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barqueretles livrer à la merci des républicains; qu'en ne prenant pas la ville, ils les forçoient de rester parmi eux ; ils employèrent avec succès la même manœuvre à Angers.
a La ville du Mans oH^roit dans le moment du combat et de la retraite un tableau bien déchirant dont on voudroil dérober la connoissance à la postérité, mais l'histoire veut la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
if Dans le premier moment on ne connoissoit poin t de bornes, tout étoit dans le cahos ; à mesure qu'on Irouvoit le vendredy matin des femmes, des enfans et des hommes, on les menoit à Pontlieue pour les fusiller, et le samedy 14 on y enterra les morts au nombre de trois à quatre cens, non compris les combattans vainqueurs ou vaincus, lesquels furent tués sur cette avenue de la commune et qu'on ne pouvoit reconnoître ayant été dépouillés sur-le-champ.
« Il est à remarquer qu'au momeut où l'allarme devint générale, le jeudy sur le midi, dans r armée vendéenne, e^ux qui étoient du parti Tailemont, croyant toujours qu'on alloit effectuer la retraite sur la route de Paris, s'y enfilèrent; bientôt, instruits de leur erreur et que l'armée prenoit la route de Laval, ils rétrogradèrent, ce qui fut cause de leur perte, car étant tombés entre les mains de l'armée républicaine, ils furent tous ou la plus grande partie tv£s sur la place, ou livrés au tribunal militaire qui suivoit Varmée^ jugés et exécutés sur-le-champ; ce spectacle cruel se passoit sous les yeux des citoyens qui crioient à l'horreur.
a Deux grandes routes se joignent au nord-ouest de la ville du Mans : Tune conduit en Bretagne par Laval, l'autre en Normandie par Alençon. Plusieurs traîneurs, surtout ceux qui revenoient de la route de Paris et avoient échappé à la pour-
DANS La SABTfifi. 429
suite des républicains, se trompèrent encore à ces deux routes et se lancèrent dans celle de Normandie au lieu de celle de Bretagne; ceux-ci furent encore victimes de leur erreur, car, instruits à quelque distance du Mans que le corps d'armée marchoit sur Laval, ils détournèrent leur roule sur lagaucheet tombèrent entre lés mainsde gens partis du Mans pour aller à leur poursuite, sous les ordres d'un chef de la garde nationale fl), qui les fit fusiller et massacrer de son autorité privée, avec une barbarie qui n'a pas d'exemple.
« La yille avoit couru le jeudy,sur les dix heures du soir, le plus grand danger; les généraux republicainSj outrés de la résistance des Vendéens, arrêtèrent de mettre le feu à la ville et n'en dilTérèreut Fexécution au lendemain que parce que leurs obus n'étoient pas arrivés. Westermann s'y opposoit, et d'ailleurs Tévacuation des Vendéens le lendemain épargna cette cruelle catastrophe ;
n L'état de misère dans laquelle se trou voit Tarmée vendéenne répandit dans la ville une telle infection, qu'il en résulta une maladie épidémique qui moissonna beaucoup de monde et particulièrement de ceux qui avoient dépouillé les morts, et s'étoient habillés de leurs vétemens : il en réchappa très-peu (i).
(1) La Groehardière nomme également cet bommeLe F
soldat invalide.
(3) Un fait pour faire voir li qnel point il s'est troové de gens barbares et inhumains. Un nommé Louis Bouteiller, né k Moncé-eu-Belin, bordager d'un lieu nommé la Cosarière, qu'il tenait li titre de ferme 4epuis plusieurs années, en fut expulsé en 1790 par ses nàaftres, comme homme infiniment dangereux et très-mauvais sujet; il vint s'établir dans la commune de PonUieue et s'occupait de cblirroyer, avec sa charreue et deu< mauvais chevaux qu'il avait, le bois que les habitants de la basse ville du Mans allaient prendre et voler dans les sapinières de Mulsanne et que lui-même pre-
« Les partis difTérens qui courraient dans les rues tour à tour mettoient les citoyens dans la plus grande perplexité pour répondre, ignorant si ils avoient affaire à des républicains ou Vendéens : une pauvre domestique du Bourg-d'Angui en fut la victime.
« Nous avons dit plus haut que Tarmée vendéenne avoit commencé à défiler le jeudy à quatre heures du soir; elle arriva sur les huit à Lognes, sur la route de Laval, et le lendemain matin sur les neuf heures à Lavai, fort harassée. Elle n'avoit plus cet air victorieux qu'elle aft'ecta lors de son passage après la bataille d'Enlrames. Westermann la poursuivit sans relâche et on peut dire que 'sa bravoure, sa constance et son intrépidité ont opéré la défaite des Vendéens ; si dans cç moment il se fût trouvé quatre pièces de canon et un bataillon, elle eût eu lieu sur-le-champ (1). L'avant-garde vendéenne et une partie du corps d'armée dut son salut à La Hochejaquelein, qui soutint seul la retraite, qui est une des plus belles qu'on puisse
nait et vendait como) le sien propre. Il fat reqais de charrôyer deà corps morts des suites do combat qu'il y avait eu. Il se rendit aux ordres qui lui furent donnés, et avec un broc ou fourche de fer, il les entassait dans sa charrette comme des bottes de paille. Sa femme, aussi bon si^et que lui, les recevait et les arrangeait : il fut reconnu qu'ils en arrangeaient ainsi, toutefois aprës les avoir mis absolument nus, qui n'étaient pas encore morts et qui demandaient du secours. Son opération finie, il se rendit chez lui, où ils mourncent le lendemain lui et son épouse, sans avoir paru atteints d'aucun mal. (Note qui se retrouve avec quelques différences de rédaction dans les anciennes copies de VEnqnéte^ et dont la substance a été reproduite par Grille.)
