LIBERTÉ, ÉGALITÉ
Arrêté du citoyen Garnier de Saintes j représentant du peuple dans les départements de la Sarthe et de Loir-et-Cher,
« Nous, représentant du peuple, prévenu que les réfugiés de la Vendée, actuellement dans celte commune, reçoivent par jour 30 sols de la nation, et qu'à rajdede ce traitement ils vivent ici dans un état de fainéantise et d'oisiveté qui les rendent à charge à tous les habitants ;
« Considérant que, lorsque nos collègues à l'armée de l'Ouest ont accordé à ces réfugiés une somme de 30 sols par jour, leur humanité en venant au secours de l'infortune n'a jamais été de rendre ces individus inutiles à la République ; considérant que l'homme oisif qui se plaît dans son oisiveté est toujours un homme vicieux et devient par cela môme suspect; .
« Considérant que plusieurs des habitants de la Vendée ont refusé du travail, malgré qu'on leur en ait offert et que, par ce refus, les citoyens ont à juste titre conçu des inquiétudes sur leur patriotisme; pour tirer parti de ces individus d'une manière utile pour eux et pour la chose publique, nous arrêtons ce qui suit :
« Art. !«'. — Tous les réfugiés de la Vendée qui sont actuellement'domiciliés dans les départements de la Sarthe et de Loir-et-Cher seront tenu* dans..
les trois jours delà publication de notre arrêté de se faire inscrire à la municipalité du lieu de leur résidence, d'y déclarer leur profession et l'état dans lequel ils se disposent de travailler.
« Art. 2. — • Cette déclaration faite, les officiers municipaux leur indiqueront les ateliers ou manufactures dans lesquels ils pourront aller travailler, et si elles n'ont pas de moyens de les employer, les citoyens pourront aller demander aux dites municipalités de mettre pour eux en réquisition le nombre d'ouvriers dont ils auront besoin.
« Art. 3. — Ces particuliers ne pourront se refuser d'aller travailler dans les maisons qui les auront réclamés, à la charge d'une rétribution qui leur sera payée d'après la taxe réglée par la municipalité.
a Art. 4. — Ceux qui refuseront de déférer aux réquisitions seront privés des 30 sols par jour qui leur sont alloués par nos collègues de Tarmée de l'Ouest.
« Art. 5. — Les tilles et femmes seront également dans le cas de la réquisition, et il sera procuré de Touvrage à celles qui ne pourront aller dans les maisons.
« Art. 6. — Ceux cependant qui sont habitués aux travaux des campagnes, pourront y être employés par la voie de la réquisition.
« Art. 7. — Demeureront exceplésdela réquisition : les hommes et femmes infirmes et qui' ont atteint au delà de soixante ans, sans quils puissent se refuser au travail dans leurs maisons, si leur état le leur permet.
« Art. 8. — Ceux ou celles qui auront persisté plus de trois jours dans le refu? de la réquisition, seront regardés comme mal intentionnés et traités comme suspects.
« Art. 9. — Passé le mois de floréal, tous les individus riches de leur taxe et du fruit de leur
travail, seront ténus de se loger à leurs frais, les habitants des communes ne pouvant supporter une charge aussi grevcuse, lorsqu'ils sont obligés de loger si souvent les défenseurs de la patrie.
« Ceux oucellesde ces réfugiés qui seront surpris, allant dans les campagnes, acheter les denrées des cultivateurs, qui, par ce moyen, se dispenseraient d'approvisionner les marchés, seront punis d'un mois de détention, et les denrées achetées demeureront consignées au profit des pauvres de la commune où la saisie des denrées aura eu lieu.
« Le Mans, 4 floréal, an second de la République française, une et indivisible*
« Garnier (de Saintes).
« Tristan, Secrétaire de la Commission nationale (1). w
Le 3 prairial, la Municipalité du Mans publiait que l'arrêté de Garnier allait être exécuté. Les réfugiés cessaient d'être à la charge des citoyens, et devaient se loger à leurs frais à partir du premier. Le 9 messidor, affligée de nouveau de la fainéantise des réfugiés, elle leur adressait une proclamation pour les inviter au travail, et décidait que ceux qui ne s'y conformeraient pas seraient privés de leurs indemnités. Le 15, elle revenait à la charge, invitait le district à publier encore l'arrêté de Garnier, et arrêtait derechef que les fainéants seraient privés de traitement.
Le 5 thermidor an 11, le directoire du district mandait aux communes de ne délivrer l'indemnité de 20 sols par jour qu'aux vieillards ou aux infirmes, et à ceux qui avaient un trop grand nombre d'enfants à leur charge.
Il fallait cesser d'entretenir, disait-il, les réfugiés vendéens dans la vie honteuse de Toisiveté.
(i) Placard, au Mans, de l'imprimerie nationale, chez Pivron.
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Le 7 fructidor, le traitement des rétu^és M fixé d'après une nouvelle base. Les chefs de famiile seuls durent- recevoir 30 sols; ceux au-dessus de douze ans, ^ sols, et les enfants au-dessous de cet âge, 15 sols seulement.
Le séjour de ces réfugiés et des jeunes captives qui pouvaient être mises en liberté fit naître chez quelques fabricants Tidée d'établir au Mans une manufacture de mouchoirs, façon de Cholet, afin de tirer parti de l'habileté et des bras des ouvriers de la Vendée. Cet établissement se trouva de suite monté à deux cents métiers, et put occuper de nombreux réfugiés qui cessèrent de recevoir une indemnité aussi élevée que par le passé.
