent THuisne prouve à foTtim qu'elle oe pouvait être un obstacle pour la cavalerie.

414 Les VËN{)ÉENi;

sept à huit hoinmesi du nombre desquels fut le nommé Cosme, canonier, qui avoit juré quelques jours auparavant de mourir à son poste; le ciloyen Jaiiiard (1) fut tué aussi dans les allées de la chaussée de la Mission, en ramassant des piques des luyards. Le citoyen Hichefeu fut du nombre des blessés.

i( Les jeunes ^ens de la réquisition qui étoient au poste avancé sur la route de La Flèche, à la première décharge des Vendéens, poursuivis l'épée dans les reins, se replièrent sur le pont, où ils furent accueillis à coups de sabre paries hussards postés au pont) qui vouloient les faire tenir ferme; ne pouvant alors reculer ny avancer, ils se précipitèrent aans la rivière malgré le froid et le gonflement occasionné par la pluie. La terreur étoit plus grande que la crainte de se noyer ; cependant il n'y périt qu'un seul homme de recrue. Quand les hussards virent ces pauvres malheureux dans Teau, et qu'ils n'avoient plus de remparts contre les Vendéens, ils prirent la fuite au grand galop. L'infanterie se voyant abandonnée à ellemême, sans cavalerie, sans généraux, jeta ses armes et bagages pour être plus leste ; chacun ne songea qu'à sa sûreté et tout fut abandonné. On n'avoit pas môme pensé à placer les chevaux de frise, ni les planches garnies de doux dans la rivière, non plus qu'à repartir les chausses-trappes pour la cavalerie.

u II est à remarquer que ceux qui fuyoient du côté de la ville durent leur salut à la hardiesse du nommé Ken voizé, tisserand, canonier alors, qui eut la présence d'esprit de mettre seul le feu au canon masqué du retranchement en avant le pont. La

{[) Plasieurs citoyens ont assuré que Jaiiiard fut tué par sa faute, parce qu'il était ivre de vin et d'eau-de-vie. {Ifote de Ifégrier de La Crochardiére.)

DANS LA SARlME. 4ltt

mitraille que le canon porloit, arrêta un instant la marche de la cavalerie qui enOloit le ponl et donna le temps aux républicains de gagner du terrain, et de ne pas être sabrés ou pris prisonniers par les Vendéens.

« Dès que le pont fut forcé*, l'armée vendéenne se précipita à la poursuite des fuyards avec une ardeur incroyable et sans que les dix lieues de marche qu'ils avoient faites dans la journée la ralentît, non plus que celle forcée des jours précédcus. Un fait presque incroyable, quoique attesté par gens dignes de foi, c'est qu'un seul Vendéen poursuiyit plus de trente fuyards dans les bois de Fuué, en tua cinq à coups de i'usil et fit sept prisonniers qu'il ramena au bourg de Poutlieue où ceux-ci payèrent leur rançon avec du vin.

« L'armée vendéenne fut plus de quatre heures à défiler; de la tête à la queue, il y avoit plus de trois lieues de distance. Elle éloit composée de deux à trois mille cavaliers, dix mille hommes d'infanterie bien intrépides. Le reste étoit des paysans et des femmes. Le tout composoit soixante à soixante-dix mille hommes (1). Elle n'avoit pas de co.stume particulier *. les plus jeunes portoient des carmagnoles, leur cocarde éloit blanche, quelques-uns n'en avoient pas; l'écharpe ou la ceinture blanche étoit la marque distinctlve des officiers supérieurs. Tous portoient le panache blanc, plusieurs une fleur de lys brodée en or sur leur chapeau; ils n'avoient qu'un seul drapeau blanc avec des fleurs de lys. Leur cavalerie n'avoit pas plus de costume ; le premier fantassin assez

(4) M. Grille dit lui-même fort bien : c II u*y a poiatdc dénombrement ûxe et chacun a son chiffre. > -Voir ce qae J'ai dit du nombre des Vendéens et du dénombrement de VBnquête, t. l•^ p. 364 à 371. Je ne pense pas que le chiffre total paisse être élevé au«-des6us de quarante mille individus.