(1) Tout ce qui, dans ce document, se rapporte k la fuite au delà du Mans, et n'est pas par conséquent le résultat du témoignage des enquêteurs, n'a plus de valeur historique. Le rédacteur est complètement aveuglé par son enthousiasme envers La Rochejaqueleiu.
faire ; il étoil encore le vendredy matin sur la place de l'Eperon, au Mans : il trouva moyen de favoriser sa retraite par une batterie de quatorze pièces de canon qu'il établit au bois dePannetières, qui tua îsur la route beaucoup de républicains» lesquels étoienl à la poursuite des Vendéens (1). Ceux qui ne furent pas atteints se replièrent sur la ville du Mans, d*où Westermann eut beaucoup de peine à les faire repartip-, parce qu'ils étoient excédés de fatigue et de besoin, ce qui donna une avance de cinquanic-six heures de marche à l'armée vendéenne sur les républicains, en sorte que le passage de la Loire fdt effectué par une partie de l'armée, el ce ne fui que Tarrière-garde qui se battit avec Westermann à Segré. Ceux qui restèrent de Vendéens ont formé le noyau de la chouannerie.
« Excepté le$ blessés de l'hôpital, les Vendéens perdirent peu de bons soldats au Mans, mais un^ très-grande quantité dans la déroute. La pluspîirl de ceux qui ne purent suivre Tarwée et quittèrent la grande roule furent massacrés, à la réserve d'une colonne d'environ soixante hommes qui se relira entre Vallon et Loué, passa la Vaigre du côté dWsnières et rejoignit Tarmée à Chàteau-Gontier.
« Les habitans des campagnes n'eussent pas com> mis d'eux-mêmes Thorreur des massacres qui furent faits à La Quinte, à Degré et à Bouillon , nous avons dit plus haut qu'ils furent commandés et exécutés par ordre et en présence d'un habitant de cette conimune qui marcha à la tète des gens
(1) En 1817, M- Chesneao-Dospories a remplacé ici La Rochejaquelein par Tallemont, sans être pour cela mieux renseigné. (Voir-t. 11, p. 169 li 174.) Il a confonda les soldats de Westermann avec ceox de Muller; mis en déroute le 33 et dont Benaben a dit : « Maller et sa division, rassurés et ralliés, mais il g^rand'peine, ne sont entrés an Mans qne longtemps après que le reste de l'armée avait passé entre ponr atteindre an dehors les fuyards. «
encouragés par Tespérance du pillage. De tels monstres doivent être en exécration à leurs concitoyens, ainsi que celui déjà cité avec horreur (1) et qui, par un nouveau trait de barbarie, fit tirer des maisons d'arrêt et conduire nu haut de la place des Jacobins vingt-trois à vingt-quatre femmes et en fans qu'il fit de sang-froid déshabiller en sa présence et assommer à coups de bâton et de sabre, quelques jours après le départ des Vendéens (2).
•« Sur ces actes de barbarie, nous pouvons répéter ces mots du chancelier de VHospftal :
Excidat iiia dies œvo ; nec postera credanl Sœcûla; nos Taceamus... et obrupla muïta * l'i'octe tegi nostrœ patiamus crimina gentk,
Qae ne puis-Je effacer du temple <fe mémoire Les forfaits, les horreurs de ce siècle pervers ! Les âges à veoir ne pourront pas le croire; Je me tais... etvoudrois cachera l'univers De mes contemporains la faiblesse et les crimes, Reporter au néant jusqu'au nom des victimes (3).
Traits de bienfaisance et d'humanité. ^^ « Après de tels récits, il est bon de reposer son âme sur des actes de bienfaisance et d'humanité qui doivent être consacrés par la reconnoissance envers ceux de nos concitoyens à qui ils sont du^.
«De ce nombre est la reirai te que plusieurs habitans de cette ville et de la campagne donnèrent à quelques malheureux vieillards, femmes et enfans, qui furent sauvés par ce moyen des massacres : le gouvernement n'a point vu avec déplaisir
(1) La Crochardière nomme le maire du Mans.
(S) Voir t. II, p. 158 à 165 et 191.
(3) La note »ur deux' prêtres cachés dans une maison de ia rue de Quatre-Roues, que Grille a insérée ii eette place» t. m, p. 856, ne flgure dans aucun des loanvccfiis de VBnquéte,
les soins qui Airent portés à ces malheureux, dont il ordonna la réclusion jusqu^à ce qu^on eût reconnu leur état; ils ont presque tous été renvoyés dans leur pays.
« Quelques femmes, dans le nombre desquelles étoient des religieuses, ont été arrachées à l'avidité et à la barbarie par les soldats républicains de l'armée de Westermann, qui les sauvèrent et mirent en lieu de sûreté.
« La maison des citoyens Berard et Yélillart, maîtres de la blanchirie de toile à Ponllieué, servit d'hôpital à plus de deux cents individus républicains, successivement, ou Vendéens, qui furent blessés clans les environs ; ils y furent traités avec tous les soins qu'on peut attendre de l'humanité bienfaisante. Les citoyens Berard attestent, à la louange de ces malheureux, que tous supportèrent avec le plus grand courage leurs pansemens et leurs douleurs. En général, tous les braves des deux armées étoient honnêtes et humains, mais en revanche les tratneurs étoient l&cbes, cruels et pillards.
Administration provisoire après la retraite des . Vendéens, — « Quand l'armée vendéenne fut sortie de la ville, le vendredy matin * 13 décembre, le peu de citoyens qui avoient été comme cofisignés dans leurs maisons , sortirent et se rencontrant dans les rues sans trop se connoître particulièrement, s'embrassoient et se félicitoient de se retrouver. Chacun ignoroit ce qui s^étoit passé dans les lieux des différons combats^ hors ceux qui habitoient ce quartier et les rues depuis la Mission jusqu'aux Halles. On alloit en voir' les maisons qui étoient toutes criblées de boulets, balles, biscayens, etc. Le pignon de la maison du citoyen Leprince, rue de Quatre-Roues, l'atteste encore, la pluspart des autres maisons ayant été reconstruites en partie ou en entier;
dans plusieurs on a trouvé des boulets tombés dans les appartemens (1).
« Les citoyens convinrent de se rendre à la municipalité pour former une espèce d'administration provisoire jusqu'au retour des autorités constituées, aftn de faire déblayer les rues, enterrer les cadavres, enlever les ordures qui infectoicnt l'air et pourvoir à la subsistance des troupes républicaines qui affluoient en ville par les routes de La Flèche et de Tours, lesquelles avoient le plus grand besoin de repos et de vivres. Ces troupes étoient commandées par les généraux Westermann, Marceau, Miller et Sefer. Toutes ces opéralions étoient difficiles.