Les Vendéens se plaignirent dès lors de Tinsuffisauce de secours, de la différence existant dans l'indemnité qu'on leur accordait, dilTérence fondée sur la manière dont on interprétait Tarrôté de Garnier de Saintes. Le représentant du peuple Génissieu, le 8 frimaire an III, pria les autorités locales de^ remédier à cet état de choses. Les plaintes qu'on lui avait adressées étaient des plus vives, ainsi qu'on peut en juger par cette pétition :
« Les malheureux réfugiés de la Vendée en cette commune te représentent qu'ils n'ont point éprouvé leseiïetsde la bienveillance et de laprotection qu'ils avaient lieu d'attendre des habitants du Mans.
« Tantôt on les menace de les priver d'un traitement que la Convention leur a accordé comme un à-compte sur les dédommagements qu'elle leur a promis s'ils ne travaillent pour le compte d'une manufacture qui a employé la ruse et la menace pour les enrôler (1).
(1) G*était la mannfacture de moachoirs BesDard et Chevalier.
François-Yves Besnard établit cette manaractare an Mans en germinal an II. Originaire de l'Anjon, curé de Nooans dans la Sartbe avant la Révolation, il avait été an despr^*
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« Aujourd'hui, on paye SO lifres par mois à une femrtie qui ne file ni ne dévide point pour les manufaetures, et l'on ne paye que 16 livres et quelques sols àcellequi, surchargée des embarras
miers \i prêter serment (Voir Discours prononcé par M. le curé de Ifouans le jour de la prestation de son serment dW^tftf, Le Mans, 1791, in-8«), pois s'était retiré dans son pa)s. Il abdiqua à Angers, le 38 frimaire an II, tontes fondions ecclésiastiqaes. Ses lettres de prêtrise furent brûlées sur Tautel de la Raison, dans le temple de l'Être suprême (l'église Saint-Maurice), par Francastel» en même temps que celles de l^évêqne Peltier, A'Horatius'Coclés Coquille et de cinq autres prêtres. Bientôt il vint fonder au Mans une fabrique de mouchoirs il rinstar de celle de Cholet ; mais, s'il faut en ci^re Mortier-Doparc, < il gjgna beaucoup plus au trafic des biens nationanx qu'à celui des mouchoirs. » (Voir Mortier-Duparc^ représentant du peuple, député de la Sarthe, à ses collègues du même département, sur l'une des calamités gui affligent le département de la Sarthe et le désir d'y voir apporter remède, ^ pages in-8«, 1» ventôse an VII.) Devenu membre, et même président du Directoire du département, Besnard eut de grandes facilités pour se livrer aux opérations' de la bande noire. La Visitation, la maison de Tessé, la Cathédrale, furent tourii tour menacées d'être achetées par lui pour y établir une fabrique, on pour être livrées au marteau des démolisseurs, comme le furent l'ancien Évêché et sa curieuse chapelle. Son administration fut vivement attaquée par Hor-. tier-Daparc dans l'écrit que je viens d^ citer. II présenta son apologie dans un Mémoire intitulé : Observations sur un écrit ayant pour titre : Rapport du citoyen MortierrDuparc. Au Mans, cbe% Merruau, germinal an Vil, 20 pages in-8*. (Voir aussi Compte rendu par l'administration centrale du département de la Sartke, depuis te 33 floréal an VI Jusqu'au 15 floréal an f7/.)Il quitta la Sarthe il la veille de l'avènement du Consulat. On peut se renseigner sur ses sentiments dans les discours imprimés qu'il prononça pendant la période révolutionnaire.
Cette partie de sa vie a été complètement laissée de côté dans l'intéressant article que lui a récemment consacré le DiC' tiontiaire de Maine-et-Loire. BesnMûf dont l'esprit valait mieux 4|ue le caractère, a laissé une espèce d'autobiographie intéres^
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de son ménage, trouve encore quelques moments à employer à l'un ou à Tautre travail.
« Les boulangers disent hautement que bientôt il n'y aura plus de pain pour eux ; enfin, quoiqu'on dise que le travail des réfugiés, qui a été la cause occasionnelle de plusieurs établissements eu cette commune, soit un bonheur pour cette ville, il semble que Ton fasse précisément tout ce qu'on peut pour les dégoûter du séjour qu'ils y font. »
Ils s'élevaient contre la mauvaise interprétation donnée, selon eux, à l'arrêté de Garnier de Saintes portant que ceux qui travaillaient pour les manul'actures ne recevraient que Iff moitié ou le tiers de l'indemnité ; ils disaient, euxaussi, que c'était favoriser l'oisiveté des femmes. « Et pourquoi la f(,'mmc qui est saine et jeune ne travail le-t-elle pas ? » Le salaire des fileuses était aussi trop minime, suivant uux, pour leur faire encourir la réduction portée par l'arrêté.
« Veuiliez,citoyen représentant, ajoutaient-ils en terminant, apporter sur cette partie de l'administration l'œil de surveillance et de redressement, afin que des malheureux qui ont vu leurs pro^ prlétés embrasées et tout leur avoir pillé, en éprouvant de la Gonveution, à qui ils sont attachés comme des enfants à leur mère, secours et protection, puissent faire retentir leurs ateliers des cris de reconnaissattce et de joie, comme ils le font tous les jours de ceux de :
« Vive la République ;
« Vive la Convention nationale (1). »
sainte soas le titre de : Souvenirs d'un nonagénaire. Ces Mémoires manascrits, que pos&ède aujourd'hui le eavant archiviste de Maiae*et-Loire, renferment de curieux renseignements sur notre pays, si pauvre en documents de celte nature.
(1) Cette p^ition est signée de Prudhomme, Rojou, entrepreneur à la manufacture de Tessé, Joseph Picherit, René Soolard, etc.