44^ Lits VENDÉENS

adroit poar prendre un cheval à l'ennemi montoU dessus et étoit cavalier. Ils ne connoissoient pas à beaucoup près lous ceux qui lf»s avoient suivis; ils avoieni un grand nombre de traîneurs qui ne faisoient que piller el affamer Tarmée sans jamais se battre. 11 est faux, comme on Tavoit annoncé, que femmes, enfans ou prêtres se battissent : ils avoient avec eux trente pièces de bons canons de bronze, des chariots, des charrettes charges de blé: une cinquantaine de carrosses remplis de femmes les suivoient; plus de cinq cents épouses d'officiers éloient à cheval.

« Tandis (pie chacun prenoit la fuite sur Le Mans, Chabot, Garnier de Saintes, les autorités constituées, tes fonctionnaires publics, caissiers, receveurs, payeurs, éloient partis et avoient fait emmener dans des voilures les registres, papiers, assignats et numéraire des caisses publiques : acte de prudence qui sauva tous ces objets de Teolèvement, lacération et pillage qui eussent été faits par l'armée vendéenne.

« Les membres du Comité de surveillance se transportèrent aux maisons d'arrêt, dites Visitandines el UrsulineSy où ôtoient détenus plusieurs citoyens et citoyennes de celte commune et environs, au nombre de plus de trois cents; ils firent lier les hommes deux à deux sur la place des Halles, pour prendre la route de Chartres; pendant cette triste cérémonie, les pauvres malheureux détenus entendoient faire motions sur motions pour qu'on les fusillât; les femmes ne furent conduites que sur la place des Jacobins où on les abandonna (1).

(!) M. Chesnead-Desportes dit en 1817 que le grand âge et les infirmités de plusieurs détenus empêchèrent leur transfert et les firent mettre en liberté; fautre partie fut trafnée ^ Chartres, où ils furent relâchés faute de pouvoir indiquer les motifs de leur arrestation. ~~ li ne faut pas oublier

DAI^ LA SARTH£. 417

« Deux individus (l)« quelques jours auparavant, proposèrent confidentiellement h Gamier de Saintes, comme mesure salutaire, de faire fiùiller tant les hommes que les femmes qui étoient dans les difï'érentes maisons d'arrôt. <iarnier leur objecta que ce seroit pour le moment de crise une grande imprudence, que Tinstant n'étoit pas favorable; et en se jetoûrnanl avec horreur, il dit à deux personnes qui Ten tendirent irès-dislinctement : « Voilà deux grands scélérats, » De pareils monstres ne méritent-ils pas Texécration de leurs concitoyens et rindignation de la postérité ?

Séjour de l'armée vendéenne au Mans, -^ a L'arr méc vendéenne, ne trouvant plus de résistance, se répandit dans tous les quartiers de la commune du ,Manâ, où la tôle arriva sur les trois heures après midi du même jour mardi, 10 décembre 1793. Elle se logea .dans toutes les maisons des p£mîculiers,en plus ou moins grand nombre; . quelques-uns en logèrent soixante, quatre-vingts ou cent; partout ils demandèrent des vivres, des chemises, ba», souliers et vôtemens que chacun ne put leur refuser. Dans la plus grande partie des maisons, ils ne trouvèrent que des femmes, les hommes s'étant enfuis, crainte d'être forcés de marcher avec eux, ainsi qu'il étoit arrivé dans

qu'antérien rement à ce dernier tiansfert, de nombreux détenus de la Sarthe avaient été couduits ii Chartres (voir t. i«^ p. 198, 337, etc.) et y restèrent fort longtemps. Indépendamment des détenus de Brûlon, dont j'ai parié, il reste ii connaître bien en dé0il le sort des divers prisonniers transférés de La Ferté in Chartres et dont il est parié incidemment dans une notice consacrée au médecin Verdier, de La Ferté.

(1) Une note de Négrier La Grochardiëre les désigne comme étant, l'un maire de la ville, l'autre membre du tribanal révolutionnaire (c'est-à-dire de la commission militaire qui faisait rofflce de ce tribunal). ~ Sur cette proposition de massacre, voir 1. 1", p. 339-349.