(( l** L'on ne pouvoit fournir de subsistances aux troupes, parce que la ville en éloit absolument dénuée par le séjour des Vendéens;
« 2" On ne pouvoit nettoyer et déblayer la ville, faute de voitures et de chevaux, les Vendéens les ayant tous emmenés.
«Trois représentans du peuple, Barbot, Thureau et Prieur de la Marne, suivoient l'armée ; ils parcoururent la ville à cheval et reconnurent la difficulté qu'éprouvoient les citoyens provisoirement nommés *. dans le premier moment fort contrariés par les obstacles qu'ils rencontroient à faire exécuter leurs volontés, ils donnèrent ordre aux Municipaux provisoires de faire arrêtera leur arrivée tous les administrateurs quelconques soit du département, soit du district ou de la municipalité pour avoir abandonné leur poste, et de les livrer à un tribunal militaire qu'ils établirent pour juger les Vendéens.
(l),On ne retrouve plus au Mans sar la façade d'aucune maison les vestiges de eett<j terrible lutte. — J'ai encore vu k Granville un boulet vendéen encastré dans le mur d'une maison près de la caserne.
DANS LA SARTHË. 438
a Les municipaux provisoires déclarèrent <)u'ils n'exécuteroient pas de semblables ordres, parce que, si les administrations ne fussent pas sorties du Mans, les papiers, registres, caisses eussent été dilapidés, volés et pillés. Les administrateurs les suivoient pour étresûrs qu'ils seroienl rétablis dans les bureaux après la sortie des Vendéens.
« Les représentans sentirent la justice de ce raisonnement et n'en laissèrent pas moins leurs ordres entre les mains des municipaux ; ils ne furent pas exécutés, mais ceux-ci envoyèrent dans les campagnes chercher des voitures, bœufs etchevaux, firent creuser en divers endroits de grandes fosses. Les cadavres fUrent enterrés en deux jours; on retira ceux qui, ayant été jetés dans la rivière, en auroient corrompu l'eau, et la ville fut nettoyée au grand étonnement des ndm'mislrateurs qui à leur retour ne purent s'empêcher d'en témoigner leur surprise lors de la reddition du compte qui leur flit faite par les municipaux provisoires.
« On fournit aussi des chevaux aux couriers qui arrivoient, dont la route ne fut retardée que d'un seul jour.
a Les municipaux ne manquèrent pas, dans leur rapport aux adminislrationsy d'exprimer la re» connoissance qui étoit due aux citoyens Ghardron, marchand de volailles, etLhéritier,^onfiseur>qui, vu Tabsence de l'étapier, se réunirent pour-donner quinze sols en forme d'étape à chaque soldat qui arrivoit, afm qu'il pût se procurer à la campagne ce qui seroit nécessaire à sa subsistance; sans cela la ville eût été livrée aux horreurs du pillage qui commençoit d«^jà à s'effectuer dans différentes maisons, entre autres celle de la citoyenne veuve Cureau, de l'abbé Pérou, cy devant chanoine, Duhail et Leprince de Glairsigny, négotiant (1).
(1) M. Ghesneau Desporles, qui faisait partie de catte
Suite de la déroute et ce que devint en définitif V armée vendéenne, — « Pendant oe temps- là, les Vendéens, toujours |H>ursulvis et harcelés par Westermann, désiroient repasser la Loire et régaler leurs marais; les paysans soupiroient après le Poitou où ils vouioient se battre. Le gouvernement, pour empêcher leur passage de la Loire, avoit fait conduire tous les bateaux à Angers et Nantes, de façon qu'il ne leur restoit pour ressource que quelques bateaux qu'ils trou--» vèrent sur les étangs et qu'ils firent conduire sur des charrettes à Ancenis ; mais cette ressource étoit bien faible pour tant de monde ; pour y suppléer ils firent construire des radeaux avec des busses, des planches, et tout ce qu'ils purent rencontrer; quelques-uns passèrent dessus, mais U précipitation qu'on avoit mise à la construction de ces frêles machines étoit un garant de leur peu de solidité et fut cause que plusieurs se noyèrent.
« Westermann, qui pour prix de ses victoires n'a reçu de lauriers que la guillotine, tandis que Rossignol , Léchelle, Santerre, fameux par leurs déroutes, ont vu leur ignorance, leur immoralité
Commission provi soire» a ajouté sur sou compte qaelnqes détails en 1817. ]| dit qoe les soldats étaient disposés à mettre tout au pillage ppur se procurer des vivres qu'il était impo^sihle de leur fournir. « Le dévouement d'un honnête marchand de la ville du Mans, le sieur Chardon, la sauva de ce malheur en faisant distribuer par son fils une so'mme de 33,000 livres en assignats de 35, 50 et 100 sols. On ne peat laisser ignorer cet acte de bienfaisance, dont tous les habi* tants lui témoignèrent, comme ils le devaient, leur reeoa* naissance. Le (ils de cet bomme estimable est encore chef du bureau le plus importaut de la Préfecture. > Il dit que U Commission invita les citoyens à concourir au nettoyage de la ville, que tous s'y prêtèrent les 14, 15 et 16 décembre, que tous les morts furent enterrés, an nombre de deux mille deux cents environ, et que l'état de propreté de la ville surprit les administrations ^ I^qr rentrée 1^ 15 au soir.
DANS U &ARTHE. 437
et leur crapule couronnées, Westermann, disonsnous, qui vouloU avoir l'honneur de détruire la Vendée, la poursuivit avec une ardeur incroyable; LaRochejaquelein, qui commandoit Tarriôre-garde, convaincu du danger auquel il étoit exposé, engagea la cavalerie de le suivre à la nage, s'élança à Teau et, se croiant suivi, gagna Tautre bord ; il fut bien surpris de s'y trouver seul et revint sur ses pas rejoindre sa troupe immobile, que la violence du courant avoit intimidée ; il lui reprocha sa lâcheté. Ses discours, sa double expérience, et plus que tout cela, les hussards de Westermann qui paroissoienl sur la hauteur; en décidèrent uu grand nombre à le suivre. Plusieurs s*y noyèrent, et LaRochejaquelein fut assez heureux pour traverser une troisième fois et faire sa retraite en la Vendée, malgré les troupes républicaines stationnées à Saittt-Florent, qui voulurent en vain lui disputer le passage : pour terminer sur son compte, il fut tué quelque temps après dans une rencontre où un acte d'humanité Tavoit engagé trop avant.
