‹ Les Vendéens dans la SartheChapitre 21 sur 49 · LES VEI«I>ÉE»S · texte numérisé non relu

LES VEI«I>ÉE»S

poursuivirent aree une ardeur incroyable pendant une lieue et demie ; le courage se ranima. Plusieurs qui étoicnt en sabols les quittèrent pour poursuivre les fuyards, laissèrent leurs canons plus de trots quarts de lieue derrière eux, ce qui oecasionna leur perte.

« Les Mayençais» pourchassés à outrance, se débandèrent, fuirent où ils purent ; les uns par la route de Lucé gagnèrent Ghalles, Parigné, le Château-du-Loir, le Lude, d'autres par celle de Saint-Çalais allèrent à Ardenay, Bouloirc, etc., d'autres enfin à travers les landes gagnèrent Moncé* cn-Belin et la grande route du- Lude. Celte fuite précipitée répandit Talarme et fit croire pendant quelques heures que les Vendéens avoicnt remporté la victoire; d'autant mieux que la route de Salnt-Calais étoil couverte de voitures, chariots remplis de monde et d'effets et suivis par des bestiaux de toute espèce (i).

a Dans ce canton-là un nommé De Gaen, qui cpmmandoit un détachement de troupes républicaines placé à Parigné, envoyaaux municipalités de Saint- Mars-la-Brière, Saint-Denis-du-Tertre et Ârdenay, un ordre signé de lui de couper tous les ponts et notamment celui qui venoit d'être construit sur le

j Narrais, petite rivière sur la route d'Orléans, qui tombe dans l'Huisne; mais les municipaux et

> agens des con^munes, réunis, refusèrent d'obéir à

: ces ordres par différentes raisons :

j « 1" Il n'y avoit pas d'apparence ni probabilité que

les Vendéens prissent cette route;

« 2° Quand même ils Tauroient prise, la coupure

du pont ne les auroit pas empêchés de passer la

rivière du Narrais, guéable en plusieurs endroits ;>

« 30 Ilscraignoient et avec quelque raison que le

(1) Voir sor cette déroute t. IL p. 10.

pont une fois coupé ne fût pas sitôt réparé, ce qui eût inlerceplé la communication avec Vendôme, Blois, Orléans, au grand préjudice du commerce et de Tagricullure (1).

Déroute de tarméâ vendéenne et son entière expttlsion du Mans. — a Les Vend(?ens crioient victoire et s'étoient éparpillés sans garder aucune précaution, ils furent étrangement surpris en arrivant à A mage de trouver une colonne en bon ordre commandée par Sefer; cette colonne, voyant les Tendéens épars, marcha sur eux au pas de charge; ceux-ci, ne présentant plus une masse imposante, ne purent résister, se replièrent difficilement sur leurs canons trop éloignés; mais les paysans vendéens qu'ils appeloient par forme d'injure les pierrots^ volant la tête battre en retraite, prirent la fuite ; les braves, ne se trouvant plus soutenus, jugèrent qu'ils ne pouvoient seuls résister au choc, et chacun ne pensant plus qu'à soi, la déroule devint générale. En vain firent-ils ' encore la tentative de tenir ferme au pont de Pontlieue, les officiers avoient beau commander, jurer, supplier, distribuer même force coups de plat de' sabre, tout fut inutile, le soldat ne voyoit que la mort et espéroit pouvoir prolonger sa vie de quel^ ques jours.

« Le pont et la batterie qui étoit placée sur la levée n'arrêta qu'un moment les républicains, les chevaux de frise ne servirent pas plus qu'à la première attaque ; quand on est poursuivi vigoureusement, on ne s'occupe que de se défendre ou se sauver.

(I) Ce fot M. Leprinee-CUinigny qui remit ^ la Société U I«ttre de De Caan. adjudant général dans Tavant-garde légère, datée de Parigné le S3 frimaire, enjoignaiit à ia eommuDe d'Ardenay d'abattre le pont sur le Narrai» qai travers» la route da Mans ii Vendôme.

