‹ Les ventres dorés; pièce en cinq actesChapitre 17 sur 25 · BRIAN^E · texte numérisé non relu

BRIAN^E

Il n'est pas venu?

cuAVARD, simplement.

Pas encore.

BRIANNE, sortant.

Des gens de notre monde !... Dans une position si délicate. [Pause.)

CHATARD, à Vigoureux.

Eh Men, ce dossier ?

VIGOUREUX

Je ne le trouve pas>.

CBAVARD

Voyez donc aux archives. [Vigoureux sort. Chavnrd se remet au. travail. La parte s ouvre et madame Vernières entre. Elle est très émue.)

MADAME VERNIÈRES

Monsieur Chavard?

CnAVARD

C'est moi, madame.

MADAME VERNIÈRES

Je viens de vous téléphoner.

eUAVARD

Ah ! madame Vernières.

MADAME VERNIÈEES

Où est mon mari?

CUAVARD

il va revenir.

MADAME VERMÈRES

Vous Favez vu ? Vous lui avez parlé?

CHAVAJID^

Oui-, madame»

M.4DAME VEBMÈRES, avee iiiv sovipw êe joie.

XWl Mais c'est Lien -sTai, n'est-ce pas, monsieur, il reviendra? Il ne vous a rien dit qui puisse vous îaisser supposer... quiT ait... une autre intention?... Il ne vous a pas paru plus préoccupé, plus troublé?

CUAVARD

Je n'ai pas remarqué... Qu'est-ce qui peut vous alarmer ainsi, madame ?Auriez-vous une raison?...

MADAME VERNIÈRES

Non. Je ne sais rien. G"e&t pourquoi je crains tout. Hier à midi, il a embrassé les enfants, il est parti, je ne l'ai plus revu.

CUAVAR©

M. Yernières a du passer la nuit à la Compagnie. Je 1 ai tJro'Q'vé ici, ce matin, au milieu âe ces livres, relevant d'es comptes. Il venait de sortir quand vous Faveï fait demander au téléphone. Peut-être est-il allé déjeuner dans Ifes environs.

MADAME VERNIÈRES

Enfin, qa'est-ce qui se passe?... La « Nouvelle Afrique » ne sera pas mise en faillite, demain ? Les administrateurs ne peuvent pas être... inquiétés?...

CHAVARD

Hé! mon Dieu, madame, que vous dirais-je?... Évidemment... Si on n'avait pas commis d'imprudences... je veux dire... Vous savez .. Parfois on se jette tète baissée dans la lutte... On veut être victorieux à tout prix .. Les administrateurs cèdent souvent à un entraînement irrésistible... Mais c'est une simple supposition... Je ne sais rien de précis...

MADAME VERNIÈRES

Si... Vous devez savoir quelque chose... Qu'at-on fait?... Ils n'ontpas compromis mon mari... J'ai reçu hier des lettres anonymes, injurieuses, menaçantes... où l'on parle de... restitution... de dommages-intérêts... de condamnation,.. Mon mari n'a rien à craindre ?

CHAVARD

Madame, vous me posez des questions auxquelles je ne peux pas répondre... Je ne pense pas qu'il y ait de danger immédiat pour aucun de ces messieurs. Presque toujours on parvient à se soustraire aux responsabilités de toute nature... Et... {On entend un bruit de jjas. Il remonte, ouvre la porte. Vernières entre.)

MADAME VERNIERES, ttVeC UH CVl.

Maurice !

VERMÈRES

Jeanne ! {Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre. Chavard s'esquive.)

MADAME VERXiÈRES, tenant son mari dans ses bras.

Enfin... Te voilà... Maurice... Mon mari... Je te cherche depuis ce matin. Je t'ai attendu toute la nuit avec les enfants qui pleuraient de me voir pleurer. Tu ne nous laisseras plus jamais ainsi, seuls, sans nouvelles. Si tu savais dans quelles angoisses j'ai été et les idées qui m'obsédaient. Te sachant malade, je te voyais loin de moi, souffrant, m'appelant... Mais comme tu es pâle, qu'as-tu fait cette nuit? Qu'est-ce que tu as?