«Les Vendéens restés du côté d'Ancenis fuirent précipitamment devant les troupes républicaines qui les atteignirent et les battirent à Savenay ; le reste se sauva dans les marais, se rallia peu à peu et trouva* encore moyen de passer la Loire entre Nantes et Paimbœuf, du côté d'Indray, et d'aller grossir l'armée de Charette.
« On peut évaluer à dix mille en tout le nombre de ceux qui repassèrent la Loire, mais c'étoit l'élite de l'armée. Leur perte depuis leur premier passage peut être évaluée à soixante mille hommes en tout, mais ils tuèrent aussi beaucoup de républicains. Ce qu'il y a de 'plus cruel et de plus affligeant, c'est que dans de pareilles guerres, de quelque côté que penchât la victoire, c'étoit toujours le sang françois qui Couloit. Tel est le résultat des guerres civiles dont il e$t impossible de raconter
toutes les horreurs. Un voile impénétrable en cour vre une partie dans ce moment, il sera réservé A nos neveux de le soulever,
« Ce récit est le résullat qu'on a pu recueillir en des difTérenles notes qu'on s'est procurées ; elles por-< ient le caractère de Tauthenticité, étant attestées par des témoins oculaires et tous dignes de foi. »
Rapport et lettre» de lleiialieB.
J'ai longuement parlé de la partie du Rapport de BenaDen qui a trait à la reprise du Mans, et des lettres de ce commissaire du départenient de Maine-et^Loice. J'ai dit que je m'étais inutilement transporté deux fois à Angers, pour en consulter les originaux aux Archives. M. Port connaissait leur existence dans le dépôt dont il est le savant et si zélé conservateur, mais ne put parvenir à les découvrir pour m'en donner communication. Plus heureux ultérieurement, il a bien voulu m'instruire obligeamment de la découverte de ces pièces , qu'il a utilisées dans l'article consacré à Benaben dans son Dictionnaire de Maine-et-Loire,
Je les ai parcourues à mon tour avec un vif intérêt. Benaben, comme dit Grille, n'épargnait pas le papier : ses lettres sont sur le ton familier et badin, dont il ne savait pas môme se départir en face des plus dramatiques événemenls; elles sont écrites d'un seul jet et d'une façon toute primesautière. Ce caractère original de la correspondance de l'ancien oratorien d'Angers ne se retrouve plus dans son Rapport^ beaucoup plus terne, et d'une lecture moins attachante.
Ecrites au jour le jour, les lettres du « commis-saire «îivildu département de* Maine-et-Loire près des arm$e$ » vont du 19 octot^re i793 au iO janvier
DANS LA SAHTHE. 439
1794 (21 nivôse an H), et renferment de curieux détails sur la campagne d'outre-Loire. C'est là seulement qu'on rencontre des renseignements étendus sur les faits et gestes d*Olagnier à Craon, et sur rétal des esprits à Rennes. Les appréciations intimes que Benaben se permet sur le compte des généraux, et leurs fausses victoires, ne se retrouvent pas non plus dans le HapporL
Le ^octobre, il écrit de Ghâteau-Gontier : a' Je vous avais écrit aussi .que nous avions remporté un avantage sur les Brigands. Tel a été en eftet Me rapport de Westermann, mais il paroît que nous avons perdu beaucoup de bons soldats dans cette affaire et que cet avantage est un véritable échec.» A Reunes, il s'afflige ^ien souvent du manque de concert des généraux républicains : c( Il paroît que la plupart des revers ne sont dus qu'au peu d'accord de nos généraux et au défaut de leurs relations (31 octobre).» — «Je ne sais ce que c'est que de cacher la vérité ; je vois ici beaucoup degensenhabitdegénéraux, mais je ne vois point de général. Celui que nous avons emmené d'Angers me paroît le plus instruit de tous. Cependant c'est un jeune homme qui ne sauroit avoir une grande expérience. Au reste il peut compenser ce défaut par la prudence et je lui rendrai la justice qu'il en a mis jusqu'ici dans toutes ses opérations (3 novembre).» Bientôt il fait plus imimement connaissance avec Marceau. Delaâge le présente le 15 novembre au jeune général et l'engage à suivre sa colonne : « J'ai été irès-content de son étalmajor. 11 paroît composé'de gens sages, intelligens et d'une tempérance remarquable dans une armée comme la nôtre. Aucun des individus qui le composent ne boit ni liqueurs, ni'eau-de-vie, pas môme au moment du combat (16 novembre),,» Ailleurs il appelle encore Marceau «un jeune homme plein dç courage çt dç bopnç vçlonté, » tandis qu'ij
rougit des autres généraux non expérimentés, non républicains , n'ayant aucune connaissance de leur métier, ne cherchant pas même à en acquérir. « On diroit qu'ils n'ont accepté ces emplois que pour s'y enrichir ou se livrer plus .impunément k toute la dépravation de leurs^ mœurs (14 novembre). » Il prétend à Antrain, le 19, que les chefs n'ont presque point paru dans le combat, et ont peut-élreété cause de la défaite. Le 22, il leur reproche de nouveau leur défaut d'entente, l'ambition de Weslermann, l'avarice de Marigni ; le 3 frimaire, il attribue encore la déroute de rayant-' veille .à leur ineptie.
De Rennes, il donne des détails sur le bataillon de Château-du-Loir, qui voulait retourner à Saumur, et refusait de prendre l'habit national « sous prétexte que les brigands massacroient tous ceux des prisonniers qui étoient revêtus de cet habit (9 et 12 novembre). »
Le 13 il écrit : « L'ennemi a surpris il y a trois jours un courrier de notre Comité militaire qu'il renvoya avec une lettre signée*: La Roche-Jaquelin^ Des EssartSy d'Autickamp^etc^dB.nsldiqueWe ces messieurs disoient qu'ils auroient pu, suivant les lois de la guerre, le traiter comme espion ,• mais qu'ils n'avoient voulu lui faire aucun mal aiîu qu'on reconnût en eux les véritables amis de la monarchie, 'de la justice et de l'humanité. Ils ont donc peur, puisqu'ils commencent à être humains ! »
Mais ce qui est plus intéressant pour Thistoire du Maine, c'est la partie de la correspondance de Benaben qui suit l'échec des Vendéens au siège d'Angers, et a trait à leur marche dans le département de la Sarthe.
