‹ Les vengeancesChapitre 67 sur 82 · LOZET, AUGER, BÉLANGER, BOISVERT ET TON- KOUROU · texte numérisé non relu

LOZET, AUGER, BÉLANGER, BOISVERT ET TON- KOUROU

LOZET.— Salut! salut! mes vieux!

On va avoir beau ça va aller ! . . . .

BÉLANGER. — Sapristi ! je me sens -en air de danser

BOISVERT. — Il faut en faire passer aux jeunes.

LOZET. — Les noces, ça réveille et ça rajeunit tout Je monde ! . , . .

AUGER.— Oui, bateau! même les mariés.

TONKOUROU, à Auger.— Allez ^vous à l'église, voua?

AUGER. — Faut bien t.... c'est ma fille,

enfin Et puis à quoi cela sert-il, bateau !

Je faire toujours de l'opposition suivons

le courant ! . . . . ou faisons vent arrière ! . . . (Louise en robe blanche entre avec sa mère.) SCÈNE IV.

BÉLANGER, allant vers Louise.— hh\ tu es charmante mon enfant, et c'est la dernière fois que je t'embrasse fille. Cil l'embrasse.)

BOISVERT, embrassant Louise— Qui, saperlotte, c'est une bonne bouchée !. . . .

TONKOUROU, à part. — Elle est belle,

la victime ! belle comme la lune! pure

comme la neige ! . . . . Cil n'ose l'embrasser et va lui tendre la main. Louise l'embrasse. Emu, les larmes aux yeux, il continue.) Ah! c'est le baiser d'un ange. Je me sens réhabilité. (Louise et sa mère s'assoient.)

LOZET. — Voyons ! asseyons-nous un peu, en attendant les autres, Tonkourou va nous parler des combats de St. Denis et de St. Eustache.

TONKOUROU.— Je le veux bien : cela vous intéressera. Je le ferai en peu de mots. (Langlois, Paton, Angèle Baptiston, Mitonne Germain et autres, entrent.) SCÈNE V.

LOZET se levant pour recevoir les invités. — Bonjour, mes amis, bonjour! On vous attend, on vous attend.

LE Père BÉLANGER Les vieux

vous ont devancés

LANGLOIS. — Bah! tant que le marié ne sera pas arrivé, rien ne pressera.

LOZET. — Asseyez-vous .... Tonkourou va nous parler de ta révolte en attendant le marié. (Ils s'assoient.)

TONKOUROU. - Le capitaine Léon venait de me sauver la vie. L'indien est vindicatif, mais il est reconnaissant. Je

fus touché de la noble action de ce pauvre homme que je persécutais injustement.

Je le délivrai des mains des Anglais, et de ce moment nous fûmes amis. Nous gagnâmes Sorel, puis St. Denis. Nous allâmes trouver Nelson etPapineau. Ils eurent confiance en nous. Léon eut un commandement, moi je me fis espion. Espion pour servir son pays, ce n'est pas un déshonneur., mais c'est un métier bien dangereux.

AUGER.— Oui, bateau ! il faut de la bravoure, du sang froid et de l'esprit.

LOZET.— C'est vrai.

TOUS.— Oui, oui! c'est vrai!

TONKOUROU.— J'allai au-devant de l'armée du colonel Gore. Je parvins jusqu'au colonel. L'indien connaît le pays, lui dis-je ; il sait les intentions des rebelles. Veux-tu de mes services ! Oui, répondit

Gore ; mais tu joues ta vie Si tu me tra-

hissaisje te retrouverais, ne fut-ce que dans

l'enfer Alors je lui donnai quelques faux

renseignements et je conduisis son armée sous le feu de nos braves qui l'attendaient dans le village de St. Denis. Quand il s'apperçut du tour, je me sauvai. Les balles sifflèrent à mes oreilles mais je m'en

moquais pas mal cela m'eut été indifférent d'être tué : j'avais réussi. Les Anglais furent battus par une poignée de héros : Léon fit des prodiges. On avait forcé Papineau à s'éloigner. Sa vie précieuse pouvait être plus utile ailleurs. A St. Charles, les patriotes furent écrasés parle nombre. Alors on apprit qu'un jeune Canadien de