VERMÈRES, assis, désolé.

Ah ! Jeanne 1

MADAME VERXIÈRES

Que se passe-t-il? Personne ne veut me dire la vérité... Tu me la diras, toi. Je le veux. Je t'en prie. Tu ne dois rien avoir de caché pour moi. Crains-tu de me faire de la peine en parlant? Mais rien n'est plus cruel que de ne pas savoir ce qui se passe derrière ce front fermé. Mon ami, dis-moi ce que tu as, je te le demande en grâce. Si tu souffres, je dois savoir pourquoi, car tes

souffrances m'appartiennent comme tes joies. Et c'est mon droit, enfin, mon droit de femme et de femme qui t'aime de connaître tes chagrins, de les partager, de les porter avec toi.

VERNIÈRES, à nil-VOix.

Je suis un homme perdu ! « La Nouvelle Afrique » a vécu. Nous allons suspendre nos paiements.

MADAME VERNIÈRES

Alors, c'est la faillite?

La faillite !

MADAME VERNIÈRES

Mon Dieu !

VERNIÈRES

Avec... ses conséquences ..

MADAME VERNIÈRES

Quelles? On m'a dit ca déjà. Qu'est-ce que cela veut dire?... Des conséquences pour la Compagnie, pas pour vous... pas pour toi... {Il ne répond pas.) Quoi?

VERNIÈRES

Des comptes à rendre.

MADAME VERNIÈRES

Ne meffraye pas... Ces comptes, vous les rendrez? ... Tu es prêt à les rendre? Tu ne réponds pas... Parle... Ne vois-tu pas que je suis dévorée

d'inquiétude... Avec les bruits qui courent... Je peux supposer... Au nom du ciel, réponds-moi, je t'en conjure...

VERNIÈRES

Je suis un homme perdu, je te dis... Nous sommes sous le coup de poursuites !

MADAME VERNIÈRES

Des poursuites?... Qui?.., La Justice?... Toi? .

Oui... Voilà.

MADAME VERNIÈRES

Le tribunal?... Ce n'est pas possible... Mon Dieu!... Maurice... Ce n'est pas vrai... On ne te fera rien... Mais quoi? On te prendrait? Je ne veux pas.

VERNIÈRES, accablé.

A mon âge... Accusé... Condamné peut-être...

MADAME VERNIÈRES

Ne dis pas des choses pareilles. . . Je ne veux pas les entendre...

VERNIÈRES, se levant.

La correctionnelle ! Oui, je peux aller devant un tribunal correctionnel. Moi! Moi! Je donnerai ce spectacle, Vernières, Tintègre Vernières, arrêté... Ça, c'est comique .. Et, je ne peux rien faire... Je suis pris, lié, ligotté. Je n'ai plus qu'à attendre qu'ils viennent me prendre comme un

filoul C'est à se casser la tête contre un mur... {Battant l'air de ses bras avec rage.) Ahl... Ah !... Moi I... Avec mes cheveux gris... On me traînerait là. Non !... Non I Tout, plutôt que cette honte !

MADAME VERNIÈRES

Maurice, tu n'es pas coupable.

VERNIÈRES

Mais si. Je suis aussi coupable que les autres ! Je suis leur complice, tu entends, leur complice. Tout ce qui s'est fait à la Compagnie, je Fai su, approuvé, comme un imbécile. Je n'ignorais ni les gaspillages, ni les distributions d'argent, ni les spéculations, car nous avons joué, nous avons perdu des millions à la Bourse, et ruiné nos actionnaires. Oui, comprends-tu: nous avons ruiné tous les malheureux qui avaient confiance en nous, et nous en avons mené au suicide. Dans l'histoire des escroqueries financières, la « Nouvelle Afrique » aura sa page. J'aurai mon nom parmi les écumeurs d'épargnes. On me condamnera justement... Eh bien, non, non... Ce n'est pas juste, cependant... Je n'ai pas voulu... Je ne voulais pas. Je ne croyais pas... Je ne savais pas... (// sanglote.) Mon Dieu! mon Dieu! Ah ! je suis un pauvre homme ! Un pauvre homme !