On tn»uve daus l'ouvrage de Grille (t.Iil, p. 26^7) la lettre qu'il écrivit de Baugé le 17 frimaire, au soir; mais çllç n'est reproduite, commode cou-
DANS LÀ Si^RTHE. 441
tume, qu'avec plusieurs inexactitudes et des sui>pressions. On n'y retrouve pas ce que Benaben dit en terminant : « J'ai eu une très- vive altercation avec le général Muller et son adjudant général ; je vous prie de les dénoncer pour mot au Comité révolutionnaire ou roiliiaire. »
La lettre du lendemain 18 s'étend longuement sur cette altercation relative à la berline que Muller s'était appropriée aux dépens de la nation (1).
Le Rapport de Benaben contient tout ce que la missive renfermait d'intéressant à d'autres égards. 11 y dit que l'armée a manqué pendant trois jours de pain,. de viande et de fourrage."
La lettre écrite de FouUetourte le 23, après la déroute de Muller, se retrouve également dans le Rapport : elle spécifie ainsi le théâtre de l'action en avant de Pontlieue : <• Nous avions devant nous une petite hauteur sur laquelle on avoit placé de rartillerie ; à droite et à gauche étoient des bois de sapin dans lesquels on avoit jeté quelques tirailleurs.» On y voit réloge de Delage et des chasseurs de Mayence qui « se sont battus comme des lions,- et ont poussé deux fois l'ennemi jusque dans ses retranchemens. »
Après avoir compté souper au Mans, Benaben»
qui avait suivi les fuyards, écrit d'un ton un peu désappointé : « J'ai été obligé de m'en retourner le ventre vide k Foultourte, où l'on ne trouve guère de quoi le remplir, o
Le lendemain 33, à cinq heures du matin, il écrivait de cette commune :
(1) On trouve quelques jours plus tard, le S3, an sujet de cette berline, une leUre du maire et des municipaux de Bangé, après leur rentrée dans cette commune, qui prouve que l'invasion bissa la municipalité saine et sauve. •» Voif ci-dessu^t t- 1*% p< ?'^« une note II mQdiflçr,
«J'apprends dans ce moment que les ennemis ont évacué Le Mans et que nous y sommes entrés. Toutes les colonnes, môme celle qui étoit à Fouitourte, ont filé de ce côté et je^ne larderai pas à les suivre. On ignore encore la roule qu'a prise l'ennemi; je compte vous en instruire bientôt, ainsi que du succès de nos armées. » Dans le reste de sa lettre il ne s'occupe que de son cheval qu'il renvoie, dit-il, comme n'étant guère propre à une armée : il demande aux administrateurs d'Angers « un bon cheval qui ne soit ni rétif ni ombrageux, » Les qualités de son coursier l'occupent autant que la prise du Mans.
Les administrateurs de Maine-et-Loire, .qui partageaient ses sentiments à l'égard des chefs de l'armée, écrivaient le même jour : « Nous ne sommes pas étonnés de rentrée des Brigands au Mans. Tant que les généraux n'iront pas plus grand train et ne prendront que des mesures partielles pour les arrêter, ils iront loin, et la promenade qu'on se plaît à faire, parce qu'elle est lucrative, durera longtemps. . . La guerre fait la fortune des généraux ; elle ne finira que quand la Convention restreindra leur paye à celle de caporaux, avec promesse d'une gratification proportionnée à leurs services, payable à la fin de la guerre. »>
Nous sommes enfin arrivés à la lettre de Benaben écrite du Mans, le 23 frimaire, à deux Heures du soir, et racontant brièvement la prise de cette ville. KUe fut imprimée en placard 4 Angers, chez Mame. Son texte a été reproduit par Grille (t. III, p. 299), mais avec d'inexplicables différences {!).•
(l)^VûJcJ ie principal passage altéré par Grille : < Toute la division de Muter n*est venue au Mans que longtemps après que le reste de notre armée avoit quitté cette ville pour marcher à la poursuite de l'ennemi ; elle y a passé toute la nuit tandisque Carpentier avec ses cent hommes campoit six lieues au-delii. » Il n'est nuUemeot question de JUlj,
£n la datant du ^ frimaire, deux heures du soir, Benaben a fait une erreur évidente, comme on peut s'en convaincre par ce qu'il ditdeMuUer et de Carpentier. Elle a été vraisemblablement écrite dans la nuit du 23 au :â4 à deux heures du matin (1).
Le 25 au soir, il reprenait la plume à Laval.
« Toute l'armée est réunie ici, à l'exception de Weslermann. Imaginez trente-cinq lieues de chemin couvertes de cadavres. Les paysans ont fait une battue aux environs du Mans et en ont plus lue que nous n'en avons fait périr au siège de cette ville. Quelques grandes dames, entre autres la femme du ci-devant duc de La Rochefoucaud et ses trois fiiies, ont été fusillées au Mans. D'autres en pelisse et en bonnet suivent nos armées, non en voiture, mais à pied. »
II termine en disant des Vendéens, avec son manque de sérieux habituel : « En vérité ces genslà ont perdu la tête. Ou s'ils ne l'ont pas perdue, ils ne tarderont pas à la perdre, non dans le sens figuré, mais dans le sens naturel. Ainsi soit-il(2). »
De Pouancé, le 28, il écrit que le fameux chapeau qu'il avait trouvé au Mans n'est pas celui de La Rocliejaquelein toujours vivant, mais celui de Duhoux :
tf ti a péri à ce siège mémorable, dit-il, quelques
(1) Dans son Rapport Benaben dit qu'il a qaitté Le Mans- Je 34, sur les onze heures, avec Carpentier, ce qui se concilie difficilement avec le texte de sa lettre, ainsi que je l'ai déjà dit, 1. 11, p. 81, note 1.