St. Eustache, le docteur Chénier un

brave, allez! se mettait à la tête des siens. On voulut le joindre, et l'on se mit en route armé de mauvais fusils, de haches,de faulx. On était 200 environ. Le capitaine Léon nous avait dévancés de quelques jours. Quand nous arrivâmes à St. Eus tache, nous fûmes terrifiés Nous trouvâmes le docteur Chénier et Léon seuls.. Tous leurs soldats, tous leurs amis les avaient abandonnés. Les Anglais arrivaient, voyez- vous... Ils étaient nombreux.

terribles Et ces pauvres habitants

n'étaie t pas accoutumés à la guerre ; Chénier et Léon pleurèrent de joie en nous voyant arriver. Vous êtes des braves, nous dirent-ils ; et si le pays comptait 10,000 soldats comme vous autres, jamais armée anglaise ne pourrait y entrer.

Nous nous renfermâmes dans le couvent qu'ils avaient fortifié. Nous eûmes à soutenir un siège terrible. Nous fîmes plusieurs sorties, et chaque fois nous repoussâmes au loin les colonnes ennemies.

Mais notre petite forteresse fut peu à peu démolie et brûlée. ... Il nous fallut chercher refuge ailleurs — Les Anglais nous entouraient d'un cercle d'airain .... Nous étions comme le serpent au milieu d'un cercle de flamme. L'ennemi recevait toujours du renfort, et nous, nous étions décimés. L'église était tout près, nous y courûmes. Ce fut un nouveau siège plus terrible que le premier — Alors un Anglais orgueilleux, monté sur un cheval aussi

orgueilleux, vînt nous défier.

Léon

sortit et jura de punir l'insolent — Le combat fut long et beau L'Anglais

appelait ses compagnons à son secours, car il était maltraité par notre héros. .... Mais Léon, aussi, avait reçu des coups sérieux . . Il perdait son sang, et ses forces s'épuisaient. Trois Anglais accoururent à la rescousse de leur compagnon .... Nous voulûmes aussi,nous,secourir Léon . . Mais, Chénier dit : C'est un piég 3 qu'on nous a tendu pour nous faire sortir. Restez ici.. Léon faisant moulinette avec son fusil, tenait ses ennemis à distance . . . Mais il céda peu à peu et les quatre Anglais se ruèrent sur lui il tomba. . . . son ennemi s'affaissa près de lui... I

AUGER. — Pauvre jeune capitaine ! . . . .

{Louise essuie des pleurs en secret.)

LE PÈRE BÉLANGER. — Brave jeune homme !

TONKOUROU.— Nous nous défendîmes

encore quelque temps, mais l'église tom bait sous les boulets de canon : le toit était en feu. ... Il nous fallut prendre un parti désespéré et passer à travers la igne ennemie. Chénier dit : Suivez-moi ! [1 sortit, nous le suivîmes. . . . Hélas nous étions fouettés par les balles, comme les blés par la grêle .... Bien peu d'entre nous purent se sauver. Chénier allait toujours, et passait sur les corps de ses ennemis. Nous étions dans le cimetière — Soudain, je le vis embrasser une croix et s'affaisser. Je l'entendis s'écrier : 0 ma patrie, que mon sang ne soit pas inutile !... Hélas! dois je le dire .... Celui qui lui porta le dernier coup était un compatriote, un Canadien. Il ne nommait Leclerc .... qu'il soit maudit !

AUGER.— Qu'il soit maudit !

TOUS.— Oui ! qu'il soit maudit !..

TONKOUROU: — J'étais couvert de

blessures i je fus fais prisonnier Mais

j'aimais trop la liberté pour ne pas trou ver moyen de m'échapper. Et puis je voulais venir me jeter aux genoux de Lozet

LOZET.— Eh bien ! de quoi cela sert-il d'aller se faire tuer comme ça ?

TONKOUROU. — Frère, quand les citoyens meurent pour une idée ou un droit, les tyrans réfléchissent et s'humanisent. Ruzard entre avec Vidal qui lui sert de père, et Pascal Blanchet, garçon- d'honneur.

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