MADAME VERNIÈRES

Tais-toi... Je ne veux pas te voir pleurer... C'est moi, moi... C'est ma faute, oui... J'ai voulu que

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tu acceptes ce poste que turefusais... C'étaitpour que tu gagnes plus d'argent et que j'en puisse gaspiller, comme une folle. Je ne pensais qu'à moi, à mes plaisirs... Et je fai perdu... J"ai fait notre malheur à tous, le tien, celui des enfants. Pardon... Je te demande pardon, Maurice. [Elle est tombée à genoux.)

VERN'IÈRES, penché sur elle, l'embrassant. Ah ! Jeanne. Les enfants. Les pauvres petits! Une condamnation... Toute leur vie ils auraient cette tare sur eux ! Ma Suzanne, si caressante, si gentille... Et Georget qui est si heureux de se montrer avec moi dans la rue, de marcher à mes côtés... 11 ne sera pas fier de son papa, désormais... Tu lui diras que je n'étais pas un malhonnête homme, cependant. Je n'ai jamais voulu commettre une mauvaise action... Cette nuit, je t'ai écrit une lettre, une longue lettre... que tu recevras tantôt, où je t'explique tout ce qui s'est passé, comment j'ai été entraîné, comment...

MADAME VERXIÈRES

Pour qui... cette lettre?

VERNIÈRES

Pour Georges, plus tard.

MADAME VERNIÈRES

Ce que tu as écrit... tu ne pourrais le lui dire ? Tu veux donc .. partir?.,. Fuir?... (Elle le regarde dans ses yeux. Il détourne la tête. Ellecom-

jjrend.) khi non! Tu ne feras pas ça. Je ne le veux pas ! Je te le défends. Ne nie pas. Je la devine, 1 abominable idée qui s'est glissée en toi.

VERNIÈRES

Oui. Pendant un moment, je l'ai eue. Cette nuit, en quittant de Thau, j'ai compris que tout était consommé, que nous allions à la faillite, et que nous serions poursuivis... Je me suis trouvé seul dans les rues désertes, hostiles, marchant à l'aventure comme un homme ivre... Ah ! si ce cœur avait pu se briser... Je suis entré je ne sais où... dans un petit café... ouvert., je t"ai écrit .. et puis... je suis reparti... J'ai recommencé cette promenade dans le noir... décidé à en finir avant que le jour paraisse... Et puis j"ai pensé à toi, à eux... Et je nie suis dit aussi que cette mort honteuse et lâche n'effaçait pas mes fautes, que tant qu'elles ne seraient pas réparées une tache resterait sur mon nom, et que j'avais un devoir à remplir, avant tout. Jeanne, écoute-moi. Je voulais t'avertir. Ma résolution, tu dois la connaître. Aie du courage... Nous devons rendre à nos obligataires les sommes que nous leur avons fait perdre. Les tribunaux nous condamneraient à les restituer. Je ne veux pas attendre ce jugement. Je ne veux pas surtout laisser aux autres le temps de mettre leurs biens à l'abri, et d'échapper ainsi à leurs responsabilités. {Montrant le coffre-fort.) J'ai les movens de les contraindre à faire cette

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restitution aujourd'hui môme. Je les y forcerai Je ne suis venu que pour cela.

MADAME VERNIÈRES

Mais,., nous, qui n'avions pas de fortune avant... Il ne nous restera rien... Ce sera la misère...

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