418 LBS VEINDÉENS

plasieurs villes; il ne restoit au Mans que des hommes faiMes, âgés et hors d*état d'être utiles aux Vendépns. Partout où ils ont rencontra des matlres de maison, ils n'ont pas commis de violence; mais ils n'épargnèrent pas les logemens, meubles, effets et comestibles quils trou voient dans les maisons des officiers publics ou dans cet 'es que les propriétaires ou locataires avoienl évacuées : de ce nombre furent celles du ciioyen (La) Boussinière , évéque constitutionnel de la Sarthe, dont Targenterle, les ornemens épiscopaux (1), provisions de bouche, vin, liqueurs, meubles, lits, furent pillés et volés, ainsi que les meubles, effets et marchandises des citoyens Potlier-La Morandière, Duhail, Clairsigny, veuve Caillou , épicière , place du marché Saint - Pierre, etc. (2). On a trouvé dans divers endroits des amas de bouteilles vides ou cassées, dont les liqueurs avoient été bues pendant le séjoOr que fit l'armée dans cette ville.

« La maison du département, celle de la municipalité, la bibliothèque publique, les différens bureaux furent forcés, les meubles, bustes, rideaux fracassés «t déchirés en lambeaux ; quelques-uns des Vendéens entrèrent dans le greffe où éloit le dépôt des registres de baptême, mariage et>sépulture; ils les jeloient par les fenêtres, lorsqu'une jeune fliie ou nièce du concierge du palais leur cria que ces papiers étoient des registres publics,

(1) Lorsque les Vendéens eurent quitté la ville, partie de CCS ornements furent retrouvés chez le citoyen LeMoteux, où les Vendéens les avaient portés. {I^foie de La Crochardière.)

(3) Le citoyen Menard-La Grôie ne fut point pillé, mais il ne le dut qu'à M. et M ■>« Trot té, ses voisins, qui avaient chez eux des Vendéens et qai s'intéressèrent pour sauver sa maison qui semblait désignée an pillage. {Jfote de la Crochardière»)

DANS LA SÀRTHE. 419

qui constatoient l'état des citoyens. Ils cessèrent sur-le-champ, mais la pluye qui tomboit alors en a beaucoup gâté : il s*en est trouvé quelques-uns de perdus malgré les soins que l'on ait pris pour les recueillir.

« Les Vendéens, las et harassés, ne songèrent qu'au repos pendant la nuit du mardy 10 au mer> credy 11 décembre; ils n'établirent aucun corps de garde, ni poste, se livrèrent au sommeil, et cette nuit fut assez tranquille ainsi que le jour qui la suivit.

• Le matin, Il décembre, les chefs, plumet et cocarde blanche en tête, chapeau à la Henri quatre, ceinture blanche autour du corps, vêtus en car-, magnoles et pantalons couleur chamois, parcoururent la ville, allèrent en observer toutes les issues pour établir des postes; ils visitèrent aussi les écuries des particuliers desquelles ils firent enlever tous les chevaux, môme ceux de la poste et des messageries. Le citoyen Boulay, commandant alors la gendarmerie et demeurant rue de la Sarthe, étoit très-malade d'une blessure qu'il a voit reçue à Sablé, en combattant à la tête de sa troupe un détachement de l'armée vendéenne qui se rendoit à Oranvilie; son cheval, ainsi que les équipages, houss'^s et pislolets, furent trouvés dans une écurie particulière. Ceux qui s*en em- / parèrent voulurent savoir où il logeoil et se firent conduire de force à sa chambre dans laquelle ils. le trouvèrent entouré de sa femme et de ses enfans; et quoique dan s un état qui annonçoit une mort prochaine, ils lui tinrent des propos très-durs qu'à peine entcndit-ii; mais qui glacèrent d'effroy sa famille 'afïlig(^e, qui crut un instant que leur projet étoit de lui ôter la vie; mais ils se contentèrent de se saisir de son habit qu'ils lacérèrent en sa présence et dont ils emportèrent les boutons et épaulelteSf ainsi que son fusil et son sabre

qulis aperçurent dans un coin de l*apparlement et qu'on n*avoit pas pris la précaution de cacher. Le citoyen Boalay mourut quelques jours après cette cruelle catastrophe.