(3) La lettre de Turreau et de Prieur, écrite aussi de Laval le 35 frimaire, à Francastel, qu'on trouve dans Grille, t. III, p. 313, est bieu authentique ; parue , d'abord dans les Affiches d'Angers, du 26 frimkire, elle a été reproduite dans quelques journaux du temps. Je n'ai fait l'acquisition d'une importante collection des rarissimes A/fiche» d'Angers que trop tard pour pouvoir l'utiliser ici.
Dilhoux. Il n'est ni beau ni bien fait ; mais tel quMl est il fera un trophée à notre fête de demain pour la conquête de Toulort. »»
Bientôt Benaben rentrait à Angers, c A son retour, dit M. Port, il s'occupa sur la demande de l'Administration de r(»diger un rapport d'ensemble, dont par prudence il se contenta de déposer le manuscrit au district. L'exemple de Philippeaux et de Weslermann condamnés pour excès de zèle et de courage lui recommandait assez la patience, » comme i! le déclare dans sa Préface imprimée.
Ce rapport, écrit avant thermidor et qui existe encore aux archives d'Angers, bien que fait avec les lettres, n'en est pas une simple reproduction
* et une pure copie ëcourtée. Il contient tantôt des additions aux lettres, tantôt des suppressions, sans parler de la disparition des réfl»^xions humoristiques et gasconnes de l'auteur. On n'y retrouve pas par exemple ce qui a trait aux noyades ; ce
' qui a rapport à la prise du Mans est beaucoup plus explicite que la correspondance : « Je fus témoin de toutes les horreurs que peut présenter une ville prise d'assaut. Les soldats s'étant répandus dans les maisons et en ayant retiré les femmes et les filles des Brigands qui n'avoient pas eu le temps d'en sortir et de prendre ia fuite, les emmenoient dans les places ou les rues où elles éloient entassées et égorgées sur-le-champ à coups de baïonnette, de fusil ou de sabre. Entin la fureur du soldat étoit telle que le général en chef, craignant sans doute qu'elle ne se portât à la fin sur quelques patriotes, ne trouva pas d'autre moyen de faire cesser le carnage que de faire battre la générale. Voilà ce que révèle le rapport manuscrit sur le sac du Mans. C'est plus que la lettre et moins que l'ouvrage imprimé. Il contient ce qui a trait aux cadavres nus et entassas sur la route de Laval
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comme des cochons qu'on awaii voulu saler. On emmenait, dit-il, les hommes et les femmes suspectes, non réclamés ; « nous ne leur donnions la mort que dans le cas qu'ils ne pussent pas marcher; car nous n'avions pas de voitures pour les transporter. » L'auteur termine son couvre par ces mots adressés aux administrateurs : « C'est à vous de voir si les revers sont du;3 à la trahison ou à rineplie de nos généraux. Je pense que c'est à Tune et à l'aulre de ces causes : » péroraison assez hardie sous le régne du Comité de salut public.
Benaben s'était ensuite enseveli dans une solitude profonde pour se faire oublier. Quand le 9 thermidor vint lui rendre la parole, il en profita -pour joindre sa voix au cri public en publiant son Rapport sur la Vendée, à l'exemple de Lequinio et de la veuve de Philippeaux. Mais la chute de Robespierre était venue donner à la plume de l'é* crivain une liberté qu'elle n'avait pas naguère, et rendre à la conscience du citoyen une appréciation plus saine et plus nette des événements. Benaben fit donc de nombreuses modifications à son compte rendu avant de le livrer à l'impression, afin aussi de le .mettre à l'unisson des sentiments du jour.
C'est dans le Rapport imprimé qu'on trouve, page 79, la description des cadavres mis en batterie, lors de la prise du Mans. M. Port a cru devoir attribuer à Vial l'addition de cette page dramatique.
Rien selon moi n'autorise à attribuer à cet ami si fameux de Benaben les différences qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, existent entre le rapport manuscrit et le Rapport imprimé. M. Port a tiré, comme on va le voir, des conclusions excessives et erronées de la part que prit Viàl à rimpression du manuscrit de l'ancien ora-^ torien d'Angers.
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Vial a raconté lui-môme comment il se trouva associé à la publication de Touvrage de son ami. (Voir les Affiches d Angers du 13 février 1793.)
a Après que le peuple français eut reconquis le droit imprescriptible de parler et d'écrire, le citoyen Benabeti, professeur de mathématiques^ crut pouvoir rendre public le compte par lui rendu au département de Maine-et-Loire, comme commissaire civil près les armées de TOuest.
« Les administrateurs du districl d'Angers Payant ensuite appelé pour être un des élèves de l'école normale, il fut obligé de partir pour Paris, au moment que son ouvrage allait être mis sous la presse ; alors il crut devoir charger, pour en suivre Tim- 4)ression, quelqu'un qui connût les traîtres qui ont suscitéy envenimé et acclimaté Taffreuse guerre de la Vendée; il s'adressa au citoyen Vial, qui s'est acquitté de cette commission.
i< Cet ouvrage est véritablement national et peut servir de fragment pour l'histoire générale de cette malheureuse guerre. Les considérations et les notes dont l'auteur a enrichi sa production, sont , piquantes et décèlent de* grands coupabjes; elles annoncent que ces personnages n'étaient que les agents de la faction conspiratrice que la Convention poursuit avec autant de justice que de courage »
Ces lignes indiquent que la part de Vial se réduit toutsimplementk la correction des épreuves du Bapport de Benaben, dont le manuscrit était complètement prêt pour l'impression lors du départ du professeur angevin. Un examen comparatif du premier travail manuscrit ei du Rapport imprimé suffit, du reste, pour prouver que les modltications apportées sont bien le fait de Benaben, et ne peuvent émaner que d'un témoin. C'est ainsi que le premier compte rendu dit qu'il aperçut une centaine de cadavres sur le bord du chemin ^ cinq ou
six lieues du Mans. Le Rapport imprimé «goûte: « à côté du prieuré de Chassillé. » Benaben seul, qui avait suivi la route de Laval, et non Yial, pouvait ainsi préciser le lieu de la scène, et faire à son texte primitif cette addition que je cite au hasard, parmi bien d'autres.