4â6 LES VENDÉENS

<i Les Veodôens s'enfuirent au Mans sur les quaire heures du soir et là tinrent ferme et se battirent avec acharnement jusqu'à minuit, ils parvinrent deux fois à faire reculer les républicains et s'emparèrent d'une batterie aux environs du Puits d«i Quatre-Roues; alors les combattans, épuisés, sans doute réciproquement, do fatigue, suspendirent comme de concert Taclion jusqu'au jour, tirant cependant de distance en dislance quelques coups de canon pour annoncer qu ils étoieot là. Enfin les républicains, arrivés sur les sept heures du matin à la place des Halles et affluant par toutes les rues adjacentes, achevèrent de chasser les Vendéens dont la cavalerie, l'avant garde et une très-grande partie du corps d'armée avoient pris le parti dès la veille d^évacuer la ville (1).

Anecdotes particulières. ~ « Il y eut sur les huit heures du matin un combat singulier à la place de l'Eperon, entre deux hommes qui paroissoient être chefs l'un et l'autre ; les uns prétendent que le chet vendéen étoitStofflet, d'autres que c'étoit La Roche- Jaquelin ; on igni)re quel étoit Tofticier républicain. Ce combat resta sans issue, parce que 1 affluence des vainqueurs et des vaincus les sépara.

'x On ignore si les Vendéens avoient été instruits que trente mille hommes de l'armée du Nord dévoient arriver au Mans le même jour que l'armée vendéenne qui par là se .fût trouvée entre deux feux et par conséquent perdue; si La Roche- Jaquelin étoit instruit de cette marche, la connoissance qu'il en avoit devoit fortifier son désir de

(I) Tout ce récit de la lutte et surtout de la bataille de nuit est écourté. Il est inexact aussi quant k la batterie du Puits de Quatre-ftones qui éiait uue batterie vendéenne. D'Obenheim dit seulement que les Vendéens réussirent k s'emparer d'un canon sur les républicains. — Voir t. II, p. 3tt et sttiv., et ajouter aux auteurs cités Kléber et ^Mar- ^au, par Claude Desprez^ 1857, in<18, p. 98.

repasser la Loire, el c'étoit une grande témérité à Tallemont de vouloir marcher sur elle; mais cette armée fut divisée entre les villes de Dreux, Evreux, Chartres et autres par un représentant, d'après les ordres du Comité de salut public et pour raisons connues du seul Robespierre (1)..

« Quoi qu'il pût arriver, les Vendéens n'ayant pas de places fortes, ne pouvoient qu'errer et courir çà et là, sans cesse exposés à la poursuite des armées républicaines. Ils ne pouvoient placer nulle part d'hôpitaux pour leurs malades et blessés dont le nombre accroissoit chaque jour, ils étoient on ne peut plus mal gouvernés ; les blessés étoient quelquefois trois* à quatre jours sans être pansés et même jusqu'à huit, n'ayant que trois chirurgiens qui aimoient mieux se battre que de faire leur métier, qui d'ailleurs manquoientde remèdes; les hôpitaux des villes où ils passoient étaient leur ressource ; quatre cents qui restèrent au Mans lors de leur retraite y furent massacrés.

« Ils manquoient aussi d'ingénieurs et de bons canoniers, la plupart des leurs étoient allemands, ils liroient trop haut, ils avoient de superbes canons. Plusieurs chefs se plaignoient d'avoir parmi eux des traîtres, des sauve qui peut qu'ils appeloient le parti jacobin. Il paroft constant que des meneurs avoient semé 4e l'argent pour les désorganiser et les eny vrer ; ils y avoient bien réussi. Pendant la nuit du 12 au 13 décembre, des canoniers brisèrent exprès dans la rue Dorée des caissons et chariots pour entraver la retraite; ils parvinrent par là à sacrifier un nombre infini de femmes et de traîneurs ; les mômes meneurs avoient fait manquer la prise de Granviile en insinuant aux paysans que les chefs vouloient s'em-

(1) Voir sur les contre-marches de cette armée, t. II p. 939.

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