« Le matin du même jour, le conseil de cette armée tint séance à Thôtel de la Biche^ place des Halles ; il étoit composé des dtfférens chefs, pré*sidés par Tévéque d'Agora (4) ; plusieurs officiers y

(1) Si le fait de la présidence de l'évéqne A'k^vjL est réel, il avait doac encore conservé de l'aotorilé depuis sa mésaventure de Dol. — Lors de son arrestalion, on iie sut pas tout d*abord sa qualité de soi-disant évêquc, ainsi que l'indique ce passage de la lettre de Francastel li la commission Félix dn 3 nivAse : « Il y a des femmes bien coupables dans cette race fanatique. Nous tenons ici on secrétaire de Lescnre, ancien avocat de ^Paris, Guyot, qui espérait un jour devenir conseiller au Parlement. Noos avons beaucoup de la légion germanique et puis des méchants imbéciles, des tueurs de Bleus. Il eo est* jusqu'à six cents, tant dans la cidevante église Saint-Maurice qu'ailleurs. » {Jttstiftcation de Goupil, p. 21.) .

Voici ce que disent les Affiches d'Angers, do 18 nivôse an II, relativement }i révèqne d*Agra, à la suite de son jogement : « Cet bomme, voyant qoe la liberté triompboti et qoe Tarmée brigantine étoit absolument détruite, se présenta, il y a qoeiqees jours, au Comité révolutionnaire de notre com> none; là il se dit secrétaire dn cher de brigands Lescure ; il emprunta le langage d^un homme victime de la foiblesse humaine, et, par sa prétendue bonne foi, crut se dispenser de payer ^ la guillotine le tribut qn'il lui devoit. Traduit devant la Commission militaire, il subit l'interrogation et il dit avoir été regardé comme secrétaire de Lescnre, sans jamais l'avoir été. Alors on rapporta les expressions dont il se servit près le Comité révolutionnaire j une autre dénonciation est portée contre loi, il voit qn'il ne peut échapper à Tocil actif de la loi. Mentir ^ sa conscience est un crime de plus, dit-il, je vais parler le langage de la vérité : « Je sens toutes mes foibtesses, « j*en demande pardon ^ Dieo. Je ne sois point ce qoe vous c dites, le secrétaire de Lesevre, mais Tévèque d'Agra, qui, « toajoors revêts 4e Tbabit violet, ai exercé mot minis-

furent admis. Les coiiriers aiant été arrêtés, les dépêches furent visitées et les lettres ouvertes. Le citoyen Véron, négolianl, y fut mandé. Le président, après s'être . assuré qu'une lettre souscrite de son nom à un de ses correspondans à La Ferté. Bernard étoit de lui, la lui remit; elle contenoit une lettre de change; le président lui dit que, ne voulant nuire à personne, dans la crainte que cette lettre ne fût égarée, le conseil l'avoit fait engager de passer pour la 1 ui donner à lui-môme ; il fut prié de faire avertir le citoyen Ruillé-Fonlaine, négotiant, qu'ils en avoient pareillement une à lui remettre, laquelle contenoit un effet de commerce.

« Le Conseil qui se tint Taprès-midi ne fut pas si tranquille ; les chefs aiant rendu compte de leurs courses pour connottre les arrivées de la ville, déclarèrent rimpossibiiité d*y tejir et la nécessité de s'occuper de Tévacuation le plus tôt possible ; elle fut reconnue. Mais la grande question sur la route qu'on feroit prendre à Tarmée fut agitée avec chaleur; les deux partis 1'allemont et La Roche-Jaquelin soutinrent vivement leurs prétentions respectives : la tranquilité momentanée dont l'armée avoit joui au Mans depuis son arrivée àyoit exalté l'opinion du parti Tallemont. La Roche-Jaquelin et ses adhérons lenoient toujours ferme pour repasser la Loire, en décrivant un cercle plus grand par la route de Laval ; la dispute augmentant fut entendue par les sentinelles qui en