Laissons donc à Benaben la responsabilité pleine et entière de ses allégations : il l'assumait lui-môme quelques mois plus tard (voir les Affiches d'Angers du 20 avril 1795), en répondant à un citoyen qui lui demandait une rectification :
a Apprends que je ne crains rien, sinon de trahir la vérité. Certes je m*aitendois bien que mon mémoire ne manqueroit point de me faire des ennemis, parce que j'y distribue plu^ le blâme que la louange, et cependant je n'ai pas balancé à le faire paroltre, sitôt qu'il m'a paru pouvoir être utile \k la chose publique. »
Chacun pourra désormais apprécier les phases diverses de la pensée de Benaben sur le sac du Mans ; je suis heureux, grâce à l'obligeance de M. Port, d'avoir pu élucider de la sorte ce point intéressant.
Débuts de la ehonannerie dans la Sarihe.
Une faudrait pas prendre tout à fait à la lettre ce que je dis de la coïncidence de la mort de Robespierre et du soulèvement des Chouans dans la Sarthe. Cette insurrection, qui prit alors, il est vrai, ui) plus grand développement, datait de beaucoup plus ipin dans cette partie du Maine, et y avait débuté aussitôt que dans la Mayenne, au moins quant à la région qui touche à ce département, dans la Charnie, célèbre par le camp de la Vache-Noire et les faits et gestes de Courtillé, dit Saint Paul.
•Dès le mois de mars 1792, quatre à cinqo^nts hommes armés de toute espèce d*armes, fusils, faux, faucilles, fourches, etc., se réunissaient dans la paroisse de Montreuil-en-Champagne. Les oDiciers municipaux d'Epineu-le-Chevreuil se plaignaient au district de cet attroupement séditieux, auquel les habitants de leur commune avaient pris part, et qui précéda môme de quelques jours l'attroupement relatif à la pétition au district d'Evron du 2 avril 1792. De nouveaux faits de violence se produisirent dans la commune dans le courant de juin, et la municipalité fut elle-même suspectée de sentiments antipatrioliques. Le 22 octobre, elle écrivait que le trouble régnait plus que jamais depuis Tobligation de la prestation du serment et menaçait d'abandonner son poste.
Depuis cette époque des soulèvements locaux, émanés d*un sentiment de résistance au nouvel ordre de choses, éclatèrent sur plusieurs points du département. En mars 1793, le recrutement en occasionna tant au Mans que dans presque tous les districts. En mai eut lieu celui de Mézeray; en septembre éclata le plus important de tous dans les districts de Brûlon et de Sablé. Arrêté dans son germe, réprimé avec la plus excessive rigueur, il n'eut d'autre effet que de jeter dans les prisons un nombre considérable de prévenus hommes et femmes, et de faire monter sur Téchafaud douze victimes (1). La rigueucdô la répression et l'oc-
(1) Cette insurrection a laissé de trop nombreux documents dans les dossiers des Comités militaires qui furent institués dans le but d'interroger les prisonniers, psur que je puisse la raconter dans cet appendice Elle mérite une notice spéciale. — Voir pour les documents imprimés : Détail véritable de l'attroupement formé dans le département de la Sarthe, district de Sablé, dressé par la commune de Paillé, 8 p. in-4», Pivron; M. Marc, Recherches historiques sur Sablé, p. 169 et suiv., etc.
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cupation du pays conlinnée par la forée armée, à cause du voisinage des Vendéens, empochèrent rinsurrection royaliste de se reformer et de s'étendre à d'autres régions, tandis que le passage de Tarmée vendéenne alors victorieuse et l'indignation causée par les condamnations de la Commission militaire lui donnaient de nombreuses recrues dans la Mayenne.
Dans la Sarthe, Tinsurreclion ne commença à poindre de nouveau, d'une façon appréciable, qu'au printemps de 1794, et préoccupa dès lors Garnicr de Saintes encore en mission dans la Sarthe (1). Le notaire de Poillé, Dubois, signalait l'apparition des Chouans le 2i prairial. Le district de Fresnay n'était pas tranquille. Le 45 prairial, le Comité de Beaumont procédait à l'interrogatoire d'un cultivateur de cette commune, Matthieu Voile, accusé d'intelligence avec les Chouans, et qui arrivait d'un voyage à Sainte-Suzanne, Sablé, Poillé, où il venait d'être arrêté. Matthieu Voile parvint à s'évader et ne fut condamné que par contumace (% mais sa femme Renée Launay fut moins heureuse. Le Comité de Beaumont fit part, le l»*" messidor, au Comité de salut public de son arrestation, comme suspecte d'inlelligence avec les Chouans. Traduite au tribunal révolutionnaire de Paris, elle fut condamnée à mort et exécutée le 3 thermidor. Ainsi, avant la mort de Robespierre, l'insurrection des Chouans avait eu des apôtres et des victimes dans la Sarthe, et c'était une femme appartenant à ce parti, qui, la première, avait porté sa tête sur l'échafaud.
(1) Voir M.Marc, p. "170 et 171. sur la première apparition dé la chouannerie it Asniëres et Précigné.
(2) Matthieu Voile ne s'était pas enfui bien loin, car, dans la nuit du 18 vendémiaire au Itl, il se présenta dans la maison de son gendre, Pannetier, cultivateur îi Salvert, commune de Beaumont.
4Kâ LES VENDÉENS
Le 9 messidor, Garniar de Saintes, parlant déjà des provocations à passer avec les Chouans, et des brigands qui se réunissaient « à ces coquins dans la forêt de Sillé, » écrivait au Comité de salut public : a Vous voyrz que partout dans ce département on trouve des germes de malveii.lance qui exigent un exemple d'autant plus frappant que, dans les différents districts où il y a eu des mouvements maintenant apaisés, il y existe des hommes mal intentionnés qui, fori^és à se cacher, n'attendent que le moment d'agir et de se montrer. »
De Bordeaux il ordonnait, le i«' thermidor, l'arrestation de deux royalistes avoués, principaux agents de la chouannerie au Mans ; « Je viens de recevoir des renseignements sur la moralité et les principes des nommés Lambert et Launay, exavocats, qui ont été aristocrates puants et qui sont parvenus à surprendre ma bonne foy. Il convient de les remettre dedans ; car la modération est U poison du gouvernement révolutionnaire. »
Dès le il prairial, les administrateurs du district de Sillé se montraient vivement inquiets de l'apparition « des brigands » sur leur territoire, et demandaient à la force armée d'Evron de concourir à les en délivrer.
Ganiier, le 4 messidor, avait applaudi à leur sollicitude a pour débarrasser la République de quelques brigands qui paraissent se réunir dans la forêt de la petite Charnie. » 11 leur recommandait de ne pas donner le tempç au noyau de grossir.
Depuis le 27 prairial jusqu'au 4 messidor, les communesd'Epineu, Chemiré, Joué, Saint-Symphorien, Ruillè, signalent dans leurs communes et dans la petite Charnie des bandes ne dépassant pas vingt hommes, et volant les fusils des patriotes. Le 4, une battue fut organisée par les commissaires du district de Sablé, pour les détruire
dans leur naissance, à Taide du bataillon des Ardennes. Le même jour, le général de brigade Lebley, de l'armée des côtes de Cherbourg, écrivait d*Alençon, au district de Sillé, au sujet de la demande d'une force armée qui lui avait élé adressée.
Bientôt il se transporta sur le théâtre de Tinsurrection. Le 20, il demandait de Sablé au district du Mans de mettre en réquisition permanente quatre cents hommes, dans Tàrrondissement, prêts à marcher. Les 23 et 25, et lele"" ihermîdor, il prenait de nouvelles mesures dans les districts.de Sablé, Sillé et Fresnay, pendant que de son côté, dans la Mayenne, le général Loichon, qui dirigeait le bataillon de Tarmée de la Mayenne, stationné à Ëvron, tcnlait de s'opposer aux progrés du soulèvement à Vîûges, Cheméré, etc.
Ainsi rinsurrection des Chouans était commencée en réalité, dans la Sarthe, avant le 9 thermidor, quand la proclamation du général Vachot, vers la moitié de ce mois, fut adressée aux districts de rOuest de ce déparlement et à celui du Mans.
Les événements qui suivirent contribuèrent seulement à facilitef son développement (1).
lieé réfugiés.
Pour que celte histoire des Vendéens dans la Sarthe soit complète, il me faut ôite quelques mots aussi du sort des Réfugiés , que vinrent y jeter au mois de ventôse an II les arrêtés insensés de Garrau, Heutz et Francastel.
(1) Voir Proclamation de rachat f général commandant en chef les troupes réunies contre les Chouans^ aux habitants des campagnes. Placard s;ins date, ^ Laval, de rimprimerie de J. Dariot, rue de la Probité. — La lettre d'envoi qu'il en fit an district de Fresnay porte sa signature, ^
Le 2 veniôse (30 février), ces représentants avaient pris «à la sollicitation de Turreau un arrêté qui peut être considéré comme le dij^ne complément du système de pacilîcation imaginé parce général. Cet arrêté, daté de Nantes, porte que « tous les réfugiés des pays révoltés des départe- «t ments de lOuest, qui se sont retirés dans toutes 9 les communes situées à six lieues au delà des « rivés de la Loire depuis Nantes jusqu'à Tours, « devront s'éloigner dans l'intérieur à vingt lieues « au moins du théâtre de la guerre; » et ce, sous peine d'être considérés et traités comme suspects. Les réfugiés dont il s'agit ici sont, il ne faut pas s'y méprendre» les citoyens qui, fidèles à la République ou du moins étrangers à la rébellion, ont été repoussés par les insurgés ou ont fui devant les ht)rreurs de la guerre, et sont venus chercher asile, avec leurs femmes et leurs enfants, dans les communes plus proches de la Loire et mieux protégées par les armées républicaines (1).
Cette barbare et stupide mesure de proscription, à laquelle Vial tenta vainement de s'opposer, avait pour but de faciliter la mise en pratique du système sauvage de destruction générale que Turreau allait inaugurer dans la Vendée, et « de ne laisser plus dans les pays révoltés que les rebelles, qv^ Ion pourra plus aisément détruire et sans confondre avec eux des innocents et de bons citoyens. » A côté de cet arrêté du 2 ventôse, il faut lire la lettre écrite le 7 par les mêmes représentants aux administrateurs de Maine-et-Loire, et l'adresse du 9 des «administrateurs de ce dépar-* tement à leurs concitoyens, pour les inviter à l'obéissance, k l'abandon de leurs foyers, à l'en-
(1) Voir, M. Eugène Poitou, les Représentants du peuple en mission dans le département de Maine-et-Loire {Revue de l'AnfOU, 1852, p. 309).
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lëvementdes récoltes, afin de ne « laisser aux Bri-. gands que la perspective de-mourir de faim ou de tomber sous nos coups (1). »
« Un cri de douleur et de désespoir s'éleva à cette nouvelle des rives de la Loire,» a écrit M. Poitou qui, jusqu'à ce jour, a le mieux dépeint tout Fodieux et toutes les misères de cette nouvelle émigration forcée. « La ville d'Angers fut encombrée d'une foule de malheureux, femmes et enfants, malades et blessés, qui traînaient dans les rues et sur les places le spectacle lamentable de leurs misères et de leur désespoir. On les entassait dans les églises. Les choses les plus indispensables manquaient pour les secourir, v
Je dois me borner ici à raconter le sort des réfugiés dans la Sarthe, où ils arrivèrent bientôt en grand nombre. Leur séjour à Angers n'était que le commencement de leur hégire. Ils avaient dû seulement y être conduits escortés de fantassins^ et y demeurer provisoirement sous bonne et sûre garde, jusqu'à leur transfèrement à Amboise, Blois, Orléans, ha Flèche, Le Mans, Chartres. (Arrêté du 29 ventôse.)
Le département de la Sarthe eut donc à se préoccuper de ces envahisseurs d'un autre genre, de ces bouches affamées qui venaient encore augmenter la disette, et épuiser les caisses publiques. L'arrêté des représentants près l'armée de l'Ouest avait décidé que les administrations fourniraient des secours provisoires aux réfugiés vendéens pour leur subsistance et les prendraient sous leur protection.
Dans sa séance du 16 ventôse, le département de la Sarthe invita les municipalités et les districts à s'y conformer, et statua que les secours demeu-
(1) Vuir ces trois pièces rcaoies, imprimées au Mans chez Pivron, 7 p. in-4«.