« tère, etc. Je me dénonce moi-mêoie. Je conoois la loi, la « mort m'attend, mais je la subirai avec courage. C'est moi « qai, au mois de juin dernier, suis venu k Angers, et y ai c saavé ia vie ^ des babitans. » Alors plusieurs questions loi sont faites, entre antres celle-ci : qoel étoit son projet en stHjMt sor GraEvîlle? Il a répondu que, voyant tout aller mal, son projet étoit de passer, k Gaernesefi etc., ete. »

432 LES VENDéEffS

instruisirent bientôt ceux du dehors ; les deux partis s*agitoient dans les carrefours, places publiques et maisons particulières. Le peu d^ordre et Tinsubordinalion qui étoient dans cette armée augmentèrent en proportion de la chaleur que cliacun mettoit à soutenir son opinion. I..es chefs informés voulurent rétablir la tranquiiité, menaçant et sabrant ceux qui disputoient; cept^ndant le cahne parut renaître et la nuit du il au 12 fut assez paisible. Les Vendéens avoient fait environ deux cents prisonniers, tant de la garde nationale que des jeunes gens de la réquisition, ils les avoient renfermés à la maison des (Jrsules. Après la sortie des femmes qui y étoient détenues, la sentinelle qui éloit à la porte n'a voit pas été relevée. On la somma de crier : Vive le Roy ; il ne voulut pas et fut tué à son poste. Les prisonniers, vêtus d'habits uniformes, en furent dépouillés et leurs vétemens lacérés et brûlés. ^

« Le jeudy matin, ces prisonniers furent élargis aux sollicitations très-pressantes de la dame Du Ranoher et ses filles, chez qui s'étoient logés quelques-uns des principaux chefs etnine autre partie de rétat-major. Elle se trouvolt en détention lors de l'entrée de Tarmée, et cet acte de bienfaisance arant été vu très- favorable ment par les autorités constituées, ils les exemptèrent de la nouvelle réclusion ordonnée à tous les détenus, après le retour des corps administratifs et membresdu Comité de surveillance, d'après les certificats et instances les plus pressantes de ]a part de ceux qui leur dévoient la vie et la liberté.

« Le Conseil avoit été prolongé dans la nuit du 1 1 au 12 et se sépara sans prendre de détermination définitive sur la route que l'armée devoit suivre; tous étoient d'accord sur rimpossibililé de tenir au Mans. Cette ville étant ouverte par sept grandes routes et beaucoup d'autres particulières, il leur

DANS LA 8ARTHE.

étoit impossible de la g^arder sans courir les plus grands risques pour eux-mêmes ; ils ne se dissi-* muloient ni les uns ni les autres qu'il falloit l'évacuer au plus tôl. 11 ne fut aucunement question de faire partir avec eux les citoyens de la ville, la proposition n'en fut faite *a personne, et qui que ce soit de la commune ne les a suivis; on a dit seulement qu'un jeune laboureur fut forcé par eux avec sa charrette, chevaux et bœufs, de conduire leurs bagages et que depuis on n'en a jamais entendu parler.

« Les chefs avoient donné ordre de tenir les chevaux sellés et que chacun fût prêt à partir au premier son de trompette; mais sur les onze heures du matin, le jeudi lî décembre, parurent, sur les hauteurs de Pontlieue, le3 hussards composant Vavant-garde de Tarmée républicaine, commandée par Westermann ; alors^ les Vendéens crièrent aux armes, le cri fut répété dans l'instant d'un bout de la ville à l'autre. Les chefs eurent toutes les peines possibles à mettre en mouvement une partie de leurs troupes; quelques-uns cependant des plus hardis, marchant en avant, réveillèrent le courage des autres. Des paysans, le fusil et le chapeau sous chacun un bras, le chapelet aux mains, sabots aux pieds, se traînoient,bien contrariés de cet événement imprévu; ils eussent préféré le repos de la ville au combat où on les conduisoit bien malgré eux ; plusieurs faisoient des reproches à leurs chefs • de les avoir induits en erreur et amenés au Mans dont la position et le grand nombre d'issues rendoient leur perte inévitable.

Avantage momentané des Vendéens,— <( Le combat commença et s'engagea très-sérieusement sur les une heure après midi; les Vendéens plièrent un moment, mais firent à leur lour reculer l'armée de Mayence, la mirent en déroute complette, la

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